Prédication de Luc 6, 12-19

Lecture complémentaire: 2 Corinthiens 9, 10-15

A peine Jésus a-t-il commencé son ministère que déjà il se choisit douze envoyés. Etre envoyé ce n’est pas un titre, ni un pouvoir mais un service utile à toute la communauté. Si j’avais dit «apôtre» on aurait vu un grade, une dignité. Ce choix ne s’est pas fait à la légère, Jésus y passe une nuit en prière. Luc le dit avec une curieuse expression: « dans la prière de Dieu». Il dut y avoir autant de demandes formulées par Jésus que d’écoute silencieuse sur la volonté de son Père. C’est que le jour suivant n’est pas anodin, ce choix manifeste en réalité la conception en vue de la naissance de l’Eglise à Pentecôte. Ici Simon est le seul qui change de prénom et devient Pierre, à Pentecôte il est le premier qui parle et prêche.

Comme Moïse, Jésus monte sur la montagne pour dialoguer avec Dieu. En descendant, c’est l’aube d’un commencement et Jésus rayonne d’une puissance qui sortait de lui et les guérissait tous. Moïse, lui avait le visage si lumineux qu’il éblouissait son peuple. Jésus choisit douze envoyés, rappel de l’Exode et de l’entrée en Terre Promise des douze tribus d’Israël.

La conception en vue de la naissance de l’Eglise trouve donc son fondement 1) à partir de l’Exode, il n’y a pas de projet avec Dieu sans mouvement sans déplacement; 2) à partir de Moïse le législateur, cela montre l’importance de l’accueil des paroles de Dieu; 3) à partir de douze tribus, il n’y a pas une seule manière d’incarner le fruit de l’Exode et le fruit des Paroles divines mais douze au moins. Douze tribus ce sont douze manières d’interpréter l’Exode et les Paroles de Dieu. Douze lieux, douze pays, avec leurs différences et leurs spécificités. A Pentecôte ce sera chacun dans sa langue maternelle.

Curieusement, le choix par Jésus des douze envoyés se transforme, porte des fruits avant l’heure. Juste après cette conception, une grande foule et une grande multitude viennent pour l’entendre et se faire guérir, une sorte d’extase, de grande joie qui suit la conception ! Malades, affligés, possédés, tous et toutes retrouvent une vie joyeuse et saine.

Ce qui se voit là pourrait guider nos vies communautaires. Plutôt que de mettre trop d’énergie dans nos discours religieux, ou trop d’énergie dans nos actions de soutien et de santé, travailler plus sur l’unité des envoyés même si elle nous semble impossible par la présence de quelque Judas moderne. Jésus pense aux envoyés, prépare Pentecôte et la naissance de l’Eglise et déjà les païens et les juifs vivent le Royaume de Dieu dans leur corps.

C’est ainsi que notre vie spirituelle se développe: nous mettons de l’énergie dans un dicastère et c’est ailleurs que des fruits se récoltent.

Cet ailleurs est symbolisé par les villes de Tyr et de Sidon. Dans la conception de l’Eglise, il y a déjà mission auprès des juifs et des païens. C’est comme une gestation de jumeaux, pourrait-on dire.

Tyr et Sidon ont souvent été en conflit avec Israël mais des temps de bonnes relations ont aussi existé. Tyr bâtie sur un rocher, on y développe les teintures, les techniques du métal et du verre. Les gens de Tyr ont aidé David à construire son palais.

Sidon est riche en bois de Cèdre et a aidé Esdras et ses proches à reconstruire le Temple de Jérusalem au temps de l’Exil.

L’unité de la mission auprès des juifs et des païens est justement dans la préoccupation de l’apôtre Paul quand il invite les Corinthiens et les Macédoniens à faire une collecte pour les chrétiens d’origine juive à Jérusalem. Ces derniers se méfiaient tellement des convertis païens. Cette collecte montrera que les grecs ont reçu l’Evangile et vivent dans l’obéissance de la foi. Ce sera un témoignage de leur communion, elle aura une portée œcuménique et raffermira l’unité de l’Eglise. La collecte est une grâce reçue par les donateurs autant que par les bénéficiaires- «Ils prieront pour vous et manifesteront leur tendresse» rappelle l’apôtre Paul.

Dans cette histoire de collecte nous avons l’impression d’une question annexe pour les pauvres de Jérusalem. Mais en réalité cela touche profondément notre manière d’être dans la foi, notre manière de recevoir et de donner, d’aller vers, d’accueillir et de transmettre.

Comme Jésus qui a passé une nuit «dans la prière de Dieu» . A écouter et à parler, à faire silence et à intercéder, à louer et à hurler…d’avance.

Comme les douze envoyés qui ont participé à l’accueil des gens de Judée et de Jérusalem, des gens de Tyr et de Sidon.

Comme eux, choisir de bonnes personnes pour un dicastère, pour une mission, c’est une conception, une gestation en passant par Moïse, Jésus et Pentecôte. Avec la préoccupation de transmettre plus loin, ailleurs autrement et avec jouissance.

 

A peine Jésus a-t-il commencé son ministère que déjà il se choisit douze envoyés.

A peine débutons-nous dans une mission, dans un service ou dans un projet que déjà Jésus nous invite à nous demander, qui va prendre le relai, qui va le transmettre à ceux qui le porteront ailleurs plus loin et autrement.

Amen