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Nouvelles de Grandchamp 2011

Une infinie bonté











«  Jette ton grain en terre… attends et espère… »

 

Soeur Marguerite a accueilli cette parole dans la confiance en Celui qui l’appelait, engageant toute sa vie dans cette aventure de foi qu’est la communauté. L’année 2011 marquait les 75 ans de son arrivée à Grandchamp, ainsi que les 50 ans de l’entrée dans la lumière de Dieu de Mère Geneviève. Aussi avons-nous fait mémoire, non pour nous enfermer dans un souvenir nostalgique du passé, mais pour nous remettre, comme toute l’Ecriture nous y invite, devant les merveilles de Dieu. Cette mémoire-là nous prépare à reconnaître Sa présence  toujours à l’œuvre dans l’aujourd’hui, à nous laisser interpeller et conduire plus loin car Dieu ne cesse de faire du neuf. Elle nous dispose ainsi à accueillir avec confiance ce qui vient.

 

La mémoire des humbles commencements, de l’intervention de Dieu dans l’Histoire, comme dans nos histoires personnelles, ouvre à la reconnaissance. Nous voulions alors célébrer l’œuvre de Dieu et nous réjouir avec d’autres, en particulier les familles de Soeur Marguerite et Mère Geneviève, rendre grâce ensemble :

 

* pour le grain jeté en terre hier, grâce aux retraites organisées dès 1931, pour l’audace de la foi de nos premières sœurs ; pour la féconditié de la rencontre et de l’amitié entre Mère Geneviève et Soeur Marguerite, leur disponibilité à ce que Dieu voulait accomplir.

 

* pour la communauté aujourd’hui,  pour la grâce de la prière commune, de la vie entre générations différentes, avec la diversité de nos origines, langues et cultures, traditions confessionnelles… C’est un don et un défi, un appel :  vivre l’unité dans la diversité, une parabole de communion. Aujourd’hui comme hier, à nous de regarder plus à Dieu qu’à nous-mêmes, à notre fragilité, à nos limites. Nous sommes peu de choses, mais ce peu suffit –  jette ton grain…  - quand nous l’offrons au Christ, au Souffle de l’Esprit. Nous pouvons alors partager avec beaucoup d’autres ce que nous recevons de Dieu.

 

* pour demain, cet avenir que Dieu déjà nous prépare. Nous ne savons pas de quoi il sera fait, mais nous savons que le Christ nous précède et chemine avec nous.

 

Choisie comme thème du Conseil et de l’année, une prière nous accompagne, inspirée du ps. 143 : « Que ton Souffle de bonté nous conduise vers une terre unie » . Une prière invoquant l’Esprit de Dieu « qui est partout présent et qui emplit tout », qui fait toutes choses nouvelles en nous et autour de nous. Il ne s’impose pas, s’efface pour laisser la place à notre liberté et vient renouveler la face de la terre à travers les cœurs qui s’ouvrent à sa venue, s’éveillent à sa présence et se laissent transformer. 

 

Que ton Souffle… Parmi les images désignant l’Esprit Saint, celle du Souffle évoque une légèreté, une fraîcheur – la brise légère qui vient caresser le visage - une douceur, une tendresse, une réalité discrète … tel « le bruissement d’un souffle ténu »  que perçoit Elie et qui lui dit une Présence.

  

… de bonté  Dieu est infinie bonté. Il ne veut que le bien, une plénitude de vie pour chacune de ses créatures. Il n’ignore pas le mal et ses ravages,  mais son regard va plus loin. Il discerne une bonté « plus profonde que le mal le plus profond » (Ricoeur). La bonté du coeur est reflet en l’être humain de la bonté de Dieu. Un don inestimable, un fruit de l’Esprit ! Imaginons un instant un regard de bonté posé sur nous et ses effets ! Ne rejoint-il pas chacun, chacune dans son attente la plus secrète : être aimé.

 

nous conduise … C’est portés par ce Souffle de bonté que nous pouvons avancer, nous laisser conduire dans le quotidien de la vie, nous y abandonner comme Jésus. Il nous faut apprendre jour après jour à lâcher les rênes, à accepter de perdre une certaine maîtrise de la vie, des événements – une maîtrise qui nous rassure dans l’insécurité, souvent profonde, qui nous habite, mais nous enferme aussi. Le Souffle de Dieu veut nous mettre au large. Notre vie deviendrait-elle alors comme un voyage en ballon ?  Dans son récit de la traversée de l’Atlantique, B. Piccard décrit cette aventure vers l’inconnu, qui enlève les repères habituels, oblige le voyageur à un laisser faire tout en demeurant très éveillé pour capter le souffle qui pousse dans la bonne direction. D’autres courants permettent peut-être d’avancer plus vite mais au risque d’aller à la dérive, loin du but fixé.

