Jean 18,33-37 ;  Ap 1,4-8

Selon le dictionnaire étymologique, le mot « univers » (en latin « universum ») signifie que tout est « tourné vers l’unité, » donc destiné à être uni.

UN UNIVERS UNIFIÉ

Le Christ, qui avec le Père a créé tous les êtres visibles et les êtres invisibles, est donc venu dans la monde pour abolir la distance entre le ciel et la terre, entre l’invisible et le visible.

Nous sommes dans un temps liturgique très particulier : le mois de novembre est inauguré par la Fête de la Tous-saint, de TOUS les saints (pas seulement ceux du calendrier, aussi tous les croyants défunts) et nous conduit jusqu’à ce dernier dimanche de l’année liturgique, où le Christ rassemble en lui tout l’univers, où il unit l’Eglise du ciel avec celle de la terre.

Après les nombreux deuils que votre Communauté a vécus des derniers temps, que nous disent donc nos textes de l’Evangile et de l’Apocalypse, dans tous nos deuils, dans notre vie de prière ?

« Mon Royaume n’est pas de ce monde, dit Jésus à Pilate pour le rassurer : le royaume de Jésus n’est pas bâti sur le pouvoir comme l’empire romain dont Pilate était le représentant. Non, le royaume du Christ est basé sur L’AMOUR, comme quand Dieu se présente à Ezéchiel sous l’image d’un Berger.

Puis Jésus poursuit :  « Je suis né et je suis venu dans ce monde pour témoigner de la vérité. » Or la vérité, chez Jean, n’est pas une vérité doctrinale, mais ce mot signifie LA RÉALITÉ.

Pourquoi Jésus dit-il qu’il est NÉ et VENU dans le monde pour témoigner de la vérité ? Parce qu’il témoigne de la réalité d’un autre monde d’où il est venu ; il témoigne de la réalité de son ROYAUME INVISIBLE.

Quelques textes bibliques à ce sujet, puis quelques témoignages.

UN CIEL OUVERT AU-DESSUS DE NOUS

Esaïe avait déjà supplié : « Oh ! si tu déchirais les cieux, et si tu descendais ! »

Et avant la naissance de Jésus, Dieu avait commencé à déchirer les cieux, en envoyant un ange à Zacharie, pour annoncer la naissance D’UN PROPHÈTE après 400 ans de silence prophétique !

A Noël, le ciel continue à se déchirer : une multitude d’anges viennent annoncer que le ciel est en fête et que Dieu envoie sa paix sur la terre à tous les humains, car il les AIME !

Au baptême de Jésus les cieux s’ouvrent pour ne jamais se refermer ! Et ce que Dieu proclame à son Fils du haut du ciel s’applique aussi désormais à toute l’humanité : avec mon Fils,vous êtes mes filles et mes fils bien-aimés !

Puis : Vainqueur du mal dans le désert,   c’est de nouveau le ciel ouvert :

Entouré d’anges au clair visage,   il parle aux animaux sauvages !

Cette fois c’est la Création qui est habitée par la présence de Dieu en Jésus !

Jésus déjà à Nathanaël – donc à nous aussi : « VOUS VERREZ le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’Homme, » Jn 1,51.

(Remarquons qu’ici comme dans le rêve de l’échelle de Jacob, les anges MONTENT avant de descendre ! Comme si leur résidence PRINCIPALE était sur la terre ! Ils sont des esprit envoyés pour secourir des humains SUR TERRE. Ils sont là tout autour de nous.)

A la mort de Jésus, c’est le VOILE DU TEMPLE qui s’est déchiré : la distance entre Dieu et les humains est abolie, Dieu se fait accessible, proche de nous !

