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A la rencontre de l'autre
Au soir du
16 août s’ouvrait devant frère Roger l’éternité de Dieu,
se levait sur lui la lumière sans déclin. L’annonce de
sa mort brutale, incompréhensible, à l’exemple d’autres
martyrs d’aujourd’hui nous a bouleversées – nous lui
devons tant pour notre vocation de soeurs de Grandchamp.
Le témoignage de sa vie n’en reçoit que plus de clarté.
Il voulait être là pour chacun, chacune, et souvent il
citait ces mots d’Isaac le Syrien: «Dieu ne peut que
donner son amour». Jusqu’au bout, il aura été témoin de
l’immense compassion de Dieu pour le monde, pour chaque
être humain sans exception; témoin, jusque dans la mort,
d’un amour désarmé, d’une vie donnée à cause du Christ
et de l’Evangile. «Jésus le Christ est venu non pas pour
condamner quiconque, mais pour ouvrir aux humains des
chemins de communion», écrivait-il dans sa dernière
lettre, la voie d’un «avenir de paix».
Dieu est
communion, il est relation. Créé à son image et à sa
ressemblance, l’être humain ne se construit, la vie en
lui ne se déploie,
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ne s’épanouit que dans la relation.
Nous avons besoin les uns, les unes des autres pour
devenir ce que nous sommes en profondeur, des êtres de
communion, différenciés et reliés les uns aux autres.
Apprendre alors à vivre ensemble…
N’est-ce pas là, dans
nos sociétés traversées par la violence et toujours plus
cosmopolites,
à l’heure du multiculturel et du
plurireligieux, |
« Jésus le Christ
est venu pour ouvrir aux humains des chemins de communion.»
Frère Roger |
un des grands défis pour promouvoir un
monde plus humain? Nous sommes aujourd’hui davantage
confrontés à l’autre en tant qu’autre, différent par son
origine, sa culture, sa manière de voir le monde,
d’exprimer sa foi… Comment alors vivre la diversité,
sans que les différences ne dégénèrent en divisions, en
exclusion réciproque, en domination des uns sur les
autres?
Une communauté
religieuse n’échappe pas à ce défi. C’est là précisément
que nous rejoint l’appel de Dieu: vivre ensemble une
parabole de communion, accueillir les différences au
lieu de vouloir les ignorer ou les niveler dans une
illusion d’unité. Nous cherchons ainsi à avancer faisant
dialoguer «Communion et Altérité» – thème de notre
dernier Conseil –, dans un désir d’être attentives à la
fois à chacune, et au corps que nous formons. «Rabbi,
pourquoi les êtres humains sontils différents?»
demandait-on à un sage. Et lui de répondre: «Parce
qu’ils sont tous à l’image de Dieu».
A nous de nous
ouvrir à ce regard qui sait découvrir dans le visage
d’autrui un reflet, unique en chacun(e), du visage de
Dieu. Nous tourner vers la Source pour déchiffrer dans
notre diversité une richesse, l’expression de la sagesse
créatrice de Dieu, et
rendre
grâce pour moi-même, pour l’autre, pour la communion,
comme nous y invitait frère François dans la
retraite du Conseil, nous accueillant les uns, les unes
les autres comme un don de sa main.
Cela reste
pourtant, dans le quotidien, un vrai défi. N’avons-nous
pas tous, toutes, une histoire blessée et si l’altérité
nous attire, elle nous fait aussi peur. L’autre peut
être être ressenti comme une menace parce qu’au fond de
nous se profile la peur de ne plus exister. Surgit alors
la tentation de nous retirer ou, à l’inverse, de vouloir
dominer, prenant là si souvent appui sur les différences
pour nous distinguer, nous opposer. Nous avons de la
peine à accepter les différences, elles nous dérangent,
nous bousculent, nous ébranlent dans nos certitudes,
notre manière de faire ou de penser.