 

… vers une terre unie. L’image dit à la fois l’unification de notre terre intérieure et l’unité entre nous pour élargir notre regard vers la réconciliation de toute la famille humaine, de tout le créé, vers l’univers réconcilié annoncé par les prophètes. Le Christ a donné sa vie pour tout réconcilier, mais il ne nous remplace pas. Il nous appelle à entrer dans le don de Dieu, à laisser le Souffle de bonté respirer en nous,  élargir notre cœur.

 

« Que ton Souffle de bonté nous conduise vers une terre unie. »

 

Laissons les mots de cette prière résonner en nous, nous habiter, nous inspirer. Et que ce Souffle de bonté, qui a porté les débuts de la communauté, nous donne aujourd’hui encore l’audace de la foi, nous renouvelle dans le don de notre propre vie à la suite de Jésus, le Christ.

 

Sœur Pierrette


Grain de reconnaissance

 

JOURNEE D’ACTION DE GRÂCE

28 AOÛT

 

Journée toute baignée de lumière, de douceur que ce 28 août. Avec les familles de sœur Marguerite et de Mère Geneviève et quelques proches de la Communauté, nous avons pu faire mémoire, nous réjouir de ce que ces deux femmes à la personnalité si marquante avaient apporté aux uns et aux autres par leurs dons, leur rayonnement, nous réjouir tout simplement d’être ensemble, de nous rencontrer, nous découvrir. Laure-Anne, une arrière-petite-nièce de sœur Marguerite et de Mère Geneviève nous en donne un petit écho :

 

Le ciel est d’un bleu quasi royal, l’air si clair et agréablement frais en cette matinée de fête. Toutes de blanc vêtues, les soeurs nous accueillent avec le sourire lumineux que nous leur connaissons. Une journée toute spéciale puisqu’elle commémore la naissance de la communauté. Une journée particulière pour moi aussi. C’est autour de la figure de deux de mes arrière-grandes-tantes que se réunissent près d’une centaine de personnes (leurs descendants) en plus des soeurs de la communauté. Un moment pour se réjouir ensemble du grain semé il y a 75 ans déjà par soeur Marguerite, arrosé et mis en gerbe par Mère Geneviève et toutes les soeurs depuis. C’est avec bonheur que je retrouve oncles, tantes, cousins et cousines proches et lointains dans un contexte d’une grande beauté spirituelle. La journée commence par la célébration de l’eucharistie dans l’Arche où dansent les rayons du soleil à travers les vitraux colorés. Après la lecture de l’évangile, Frère François de Taizé nous dit des mots d’une telle justesse, nous rappelant qu’il est simplement « normal » de faire ce à quoi Dieu nous a appelés et à quoi nous avons les uns les autres répondu « oui » dans nos vies respectives. Rien d’exceptionnel à cela, pas de quoi louer son mari parce qu’il est là jour après jour… il fait même rire l’assemblée, ce qui me rappelle vivement ma tante Marguerite, comme nous avions coutume de la nommer à la maison. Je me souviens de son regard pétillant et de sa touche d’espièglerie, lorsque nous allions lui rendre visite dans son petit appartement de Taizé. Nous allions depuis ma plus tendre enfance régulièrement en famille à Taizé (frère Roger était l’oncle de mon père, nous étions très proches). À chaque occasion, nous ne manquions pas de passer un moment chez notre Tante Marguerite. Elle aimait rire avec nous, enfants. Et nous étions impressionnés de la simplicité et de la joie qui émanaient de cette petite maison.

 

Après un repas convivial avec la communauté, c’est la surprise qui nous attend dans l’Arche, cette fois transformée en scène théâtrale. Les sœurs nous jouent leur spectacle « souviens toi de ton futur », une pièce racontant avec poésie, humour, danse et musique la vision de soeur Marguerite, sa vocation et sa demande à Geneviève Micheli de bien vouloir venir orchestrer cela. C’est merveilleux de voir les soeurs déployer leur talent de comédiennes. Le passé, le présent et l’avenir se côtoient. Et la Marguerite blanche va devenir multicolore, à l’image de la richesse des couleurs contenues dans le blanc. Le blanc n’est-il pas la couleur obtenue en mélangeant la lumière de toutes les couleurs ? Une lumière qui inonde le coeur de chaque personne qui a la chance de passer par Grandchamp, le coeur de ceux qui, comme moi, se sentent en liaison spirituelle avec la communauté.

