1 Rois 19, 8-15a, 1 Thess. 2, 7-13, St. Jean 1, 29-42

C’est à une contemplation de Jean-Baptiste que nous invite l’Évangile, aujourd’hui, et, par lui, à nous situer dans notre relation avec le Christ.

Avec vous, j’aime me souvenir de la première rencontre de Jésus avec Jean-Baptiste = ça s’est passé dans les entrailles de leur mère. Quand Marie, enceinte de Jésus, a rendu visite à Elisabeth, enceinte de Jean-Baptiste, celui-ci a bondi d’allégresse lorsque Marie a salué Elisabeth. Dans les entrailles de leur mère, déjà, Jésus a réjoui Jean-Baptiste, confirmant la parole du prophète et celle du psalmiste disant « le Seigneur m’a appelé dès le sein maternel », et, j’aime croire que cette parole est vraie pour tout être humain. Dieu nous connaît avant que nos yeux ne s’ouvrent sur la lumière de notre existence.

Jean-Baptiste a fait l’expérience de l’Esprit Saint dans les entrailles de sa mère, et, c’est ça, comme il le dit lui-même, « qu’il a vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur Jésus ». Il a identifié Jésus comme le Fils de Dieu : « je l’ai vu et je l’atteste » dit-il. L’Esprit en lui était le même Esprit qu’en Jésus, et c’est encore le même Esprit qui est en nous aujourd’hui = le souffle de Dieu invoqué sur notre baptême et d’autres fois encore, notre respiration, l’oxygène de notre âme.

Jean-Baptiste se situe non pas dans l’ombre de Jésus, mais à sa juste place de témoin, de relais : contempler Jean-Baptiste n’est pas une invitation à se liquéfier, à disparaître = Jésus n’est pas mort pour des fantômes, il est mort pour les amis que nous sommes = « Vous êtes mes amis.. » dit Jésus. Nous sommes témoins, et contempler Jean-Baptiste, c’est, comme lui, donner sa place à Jésus dans notre vie, s’effacer devant lui, c’est lui reconnaître sa présence à lui, au cœur de notre cœur, c’est nous réjouir d’avoir cette place d’amis, d’écouter sa voix et de trouver, dans cette communion avec lui, la source de notre joie parfaite ; c’est pouvoir dire avec cette prière matinale = « ton enfant vient à toi dès l’heure du réveil poussé par un désir étranger à la terre, comme on voit l’humble fleur aspirer au soleil. »

« Il faut qu’il croisse et que je diminue ». Jean-Baptiste se présente en 3 temps, 3 jours :

Pris à parti par les notables religieux, il se défend d’être quelqu’un d’autre que lui-même. « Je ne suis pas le Christ », je suis une voix inspirée de Dieu. Il signale l’existence de Celui dont il n’est pas digne de dénouer la lanière de sa sandale, et, par là, il confirme son humilité.

Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean-Baptiste le nomme : « voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » et, de lendemain en lendemain, le 3ème jour donc, Jésus passait par là, comme se promenant dans le paysage de nos vies, Jean-Baptiste fixe son regard sur lui et dit à ses deux disciples = « Voici l’agneau de Dieu ». Il a dû le dire avec un tel amour, une telle confiance, une telle conviction profonde qu’était arrivée l’heure de la transmission, comme s’il procédait à un envoi, que cet instant se vit dans la plus grande sérénité qui n’est pas sans rappeler que Dieu n’est pas présent dans le fracas d’un tremblement de terre, dans celui d’une tempête ou d’un feu violent, mais dans une voix de fin silence (murmure doux et léger) comme sur le mont Horeb.

Les disciples passent de Jean-Baptiste à Jésus, un peu comme si Jésus en était étonné = il se retourne, « que voulez-vous ? » « Où vis-tu ? » « Venez et vous verrez », ils demeurèrent avec lui.

Mais, derrière cette sobriété, se cache toute l’intensité de l’échange, avec les verbes voir et demeurer, chargés de sens et d’une profondeur traversant tout l’Évangile pour dire les yeux du cœur, le regard de Jésus, celui de la foi et la stabilité vitale de demeurer en communion.

Venez et voyez : c’est l’appel que nous adresse Jésus, avec notre « oui » à redonner, un pas de confiance pour demeurer avec Lui, dans son intimité, là où il fait corps avec nous, dans un cœur à cœur, de telle sorte que nous puissions dire avec St. Paul : « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Gal. 2,20).

Et aujourd’hui, nous confirmons notre « oui » avec Aurélie, assise au milieu de nous, qui vient dire « oui » à son Seigneur en vivant sa première communion. Le pasteur Molinghen vous la présentera tout à l’heure. Soyez la bienvenue Aurélie, vous avec vos parents et vos proches.

« Il faut qu’il croisse et que je diminue ».

Contempler Jean-Baptiste, c’est habiller notre cœur de l’Esprit des Béatitudes. Avec le retable d’Issenheim, le célèbre triptyque de Grünewald , à Colmar où l’index disproportionné de Jean-Baptiste désigne le Crucifié, il y a aussi l’admirable Jean-Baptiste de Léonard de Vinci : on y voit le Baptiste sur un fond très sombre, apparaissant lumineux, mais la source de la lumière n’est pas dans le tableau, exprimant ainsi qu’il n’est pas, lui, l’origine de la lumière, mais seulement le récepteur, le témoin de la Lumière divine, et, pour le souligner, il dresse lui aussi un index démesuré vers le ciel. J’aime à croire que cette si belle peinture est l’expression de la piété de l’artiste et de la nôtre.

Contempler Jean le Baptiste, n’est-ce pas finalement louer Dieu et son Christ, le reconnaître comme le Maître de notre Vie, le montrer du doigt, le désigner comme Jean-Baptiste ? Nous invitant à la reconnaissance, Lui, l’Agneau de Dieu, dans le pain et le vin de l’Eucharistie préparée là sur l’autel.

Amen.