Il nous faut
apprendre, encore et encore, à dialoguer, à écouter
l’autre en tant qu’autre – quand nous sommes toujours
tentés de rechercher le même –, à recevoir de l’autre, à
le respecter, plus encore à l’aimer dans son altérité.
Au coeur même des difficultés surgit l’appel toujours
neuf, à dépasser les incompréhensions, les oppositions,
pour aller vers un au-delà qui nous entraîne dans le don
de nousmêmes, nous prépare à la rencontre véritable.
Comment parvenir
à une vraie communauté humaine? s’interroge E. Leclerc
au seuil de son livre,
Le Soleil
se lève sur Assise. St François, qui a marché sur
les traces du Christ des Béatitudes, lui livre son
secret: l’humilité, un infini respect de tout être dans
son unicité, de toute vie, de toute forme de vie, de la
création elle-même. On ne peut, dit-il, avoir une
attitude d’ouverture envers autrui, et de domination
envers la nature. Fraterniser avec tout ce qui existe,
tel est pour lui le passage obligé.
En Dieu est une
espérance, une communion toujours offe rte
que
l’Esprit Saint épanouit en une multitude de visages et
de dons. Jésus nous en a ouvert le chemin par toute
sa vie, par sa mort et sa résurrection. Au mépris, à la
haine, à la violence, il a répondu par l’amour. Jour
après jour, il nous invite à mettre nos pas dans les
siens, à consentir à la souffrance qui est là,
inévitable dans nos existences, pour en faire avec lui
un passage vers la Vie. Désormais il nous précède dans
la lumière de Pâques et nous envoie, dans la force et la
douceur de l’Esprit Saint, en soeur, en frère, à la
rencontre de l’autre, de tout autre, en qui déjà il nous
attend.
Sœur Pierrette
Au début de l’année
une session nous a rassemblées autour d’un sujet
important:
La foi chrétienne face aux défis du monde d’aujourd’hui
A la suite de ces
journées, voici quelques réflexions de sr Christianne
qui continue son travail d’écriture et d’accueil de
groupes à WOUDSEND avec Maria de Groot:
«Le
néolibéralisme et la globalisation qui caractérisent
notre époque ont des conséquences sur l’être humain.
D’une manière caricaturale, on pourrait dire que nous
vivons dans un système d’apartheid global. Cette
situation cause des traumatismes à tous les niveaux de
la société: les perdants du système toujours plus
pauvres et dépendants alors que les «gagnants» voient
leur domination s’accroître ainsi que leurs richesses.
Quant à la classe moyenne, angoissée de perdre ce
qu’elle a et de tomber à son tour dans la pauvreté, elle
devient toujours plus ambitieuse et individualiste. Les
étrangers, les chômeurs, les réfugiés, soit les gens en
déplacement, font dans ce monde figure de boucs
émissaires.
On peut se
sentir impuissant à changer la situation, mais rien ne
nous empêche d’agir sur les traumas. Un chemin peut être
de revaloriser une vision mystique de Dieu et une vision
biblique de l’être humain. Le Dieu que nous confessons
s’est engagé à vivre avec nous en alliance, c’est-à-dire
à une «non possibilité à l’indifférence». Librement, il
a choisi d’avoir besoin de nous. Totalement engagé dans
un «être avec» sa création, il participe à l’aventure du
monde en s’intéressant, en s’insérant dans notre
quotidien. A Moïse qui le pressait de dire qui il était,
il a répondu: «Je serai qui je serai», ce qui peut
s’interpréter: je m’invente à chaque rencontre en
fonction de la situation et des besoins de mes
créatures. Dieu se met d’emblée du côté des gens en
déplacement, il a une identité voyageuse! Dans ce
partenariat unique, l’être humain est lui aussi un «être
avec», construit ou détruit par les relations qu’il
tisse. Sa mission est de collaborer au temps
messianique. Lui aussi est appelé à innover, à faire du
neuf dans un total respect des différences, n’oubliant
jamais que l’autre est réellement autre, et que cela est
bon!
