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Nouvelles 2005

Nouvelles de Grandchamp 2005

Communion et Altérité

A la rencontre de l'autre

Au soir du 16 août s’ouvrait devant frère Roger l’éternité de Dieu, se levait sur lui la lumière sans déclin. L’annonce de sa mort brutale, incompréhensible, à l’exemple d’autres martyrs d’aujourd’hui nous a bouleversées – nous lui devons tant pour notre vocation de soeurs de Grandchamp. Le témoignage de sa vie n’en reçoit que plus de clarté. Il voulait être là pour chacun, chacune, et souvent il citait ces mots d’Isaac le Syrien: «Dieu ne peut que donner son amour». Jusqu’au bout, il aura été témoin de l’immense compassion de Dieu pour le monde, pour chaque être humain sans exception; témoin, jusque dans la mort, d’un amour désarmé, d’une vie donnée à cause du Christ et de l’Evangile. «Jésus le Christ est venu non pas pour condamner quiconque, mais pour ouvrir aux humains des chemins de communion», écrivait-il dans sa dernière lettre, la voie d’un «avenir de paix».

Dieu est communion, il est relation. Créé à son image et à sa ressemblance, l’être humain ne se construit, la vie en lui ne se déploie,

ne s’épanouit que dans la relation. Nous avons besoin les uns, les unes des autres pour devenir ce que nous sommes en profondeur, des êtres de communion, différenciés et reliés les uns aux autres. Apprendre alors à vivre ensemble… N’est-ce pas là, dans nos sociétés traversées par la violence et toujours plus cosmopolites, à l’heure du multiculturel et du plurireligieux,

« Jésus le Christ est venu pour ouvrir aux humains des chemins de communion.»

Frère Roger

un des grands défis pour promouvoir un monde plus humain? Nous sommes aujourd’hui davantage confrontés à l’autre en tant qu’autre, différent par son origine, sa culture, sa manière de voir le monde, d’exprimer sa foi… Comment alors vivre la diversité, sans que les différences ne dégénèrent en divisions, en exclusion réciproque, en domination des uns sur les autres?

Une communauté religieuse n’échappe pas à ce défi. C’est là précisément que nous rejoint l’appel de Dieu: vivre ensemble une parabole de communion, accueillir les différences au lieu de vouloir les ignorer ou les niveler dans une illusion d’unité. Nous cherchons ainsi à avancer faisant dialoguer «Communion et Altérité» – thème de notre dernier Conseil –, dans un désir d’être attentives à la fois à chacune, et au corps que nous formons. «Rabbi, pourquoi les êtres humains sontils différents?» demandait-on à un sage. Et lui de répondre: «Parce qu’ils sont tous à l’image de Dieu».

A nous de nous ouvrir à ce regard qui sait découvrir dans le visage d’autrui un reflet, unique en chacun(e), du visage de Dieu. Nous tourner vers la Source pour déchiffrer dans notre diversité une richesse, l’expression de la sagesse créatrice de Dieu, et rendre grâce pour moi-même, pour l’autre, pour la communion, comme nous y invitait frère François dans la retraite du Conseil, nous accueillant les uns, les unes les autres comme un don de sa main.

Cela reste pourtant, dans le quotidien, un vrai défi. N’avons-nous pas tous, toutes, une histoire blessée et si l’altérité nous attire, elle nous fait aussi peur. L’autre peut être être ressenti comme une menace parce qu’au fond de nous se profile la peur de ne plus exister. Surgit alors la tentation de nous retirer ou, à l’inverse, de vouloir dominer, prenant là si souvent appui sur les différences pour nous distinguer, nous opposer. Nous avons de la peine à accepter les différences, elles nous dérangent, nous bousculent, nous ébranlent dans nos certitudes, notre manière de faire ou de penser.

Il nous faut apprendre, encore et encore, à dialoguer, à écouter l’autre en tant qu’autre – quand nous sommes toujours tentés de rechercher le même –, à recevoir de l’autre, à le respecter, plus encore à l’aimer dans son altérité. Au coeur même des difficultés surgit l’appel toujours neuf, à dépasser les incompréhensions, les oppositions, pour aller vers un au-delà qui nous entraîne dans le don de nousmêmes, nous prépare à la rencontre véritable.

