Écouter, un thème qui nous
ramène aux
débuts de la Communauté. Tout n’a-t-il pas
commencé dans l’écoute, germé dans le silence des
retraites où la parole de Dieu pouvait résonner et
descendre dans le coeur pour porter son fruit? Parlant de ces
débuts, Rosette Genton, entrée dans la
lumière en juin, répétait souvent: «écouter,
s’enraciner dans la Parole priée
pour «devenir» parole, là
est
l’essentiel». Marthe Westphal évoque celle
qui fut si proche de Mère Geneviève et à l’origine
des Servantes de l’Unité (S.U.):
«De Rosette je voudrais
dire combien elle a été à l’écoute, une
écoute qui la conduisait à l’obéissance d’une vie
pleinement consacrée à Dieu «jusqu’à ce qu’Il
soit tout en tous» (1 Cor. 15:28). Cette écoute qui la caractérisait était celle de l’oreille
profonde, celle du coeur. Celle qui, à l’image des Pères
du Désert, sait écouter au-delà des apparences,
entendre la vérité intime de chaque être, de chaque
parole. C’est cette écoute qui a créé en elle la
Servante de l’Unité qu’elle est devenue et qu’elle a aidé
d’autres
femmes à devenir. Certaines la qualifient de «mère
spirituelle», d’autres plutôt de «sage-femme»
qui a aidé et assisté à leur naissance à la
vie de Servante de l’Unité. Quoiqu’il en soit, je dirais qu’elle
a été à l’écoute de la Parole, de
l’Église, du monde et de tous ceux et celles qui venaient vers
elle.
Son
écoute de la Parole était une écoute dans
l’amour, toujours à l’affût de l’avènement de la
vérité de cette Parole cachée dans
l’Écriture. A l’écoute du Christ, dans la solitude et le
secret de son coeur, dans ce désert de la vie quotidienne
où elle rencontrait et retrouvait ses amis les Pères du
Désert et les Pères de l’Église indivise. C’est
pourquoi elle savait si bien être à l’écoute du
monde, des battements de son coeur, de ses attentes et de ses
quêtes, de sa culture; la sociologue qu’elle était savait
analyser ce qui se passait, ne jamais s’en désintéresser;
elle exprimait ainsi une vraie curiosité à l’endroit de
la vie quotidienne de chacune d’entre nous pour que cette vie ne soit
pas autre que la vie en Dieu.
Une autre
caractéristique de Rosette était la discrétion.
Mais comment parler de la discrétion d’une personne, alors
même qu’elle est, précisément… discrétion?
Je dirai donc seulement que cette discrétion était aussi
un discernement. Un jour, avec quelques autres femmes liées
à la Communauté Grandchamp, elle est partie, telle une
compagne d’Abraham, pour répondre à un appel et pour que
vive ce mouvement de femmes invitées à une vie
contemplative non communautaire, en plein monde, dans une prière
ardente et cachée pour «qu’ils soient un» selon la
volonté du Christ: les Servantes de l’Unité. Une aventure
vécue avec Mère Geneviève qui portait depuis
longtemps le souci d’une vocation plus cachée pour des femmes
seules, célibataires ou veuves. Elles ont cheminé, avec
comme règle, ce que nous appelons le «Texte de Base»
rédigé par Fr. Roger, de Taizé, initialement pour
des hommes qui seraient appelés à une vie monastique dans
la plus grande discrétion. Et nous voilà,
héritières de cette vocation, rassemblées par le
Christ, dans l’unité de l’Esprit, dispersées dans
plusieurs pays, vivant autant que possible la prière dans
l’écoute et la discrétion, nourries de cette
«feuille de route» que Rosette nous a laissée:
«Devenir
S.U.c’est essayer d’entrer dans le
dessein de Dieu: Il a créé le monde dans sa
beauté, sa complexité, sa variété pour en
faire une symphonie de paix, d’unité dans la diversité
par son Fils (Jean I). Être S.U., c’est participer au combat
victorieux de Jésus Christ qui a vécu, qui est mort et
ressuscité pour qu’advienne la volonté de Dieu, c’est lui
rendre témoignage dans la communion de l’Église; mais
l’Église est sans cesse en proie à des luttes internes;
comment peut-elle être ferment de paix quand elle est si peu
l’expression de ce qu’elle prêche, quand chaque chrétien
est si peu unifié à l’intérieur de lui-même?