« NOS BIEN-AIMÉS DÉFUNTS, les seuls que la mort ne peut pas nous prendre ! » (Poème hébreu de Rachel).          Jésus est appelé dans notre texte de l’Apocalypse « le Témoin fidèle, le PREMIER-NÉ D’ENTRE LES MORTS. »

Il est donc celui qui peut le mieux parler des croyants défunts,  puisqu’il est lui-même descendu au séjour des morts pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de l’Evangile de la résurrection : il a VU et il VOIT les humains de toutes les générations avant lui et après lui ! (1 Pierre 3,18 et 4,6).

Il annonce ainsi ce que l’Eglise a plus tard appelé LA COMMUNION DES SAINTS, c’est-à-dire que nous sommes liés à tous les croyants, sur la terre ET DANS LE CIEL.

(Matthieu souligne même : « La terre trembla, les rochers se fendirent, les tombes s’ouvrirent et plusieurs croyants qui étaient morts ressuscitèrent avec leur corps ; après la résurrection de Jésus ils entrèrent dans la ville sainte et se montrèrent à plusieurs personnes !   Voilà jusqu’où peut aller la communion des saints : des croyants défunts  se montrent à nous vivants ! (Mt 27,51-53)

Comme protestants nous ne sommes pas très familiers de ces choses. Lors d’une retraite oecuménique en Afrique, nous avons vécu une effusion de l’Esprit d’amour, nous savions que nous nous appartenions les uns aux autres, catholiques et protestants, pour le temps et l’éternité. (C’est de là que date ma vocation à prier et œuvrer pour l’unité des chrétiens.)

Or le lendemain on nous a envoyés deux par deux, un catholique et un protestant, nous promener ensemble pendant une heure pour apprendre à nous connaître. J’ai donc dit à mon nouvel ami, le Père François du monastère bénédictin belge d’Ottignies : « Comment osez-vous parler aux saints alors que le Deutéronome nous interdit de parler aux morts ? »

Il s’est arrêté, sidéré, et m’a répondu : « Morts ? Mais ils sont dans la Vie éternelle, ils sont plus vivants que nous ! Et que crois-tu qu’ils font dans la présence de Dieu ? Ils prient ! Alors nous serions bien bêtes de nous priver de leurs prières ! » Voilà pour les saints !

 

ET LES ANGES ?

Le prophète Daniel intercédait avec ferveur pour son peuple vers la fin de son exil à Babylone, –  il portait même dans sa chair la faiblesse de son peuple, puisque lui, Daniel, était « faible et languissant.» Et c’est là, au bout de 3 semaines, que l’archange Gabriel est venu jusqu’à lui sur terre, l’a touché et fortifié, et lui a dit : « Dès que tu as commencé à prier, tes paroles ont été entendues,  (la réponse est sortie du trône de Dieu) et c’est à cause de tes paroles que je viens. Le chef (invisible) de la Perse m’a résisté pendant 21 jours, mais l’archange Michaël (le protecteur d’Israël) est venu m’aider. Et je viens t’apporter une parole. »

Quelle promesse pour nous quand nous intercédons : notre prière déchaîne des secours dans le monde invisible !

Hé 12,1-2.18 nous le confirme : nous sommes ENVIRONNÉS de la présence de tous les SAINTS TÉMOINS qui forment comme une nuée, un nuage invisible autour de nous. Puis dans le même chapitre : Nous nous sommes APPROCHÉS de l’assemblée DES  premiers-nés, c’est-à-dire de tous les croyants de tous les temps, y compris tous NOS BIEN-AIMÉS « qui avant nous ont cru, lutté, espéré » comme le dit une liturgie eucharistique. Maintenant nous sommes donc TOUT PROCHES de ces ESPRITS DES JUSTES, c’est-à-dire des JUSTIFIÉS, PARVENUS À LEUR PLEIN EPANOUISSEMENT dans la lumière.

Puisque le Christ est appelé LE TÉMOIN FIDÈLE, il m’a été mis à cœur de vous donner quelques éléments de mon témoignage.