Comment parvenir à une vraie communauté humaine? s’interroge E. Leclerc au seuil de son livre, Le Soleil se lève sur Assise. St François, qui a marché sur les traces du Christ des Béatitudes, lui livre son secret: l’humilité, un infini respect de tout être dans son unicité, de toute vie, de toute forme de vie, de la création elle-même. On ne peut, dit-il, avoir une attitude d’ouverture envers autrui, et de domination envers la nature. Fraterniser avec tout ce qui existe, tel est pour lui le passage obligé.

En Dieu est une espérance, une communion toujours offerte que l’Esprit Saint épanouit en une multitude de visages et de dons. Jésus nous en a ouvert le chemin par toute sa vie, par sa mort et sa résurrection. Au mépris, à la haine, à la violence, il a répondu par l’amour. Jour après jour, il nous invite à mettre nos pas dans les siens, à consentir à la souffrance qui est là, inévitable dans nos existences, pour en faire avec lui un passage vers la Vie. Désormais il nous précède dans la lumière de Pâques et nous envoie, dans la force et la douceur de l’Esprit Saint, en soeur, en frère, à la rencontre de l’autre, de tout autre, en qui déjà il nous attend.

Sœur Pierrette


Au début de l’année une session nous a rassemblées autour d’un sujet important:

La foi chrétienne face aux défis du monde d’aujourd’hui

A la suite de ces journées, voici quelques réflexions de sr Christianne qui continue son travail d’écriture et d’accueil de groupes à WOUDSEND avec Maria de Groot:

«Le néolibéralisme et la globalisation qui caractérisent notre époque ont des conséquences sur l’être humain. D’une manière caricaturale, on pourrait dire que nous vivons dans un système d’apartheid global. Cette situation cause des traumatismes à tous les niveaux de la société: les perdants du système toujours plus pauvres et dépendants alors que les «gagnants» voient leur domination s’accroître ainsi que leurs richesses. Quant à la classe moyenne, angoissée de perdre ce qu’elle a et de tomber à son tour dans la pauvreté, elle devient toujours plus ambitieuse et individualiste. Les étrangers, les chômeurs, les réfugiés, soit les gens en déplacement, font dans ce monde figure de boucs émissaires.

On peut se sentir impuissant à changer la situation, mais rien ne nous empêche d’agir sur les traumas. Un chemin peut être de revaloriser une vision mystique de Dieu et une vision biblique de l’être humain. Le Dieu que nous confessons s’est engagé à vivre avec nous en alliance, c’est-à-dire à une «non possibilité à l’indifférence». Librement, il a choisi d’avoir besoin de nous. Totalement engagé dans un «être avec» sa création, il participe à l’aventure du monde en s’intéressant, en s’insérant dans notre quotidien. A Moïse qui le pressait de dire qui il était, il a répondu: «Je serai qui je serai», ce qui peut s’interpréter: je m’invente à chaque rencontre en fonction de la situation et des besoins de mes créatures. Dieu se met d’emblée du côté des gens en déplacement, il a une identité voyageuse! Dans ce partenariat unique, l’être humain est lui aussi un «être avec», construit ou détruit par les relations qu’il tisse. Sa mission est de collaborer au temps messianique. Lui aussi est appelé à innover, à faire du neuf dans un total respect des différences, n’oubliant jamais que l’autre est réellement autre, et que cela est bon!

Dans le climat engendré par le néolibéralisme, l’être humain se trouve finalement chosifié. Du haut de la pyramide du pouvoir, des tendances dominantes lui sont imposées l’enfermant toujours plus dans un monde matérialiste dont voici quelques traits: individualisme, utilitarisme, rationalisme, bureaucratisme, technocratisme… sans oublier la vitesse, la violence, le stress, le mépris de l’autre et la peur qui se répand partout. Face à ce constat, il convient de poser une alternative, un pôle de dialogue, une tension créatrice. Il importe avant tout de remettre l’être humain à sa juste place qui est celle de veiller sur son milieu de vie, de le développer certes, mais dans le sens d’une humanisation. En faire un monde habitable pour tous et toutes sans exception, favorisant la justice et la paix. Un monde dans lequel les problèmes sont envisagés dans un cadre pluriel et complexe, ou, pour le dire autrement, dans un cadre spirituel.