Dans le climat
engendré par le néolibéralisme, l’être humain se trouve
finalement chosifié. Du haut de la pyramide du pouvoir,
des tendances dominantes lui sont imposées l’enfermant
toujours plus dans un monde matérialiste dont voici
quelques traits: individualisme, utilitarisme,
rationalisme, bureaucratisme, technocratisme… sans
oublier la vitesse, la violence, le stress, le mépris de
l’autre et la peur qui se répand partout. Face à ce
constat, il convient de poser une alternative, un pôle
de dialogue, une tension créatrice. Il importe avant
tout de remettre l’être humain à sa juste place qui est
celle de veiller sur son milieu de vie, de le développer
certes, mais dans le sens d’une humanisation. En faire
un monde habitable pour tous et toutes sans exception,
favorisant la justice et la paix. Un monde dans lequel
les problèmes sont envisagés dans un cadre pluriel et
complexe, ou, pour le dire autrement, dans un cadre
spirituel.
Dans une telle
perspective, nous pouvons voir le, la chrétien(ne) comme
quelqu’un de méditant, militant et résistant. Une
personne qui s’arrête avant d’agir, qui sait prendre du
temps
pour mieux connaître et comprendre ses besoins, ses
désirs comme ceux des autres. Une personne aussi qui
veille à ses pouvoirs sur les autres et qui sait faire
place à autrui, qui conjugue sans crainte efficacité
avec fécondité. Elle sera une personne debout, un
vis-à-vis et pour Dieu et pour les autres, s’efforçant
d’entretenir des relations symétriques, respectant
l’égalité entre l’homme et la femme, les races, les
religions. Elle agira avec mesure et respect au travail,
dans sa famille comme avec la nature. Elle n’aura pas
honte à se protéger de la peur et cherchera à
mettre la confiance là où il y a méfiance, le partage où
règne l’individualisme, l’inclusion là où sévit
l’exclusion, la coopération à la place de la
compétition, et face à la pauvreté toujours plus grande,
elle développera un esprit communautaire et des réseaux
de solidarité. Ainsi se répandra un esprit de résistant
groupant des personnes prêtes à des changements, à une
nouveauté de vie. Prenant résolument le chemin d’une
alternative, elle réintroduira l’esprit
d’émerveillement, de joie, de simplicité, de dialogue,
de compassion. En pensant, c’est-àdire en faisant
l’effort de comprendre le pourquoi et le comment des
temps que nous vivons, elle découvrira que penser et
aimer vont ensemble.
Entrant plus avant dans un
processus continu de compréhension, d’analyse, on se
situe alors mieux dans ce monde, et à nouveau on s’y
sent chez soi, on parvient encore à s’en émerveiller,
s’en réjouir et même sentir le besoin de l’embellir. Il
importe beaucoup d’avoir de la sympathie pour ce monde
car c’est la seule chose que nous ayons tous et toutes
en commun. Aimer ce monde et aimer le partager avec les
autres.»
En écho à notre
session de février, extraits de ce qui est devenu une
étude de Michel-Maxime Egger, parue dans le
premier numéro d’une nouvelle revue d’anthropologie et
de spiritualité,
La Chair
et le Souffle.
Réorienter son désir pour changer le monde
L’humanité est à
un carrefour. Une réponse profonde et durable aux
enjeux majeurs de notre époque, symbolisée par
la mondialisation marchande, passe par un éveil de la
conscience, une refondation de nos conceptions de
l’être humain et du cosmos, une articulation entre
transformation de soi et transformation du monde. L’un
des points de tangence entre ces deux transformations
est le désir. La résistance au règne de l’argent passe
par la réorientation de celui-ci.
