Ephésiens 2.13-22 et Jean 6.51-59

« L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de tout ce qui sortira de la bouche de Dieu » Dt.8.3, repris par Jésus lorsqu’après 40 jours de jeûne, il est tenté de changer des pierres en pain.

Au commencement, chapitre 1, au commencement est une Parole, en elle lumière et vie.
Parfois et même souvent, elle est refusée, mais elle est grâce, et grâce sur grâce…

comme cette eau de purification qui devient vin de fête, d’alliance et d’amour . (chapitre 2)

Vient un souffle, pour une naissance au vent d’une vie éternelle, puis une source vive à recevoir, à laisser jaillir en vie éternelle, (chapitres 3 et 4),

une force qui guérit, qui comprend et remet debout, plus forte que les frontières et même le sabbat, (chapitres 4 et 5),

Et puis le pain, un pain offert par un jeune garçon, partagé et multiplié par Jésus.
Puis Jésus rejoint les siens en marchant sur la mer agitée, chapitre 6.

Avec ce pain, on arrive au cœur de tous les dons de Dieu pour nous donner la vie, sa vie.

On est aussi au milieu des sept signes-miracles de Jésus qui jalonnent l’Évangile de Jean : Cana, la guérison du fils de l’officier royal, la guérison du paralytique puis le pain. Il y aura ensuite la marche sur la mer, la guérison de l’aveugle-né et la résurrection de Lazare, lumière et vie.
Dons et signes pour un chemin, un chemin avec Jésus, un chemin de vie, un chemin où il nous donne sa propre vie pour que nous en vivions.
Tout au long de l’échange qui suit la multiplication des pains, l’opposition, l’hostilité-même grandit, et le refus. Nous en sommes à la conclusion et juste après, il faudra choisir : continuer à suivre ce Jésus étrange qui se cache pour ne pas être fait roi à la façon humaine mais nous rejoint comme il a rejoint ses amis sur la mer agitée. Il sait quand nous luttons pour avancer, pour vivre, quand nous nous croyons loin de lui…
Pour faire route avec lui, aujourd’hui comme hier, voici le pain ! le pain des jours, le pain de chaque jour. Le pain de sa vie !

En partageant ce texte avec des personnes âgées à l’EMS d’Yvonand, j’ai commencé par leur demander pourquoi elles venaient au culte alors qu’elles ont tout ce qu’il faut, nourriture, boisson, soins…
Réponse spontanée : « parce qu’on en a besoin ! »
Besoin d’un autre pain, elles le sentent bien, nous aussi, je crois !
Et c’était jour de Ste-Cène… Ce pain, le pain que Jésus nous donne, c’est lui-même, dans toute son humanité. Et sa fragilité, face à l’hostilité et au refus le conduira à la mort. Mais ce ne sera pas qu’un coup du destin et de l’incompréhension, c’est un don voulu pour nous, pour que nous recevions et partagions sa propre vie plus forte que toutes les forces du mal et de la mort.
« Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour que le monde ait la vie » (v.51)
On en a bien besoin !

Bon d’accord, ça fait réagir : « comment peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Petite remarque de Marion Muller-Colard :
« Lorsqu’on naît dans une mangeoire à la Maison du Pain (Bethléem), il vaut mieux admettre d’emblée le risque de se faire manger ! »
Mais là encore, ce n’est pas un destin qui serait tombé sur cet enfant, c’est un don volontaire. Jésus, et pour cause, connaît bien notre nature humaine, puisqu’il la partage, il sait bien que manger c’est la seule façon de s’incorporer quelque chose, que cela devienne notre propre chair et fasse vivre chacune de nos cellules
Manger sa chair, c’est la faire sienne, qu’elle passe la barrière de la gorge et de la tête descende jusque dans nos entrailles, qu’elle devienne notre propre chair et nourrisse notre être le plus profond, là où nous entrons en communion avec lui, Jésus, et par lui avec Dieu lui-même, le Vivant, source de toute vie !
Cette communion, c’est notre vie, c’est la source, la force, le secret de notre vie…éternelle, dès maintenant.
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour » (v.54) : Depuis là, le verbe utilisé pour manger, c’est mâcher consciencieusement, comme lors du repas de la Pâque, où il faut mâcher soigneusement chaque aliment en pensant à sa signification, on pourrait dire le « manduquer ». On dit d’ailleurs manduquer la Parole, Jésus est la Parole faite chair, manduquer Jésus !
Et juste après pour dire la même chose avec d’autres mots, Jésus dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (v.56)
Ce demeurer en lui et lui en nous, c’est déjà participer à la vie éternelle, parce qu’en lui c’est le Vivant lui-même qui se donne à nous, qui pénètre en nous, et tout ce qui de nous est habité, vivifié par lui, par son amour, l’est pour l’éternité.
Dans cette communion avec lui s’enracine notre vie, nourrie par Dieu dans la suite du don de la manne au désert, mais cette fois pour une vie éternelle.
Ce texte, en conclusion de tout l’échange sur le pain nous renvoie bien sûr à l’eucharistie qui contient tout cela et nourrit les chrétiens faisant de la mort et de la résurrection de Jésus un don de vie, don de son corps et de son sang, un repas qui nous unit, ensemble et avec lui, dans une espérance plus forte que la mort et que toutes les forces de mort.
Car comme dit Paul avec d’autres mots. « Dans sa chair il a détruit le mur de séparation, la haine… sur la croix, il a tué la haine » (Eph.2.14+16) pour annoncer, donner la paix à ceux qui sont loin et à ceux qui sont proches.

Amen

Jeanne-Marie Diacon