Esaïe 22, 19-23 ; Romains 11, 33-36 ; Matthieu 16, 13-23

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Qui a créé Dieu ? me demandait un enfant un jour…

Qu’auriez-vous répondu ?

Comment fait-il pour nous entendre ? C’est comment quand on est mort ? Où étions-nous avant d’exister ?

Lorsque je faisais des visites de classes primaires en tant que pasteur, j’étais bien souvent assailli de questions en tout genre qui fusaient de partout. Pourquoi, comment ?

Un pasteur ça a en principe réponse à tout, mais je dois dire qu’il m’est arrivé, sans trop le montrer, d’être surpris par des questions que je m’étais moi-même jamais posées. Des questions spontanées, vraies, intéressées, qui voulaient savoir, comme lorsque l’on est enfant et qu’on découvre tout de la vie.

Mais il arrive aussi que la réponse ne soit pas toujours la bonne…

Je suis également chaque année expert au gymnase d’Yverdon pour les examens en classe d’histoire des religions, et je vous livre cette perle :

– Pourquoi dans l’Evangile Pilate et Hérode sont-ils devenus amis ? Question posée à l’étudiant. – Parce que Jésus avait dit : aimez-vous les uns les autres.

A tout âge, il y a tant à apprendre de cette vie qui nous interroge dans cesse.

Mais il y a bien des questions plus difficiles que les adultes souvent préfèrent mettre de côté, en attendant la lumière de jours meilleurs. Des questions qui parfois subitement se posent lors d’un passage de vie, d’un événement qui vient bouleverser notre existence, d’une épreuve qui bouscule quelques certitudes.

L’Evangile joue le jeu aujourd’hui des questions – réponses. Et c’est le Christ qui les pose, à ses disciples, ses amis, non pas à la manière d’un examen ou d’une simple curiosité.

Au dire des hommes qui est le Fils de l’homme ?

Pour celui dont on nous dit qu’il devinait les pensées des hommes et le secret du cœur, cela peut sembler étonnant…

Que disent les foules à mon sujet ? dit un autre évangile.

J’y vois une sorte de simplicité et d’humilité. Non pas la question de celui qui est préoccupé de son image, de sa cote de popularité, avide de savoir, dépendant du regard des autres, à soigner son apparence en vrai miroir de ce monde où chacun veut être vu et admiré, mais la vraie question de celui qui ne sait pas. Car il a choisi de se livrer totalement aux hommes. Jusqu’à ce que chacun peut penser librement de lui. Il s’est fait humain parmi les humains.

Au dire des hommes que dit-on ?

– Pour les uns Jean le Baptiste, pour d’autres Elie, pour d’autres encore Jérémie ou l’un des prophètes.

Et on imagine les discussion qui s’échauffent, les avis qui se confrontent : chacun y allant de son affirmation !

Hier comme aujourd’hui, tant de réponses circulent. Elles ont nourri l’histoire, épousé toutes les causes, récupéré le Christ, pour le meilleur de l’humain bâtisseur, fondateur, créateur, comme pour le pire qui peut se concevoir au nom de … Mouvements sectaires, idéologies, mais aussi recherches historiques, exégétiques, archéologiques, essayant de retrouver des traces, cherchant des signes.

Qui est-il ? Question de toujours et de tout temps. La plus essentielle pour nous, chrétiens, chrétiennes.

Que disent les foules à mon sujet ? Un homme sage, extraordinaire, juste, proche, simple, authentique ? Un modèle, un serviteur, un ami, un maître, un berger, un agneau, une Parole ?

Un homme pieux disent les juifs,
Un prophète disent les musulmans
Un fondateur de religion disent les autres

Qui est-il vraiment ?

Au milieu de tant opinions diverses, voilà que résonne la réponse de Pierre qui fuse à la suite de la question :

Et vous, qui dites-vous que je suis ?
– Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, répond-il enthousiaste.

L’on peut bien imaginer que c’est LA bonne réponse. Celle du bon élève ou du disciples appliqué, et on peut l’envier Pierre ! chez lui, c’est sans l’ombre d’un doute ! Tu es le Christ ! Quelle clarté et quelle évidence dans son cœur !

Pourtant, tout aussitôt, Jésus ordonne de n’en parler à personne. Comme si cela n’avait pas être divulgué, comme s’il avait peur que cela se sache…

La réponse de Pierre aussi belle et juste soit-elle, est comme incomplète malgré la promesse qui lui est faite. Elle reste superficielle peut-être ou en surface si elle n’est pas passage aussi, traversée d’une mort à une vie… si elle ne passe pas par une découverte personnelle qui est comme un itinéraire, un chemin incontournable, qui devient partie liée avec notre propre vie. « A partir de ce moment Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem souffrir beaucoup, être mis à mort et le 3e jour ressusciter ».

A travers les paroles de Jésus, l’appel au silence, j’entends cette invitation à ne pas proclamer trop facilement le Christ, mais de porter en soi la question comme une interpellation vivante et pressante.

Car ce n’est pas seulement la réponse qui nous fait vivre, c’est d’écouter la question plus grande encore qui nous donne de cheminer, de faire soi-même cette traversée d’un silence à une parole révélée, d’une nuit à un trait de lumière, d’une interrogation à une rencontre en esprit et en vérité, d’un reniement à une pardon retrouvé.

Il faut jeûner de réponses toute faites pour découvrir une vraie saveur qui nous nourrit vraiment.

J’aime que dans l’Evangile, le Christ soit une question – une question ouverte, une question qui m’interpelle, me bouscule et ne me laisse pas tout à fait en paix…

J’aime qu’il y ait en lui un mystère, une énigme qui ne se résout pas complètement, comme la vie et comme la mort, comme toutes les questions des enfants qui nous désarçonnent parfois.

J’aime le fait qu’il s’agit moins de trouver une réponse que de devenir celle-ci, de l’habiter, d’y répondre par tout ce que nous sommes pour trouver une solidité comme une pierre qui tient bon grâce à un autre fondement.

Il y a peut-être non pas une mais des réponses, comme celle du pasteur vaudois Georges-Emile Delay qui écrivait en 1964  (Journal d’un pasteur) :

«  J’ai souvent perdu Dieu : le Dieu de mon enfance, le Dieu de mon adolescence, celui – quelque peu philosophe et savant – de mes études, le Dieu- moraliste, légaliste – de mes premiers pas dans le ministère, le Dieu de mon âge mûr, ce Dieu tout amour et toute joie. Chaque fois ce Dieu perdu m’a retrouvé, s’offrant à moi dans une nouvelle dimension. Je contemple aujourd’hui le visage d’un Dieu qui pardonne ».

Tant de facettes dans le Seigneur vivant par celui qui se révèle à chaque âge de la vie !

Qui dites-vous que je suis ?

Je vous en prie : ne répondez pas trop vite à cette question, mais portez-là.

Juste pour aujourd’hui !

Amen