La Servante de l’Unité est appelée à prendre
conscience de sa propre faiblesse, de son esprit de jugement, pour
recevoir miséricorde et vivre dans l’Église et le monde
la quête de l’unité que Dieu donne en Christ par l’Esprit
Saint. Par ses engagements d’obéissance, de pauvreté, de
célibat, elle se rend humblement disponible, là où
elle est placée, pour être signe que tout amour a sa
source, sa durée, son aboutissement en Dieu. (1 Cor.
15:26-28).»
Au fil de jours...
Le Conseil de cet été avait
précisément comme thème: l’écoute.
Expérience de toute une vie d’écoute, c’est ce que nous a
livré fr. François dans la retraite; c’est aussi le
témoignage que nous laisse Rosette Genton qui fut une amie, et
plus encore une soeur . Avec émotion et gratitude nous avons pu
ensemble rendre grâce pour sa vie donnée, et accueillir
tout ce que nous avons reçu d’elle à travers ses
enseignements, son écoute, son soutien et son accompagnement
discret de la Communauté depuis le début.
Le
Conseil, temps d’écoute des appels de Dieu pour la
Communauté aujourd’hui. Nous avons eu la joie de vivre la
profession de sr Lauranne et de faire mémoire de l’appel
reçu par sr Jacoba à partir en Terre Sainte, il y a 50
ans, de recevoir ensemble la grâce et la signification de ce lieu
d’insertion aujourd’hui: ouverture aux racines juives de notre foi, et
présence aux deux peuples (israélien et palestinien) qui
habitent cette terre. Trois soeurs sont reparties en septembre pour
Ste Élisabeth: sr Maatje et sr Hiltje avec sr Pascale pour
un temps, à laquelle succédera sr Vreni.
Être
écoute ensemble ... et à l’écoute les unes des
autres; nos rencontres communautaires nous permettent de partager joies
et préoccupations rencontrées dans nos différents
lieux et réalités d’Église: à Alger,
lieu d’engagement de sr Renée et sr Anne- Geneviève,
l’Église protestante traverse de grandes difficultés et
tensions. L’Église catholique a accueilli son nouvel
archevêque, Mgr Khaleb Bader, jordanien; il succède
à Mgr Teissier qui a longuement accompagné et
guidé les chrétiens d’Algérie pour les aider
à devenir une «Église de la rencontre».
À
Woudsend (NL) la paroisse qui depuis des années
déjà regroupe réformés et
reréformés a eu le courage d’envisager une restauration
complète de l’intérieur du temple. Sr Christianne
écrit: «Il nous reste maintenant à nous inventer
chaque jour pour miroiter dans le village que le défi financier
que représentait cette restauration est aussi l’expression d’une
audace de la foi qui se veut confiance en l’autre, dans la vie et en
Dieu».
Sur le chemin de la réconciliation:
* Des
veillées de
réconciliation: La Rencontre de Taizé à
Genève a suscité un élan, une espérance
dans les paroisses qui ont accueilli des jeunes, et bien
au-delà; l’appel de fr. Aloïs à prier entre
chrétiens de toutes confessions s’est concrétisé
ici à Neuchâtel par une prière mensuelle à
la basilique Notre Dame: urgence et grâce de pouvoir nous tourner
ensemble vers Dieu dans la louange, une prière toute simple, une
écoute silencieuse, une attente, portés par la
prière du Christ: Que tous soient un ...
Temps
forts qui prolongent nos rencontres et célébrations de la
semaine de prière pour l’Unité pour laquelle nous avons
été bien sollicitées cette année; sr
Pierrette a donné un message lors de la
célébration oecuménique à Neuchâtel.
* Des
témoins de réconciliation: Ils sont nombreux cette
année à être entrés dans la lumière:
–
Lukas Vischer qui a travaillé de longues années au COE
(Foi et Constitution) et s’était pleinement engagé pour
la cause de l’environnement en «pionnier d’une planète
à préserver».
–
Mgr Emilianos Timiadis et Don Hernando qui ont ouvert des chemins
nouveaux en initiant des Rencontres Internationales et
Interconfessionnelles de religieuses (actuellement EIIR). La
première s’est tenue à Grandchamp en 1970.
