Dn 10. 4-14 ; Ap 12, 7-12a ; Jean 1, 47-51

Devant ma perplexité de prêcher sur St.Michel et tous les anges, s. Pascale m’a dit qu’il y avait pourtant plein de mentions d’anges dans la Bible. Je veux bien, mais il y a anges et anges ! Quand j’entends parler de la fête de l’archange Michel avec tous les anges, je vois tout de suite une nuée d’anges voltigeant dans le ciel. D’où me viennent ces images de personnes, souvent beaux et jeunes, avec des ailes? N’est-ce pas surprenant, quand on sait que le mot ange, tiré du grec angelos, signifie messager/envoyé? Son équivalent hébraïque malak a le même sens et c’est la fonction qui importe, celle d’être au service de Dieu pour transmettre un message, être son porte-parole, son envoyé – ainsi le prophète Malachie en fait partie, puisque son nom signifie mon messager. Dans le 1er Testament, malak désigne la plupart du temps un messager humain et bien terrestre, mais pas toujours.

Ce n’est qu’à une période tardive que se sont développées en Israël des représentations diverses d’êtres célestes, avec une hiérarchie et des archanges portant même des noms, Michel, Gabriel, Raphaël… ! Puis on en est venu à traduire par ange tous les messagers de Dieu qui ne se présentent pas en chair et en os! Or, ne sommes-nous pas jusqu’à ce jour marqués par ces images d’anges avec leurs ailes ?

Pour ma part, j’ai de la peine à me représenter des anges ailés. N’est-ce pas un langage symbolique, liée à des représentations antiques, influencées par la culture ambiante de l’époque et devenu populaire? Un langage très parlant j’en conviens !  D’ailleurs, moi-même je disais durant des années que Dieu nous avait attribué, surtout à mon mari, des anges gardiens faisant partie des troupes d’élites, en service 24h sur 24.

Qu’il y ait des forces invisibles, bonnes ou maléfiques, j’ai appris à l’admettre, au Cameroun, malgré mon rationalisme bien occidental. Que Dieu agisse, c’est évident pour moi! Qu’il ait des armées d’anges, de messagers messagères envoyé-es pour intervenir, sauver, protéger, accompagner ou transmettre des messages, pas de problème. Mais si on me demande de les décrire et d’expliquer qui ils sont, où et comment ils vivent, je n’en sais rien. Je dirais volontiers comme mon mari le faisait au sujet de guérisons, en parlant des esprits : Je n’y comprends rien, aux forces de la nuit, au monde des esprits, maléfiques ou non, mais je prie et j’invoque le nom de Jésus sur des personnes malades ou possédées parce que je crois en lui et en Dieu, puissance de vie, de guérison, de libération.

Voilà pour ce monde insaisissable, invisible et pourtant réel, qui me dépasse. Que dire à partir de là sur les textes proposés en ce jour de fête?

Daniel et l’Apocalypse utilisent tous deux ce langage codé, caché, dit apocalyptique, qui permet d’affermir la foi en période de persécution. Les deux mentionnent Michel : Daniel se jette à terre en voyant une apparition éblouissante, à l’aspect d’un homme, porteur d’un message. Celui-ci ne dévoile pas son nom, mais ce n’est pas Michel. Daniel seul voit et entend cette apparition, mais pas les gens qui l’entourent. Le message qu’il transmet est à la fois politique et prophétique – et il mentionne Michel, qui nous intéresse particulièrement : «Le Prince du royaume de Perse s’est opposé à moi pendant 21 jours, mais voici que Michel, l’un des Princes de premier rang, est venu à mon aide,[…] Je suis venu te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple dans l’avenir, car il y a encore une vision pour ces jours-là»(v.13s) – Michel est donc l’un des Princes de premier rang, envoyé combattre le prince des Perses – c’est tout ce que nous apprenons de lui.

Dans l’Ap, le combat se déplace sur le plan céleste, donc spirituel et cosmique : Il y eut alors un combat dans le ciel : Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges, mais il n’eut pas le dessus […]. Le grand dragon, l’antique serpent, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier, fut précipité sur la terre et ses anges avec lui (10, 7s).- Impressionnantes, ces 2 armées d’anges, celle de Satan et celle, non pas de Dieu directement, mais de Mikaël. Comment comprendre la place de Michel? Mi-ka-ël signifie «qui-comme-Dieu» – est-ce une affirmation, celui qui est comme Dieu ?

Serait-il comme Dieu ou si proche de lui que c’est lui qui commande tous les anges ? Je penche plutôt pour une exclamation marquant le respect et l’humilité, la distance entre Dieu et toute créature : qui est comme Dieu, comparable à Lui ? – personne, seul Dieu est Dieu! Ce serait alors une attitude d’humilité et de crainte respectueuse. St. Michel, modèle pour tous les anges, pour être son envoyé, son messager…

Dans l’évangile selon Jean, Jésus ne parle pas de Mikaël, mais reprend la vision qu’avait Jacob  de l’échelle avec des anges: « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme» (Jn 1,51). Le ciel ouvert ne signifie rien de moins que le début de l’ère messianique, nous explique Jean Zumstein, dont le commentaire m’a éclairée. Le va-et-vient des anges marque la relation constante avec Dieu qui nourrit le Fils de l’homme. Et reconnaître en Jésus le Fils de l’homme, le Christ, c’est la chose la plus grande que Nicodème est invité à voir ; «Tu verras des choses bien plus grandes.» – Oui l’ère messianique a commencé.

Or, depuis la venue du Christ Jésus, et son élévation par la croix dans la gloire, le ciel ne s’est plus jamais fermé – Etienne en est le témoin, lui qui lors de son martyre vit la gloire de Dieu et Jésus debout à sa droite. Voici, dit-il que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu (Ac 7,55s).

En d’autres termes, Jésus nous offre la relation intime qui le reliait au Père. Le ciel est ouvert et le Christ nous invite à participer déjà à la vie avec Dieu ou, selon d’autres langages, à la vie céleste, à l’ère messianique. Et sa relation de plénitude signifiée par le va-et-vient des anges «au-dessus du Fils de l’homme», cette relation nous est donnée en J-Ch ; relation à vivre dans notre quotidien.

Dieu descend – et dans des situations particulières, sa présence et sa puissance se font sentir. Est-ce par des anges, ailés ou non, par d’autres êtres ou forces invisibles? Dieu le sait, et je lui fais confiance.

Et je pense qu’il se sert parfois aussi d’anges en chair et en os pour nous transmettre un message, nous soutenir dans nos combats, même s’ils ne s’en rendent pas compte ! Davantage encore : si nous écoutons attentivement, ne se pourrait-il pas que Dieu nous demande un jour d’être un ange, une messagère, un messager, ou un/une envoyéE … pour un ami, une voisine, des inconnus  – J’ai lu quelque part : Les amis sont des anges qui nous aident à nous remettre sur nos pieds quand nos ailes ont oublié comment voler ! Alors oui, les anges existent bel et bien, et pourquoi pas sous différentes apparences ?

Aujourd’hui, c’est la fête de st. Michel et tous les anges. Fêtons l’archange avec tous les anges, sans en oublier aucun !

AMEN !