Actes 1,1-11 / Éphésiens 1,17-23 / Luc 24,44-53

Souvenons-nous de la dernière parole de Jésus sur la croix, dans l’Évangile de Luc : Père, entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46). L’ascension du Seigneur ne serait-elle pas annoncée par ce cri ? Jésus a vécu l’obéissance jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Sa vie fut entièrement donnée au Père et aux êtres humains. Dans la mort, il s’abandonne. Il est tout à Dieu. Il est Dieu !
C’est pourquoi il a vaincu la mort. Le Christ est ressuscité !
La vie éternelle, ne serait-ce pas cela : appartenir à Dieu, pour toujours ? C’est l’un des enseignements des récits de l’ascension du Seigneur.

Que fait Jésus, dans les moments qui précèdent son ascension ? Il parle ; il rappelle à ses disciples son œuvre de salut, sa mort et sa résurrection, selon les Écritures (Lc 24,46). Uni à la volonté du Père, un seul Esprit avec lui, il enseigne à ses disciples la même fidélité et la même obéissance. C’est à eux désormais de devenir ses témoins.
Puis, Jésus les bénit, et ne fait plus rien. Plus exactement, il se laisse faire : il ne monte pas lui-même au ciel, mais le texte nous dit qu’il fut emporté au ciel (v.51). Jésus ne disparaît pas de lui-même, mais une nuée vint le soustraire à leur regard (Ac 1,9).
Qui est acteur dans tout cela ? Personne n’est mentionné. Dans l’Ancien Testament, il arrive ainsi que l’action de Dieu soit suggérée, sans le nommer, pour sauvegarder le mystère et le respect dûs à son Nom. Père, entre tes mains je remets mon esprit, s’était écrié Jésus. Maintenant, dans le silence d’un brouillard, le Père accueille celui qui fut tout à lui.

Que font les disciples de Jésus, dans les moments qui précèdent son ascension ? Ils vivent une expérience inverse de celle du Seigneur.
Pour commencer, ils sont presque passifs. Ils avaient fui au moment de l’arrestation de leur Maître. Puis ils s’étaient cachés, par peur des autorités. Alors, c’est Jésus qui les a rejoints. Ils ne l’ont même pas cherché. C’est à eux qu’il s’était présenté vivant après sa passion (Ac 1,3) ; il s’était fait voir d’eux et les avait entretenus du Règne de Dieu (id.).
Comme ce sera le cas plus tard pour l’apôtre Paul, les premiers disciples sont pris par la rencontre éblouissante et inoubliable du Christ ressuscité. Ils reçoivent Parole visible et parole audible. Ils ne sont que récepteurs. Le mouvement de Jésus vers son Père se retourne en leur faveur. Entre leurs mains Jésus se remet. Il leur donnera bientôt son Esprit (v.5).
Jésus disparaît. Les disciples désormais restent seuls sur le devant de la scène. Vous serez mes témoins, leur avait dit le Seigneur, …jusqu’aux extrémités de la terre (v.8). L’Église, Corps du Christ, prend naissance. Le Ressuscité se laisse porter ici-bas par ceux qu’il a choisis.
Jésus reviendra. Mais en fait, il n’est pas vraiment absent. Son Esprit le rend présent dans la vie de ses disciples. Il a ouvert leur cœur à sa lumière (Ep 1,18), écrit Paul. En attendant le retour du Seigneur, ils ont du pain sur la planche ! On peut le dire, puisqu’ils reçoivent la mission de partager au monde le pain de vie : On prêchera au nom du Christ la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations (Lc 24,47).

Au nom du Christ… Tout est dit dans cette petite formule. Elle exprime ce que le Seigneur attend de nous maintenant, si nous voulons être ses disciples. « C’est vous qui êtes témoins (v.48) de la résurrection et du salut », redit Jésus, tête de l’Église (Ep 1,22), à chaque génération de chrétiens.
Le royaume des cieux est à ses disciples (Mt 4,3), avec la promesse de retrouver pour toujours le Seigneur. Mais en attendant, il ne sert à rien de rester à regarder vers le ciel (Ac 1,11). C’est au nom du Christ que nous sommes en ambassade (2Co 5,20).
En quoi cela consiste-t-il ? L’apôtre Paul fait comprendre que cette ambassade engage l’être tout entier. C’est une sagesse, un appel, un héritage, une puissance que Jésus nous fait partager (Ep 1,17-19). Nous sommes les bénéficiaires de ce que Dieu a mis en œuvre dans le Christ (v. 20).
Il s’agit donc de vivre avec le Christ, de vivre en Christ, de vivre sa victoire (cf. v.21), de se laisser remplir, ensemble, de sa plénitude (v.23), jusque dans les plus petits aspects de l’existence. Paul dit ailleurs : Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père (Col 3,17).
La perspective du faire pourrait nous décourager. Mais rendre grâce, c’est un élan joyeux sur le chemin de la vie. L’élan de l’eucharistie, d’une participation à la joie du Royaume. Cet élan qui a entraîné les apôtres sur le chemin de l’évangélisation du Bassin méditerranéen.
Le chrétien est quelqu’un de reconnaissant. Sa vie dit merci à Dieu parce que, à cause de lui mais pour lui, le Christ a souffert et est ressuscité des morts le troisième jour (Lc 24,46). Le Christ s’est donné pour nous, et le Christ s’offre à nous chaque jour pour nous remplir de son Esprit, et nous faire renaître à la vie nouvelle des enfants de Dieu.

L’Ascension n’est pas un au-revoir. Christ règne maintenant, Christ est vainqueur, et nous sommes ses ambassadeurs. L’Ascension nous rappelle notre présence au monde pour aimer nos frères, pour leur dire leur salut, pour être témoins de l’amour de Dieu.
Les derniers mots de l’Évangile de Luc évoquent la joie (v.52-53). La joie des disciples de Jésus, qui ont compris que leur vie prend son sens quand elle se remet entre les mains du Père, et quand elle reçoit de lui l’Esprit du Ressuscité. Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, dit Paul, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle ! (Ep 1,17)

Amen.