Marc 10 :35 à 42                  Eph 2, 11 – 22tulip

C’était il y a 25 ans, c’était le soir, j’étais assise au bord du lit de mon aîné qui avait 9 ans, c’était le moment du coucher. Appuyé sur son coude, il me demanda : «T’es d’accord maman » ?- « D’accord de quoi » ? « Eh bien d’accord de dire que c’est moi que tu aimes le plus ? » Devant mon silence il s’empressa d’ajouter, « mais c’est sûr je ne le dirai pas aux autres ».

Mon Dieu, que répondre à cet enfant ?

Je le voyais déjà fanfaronner devant ses frères et sœur disant : « Na, na, na c’est moi qu’elle aime le plus…elle me l’a dit. » Mais répondre sec et ferme, « Il n’en est pas question » ne serait-ce pas ignorer sa quête, son besoin d’amour, sa demande d’un privilège Alors mon Dieu, que dire ?

Et là dans mon désarroi, le Seigneur m’a inspiré ceci : « Je ne peux pas te dire que je t’aime davantage que les autres, mais ce que je peux te dire c’est que tu es celui que j’aime depuis le plus longtemps ».

Voilà ce qui est revenu à ma mémoire en lisant la demande de Jacques et Jean, d’être placés aux côtés de Jésus pour l’éternité.

Pour moi cette demande rappelle que nous sommes tous, sans doute tous, en quête de relations privilégiées, nous aimerions être le meilleur ami de tel ou tel, ou celui sur qui il peut compter le plus …et au fond du fond, nous aimerions être sûrs d’être aimés.

 

C’est ainsi que la demande de Jacques et de Jean m’émeut bien plus qu’elle ne m’irrite.

Les 2 frères commencent comme l’enfant par demander un chèque en blanc : « Fais pour nous ce que nous allons te demander » J’imagine Jésus sourire intérieurement : « Et quel est votre désir ? » «… eh bien, être là, chacun à tes côtés pour l’éternité »

Petit silence de Jésus, puis cette parole : « Vous ne savez pas ce que vous demandez …» Cette réponse me fait réfléchir à la prière, savons-nous bien ce que nous demandons dans nos prières ? En mesurons-nous le sens ? Certainement pas, en tous cas pas toujours…

Jésus n’en fait pas le reproche à ces deux disciples, il leur adresse une parole qui va les amener à réfléchir et à mieux comprendre qui il est et à quoi ils sont appelés.

Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? Je ne sais pas ce que vous auriez répondu à cette question de Jésus, je crois que moi j’aurai répondu non, mais eux répondent oui et là, ils sont modèles pour nous tous. Oui, ils sont prêts à affronter la persécution, oui ils sont prêts à être engloutis dans la mort. Alors avant de nous ranger aux côtés des disciples, outrés par la question posée, prenons le temps de considérer la foi de Jacques et Jean. Après avoir entendu Jésus évoquer sa Passion pour la 3e fois, ils demandent certes une faveur, mais ils disent aussi leur foi en la résurrection de leur Seigneur et leur désir d’être avec lui sur l’entier de son chemin. En ferions-nous autant ?

Jésus, attentif, comme toujours, pose un regard bienveillant sur ses deux disciples, Attentif à toute demande, même saugrenue, voilà un bel encouragement à la liberté de notre prière, parce que c’est dans ce dialogue de cœur à cœur que le Seigneur nous fera cheminer comme il l’a fait ce jour-là pour tous ses disciples réunis.

Jésus perçoit la mécompréhension de Jacques et de Jean, certes ils sont zélés pour lui, prêts à tout et cela Jésus ne le remet pas en question, parce qu’il sait bien que s’ils pourront tenir dans l’oppression, ce ne sera que parce que Lui-même les tiendra encore.

Ce que Jésus éclaire ici c’est ce qui le concerne lui, c’est ce qu’ils n’ont pas bien compris de la réalité de son Règne, c’est là ce que nous aussi avons tant de peine à saisir.

Il prend appui sur ce que chacun connaît : la gouvernance des nations, faite de rapports de force et de pouvoir hiérarchique, donc de luttes pour être au sommet de l’échelle et de rivalités pour obtenir quelques privilèges.

Dans le Règne de Dieu, dit-il, cela n’a pas cours. C’est précisément cela qu’il est venu vivre au milieu d’eux, il le leur a dit : ma vie se reçoit de Dieu pour se donner à vous.

Tous ceux qui marchent à la suite du Seigneur marchent à la suite d’un Seigneur qui se donne, qui est venu, comme le dit ce passage aux Ephésiens, pour libérer l’humanité aliénée, pour anéantir la haine et faire de nous sa demeure ici-bas par l’agir de son Esprit en nous.

C’est dire que dans la communauté chrétienne, la recherche de privilèges ou de pouvoir ne devrait pas avoir lieu. Or combien de nos communautés sont en difficultés justement dans ces questions de gestion de pouvoir ?

Alors Jésus se fait concret, encore davantage, pour que nul ne puisse dire qu’il n’a pas bien compris, il dit à celui qui veut être grand qu’il soit serviteur des autres, parce que dans le Royaume c’est à cela que nous sommes tous appelés : à être au service les uns des autres. Et lui, Jésus sera notre modèle, lui qui s’est fait serviteur de tous.

 

Nous le savons bien, cette manière de vivre nous est difficile et nous sommes prompts à nous éloigner de cet appel du Christ. Le Seigneur le sait aussi, c’est pour cela qu’inlassablement il nous le rappelle et qu’il nous a placés ensemble en Eglise pour nous fortifier pour vivre de cette manière-là au cœur de notre monde.

Tout à l’heure, quand il nous aura rassemblés autour de la table pour partager la même nourriture, nous reconnaîtrons que nous sommes dépendants de ce Seigneur qui s’est fait serviteur pour nous tous et qui lui-même nous équipera ensemble pour vivre de ce même Esprit de service.

Tous nous avons besoin de l’agir de l’Esprit du Seigneur en nous pour nous faire vivre de cette manière-là. C’est à un grand travail, un travail de conversion, que Jésus appelait ses disciples ce jour-là, à partir de la question de Jacques et de Jean.

Ce travail reste pour nous un gros travail, partout, aussi bien pour vous en Communauté que dans l’Eglise en tous lieux. Ce sera sans doute toujours une lutte, parce que notre peur de manquer, notre désir d’être un peu privilégié, notre soif de pouvoir nous éloignent du service de l’autre.

Mais le Seigneur chemine avec nous, écoute nos désirs et éclaire nos peurs pour nous orienter vers sa Vie, une Vie qui toujours se donne.

Qu’alors comme Jacques et Jean, nous puissions dire que nous voulons bien suivre notre Seigneur sur ce chemin du service, dans la confiance que lui-même nous en donnera les moyens.

Amen.