St. Marc 7, 1-8 et Deut. 4, 1-8

« La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jn 1, 7).
Avec cette parole du prologue de Jean, nous sommes au cœur de l’échange entre Jésus et les pharisiens de l’évangile d’aujourd’hui :

  • Écriture et traditions,
  • loi de vie et mise en pratique,
  • la parole et sa transmission :

C’est le nerf de la guerre entre Jésus et les défenseurs de la loi, d’autrefois et d’aujourd’hui. Or Jésus a dit : « je ne suis pas venu abolir la loi, je suis venu pour l’accomplir » – Matth. 5, 17 – et l’exhortation de Moïse que nous venons d’entendre dit : ….. « Vous garderez les commandements du Seigneur, votre Dieu, tels que je vous les prescris : ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples ». On se surprendrait à rêver : si l’Église était la sagesse et l’intelligence de tous les peuples ? Ce serait pourtant sa vocation !

Les commandements : 10 lois de vie, 10 orientations garantissant le respect de la relation avec Dieu, avec soi-même et avec les autres. Au fil du temps, les docteurs de la loi en ont fait un registre de 613 préceptes et 39 interdits liés au sabbat : autant de garde-fous étouffant le souffle de Vie. Jésus, Parole de Vie, est venu accomplir la loi ; comme Josué, achevant le chemin que Moïse avait tracé, mais n’a pu réaliser de son vivant, Jésus prend le relais, en mettant ses pas dans ceux de Moïse, de son peuple et de la loi. Il n’est pas venu faire de l’ordre, il est venu débroussailler les arbres qui cachent la forêt, il est venu parachever, réaliser la perfection de la loi, aérer de son Souffle de Vie la rigidité, la pesanteur de lois sclérosées que les scribes et les pharisiens ont érigé en veau d’or, reproduisant la sculpture de leurs ancêtres au désert = ça brille, ça impressionne, mais c’est sans vie.

La Parole et la tradition sont indissociables. La Parole transmise à l’humanité devient tradition, mais c’est l’Esprit qui vivifie l’une et l’autre, de génération en génération, rendant actuelle cette parole de Jésus : « Je suis venu pour qu’elles aient la vie », il parle de ses brebis, « et l’aient en abondance » (Jn 10, 10).

Les règlements imposés à la société sont indispensables, non pas pour contrarier, mais pour permettre la vie en commun ; et, nous en sommes témoins : ils se modifient au gré du temps, des nécessités et des nouveautés, au service de l’homme et, si possible, de son bonheur.

Jésus n’est pas venu pour nous compliquer la vie ; il en a plutôt élargi le champ d’action et simplifié l’ordre, en le ramenant à un seul mouvement d’Amour : aimer Dieu de tout son être, aimer son prochain comme soi-même ; il l’illustre par le lavement des pieds, qu’il accompagne de ce commandement : nouveau – dit-il : « Aimez-vous comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34).

Oui, aimer : c’est bien un commandement, un ordre : « aimez-vous » : l’amour, comme la louange, est une démarche du cœur qui mobilise notre adhésion, notre volonté et notre obéissance, notre courage – quelque fois – le dépassement de soi aussi, une décision qui ne se limite pas au coup de foudre ou à la sympathie. Avec le Christ, on est loin des lavabos pharisiens qui purifient l’extérieur de la coupe ! Esaïe, le prophète, disait : « ce peuple ne s’approche de moi qu’en paroles, mais son cœur est loin de moi, sa crainte n’est que précepte humain, leçon apprise » (Es. 29, 13).

Je n’oublie pas, qu’avec les pharisiens, je suis l’interlocuteur de Jésus ; quelqu’un disait de cet évangile qu’il était « la bonne nouvelle pour les pharisiens » et on pourrait aussi m’attribuer ce proverbe : « Près de l’Église, loin de Dieu » !

Quand la vie religieuse, au lieu de se confondre avec la vie quotidienne, n’est qu’un grain de beauté ou du verni ;
quand la piété est déconnectée de la communion fraternelle ; – Louis Evely, le théologien, disait : « qu’on suçote en paix le petit saint-esprit personnel » (e minuscule!) –
quand le rituel, patois de Canaan, n’est plus habité par l’Esprit et que je me drape du manteau de la religion pour cacher mes fausses routes, mes transgressions, mes trahisons ; ma responsabilité aussi, face à ceux et celles qui se tiennent à distance, s’éloignent de l’Église, pas forcément de Dieu,
parce qu‘ils sentent ou voient mes incohérences ;
parce que la Parole de Dieu est diluée dans des discours théologiques, doctrinaux, ecclésiastiques, dans une tradition qui n’est plus au service de la vie ;
parce que l’Église qui prêche la paix et l’unité, dans sa bulle, se complaît dans la division,

Alors oui, ma conscience de pharisien est interpellée par l’évangile ce matin ; et je rends grâce à Jésus de me redire son inlassable patience, sa confiance en nous et son Amour, dans l’Eucharistie, qui nous attend.

« La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité par Jésus-Christ ».

Amen.