–
Dom Philibert, ancien père Abbé du Bec, lui aussi
passionné de l’unité et témoin de la longue
histoire entre le Bec Hellouin et Grandchamp,
–
Mgr Mamie dont le nom reste associé à la belle aventure
de l’ASOT (Assemblée Synodale OEcuménique Temporaire) qui
avait soulevé autour des années ‘70 une grande
espérance dans l’Église de ce canton.
* Des
rencontres: celles auxquelles nous participons
régulièrement sont des lieux précieux
d’échange: sr Vreni à la rencontre d’Ephrem au Tubet
(petites soeurs de Jésus); depuis 1967 des religieuses se
mettent ensemble à l’écoute des appels et défis
lancés à leurs communautés de contemplatives
non-cloîtrées. Sr Anneke est allée à la
rencontre de Kaïre à Erfurt: des religieuses, des
diaconesses, des femmes consacrées et engagées dans
l’Église se retrouvent tous les deux ans dans un autre pays
d’Europe, un autre cadre d’Église et de communauté pour
cheminer ensemble vers l’unité.
Missions
diverses et voyages ont jalonné l’année:
–
Sr Pierrette a donné une petite retraite dans le cadre de la
Fraternité de Prière oecuménique de
Romainmôtier, sr Lucie- Martine une autre à Lamastre, en
Ardèche et sr Minke une autre encore à Imshausen.
Celle-ci a donné aussi un témoignage lors de la
fête des 20 ans de la communauté d’El Roï à
Bâle: «la vie communautaire comme ouverture à
l’oecuménisme», un thème qu’elle développe
abondamment dans son livre «Vers une gratuité
féconde», dont nous attendons la parution en
néerlandais vers Pentecôte, puis en français.
–
Autre témoignage : celui de sr Veronika, «la prière
communautaire, chemin de paix», pour l’accueil à
Neuchâtel de la «caravane des femmes pour la paix».
–
Sr Pascale a participé à la rencontre du
Département de Recherche Communautaire à l’Abbaye de
Haute combe avec le thème: «l’oecuménisme, un don,
une tâche».
–
Contribution de sr Thérèse lors d’une journée de
la Diakonische Gemeinschaft à Dresden: «silence et vie
commune».
–
Sr Janny a fait un séjour chez les soeurs trappistines à
Berkel-Enschot (NL) avec arrêt à Bruxelles pour une
rencontre de la Fraternité du Serviteur Souffrant.
–
Sr Minke a participé au «voyage de la paix» en
Israël/Palestine, organisé par le père Shoufani,
avec Magda Lafon et un petit groupe de juifs, musulmans et
chrétiens.
–
Pour leur voyage de fin de noviciat sr Miriam et sr Mariane avec sr
Pierrette et sr Regina sont allées dans les Cévennes:
découverte du Musée du Désert et rencontres avec
le pasteur Daniel Bourguet aux Abeillières et avec les soeurs
cisterciennes à Cabanoule.
–
Plusieurs soeurs ont fait un grand voyage pour aller revoir leur
famille: sr Siong avec Twie, sa soeur jumelle, en Indonésie, sr
Minke au Canada et sr Eve-Evelyne au Congo.
…
Ainsi que des visites
Celle
des frères de Taizé au lendemain de la Rencontre de
Genève restera gravée dans nos coeurs: joie d’une
prière de midi, du repas partagé et d’échanges
fraternels. Visite aussi de trois frères d’Irak, Wissam, Yassir
et Rahid – que connaissait Marie-Laure – avec un partage
émouvant de leur recherche d’une vie monastique sur cette terre
irakienne déchirée; elle a été suivie de
celle d’un autre irakien: fr. Rami, dominicain.
Sr
Marie-Louise et de sr Marthe, diaconesses de Rubengera (Rwanda) sont
venues de Bossey avec sr Sistina, dominicaine missionnaire du
Pérou, nous parler de leur vécu à l’Institut
oecuménique. Peu après nous avons eu la joie d’accueillir
sr Anke leur responsable. Des séjours de plusieurs petites
soeurs de Jésus (Maria-Lydia, Danièle-Noële,
Sisirani, Bushra, Maria-Béatrix, Anna Serena), de sr Suzanne des
soeurs de Notre- Dame de Montréal nous ont donné de
goûter au don d’une communion vécue au quotidien. Deux
visites «éclair» et très joyeuses: celle du
pasteur Simon Kossi Dossou, président de l’Église
Méthodiste du Bénin, accompagné du pasteur
Célestin Kiki au lendemain de son élection comme
secrétaire général de la CEVAA et de la pasteure
Chantal Gohungo, et celle du pasteur Lala Rasendrahasina,
président de la FJKM, Église Réformée de
Madagascar. Passage aussi du père Franz Jalics s.j., initiateur
des «Exercices contemplatifs» que Karin Seethaler et sr
Michèle ont donnés à Grandchamp et au Sonnenhof.