 

Au nom des deux familles, un merci fleuri pour cette belle journée !

Laure-Anne Dayer

 

 

* * *

 … Grain d’espérance

 

Une nouvelle fois Julia, notre amie du Guatemala, nous a fait le cadeau de sa présence pendant quelques semaines en été. Avec elle nous avons pu vivre des moments forts et festifs – la fête du 28 août ! -, nous réjouir de cette longue amitié, de tant de joies et de peines partagées dans une profonde communion, et porter avec elle les épreuves et l’espérance de son peuple :

 

SIGNES D’ESPERANCE

… EN TERRE D’OBSCURITE

 

Le Guatemala terre d’obscurité ? Depuis plus de 60 ans le pays a subi, et continue de subir, des vagues de violence : guerre entre la guérilla et l’armée pendant 36 ans, génocide contre le peuple maya, tortures, enlèvements, traitements dégradants et inhumains légalisés par l’Etat et l’oligarchie… Cette violence érigée en système a pour conséquences une pauvreté croissante, un retour en arrière en matière d’éducation, un renforcement des structures d’injustice économique et sociale, l’institutionnalisation de l’impunité, beaucoup d’insécurité et de souffrances.

 

Les contemporains de Jésus, et Jésus lui-même, n’ont-ils pas connu de telles situations d’injustice ? De son temps déjà des hommes et des femmes ont connu l’oppression, la pauvreté, et Jésus a choisi de se tenir de manière toute particulière auprès d’eux… C’est pourquoi j’éprouve de l’espérance et de la gratitude. J’ai la conviction profonde que Dieu, en Jésus, s’incarne aujourd’hui encore dans le pauvre, celui qui est nu et qui a faim, celui qui a soif... J’ai de l’espérance parce que sa Parole est vérité : « Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ?" Et le roi leur répondra : "En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait !" »

 Matth. 25/37-40

 

Dispersés dans tout le Guatemala, des pauvres ont mis leur espoir dans le Dieu de la vie, le Dieu de Jésus. Leur foi et leur résistance sont un signe fort d’espérance pour moi, des semences de paix. Tout comme l’engagement en actes et en paroles de non-croyants qui portent dans leur propre chair la douleur, les humiliations, la faim et la lutte des plus démunis témoigne de leur profonde humanité. Et tant de femmes qui, poussées par l’amour de la vie, travaillent et luttent pour la justice avec loyauté, honnêteté, et beaucoup de foi.

 

Nombreux sont aussi les groupes ( de tisserands, d’artisans…), les petites communautés pastorales, qui défendent non seulement le droit des femmes mais aussi le droit suprême de la vie humaine, le respect de la terre et de toute la création. Toutes ces personnes sont les témoins vivants de l’unique pouvoir de Dieu : le pouvoir de l’Amour, et c’est pourquoi elles sont invincibles. C’est le plus grand signe de vie et d’espérance.

 

Celui qui a vaincu la mort et qui est ressuscité est le même que Celui qui a été crucifié, trahi, insulté et abandonné. Cependant Dieu lui-même était en lui, passant par la même expérience. Etre sauvé, ce n’est pas être libéré de la souffrance, mais la vivre en sachant qu’Il l’éprouve avec moi au plus profond de mon être et que, déjà, est en œuvre en moi le pouvoir de la Résurrection.

Je n’ai plus peur de la mort,

Car je connais vraiment bien

Son corridor sombre et froid

Qui conduit à la vie.

Mais j’ai peur de la vie

Qui ne jaillit pas de la mort,

Qui raidit nos mains

Et entrave notre marche.

J’ai peur de ma peur…

 

Je vis chaque jour pour tuer la mort,

Je meurs chaque jour pour enfanter la vie,

et dans cette mort de la mort,

Je meurs mille fois

Et ressuscite tout autant

Puisque c’est l’amour qui alimente

L’espérance de mon peuple !

    (tiré du « Notre Père du Guatemala »)

 

Julia

 

* * *

 

DE REGARDS EN SOURIRES,

AU HOME DE LA LORRAINE

 

Soeur Ruth est arrivée nimbée des lumineuses brumes d’un automne avant l‘heure attendue et redoutée ; puis sœur Eva Maria l’œil pétillant d’une rondeur d’âme donnant au même habit une coupe soudain différente;  étonnement d’une présence aux visages pluriels ! Sœur Albertine enfin est venue rejoindre cette "fraternité de fortune", réveillant le souvenir d’une insertion autrefois résolue et discrète, dans le monde du dehors, par les chemins de l’usine ou d’autres continents rendus soudain à leur fraternelle proximité : l’humanité comme tâche et comme misère, peut-être. 