Dans une telle perspective, nous pouvons voir le, la chrétien(ne) comme quelqu’un de méditant, militant et résistant. Une personne qui s’arrête avant d’agir, qui sait prendre du temps pour mieux connaître et comprendre ses besoins, ses désirs comme ceux des autres. Une personne aussi qui veille à ses pouvoirs sur les autres et qui sait faire place à autrui, qui conjugue sans crainte efficacité avec fécondité. Elle sera une personne debout, un vis-à-vis et pour Dieu et pour les autres, s’efforçant d’entretenir des relations symétriques, respectant l’égalité entre l’homme et la femme, les races, les religions. Elle agira avec mesure et respect au travail, dans sa famille comme avec la nature. Elle n’aura pas honte à se protéger de la peur et cherchera à  mettre la confiance là où il y a méfiance, le partage où règne l’individualisme, l’inclusion là où sévit l’exclusion, la coopération à la place de la compétition, et face à la pauvreté toujours plus grande, elle développera un esprit communautaire et des réseaux de solidarité. Ainsi se répandra un esprit de résistant groupant des personnes prêtes à des changements, à une nouveauté de vie. Prenant résolument le chemin d’une alternative, elle réintroduira l’esprit d’émerveillement, de joie, de simplicité, de dialogue, de compassion. En pensant, c’est-àdire en faisant l’effort de comprendre le pourquoi et le comment des temps que nous vivons, elle découvrira que penser et aimer vont ensemble.

Entrant plus avant dans un processus continu de compréhension, d’analyse, on se situe alors mieux dans ce monde, et à nouveau on s’y sent chez soi, on parvient encore à s’en émerveiller, s’en réjouir et même sentir le besoin de l’embellir. Il importe beaucoup d’avoir de la sympathie pour ce monde car c’est la seule chose que nous ayons tous et toutes en commun. Aimer ce monde et aimer le partager avec les autres.»


En écho à notre session de février, extraits de ce qui est devenu une étude de Michel-Maxime Egger, parue dans le premier numéro d’une nouvelle revue d’anthropologie et de spiritualité, La Chair et le Souffle.

Réorienter son désir pour changer le monde

L’humanité est à un carrefour. Une réponse profonde et durable aux enjeux  majeurs de notre époque, symbolisée par la mondialisation marchande, passe par un éveil de la conscience, une refondation de nos conceptions de l’être humain et du cosmos, une articulation entre transformation de soi et transformation du monde. L’un des points de tangence entre ces deux transformations est le désir. La résistance au règne de l’argent passe par la réorientation de celui-ci.

Pour les Pères de l’Eglise […], l’être humain est fondamentalement un être de désir. Le désir est, avec la liberté et le pouvoir créateur, une composante essentielle de l’image de Dieu en l’homme. […] Cela signifie que nous avons en nous, au plus profond de notre être, une puissance désirante qui est la source même de notre aspiration à la transcendance et au divin, qui nous fait tendre vers ce qui nous dépasse, le beau, le bon, l’harmonieux, un monde plus juste et solidaire. Les Pères de l’Eglise vont jusqu’à affirmer que derrière tout désir, même en apparence le plus matériel, se cache en réalité un obscur désir de Dieu qui souvent s’ignore, reflet inconscient du désir premier de Dieu envers nous. C’est pour cela que nos désirs sont, par nature, infinis et insatiables. Vouloir les satisfaire par des biens matériels et immatériels ou par des satisfactions psychiques – forcément limités et relatifs –, c’est non seulement une illusion, mais c’est aussi désorienter leur énergie fondamentale et les transformer en «passions», au risque d’en devenir captifs. […]

Tout cela, les maîtres du marketing contemporain n’ont pas eu besoin d’étudier les Pères de l’Eglise pour le comprendre. Si, pour reprendre la terminologie de Maurice Bellet, le marché est le lieu saint de l’«écorègne» et l’argent le sésame pour y entrer, son moteur – la fameuse «main invisible» d’Adam Smith – n’est autre que le «désir-envie» proliférant. Tout repose làdessus: l’envie d’acquérir et de posséder. […] D’où la force de fascination de l’argent, «signe efficace de la jouissance possible (d’assouvissement ou de pouvoir); il représente, signifie la suppression de la limite du désir. Moyen infini du désir infini. Il est la jouissance de pouvoir tout acheter, même les humains, y compris par les voies honorables de la générosité et de l’efficacité».

