Matthieu 21, 1-12

« Ils approchèrent de Bethphagé» la maison des figues, la maison de l’abondance.
«Voyant un figuier, il n’y trouva rien, …à l’instant même le figuier sécha» raconte l’Évangéliste juste après.

Jésus monte à Jérusalem et la tension est vive entre l’abondance et la sécheresse. Allez, détachez, tout de suite, le Seigneur en a besoin. Il y a quelque chose d’inéluctable, le « il faut» de la passion se dessine déjà dans le rapt de l’ânesse et son petit. Et dans dans ces moments de crise, les évènements et les paroles prennent des sens multiples, opposés, surprenants. Tout est retourné, chamboulé, hors de notre logique. Jésus s’assied sur l’ânesse et l’ânon, il monte deux animaux en même temps!! La foule secoue des branches, fête des Tentes, des Cabanes, Soukot ou fête de Pâques puisque Jésus entre à Jérusalem pour cette fête. Tout est pluriel, les foules, les branches, les vêtements, les animaux, les fêtes, les cris.

«Hosanna» qu’est-ce que cela signifie? A l’origine: de grâce, sauve-nous, c’est un appel à l’aide. Puis plus tard, c’est un cris de joie, une louange. Alors, celui qui crie est-il dans l’oppression ou dans la liberté? Quand les Pharisiens demandent à Jésus de faire taire les enfants et les foules qui crient: «Hosanna», Jésus répond : s’ils se taisent ce sont les pierres même qui crieront.
Ce qui se passe là, souverainement initié par Jésus, ne peut pas être arrêté, un peu comme un puissant courant, comme une grosse vague, un tsunami spirituel, un tremblement de terre.

Le figuier est desséché, les vendeurs du Temple chassés, les pierres crieront et Jérusalem tremble. Sa population est en émoi, la ville s’agite. Crise aux dimensions cosmiques. Pour St-Matthieu, le monde passe de l’économie du Royaume caché à l’économie du royaume manifesté.

Qui est-ce? disait-on et les foules répondaient: « c’est le prophète, Jésus de Nazareth en Galilée!» Certains devaient hausser les épaules de dépit. Réponse dérisoire! De Nazareth, peut-il venir quelque chose de bon? avait dit Nathanaël sous son figuier.
Nous entendons juste un nom: Jésus. Et un titre: prophète. Les prophètes sont nombreux, il y en a des vrais et des faux!

Dites à « la fille de Sion» voici ton roi vient à toi. « La fille de Sion» est une manière de parler de la ville de Jérusalem après l’invasion Assyrienne. Et ici, elle est tout aussi fragile, la cité, avec la présence des armées romaines. Faut-il faire la guerre ou supprimer le char de combat comme l’annonce Zacharie lorsqu’il prophétise: «Ton roi vient, monté sur un ânon!» L’âne, la monture d’Abraham, de Joseph et de Judas.

Étrange tableau que cette entrée de Jésus à Jérusalem! Vision entre abondance et sécheresse, entre fête de printemps d’automne, entre appel à l’aide et louange. Entre la puissance et le geste nécessaire et inéluctable, et, l’affirmation dérisoire.
Rire ou pleur, tension ou bonheur, liberté ou supplice, prophète sans valeur ou roi descendant d’Abraham et David?
C’est avec tout ce pluriel de sens et cette puissance que Jésus entre dans Jérusalem et propulse des sens surprenants en chassant les vendeurs du Temple.

Et lorsque Jésus entre dans nos vies…?
Il se pourrait bien qu’il y ait aussi ce pluriel qui me désarçonne?
Quel est mon cri? Comment prospère mon figuier? Quelle fête m’habite? Quel tremblement me saisit? Paroxysme? Sécheresse? Renversement?

Celui qui m’habite me semble parfois faible et dérisoire. Je n’en sais que le prénom : Jésus. Et tout ce qu’on a mis autour me fait problème. Prophète? il y en a des faux, Nazareth ne plait pas à Nathanaël. J’ai ajouté beaucoup de concepts et de choses autour de ce mot, puis soudaine aujourd’hui, cela me semble insensé, à côté de la plaque, inapproprié. Et nous en avons tellement ajouté pour essayer que cela tienne, plutôt que de s’appuyer sur lui !

Notre foi est ainsi agressée, décharnée, épurée par des tensions et des lourdeurs ajoutées. Et aussi malmenée par les scandales des Églises, les secousses des synodes qui trouvent difficilement le chemin commun.
Il nous reste, il me reste juste un mot : Jésus. Et si je le perds encore, il me reste des pierres.

Alors quand il n’y a plus de figue, je vais cueillir une branche d’amandier et sentir sa fleur. Quand il n’y a plus de joie, je vais appeler à l’aide en criant : «Hosanna»! Quand il n’y a plus de fête j’étendrai mon vêtement pour …? plein de choses que je vous laisse inventer…! Quand il n’y a plus que des pierres, il a dit qu’elles se mettront à crier!

IL A DIT ! IL, celui qui n’est qu’un mot de 3 lettres hébraïques. IL EST une brève parole… et sa parole crée, et sa Parole Ressuscite, sa Parole redonne sens… c’est inéluctable…

Quand Jésus entre quelque part, nous n’en finissons pas de découvrir les pluralités…!

Amen