 

La lumière donne à connaître puis éblouit un jour et se met à brûler avant de se voiler de pertes incontournables. Passivité de ce que l’on ne choisit plus, consentement ou lâcher prise comme liberté ultime, se laisser faire, œuvre d’une altérité qui a le dessus, part d’ombre ou de handicap qui conduit ma vie au bord de l’inconnu avec son cortège de peurs et d’appréhensions; l’appel catégorique qui un peu lâchement  vous dit tout bas : « ça ne peux plus aller comme ça » !

Encore trop tôt pour le dire inespéré, il est un lieu ou terre et ciel se touchent, une ligne d’horizon qui a la consistance de la vie; au cœur de cette impasse se dresse l’enseigne d’une école, encore, chemin d’une humanité qui pudiquement se dévoile sous les convictions et les appartenances, dans la fragilité d’une dépendance essentielle, sans résignation ni démission

 

Ainsi votre venue "petites fleurs de Grandchamp", dans les espaces lisses et stériles d’un foyer médicalisé, votre inscription dans le tissu plus intime des approches quotidiennes qui font éclater le noyau dur d’un fruit infiniment tendre et subtil.

Ferments malgré nous, embarqués dans une arche de Noé qui donne à l’horizon de nos vies la courbe de l’arc en ciel ; s’y révèlent des couleurs enfouies, ensemble nous venons en lumière, sans le savoir, dans l’être qui nous maintient, nous entretient presque malgré nous ;  presque, parce que notre liberté à peine reconnaissable s’est parée du plus humble habit,  consentement, condition partagée et incontournable, la reconnaissance du sentier des profondeurs…

 

Sœurs, nos amies le deviennent en humanité, fraternelles au Christ filigrane des jours, lumière dans l’obscurité désorientée,  visage donnant à chacun l’altitude infinie du cœur ; du plus modeste point de vue, dans l’attention du geste, du regard, du silence vers celui qui vient.  Et puis La Lorraine avec vous, le dimanche  accueille dans l’ondulation bleue de vos  robes devenues familières, la belle Eucharistie d’un lien qui porte dans la simplicité du geste explicite, le gage d’une infinie communion !   Merci.

 

Christian

 

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Grain jeté en terre

 

MERCI … c’est profondément aussi ce qui nous habite lorsque nous pensons à l’accueil que nos sœurs ont reçu à la Lorraine. Nous sommes très touchées par l’attention, la délicatesse, les bons soins de toute l’équipe soignante, de Christian, l’animateur spirituel. A travers les visites régulières se sont tissés de beaux liens d’amitié, liens devenus plus forts encore après le décès de s. Eva Maria, le 7 juin, et celui de s. Ruth, le 4 août.

Et ce merci nous l’étendons à vous tous et toutes qui nous avez manifesté votre amitié, votre communion à l’occasion de ces deux décès.

 

* * *

 

Dans la retraite du Conseil, frère François nous a invitées à la reconnaissance : « C'est seulement en étant reconnaissants que nous découvrons la portée, la force même, la force nourrissante de tout ce que Dieu nous a donné ».

Reconnaissance qui donne du poids à tout ce que nous avons reçu et recevons jour après jour, qui donne du poids à votre amitié, votre prière, votre soutien. Reconnaissance qui donne du goût à nos rencontres, nos partages… Tout simplement merci à chacun et à chacune !

 

Un merci tout particulier enfin à nos voisines     et   voisins,    ainsi    qu’à

s. Françoise pour toutes les forces et les talents déployés pour la mise sur pied de l’exposition de photos retraçant les 250 ans du hameau de Grandchamp. Elle a réjoui un grand nombre de personnes, parmi lesquelles beaucoup d’anciens élèves de l’école secondaire qu’abritaient autrefois certains de nos lieux communautaires !

 

* * *


Attends et espère …

 

 

C’est tout le programme de ce nouvel Avent, temps où se creusent le désir et l’attente de Celui qui vient, au cœur de nos obscurités, ouvrir un chemin de lumière et de paix.

 

A chacun et à chacune nous souhaitons des fêtes bénies, une nouvelle année portée par Son Souffle de Bonté !

 

 

 

 

Les sœurs de Grandchamp


 


 

 

 

 

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                                                                 Grandchamp 4        CCP 20-2358-6  

                                                        CH - 2015 AREUSE        France : Dijon 6 225 36 H

 




 

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