Le désir-envie, c’est donc le désir dégradé en passion, abâtardi dans son énergie primordiale, dévié de son orientation et de sa finalité premières par la publicité. Celle- i, véritable dynamo structurelle de nos économies de croissance, ne sert à rien d’autre qu’à transformer nos désirs en envies – avec la brutalité compulsive que celles-ci comportent: «je veux cela et tout de suite» –, nous les faire prendre pour des besoins, les conditionner pour mieux les mettre en conformité avec la logique du marché. […] La publicité est une fabuleuse machine à stimuler et entretenir du désir-envie et de l’insatisfactionfrustration permanente, l’un se nourrissant de l’autre. Elle crée aussi une extraordinaire confusion entre besoin et désir. […]

Les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne dépensent chaque année plus de 500 milliards de dollars pour la publicité. C’est dix fois la somme dont nous aurions besoin pour satisfaire les besoins essentiels de tous les humains (éducation, alimentation, accès à l’eau…), selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ce chiffre en dit long. Il illustre cette profonde intuition de Gandhi: «Il y a assez de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais pas assez pour répondre aux désirs de convoitise et de possession de chacun.» Autrement dit, la pauvreté dans le monde n’est en réalité pas due à un problème de rareté et de manque de moyens – financiers ou matériels –, mais à une rareté artificielle liée à une mauvaise affectation des ressources. Et celle-ci ne dépend pas seulement d’options politiques et de stratégies de redistribution – au plan international et national –, mais aussi de choix de consommation et de modes de vie individuels. Donc, ultimement, de la gestion de nos désirs.

Que devient notre puissance désirante dans l’écorègne? Qu’en faisons-nous? Comment l’orientons-nous? Le détournement du désir en envie et sa dégradation en passion n’est pas une fatalité, car – en tant qu’êtres humains – nous avons précisément une liberté, une volonté qui, notamment en s’ouvrant à l’action de la grâce, permet un bon usage et une juste (ré)orientation de nos désirs. C’est bien là que va se jouer une partie essentielle de la résistance à l’écorègne, au rouleau compresseur de la publicité et de l’argent. […]

Entendons-nous bien! Il ne s’agit pas de chercher à refouler, réprimer ou annihiler nos désirs, mais de les transfigurer et, mieux encore, de les réunifier en les libérant de ce qui les rend – et nous avec – captifs et dispersés. Le but est de les re-lier à leur source originelle et de les réorienter vers ce qui est leur finalité profonde, où ils vont pouvoir s’épanouir selon le dessein de Dieu. Car le problème, en réalité, n’est pas que nous désirons trop, mais que nous désirons mal, en prenant les vessies du «beaucoup avoir» pour les lanternes de la «plénitude d’être».


Au fil des jours…

Faire dialoguer Altérité et communion, Communion et altérité… jour après jour, dans l’ordinaire du quotidien comme aux jours de fête, dans chacune de nos petites et grandes rencontres, avec nos plus proches, la soeur à côté de moi, avec toutes nos soeurs, tous nos frères en humanité…

Oui, c’est un bien grand défi, passionnant, qui ne nous met pas à l’abri de tensions, de conflits parfois, de souffrances… Accueillir l’autre différent, celui, celle avec qui je partage la beauté et la fragilité de la condition humaine, et qui m’appelle à le rejoindre…

C’est le coeur meurtri par toutes les souffrances engendrées par le tsunami, mais touchées aussi par l’immense élan de solidarité qu’il a provoqué, que nous avons vécu notre rencontre communautaire de février. Nous avons eu la joie d’entendre Ulrich Duchrow qui nous a partagé sa réflexion sur la mondialisation à partir de textes bibliques, de ce verset d’Ezéchiel (2/1) en particulier: «Fils d’homme, debout!», et des premiers chapitres de la Genèse, Maxime Egger qui a parlé de l’articulation entre «transformation de soi et transformation du monde», de la nécessaire réorientation de notre désir dans cette perspective, et sr Siong qui a donné un témoignage très personnel sur «les défis du multi-culturel et du multi-religieux face à la mondialisation».