Pour les Pères
de l’Eglise […], l’être humain est fondamentalement un
être de désir. Le désir est, avec la liberté et le
pouvoir créateur, une composante essentielle de l’image
de Dieu en l’homme. […] Cela signifie que nous avons en
nous, au plus profond de notre être, une puissance
désirante qui est la source même de notre aspiration à
la transcendance et au divin, qui nous fait tendre vers
ce qui nous dépasse, le beau, le bon, l’harmonieux, un
monde plus juste et solidaire. Les Pères de l’Eglise
vont jusqu’à affirmer que derrière tout désir, même en
apparence le plus matériel, se cache en réalité un
obscur désir de Dieu qui souvent s’ignore, reflet
inconscient du désir premier de Dieu envers nous. C’est
pour cela que nos désirs sont, par nature, infinis et
insatiables. Vouloir les satisfaire par des biens
matériels et immatériels ou par des satisfactions
psychiques – forcément limités et relatifs –, c’est non
seulement une illusion, mais c’est aussi désorienter
leur énergie fondamentale et les transformer en
«passions», au risque d’en devenir captifs. […]
Tout cela, les
maîtres du marketing contemporain n’ont pas eu besoin
d’étudier les Pères de l’Eglise pour le comprendre. Si,
pour reprendre la terminologie de Maurice Bellet, le
marché est le lieu saint de l’«écorègne» et l’argent le
sésame pour y entrer, son moteur – la fameuse «main
invisible» d’Adam Smith – n’est autre que le
«désir-envie» proliférant. Tout repose làdessus: l’envie
d’acquérir et de posséder. […] D’où la force de
fascination de l’argent, «signe efficace de la
jouissance possible (d’assouvissement ou de pouvoir); il
représente, signifie la suppression de la limite du
désir. Moyen infini du désir infini. Il est la
jouissance de pouvoir tout acheter, même les humains, y
compris par les voies honorables de la générosité et de
l’efficacité».
Le désir-envie,
c’est donc le désir dégradé en passion, abâtardi dans
son énergie primordiale, dévié de son orientation et de
sa finalité premières par la publicité. Celle- i,
véritable dynamo structurelle de nos économies de
croissance, ne sert à rien d’autre qu’à transformer nos
désirs en envies – avec la brutalité compulsive que
celles-ci comportent: «je veux cela et tout de suite» –,
nous les faire prendre pour des besoins, les
conditionner pour mieux les mettre en conformité avec la
logique du marché. […] La publicité est une fabuleuse
machine à stimuler et entretenir du désir-envie et de
l’insatisfactionfrustration permanente, l’un se
nourrissant de l’autre. Elle crée aussi une
extraordinaire confusion entre besoin et désir. […]
Les Etats-Unis
et les pays de l’Union européenne dépensent chaque année
plus de 500 milliards de dollars pour la publicité.
C’est dix fois la somme dont nous aurions besoin pour
satisfaire les besoins essentiels de tous les humains
(éducation, alimentation, accès à l’eau…), selon le
Programme des Nations unies pour le développement
(PNUD). Ce chiffre en dit long. Il illustre cette
profonde intuition de Gandhi: «Il y a assez de
ressources sur cette planète pour répondre aux besoins
de tous, mais pas assez pour répondre aux désirs de
convoitise et de possession de chacun.» Autrement dit,
la pauvreté dans le monde n’est en réalité pas due à un
problème de rareté et de manque de moyens – financiers
ou matériels –, mais à une rareté artificielle liée à
une mauvaise affectation des ressources. Et celle-ci ne
dépend pas seulement d’options politiques et de
stratégies de redistribution – au plan international et
national –, mais aussi de choix de consommation et de
modes de vie individuels. Donc, ultimement, de la
gestion de nos désirs.
Que devient
notre puissance désirante dans l’écorègne? Qu’en
faisons-nous? Comment l’orientons-nous? Le détournement
du désir en envie et sa dégradation en passion n’est pas
une fatalité, car – en tant qu’êtres humains – nous
avons précisément une liberté, une volonté qui,
notamment en s’ouvrant à l’action de la grâce, permet un
bon usage et une juste (ré)orientation de nos désirs.
