Le bon berger
 Act 4, 5-12 ; 1 Jn 3, 1-12 ; Jn 10, 11-18

Tout le début du chapitre 10 de l’Evangile de Jean nous parle du berger et de troupeaux de brebis.

Des images d’un autre temps, du moins pour nous occidentaux, encore que le retour à la terre de nombreux jeunes conscients de l’avenir de notre planète pourra redonner bientôt à ces images paisibles et pastorales une actualité nouvelle, même chez nous.

Les brebis donc connaissent la voix de leur berger dont il connaît chacune par son nom.
Il est rapidement question d’étrangers, de voleurs et de brigands, de loups aussi, et le parallèle entre ces images pastorales et la mission du Christ pour chacun de nous se fait : d’un côté les adversaires symbolisés par le vol, la perte et la mort, de l’autre le Christ qui offre le salut à tous et la vie en abondance.

Et dès le v. 11, la mission du Christ sous l’image du bon berger est approfondie avec des nuances : il n’y a pas que des adversaires, mais il est question maintenant d’un mercenaire (qu’on traduirait bien mieux en parlant de « salarié »). Ce salarié fait son travail mais il n’affronte pas le danger : il ne fait que son boulot, et encore quand tout va bien. Ce salarié ne se tient donc pas à l’extérieur, mais il ne travaille que pour un salaire, pas pour les brebis qui lui sont confiées. « Peu lui importent les brebis » dit le Christ.
Et Jésus-Christ qui affirme, lui : « JE SUIS le bon berger, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. » Et lui ne va pas fuir devant le loup ou tout autre menace : « je me dessaisis de ma vie pour mes brebis » (v. 15). Et cela nous oriente vers Vendredi Saint et Pâques, puis vers la relation intime entre le Fils et le Père, dans un approfondissement théologique saisissant.

Mais il y a autre chose dans ce texte que nous devons examiner maintenant.

Et c’est déjà au 4e siècle Saint Augustin qui le met en évidence : (cité par Calvin dans son commentaire de Jean) « De même qu’il y a beaucoup de loups dans l’Eglise, de même il y a beaucoup de brebis dehors. ».

En effet, il y a ce fameux verset 16 : « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos et celles-là aussi, il faut que je les mène. »
17 siècles après St-Augustin, nous pouvons constater qu’il y a eu beaucoup de loups dans l’Eglise, c’est tout ce qui dans l’histoire a nourri l’interminable liste des contre-témoignages, discréditant peu à peu l’Eglise et ses serviteurs, et aujourd’hui on voit l’indifférence de beaucoup face à une institution en perte de vitesse, en perte d’identité, une Eglise qui soit se durcit en excluant et en se dogmatisant, soit se perd et se vide, et vend ses bâtiments. La tendance est nette, inexorable. De manière visible ou invisible, nombreux furent les loups dans l’Eglise, le troupeau diminue, les portes ne servent à plus rien, les enclos non plus, ses salariés tombent en burn-out ou quittent la barque prématurément…

Et à l’opposé, toujours plus nombreuses sont les brebis qui se tiennent dehors et s’y trouvent fort bien. Certaines estiment qu’elles n’ont pas besoin de berger, ou qu’elles en trouvent d’excellents dans d’autres enclos, ou qu’elles on besoin d’être libres, loin de toute institution. Et pourtant, dans le sens biblique, ce sont bien des brebis !

Comme pasteur régional, je suis interrogé de voir que bien souvent, en marge de l’Eglise et hors de cet enclos qui n’existe plus, il y a des initiatives  qui réunissent des croyants de toute tendance, et des gens en recherche. Je pense en particulier à tout le mouvement de la transition, dans lequel Pain pour le Prochain s’est engagé d’une manière prophétique. Ces « brebis » du dehors sont peut-être aussi en quête de bergers, de repères et de sens. Et lorsqu’elles se réunissent, le berger n’est vraiment pas loin.

« De même qu’il y a beaucoup de loups dans l’Eglise, de même il y a beaucoup de brebis dehors ».
Toujours plus, nous sommes appelés à devenir créatifs, entreprenants, les frontières entre l’Eglise et ce qui n’est pas l’Eglise sont devenues tellement minces qu’elle n’existent plus… Les brebis sont dedans ou dehors, dedans et dehors, et tout est à réinventer.

Nous, ici, nous savons au plus profond de nous qu’il n’y en a qu’un seul qui soit le bon berger (le beau berger dit le texte grec) : c’est notre Sauveur Jésus-Christ, lui que nous suivons, lui qui donne sa vie pour tous.