Nous nous sommes toutes retrouvées pour notre Conseil en été, temps intense de retraite de partages, et… de fête avec la profession de sr Hannah, les 50 ans de profession de sr Renée et de sr Albertine, premières de nos soeurs à parvenir à ce beau Jubilé! Heures de fête encore, et d’amitié le 6 août, dans la lumière de la Transfiguration, pour marquer les 50 ans de notre présence en Algérie avec des ami(e)s de longue date - Nelly Forget, Jacqueline et Ali Tadjer, Eliette Rodriguez, Miassa, Lallia… Sr Renée et sr Anne-Geneviève sont reparties à ALGER début septembre pour continuer au quotidien cette présence toute simple, faite d’accueil, d’écoute, de partages très divers, de découverte du mystère de l’autre avec tous ceux et celles qui les entourent sur cette terre d’islam. Sr Pierrette avait pu toucher du doigt cette réalité lors de son séjour auprès d’elles au printemps.

Accueillir l’autre dans son mystère… les soeurs le vivent avec une intensité particulière à STE ELISABETH. Après une année à Grandchamp sr Maatje est repartie avec sr Claire-Irène, et sr Françoise pour quelques mois. Les événements de la vie du pays les marquent évidemment beaucoup. Au milieu de tant d’incertitude, d’insécurité, de violences, tenir dans l’intercession pour les deux peuples demande un coeur pauvre et désarmé. Elles ont été très bouleversées, et nous avec elles, par le décès de Père Jean- Baptiste, Abbé du monastère bénédictin d’Abu Gosh et évêque auxiliaire responsable des communautés de langue hébraïque. Il laisse un grand vide dans sa communauté, dans l’Eglise de Jérusalem et dans nos coeurs. Il a été un frère, un guide sur le chemin de plusieurs d’entre nous.

Beaucoup de changements au SONNENHOF cette année! Sr Thérèse est revenue à Grandchamp et a transmis la responsabilité de la maison à sr Dorothea, secondée par sr Hiltje tout juste revenue de Ste Elisabeth! Retour à Grandchamp aussi pour sr Ruth, alors que sr Miriam a rejoint le groupe des soeurs en juin. Bien des mouvements donc, mais en profondeur une continuité, un enracinement dans la vocation… dans l’élan du Jubilé de 2004.

Une page s’est maintenant tournée à CHALENCON. Fin avril, c’est entourées de délégués de l’Eglise Réformée de France, de nombreux ami(e)s et voisins venus exprimer leur reconnaissance, leur amitié, leur regret aussi, que nous avons dit, le coeur habité à la fois de reconnaissance et de tristesse, au revoir à ce coin d’Ardèche auquel nous restons bien attachées. Nous y avons aussi encore des liens très forts avec Rompon. Sr Pierrette s’est réjouie de pouvoir aller écouter Jeanne Bovet qui ouvrait le dernier concert de cette saison marquant les 40 ans de ce lieu de musique et de spiritualité. Mais le départ du Home de Grâce nous coûte, comme nous coûte notre impossibilité aujourd’hui de répondre à d’autres demandes d’implantations nouvelles. Invitation à consentir au réel certes, mais surtout à nous ouvrir à la créativité de l’Esprit pour trouver de nouvelles formes de partage.

Nous avons ainsi pu répondre plus ponctuellement à une invitation de l’Evêque luthérienne Bärbel Wartenberg-Potter en donnant une retraite d’une semaine pour une vingtaine de pasteurs de l’Eglise de Nordelbien dans un centre d’Eglise situé au bord du lac de Ratzeburg. Sr Christel a animé cette retraite, sr Minke puis sr Pierrette l’ont rejointe en cours de semaine partageant cette expérience très riche qui sera renouvelée l’an prochain!

Parmi les nombreuses MISSIONS ET RENCONTRES qui ont jalonné l’année, relevons la participation de sr Dorothea à la Rencontre du Congrès international et interconfessionnel de religieux/ses à Riehen chez les diaconesses, de sr Maatje à la rencontre de Church and Peace à Selbitz, de sr Pascale à celle du Département de Recherche Communautaire à Pomeyrol, de sr Françoise au Dialogue Interreligieux Monastique, ainsi qu’à la plate-forme interreligieuse nouvellement créée à Neuchâtel; l’expérience renouvelée d’une présence oecuménique de prière et d’accueil pendant une semaine à Bruxelles pour sr Hélène au coeur du quartier du parlement européen, ainsi que les contributions et retraites données par sr Minke en France, en Belgique et aux Pays-Bas.