C’est bien là que va se jouer une partie essentielle de
la résistance à l’écorègne, au rouleau compresseur de la
publicité et de l’argent. […]
Entendons-nous
bien! Il ne s’agit pas de chercher à refouler, réprimer
ou annihiler nos désirs, mais de les transfigurer et,
mieux encore, de les réunifier en les libérant de ce qui
les rend – et nous avec – captifs et dispersés. Le but
est de les re-lier à leur source originelle et de les
réorienter vers ce qui est leur finalité profonde, où
ils vont pouvoir s’épanouir selon le dessein de Dieu.
Car le problème, en réalité, n’est pas que nous désirons
trop, mais que nous désirons mal, en prenant les vessies
du «beaucoup avoir» pour les lanternes de la «plénitude
d’être».
Au fil
des jours…
Faire dialoguer Altérité et
communion, Communion et altérité… jour après jour,
dans l’ordinaire du quotidien comme aux jours de fête,
dans chacune de nos petites et grandes rencontres,
avec nos plus proches, la soeur à côté de moi, avec
toutes nos soeurs, tous nos frères en humanité…
Oui, c’est un bien grand défi,
passionnant, qui ne nous met pas à l’abri de tensions,
de conflits parfois, de souffrances… Accueillir
l’autre différent, celui, celle avec qui je partage la
beauté et la fragilité de la condition humaine, et qui
m’appelle à le rejoindre…
C’est le coeur
meurtri par toutes les souffrances engendrées par le
tsunami, mais touchées aussi par l’immense élan de
solidarité qu’il a provoqué, que nous avons vécu notre
rencontre communautaire de février. Nous avons eu la
joie d’entendre Ulrich Duchrow qui nous a partagé sa
réflexion sur la mondialisation à partir de textes
bibliques, de ce verset d’Ezéchiel (2/1) en particulier:
«Fils d’homme, debout!», et des premiers chapitres de la
Genèse, Maxime Egger qui a parlé de l’articulation entre
«transformation de soi et transformation du monde», de
la nécessaire réorientation de notre désir dans cette
perspective, et sr Siong qui a donné un témoignage très
personnel sur «les défis du multi-culturel et du
multi-religieux face à la mondialisation».
Nous nous sommes
toutes retrouvées pour notre Conseil en été, temps
intense de retraite de partages, et… de fête avec la
profession de sr Hannah, les 50 ans de profession de sr
Renée et de sr Albertine, premières de nos soeurs à
parvenir à ce beau Jubilé! Heures de fête encore, et
d’amitié le 6 août, dans la lumière de la
Transfiguration, pour marquer les 50 ans de notre
présence en Algérie avec des ami(e)s de longue date -
Nelly Forget, Jacqueline et Ali Tadjer, Eliette
Rodriguez, Miassa, Lallia… Sr Renée et sr Anne-Geneviève
sont reparties à ALGER début septembre pour continuer au
quotidien cette présence toute simple, faite d’accueil,
d’écoute, de partages très divers, de découverte du
mystère de l’autre avec tous ceux et celles qui les
entourent sur cette terre d’islam. Sr Pierrette avait pu
toucher du doigt cette réalité lors de son séjour auprès
d’elles au printemps.
Accueillir
l’autre dans son mystère… les soeurs le vivent avec une
intensité particulière à STE ELISABETH. Après une année
à Grandchamp sr Maatje est repartie avec sr
Claire-Irène, et sr Françoise pour quelques mois. Les
événements de la vie du pays les marquent évidemment
beaucoup. Au milieu de tant d’incertitude, d’insécurité,
de violences, tenir dans l’intercession pour les deux
peuples demande un coeur pauvre et désarmé. Elles ont
été très bouleversées, et nous avec elles, par le décès
de Père Jean- Baptiste, Abbé du monastère bénédictin
d’Abu Gosh et évêque auxiliaire responsable des
communautés de langue hébraïque. Il laisse un grand vide
dans sa communauté, dans l’Eglise de Jérusalem et dans
nos coeurs. Il a été un frère, un guide sur le chemin de
plusieurs d’entre nous.
