Nous voir avec les yeux de Dieu

Marc 9. 2-10

Ils avaient cru déjà bien connaître Jésus, Pierre, Jacques et Jean, ces disciples que Jésus avait pris avec lui sur la montagne. Après tout, il y avait bien des mois qu’ils étaient avec lui presque jour et nuit et qu’ils le suivaient partout où il allait. Ils étaient fascinés par sa personne, par son autorité et son authenticité, Fascinés, ils l’étaient également par les guérisons qui s’accomplissaient sous ses mains et dans lesquelles ils avaient appris à voir des signes de cette proximité de Dieu et de son royaume que Jésus annonçait partout où il allait.

Pourtant, ce jour-là, il leur a été donné de connaître Jésus encore bien au-delà et jusqu’au cœur-même de sa personne. Il leur a été donné de le connaître sous une lumière encore une fois toute nouvelle, sous une lumière si éblouissante, « qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi ». Ils ont appris à voir Jésus avec les yeux-mêmes de Dieu. Et qu’y a-t-il au cœur de la personne de Jésus ? Au centre de sa personne, il y a la présence et l’amour de Dieu qui ruisselle autour de lui et qui l’enveloppe comme un étincellement de lumière. La vérité la plus profonde sur Jésus c’est que Dieu le déclare son « Fils bien-aimé » qu’il nous demande d’écouter.

Parfois je me demande : Et moi, qui suis-je, moi, au plus profond de moi-même ? Je sais bien des choses sur ma vie et mon caractère, sur mes forces et mes faiblesses, sur mes succès et mes échecs. Je sais également que bien des choses des plus importantes sur moi-même me resteront toujours cachées dans mon subconscient. Parfois je suis au fond assez content de moi-même, de ce que j’ai fait et accompli au cours de ma vie. Mais parfois je me trouve aussi presque insupportable et je suis effrayé devant les abîmes que je pressens en moi. Mais quel est l’essentiel? Mes succès ou mes échecs ? Ma bonne volonté ou ma culpabilité ? Que suis-je ? Qui suis-je vraiment ?

A cette question, un seul, finalement, est en mesure de répondre : Dieu, qui m’a appelé à la vie et qui me connaît jusqu’au plus profond de moi-même. Je suis vraiment celui que je suis à ses yeux, et si je veux connaître la vérité la plus profonde sur moi-même, il faut donc que j’apprenne à me regarder avec les yeux de Dieu. Alors : Que dit-t-il de moi, lui ?

En écoutant Jésus, ce que j’entends Dieu dire ce ne sont ni des accusations à propos de mes défauts et de mes péchés ni des compliments à propos de mes performances et de mes succès. Non, ce que j’entends Dieu dire c’est: « Tu es mon fils, ma fille bien-aimé(e) » Qui que tu sois et quel que tu sois, moi, je t’ai toujours aimé et je t’aimerai toujours. Ce qu’il y a de plus fondamental à dire sur moi comme sur chacune et chacun de nous s’exprime dans ce regard plein d’amour qui m’entoure comme l’étincellement d’une lumière « si blanche qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi ».

Cela me permettra d’apprendre à m’accepter – plus encore – à m’aimer tel que je suis. Malgré mes faiblesses, mes défauts et mes échecs. Inutile donc de me faire des illusions – ni sur mes performances ni sur mes échecs. Ils ont leur importance, mais ils ne sont pas l’essentiel. Et cela concerne également les autres. Eux aussi ont leurs forces et leurs défauts, bien réels et bien visibles. Mais l’’essentiel pour eux-aussi c’est qu’ils sont enfants de Dieu, des enfants que son amour – quoi qu’il arrive – entoure de tous côtés comme un vêtement « si blanc qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi ».

Prendre conscience de cela nous libèrera peu à peu de cette manie de vouloir peser et comparer le bien et le mal en nous-mêmes comme chez les autres. Nous savoir des enfants bien-aimés de Dieu nous motivera et nous donnera la force de devenir de plus en plus ce que nous sommes déjà aux yeux de Dieu : à vivre, à penser, à parler et à agir comme des personnes infiniment aimées de Dieu. Et cela peu à peu transfigurera notre vie aussi à l’image de celle du Christ.                                  Amen.