TÉMOIGNAGE AU SUJET DE LA COMMUNION DES SAINTS

1)     A 21 ans, au milieu de mes études de théologie, j’ai eu ma première rencontre personnelle avec le Christ, dans un groupe de prière réformé. On nous avait dit que pour recevoir l’Esprit Saint il fallait louer Dieu, et je m’efforçais de le faire de mon mieux avec les petits répons liturgiques que je connaissais, « Louange à toi ô Christ » etc., mais c’était un peu sec. Et dans la prière je me suis comme « vu » devant le portail du Paradis, et « j’entendais » monter vers Dieu la louange puissante des croyants …  mais dans la honte et la peur je me disais : « Je ne suis pas de ces gens-là, je ne suis pas digne de louer Dieu avec eux. »

A ce moment Jésus est venu jusqu’au portail, me l’a ouvert, et j’ai entendu ces paroles : « C’est MOI qui peux te rendre digne ! » Alors j’ai enfin pu le louer de tout mon cœur – avec tous les croyants du Paradis.

2)     Peu avant que je sois mis en préretraite, deux deuils : mon père a été enterré en juillet et ma sœur aînée en septembre. En  novembre (c’était le mois de la Toussaint mais je n’y pensais pas), je célébrais l’Eucharistie à Yverdon à la Chapelle des Cygnes (et des Signes !). Nous étions une petite vingtaine en cercle. Et pendant un moment j’ai VU, de mes yeux, mon père et ma sœur debout parmi les paroissiens qui formaient le cercle, souriants, silencieux.

Puis, après un instant, ils n’étaient plus là – ou plutôt ils ont cessé d’être visibles.

C’était si doux, si discret, si naturel, que sur le moment cela ne m’a pas particulièrement impressionné. Je n’ai rien dit aux paroissiens. J’en ai parlé à Thérèse en rentrant, c’est tout. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé que j’avais vécu la COMMUNION avec les saints du ciel, nos bien-aimés dans la lumière, – qui sont aussi tout  proches de nous.

Et ils sont là aussi dans notre vie quotidienne, présence invisible mais douce et bienveillante.

Quand nous posons notre regard sur la photo de nos bien-aimés disparus, ou sur des objets qui nous les rappellent, – au-delà et plus profondément que le seul souvenir du passé, nous pouvons REALISER qu’ils sont là, présence invisible mais proche de nous, remplie d’amour…

Ne recherchons pas avidement des expériences de ce genre. Saint Silouane, qui en a eu plusieurs, disait très sagement : « Ce n’est pas le plus important dans la vie chrétienne. »

Et quand nous lisons qu’Abraham a entendu plusieurs fois la voix de Dieu, n’oublions pas que, entre ces expériences, il s’écoulait parfois 13 ans, 20 ans…

Mais soyons ouverts à ce Royaume invisible, en particulier dans l’Eucharistie, écoutons dans nos cœurs le chant des anges ET DES SAINTS qui louent Dieu avec nous, en particulier vous, mes Sœurs, – puisque cette année vous mettez un accent particulier sur la louange. « Toi qui nous appelles à être louange au milieu de la terre… dans les déchirures et divisions, dans les rencontres et les réconciliations… »

3)      Un dernier témoignage : en juin j’ai eu un songe semi-éveillé (c’est-à-dire dans le no-man’s land entre le sommeil et la veille).  Je prêchais à Grandchamp sur « Bénissez et ne maudissez pas, » et à la fin de mon homélie je disais : « Un jour des politiciens viendront ici et diront : Ici à Grandchamp les malédictions sont changées en bénédiction. » Et ce que je voyais en esprit était tellement beau que dans mon songe j’ai éclaté en pleurs de joie et de beauté, ce qui m’a réveillé. Thérèse aussi m’a entendu sangloter, sans comprendre ce qui se passait, – puis je lui ai partagé mon songe.

Alors je vous redis cette promesse, à vous mes Sœurs et à nous tous, comme un encouragement pour notre ministère d’intercession, de louange et de bénédiction sur les personnes, les pays, et la Création.