Beaucoup de
changements au SONNENHOF cette année! Sr Thérèse est
revenue à Grandchamp et a transmis la responsabilité de
la maison à sr Dorothea, secondée par sr Hiltje tout
juste revenue de Ste Elisabeth! Retour à Grandchamp
aussi pour sr Ruth, alors que sr Miriam a rejoint le
groupe des soeurs en juin. Bien des mouvements donc,
mais en profondeur une continuité, un enracinement dans
la vocation… dans l’élan du Jubilé de 2004.
Une page s’est
maintenant tournée à CHALENCON. Fin avril, c’est
entourées de délégués de l’Eglise Réformée de France, de
nombreux ami(e)s et voisins venus exprimer leur
reconnaissance, leur amitié, leur regret aussi, que nous
avons dit, le coeur habité à la fois de reconnaissance
et de tristesse, au revoir à ce coin d’Ardèche auquel
nous restons bien attachées. Nous y avons aussi encore
des liens très forts avec Rompon. Sr Pierrette s’est
réjouie de pouvoir aller écouter Jeanne Bovet qui
ouvrait le dernier concert de cette saison marquant les
40 ans de ce lieu de musique et de spiritualité. Mais le
départ du Home de Grâce nous coûte, comme nous coûte
notre impossibilité aujourd’hui de répondre à d’autres
demandes d’implantations nouvelles. Invitation à
consentir au réel certes, mais surtout à nous ouvrir à
la créativité de l’Esprit pour trouver de nouvelles
formes de partage.
Nous avons ainsi
pu répondre plus ponctuellement à une invitation de
l’Evêque luthérienne Bärbel Wartenberg-Potter en donnant
une retraite d’une semaine pour une vingtaine de
pasteurs de l’Eglise de Nordelbien dans un centre
d’Eglise situé au bord du lac de Ratzeburg. Sr Christel
a animé cette retraite, sr Minke puis sr Pierrette l’ont
rejointe en cours de semaine partageant cette expérience
très riche qui sera renouvelée l’an prochain!
Parmi les
nombreuses MISSIONS ET RENCONTRES qui ont jalonné
l’année, relevons la participation de sr Dorothea à la
Rencontre du Congrès international et interconfessionnel
de religieux/ses à Riehen chez les diaconesses, de sr
Maatje à la rencontre de Church and Peace à Selbitz, de
sr Pascale à celle du Département de Recherche
Communautaire à Pomeyrol, de sr Françoise au Dialogue
Interreligieux Monastique, ainsi qu’à la plate-forme
interreligieuse nouvellement créée à Neuchâtel;
l’expérience renouvelée d’une présence oecuménique de
prière et d’accueil pendant une semaine à Bruxelles pour
sr Hélène au coeur du quartier du parlement européen,
ainsi que les contributions et retraites données par sr
Minke en France, en Belgique et aux Pays-Bas.