C’est toujours un bonheur de pouvoir vivre la réalité de la communion et celle de la diversité de nos charismes avec tant de communautés proches ou lointaines. De nombreuses petites soeurs de Jésus, représentant bien des fraternités nous ont rejointes pour des séjours plus ou moins longs, de plusieurs semaines pour p. sr Bushra de la fraternité de Beit Jala, de p. sr Virginia d’Algérie, de p. sr Juana d’Espagne… qui espère bien qu’une soeur de Grandchamp puisse une fois les rejoindre en Espagne pour partager leur vie de prière et de travail dans les champs de culture d’asperges. Avoir besoin les unes des autres, c’est aussi une réalité que nous découvrons toujours plus avec les communautés contemplatives de Suisse Romande. Cette année nous avons pu vivre une journée entre soeurs responsables de la liturgie et du chant, une autre entre soeurs hôtelières et une session sur la lectio Divina chez les Dominicaines d’Estavayer, sans oublier la belle fête des 750 ans de l’Abbaye de la Maigrauge, au lendemain de l’élection de Benoît XVI! Un événement dont nous avons pu nous entretenir peu de temps après avec le vicaire épiscopal de Neuchâtel, M. Jean-Jacques Martin: très beau partage dans une atmosphère de confiance et d’ouverture.

Le chemin de communion se poursuit avec les soeurs de Mamré à  Madagascar. Après le séjour ici de sr Joséphine jusqu’à Pâques, joie du passage cet été de leur prieure, sr Angéline. Le pasteur Jean-Louis L’Eplattenier est retourné à Mamré au printemps, et sr Siong a eu le privilège d’accompagner trois soeurs dans leur retraite de préparation à leur consécration et de vivre avec toute la communauté cette grande journée de fête en novembre.

L’ACCUEIL nous mobilise beaucoup et nous ouvre souvent des chemins de communion inattendus! C’est un émerveillement toujours neuf de découvrir la manière de l’autre, des autres d’aller à Dieu, et celle de Dieu de rejoindre chacun, chacune. Tant de nouveaux visages au fil des mois et, par ailleurs, grande fidélité et amitié de personnes ou de groupes qui nous rejoignent depuis de longues années. Nous avons aussi renoué avec une ancienne tradition et pu offrir deux retraites d’enfants: leur participation active et leur vivacité nous ont fait grand bien!

Nous ne pouvons que rendre grâce pour notre FAMILLE SPIRITUELLE! Elle est riche des Servantes de l’Unité (SU), des foyers de l’Unité (FU), des membres du Tiers-ordre de l’Unité (TOU) avec lesquels nous cherchons à vivre une réciprocité dans la diversité de nos vocations. La famille de TOU s’agrandit avec 5 engagements cette année, s’élargit et s’enrichit avec nos frères du Bénin! Au printemps 2006, une journée d’action de grâce marquera les 50 ans du TOU.

Elle s’étend aussi bien au-delà, à tous ces ami(e)s de la communauté qui cheminent en communion avec nous. Nous en avons eu des signes très tangibles autour de la mort de fr. Roger, de cette étape si importante pour la Communauté de Taizé et son nouveau prieur, fr. Aloïs, et nous en avons été très touchées. Vous avez été nombreux aussi à nous entourer, à porter sr Judith dans sa longue l’attente puis son opération délicate, transplantation du foie, début septembre. Tout s’est bien passé. Avec elle nous sommes dans une grande action de grâce, et nous vous remercions infiniment pour votre prière.

Force d’une communion qui s’étend au-delà du visible: nous pensons avec reconnaissance à tout ce que nous avons reçu de Tomoko Faerber Evdokimov, du pasteur Maurice Ray, du professeur Jean-Louis Leuba, de sr Hetty de Beaufort (SU), de Andrée de Vries et de Renée Sturm du TOU… et de tant d’autres qui ont rejoint la maison du Père. Sr Anne- mmanuelle se prépare à partir à Porto Alegre pour la IX e Assemblée Générale du COE qui aura pour thème: «O Dieu, dans ta grâce transforme notre monde». Puissions-nous accueillir Celui qui vient demeurer en nous, et nous laisser transformer par sa force d’amour et de paix! Nous vous souhaitons un Noël béni, une année pleine de vie reçue et partagée!

Les Sœurs de Grandchamp


 

 

Communauté de Grandchamp
Grandchamp 4

2015 Areuse

Suisse
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