L’Accueil
toujours nous invite à élargir l’espace de
notre tente – à Grandchamp et au Sonnenhof nous avons
été maintes fois dépassées par les
demandes! – et notre horizon: chaque année nous sommes
émerveillées de découvrir tant de nouveaux visages
et des groupes si divers dans une même soif et recherche de
l’essentiel. Notons pour illustrer cette diversité parmi tous
les groupes accueillis: les professeurs de la Graduate School de
l’Institut oecuménique de Bossey; la fraternité du Bon
Samaritain pour sa retraite «Amour et Pardon»; des
étudiants en théologie de l’Église Adventiste; les
Foyers d’Unité de Morges; des membres de la Fraternité
des Veilleurs; un groupe de pasteur(e)s du nord de l’Allemagne venus
accompagnés par leur évêque, Bärbel
Wartenberg-Potter et le Dr Jörn Halbe – après les retraites
à Ratzeburg, ils avaient grand désir de découvrir
Grand-champ; les futurs diacres et pasteurs de l’Église vaudoise
en préparation à leur consécration; le groupe
mixte de travail de l’Église Catholique Romaine et du Conseil
oecuménique des Églises, avec le Dr John Gibaut, nouveau
président de Foi et Constitution.
Une
page se tourne au Sonnenhof: le professeur Erich Bochinger a
donné cet été sa dernière retraite: long et
fécond ministère qu’il a assumé dans une grande
fidélité; soeurs et hôtes ont pu lui exprimer leur
profonde reconnaissance.
Dans
notre famille spirituelle: les membres du Tiers-ordre de
l’Unité ont cheminé cette année avec le
thème: «Tant que la terre durera ...» (Gen.
8:22). Nous avons eu la joie de vivre les engagements de
Françoise Delitroz, qui fait une partie de son stage diaconal
parmi nous, et de Françoise Mouron à Grandchamp, de Karin
Schick au Sonnenhof. Deux engagements chez les Servantes de
l’Unité; leur session sur le thème «Je me tiens
à la porte et je frappe ...» a été
marquée bien sûr par le départ de Rosette.
Depuis
l’été, beaucoup se réjouissent avec nous de la
nouvelle entrée de la chapelle de l’Arche plus spacieuse,
avec un bel escalier en chêne, un ascenseur et une grande et
lumineuse sacristie! Que notre architecte, M. Kohler, tous les
maîtres d’état et ouvriers soient ici encore très
vivement remerciés!
Cheminer
ensemble dans une écoute, dire oui à la vie comme elle
vient, une vie qui nous bouscule, et toujours à nouveau oser la
confiance, offrir nos cinq pains et nos deux petits poissons et
entendre Jésus nous dire: «ton peu suffit».
Nous faisons l’expérience jour après jour que Dieu
pourvoit à tout à travers vos gestes d’amitié, de
soutien, d’aides diverses et généreuses ... Nous en
sommes profondément reconnaissantes. A Bernard, à Schw.
Ursula, qui est maintenant retournée à Berlin, à
tous les volontaires, à Marie-Hélène qui nous
transmet élan et joie à travers le chant, à vous
tous et toutes qui avez été des anges pour nous, nous
disons un très chaleureux merci!
Et
comment ne pas évoquer ceux et celles qui nous ont
quittées cette année: Béatrice Dessoulavy, notre
ancienne voisine, Marie Drouby, notre soeur orthodoxe et amie du Liban,
Marga Frey, Madeleine Bernath et Isabelle Reichard du TOU ...
A
l’approche de Noël et dans la communion de Celui qui nous invite
à naître et à renaître, nous vous souhaitons
une fêtede la Nativité pleine de lumière et de paix!
Vos soeurs de Grandchamp