C’est toujours
un bonheur de pouvoir vivre la réalité de la communion
et celle de la diversité de nos charismes avec tant de
communautés proches ou lointaines. De nombreuses petites
soeurs de Jésus, représentant bien des fraternités nous
ont rejointes pour des séjours plus ou moins longs, de
plusieurs semaines pour p. sr Bushra de la fraternité de
Beit Jala, de p. sr Virginia d’Algérie, de p. sr Juana
d’Espagne… qui espère bien qu’une soeur de Grandchamp
puisse une fois les rejoindre en Espagne pour partager
leur vie de prière et de travail dans les champs de
culture d’asperges. Avoir besoin les unes des autres,
c’est aussi une réalité que nous découvrons toujours
plus avec les communautés contemplatives de Suisse
Romande. Cette année nous avons pu vivre une journée
entre soeurs responsables de la liturgie et du chant,
une autre entre soeurs hôtelières et une session sur la
lectio Divina chez les Dominicaines d’Estavayer, sans
oublier la belle fête des 750 ans de l’Abbaye de la
Maigrauge, au lendemain de l’élection de Benoît XVI! Un
événement dont nous avons pu nous entretenir peu de
temps après avec le vicaire épiscopal de Neuchâtel, M.
Jean-Jacques Martin: très beau partage dans une
atmosphère de confiance et d’ouverture.
Le chemin de
communion se poursuit avec les soeurs de Mamré à
Madagascar. Après le séjour ici de sr Joséphine jusqu’à
Pâques, joie du passage cet été de leur prieure, sr
Angéline. Le pasteur Jean-Louis L’Eplattenier est
retourné à Mamré au printemps, et sr Siong a eu le
privilège d’accompagner trois soeurs dans leur retraite
de préparation à leur consécration et de vivre avec
toute la communauté cette grande journée de fête en
novembre.
L’ACCUEIL nous
mobilise beaucoup et nous ouvre souvent des chemins de
communion inattendus! C’est un émerveillement toujours
neuf de découvrir la manière de l’autre, des autres
d’aller à Dieu, et celle de Dieu de rejoindre chacun,
chacune. Tant de nouveaux visages au fil des mois et,
par ailleurs, grande fidélité et amitié de personnes ou
de groupes qui nous rejoignent depuis de longues années.
Nous avons aussi renoué avec une ancienne tradition et
pu offrir deux retraites d’enfants: leur participation
active et leur vivacité nous ont fait grand bien!
Nous ne pouvons
que rendre grâce pour notre FAMILLE SPIRITUELLE! Elle
est riche des Servantes de l’Unité (SU), des foyers de
l’Unité (FU), des membres du Tiers-ordre de l’Unité
(TOU) avec lesquels nous cherchons à vivre une
réciprocité dans la diversité de nos vocations. La
famille de TOU s’agrandit avec 5 engagements cette
année, s’élargit et s’enrichit avec nos frères du Bénin!
Au printemps 2006, une journée d’action de grâce
marquera les 50 ans du TOU.
Elle s’étend
aussi bien au-delà, à tous ces ami(e)s de la communauté
qui cheminent en communion avec nous. Nous en avons eu
des signes très tangibles autour de la mort de fr.
Roger, de cette étape si importante pour la Communauté
de Taizé et son nouveau prieur, fr. Aloïs, et nous en
avons été très touchées. Vous avez été nombreux aussi à
nous entourer, à porter sr Judith dans sa longue
l’attente puis son opération délicate, transplantation
du foie, début septembre. Tout s’est bien passé. Avec
elle nous sommes dans une grande action de grâce, et
nous vous remercions infiniment pour votre prière.
Force d’une
communion qui s’étend au-delà du visible: nous pensons
avec reconnaissance à tout ce que nous avons reçu de
Tomoko Faerber Evdokimov, du pasteur Maurice Ray, du
professeur Jean-Louis Leuba, de sr Hetty de Beaufort
(SU), de Andrée de Vries et de Renée Sturm du TOU… et de
tant d’autres qui ont rejoint la maison du Père. Sr
Anne- mmanuelle se prépare à partir à Porto Alegre pour
la IX
e
Assemblée Générale du COE qui aura
pour thème: «O Dieu, dans ta grâce transforme notre
monde». Puissions-nous accueillir Celui qui vient
demeurer en nous, et nous laisser transformer par sa
force d’amour et de paix! Nous vous souhaitons un Noël
béni, une année pleine de vie reçue et partagée!
Les Sœurs de Grandchamp
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