(Mc 4, 1-9)

Chères sœurs, chers frères,

À Montmirail, il y a quatre semaines, nous avions une retraite pour des personnes âgées. À la fin de la semaine, une dame a dit: “Je suis arrivée ici comme un cactus, je repars comme un lys”. Pendant cette semaine, nous avions lu le récit de la création; la parole de Jésus  : “Observez les lys des champs” et nous avions contemplé l’image de la vigne.

La parole de Dieu a produit un fruit merveilleux dans le cœur de cette dame.

Dieu sème. Il sème maintenant alors que je vous parle, il sème sans que nous nous en rendions compte. Dieu sème généreusement dans les pays arides et sur les terres fertiles. Il sème sans retenue, il sème aux coins de nos villes, dans le silence de notre solitude.

Il sème sur les affiches publicitaires et dans les journaux. Il sème par la parole de ma sœur, il sème au milieu d’une dispute. Dieu parle.

Il est un Dieu communicateur ; notre Dieu trois fois saint ne peut que communiquer. Sa parole crée le monde. Elle ne cesse pas de créer. Dieu parle dans le chant d’un oiseau, il s’exprime en illuminant par un rayon de soleil le rocher sortant de la brume.

Il envoie ses messages à travers d’une émission de radio.

Il met sa parole dans la bouche d’un nouveau-né et il se sert du propos d’un athée. Dieu sème. Dans le bruit d’un carrefour et par le vent qui chante dans les lignes de transmission. Dieu sème à tout moment sans respecter les saisons. Le principe fondamental de la création c’est l’abondance. La générosité. Pourquoi Dieu devrait-il rester réservé s’il s’agit de s’adresser à ses enfants ? Dieu sème.

Le chemin sur lequel tombent les semences, c’est moi. C’est moi, l’être épineux refermé sur lui-même. C’est moi dont la terre n’est qu’une couche mince couvrant la dureté de mon cœur. Ce cœur désirant être transformé en chair vivante et sensible.

Je ne suis pas au rendez-vous, je rêve, je traîne les pieds, j’ai d’autres priorités, je veux qu’on me laisse tranquille, je me moque de tout, je perds les pédales et je laisse l’angoisse m’envahir. Je dors. Je ronfle.

Si ça me convient mieux, je préfère la tactique à l’écoute.

Je fonce, au lieu d’attendre pour laisser germer. J’étouffe cette petite voix pourtant si familière.

Je suis le frère de Balaam qui bouche son oreille et la sœur de Jonas qui fuit les tracasseries. Je me retrouve dans ses disciples, lents à comprendre. J’ai de la compréhension pour Thomas qui rate le meilleur moment. Je ne suis pas au rendez-vous.

Et pourtant : Dieu a semé sa parole dans nos cœurs sans quoi nous ne serions pas présents aujourd’hui pour partager le pain et le vin.

La chose la plus importante qui soit s’est faite. La parole a pris racine dans nos cœurs. Paul dit : « je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi (Gal 2.20). » Dieu m’a persuadé et je me suis laissé persuader. La parole était plus forte que moi.

Elle a transformé ma vie et elle continue de la transformer.

L’heure est donc venue de semer à notre tour. Nous semons.

La plupart du temps, nous n’en avons aucune notion.

Nous semons par notre simple existence. Semer ne veut pas dire travailler de manière acharnée. Nous sommes la lumière du monde (Mt 5,14), simplement parce que nous sommes ce que nous sommes. Nous brillons et nous rayonnons, même si ce n’est probablement pas l’image que nous avons de nous-mêmes.

Heureusement, Dieu voit chacun de nous d’un autre œil.

Pendant la semaine dont je viens de parler, j’ai proposé aux participants un échange sur la question : « Est-ce que j’ai porté des fruits pendant ma vie? » Une vieille dame n’était pas d’accord.

Elle trouvait présomptueux de poser cette question.

Nous nous sommes entendus sur la formulation suivante : « Pour quel projet, dont je faisais partie, puis-je remercier Dieu ? » Elle avait raison. Il ne faut pas se vanter. Mais ce n’était pas le but de l’exercice.

En posant la question, je pensais susciter l’émerveillement d’avoir vu Dieu à l’œuvre.

La parabole dit que nous sommes libres de semer. N’importe où, n’importe quand, n’importe quoi. Le fruit, c’est la responsabilité de Dieu. C’est lui qui prépare la terre, c’est lui qui fait grandir les plantes. Pour le dire en d’autres mots : semer signifie vivre en tant qu’enfant de Dieu, tout simplement.