St. Luc 24, 13-35

« Reste avec nous » : avec la louange, confessant que Dieu est Dieu, ces trois petits mots disent tout de notre élan vital = ils sont à la fois prière et confession de foi reconnaissant la présence du Christ à nos côtés =

            « reste » : c’est qu’Il est là ;

            « avec nous » : c’est l’humanité entière.

            Avant même que nous l’imaginions, toujours Il nous devance pour parler à notre cœur. « Tu es avec moi » (« je ne crains aucun mal ») dit la prière des psaumes, une confession de foi (ps. 23) ; 4 petits mots que Jésus confirme en une promesse ; 4 petits mots aussi : « Je suis avec vous » (« tous les jours, jusqu’à la fin du monde »), jusqu’à cette heure dernière, Emmaüs d’éternité, quand se seront dissoutes les limites du temps et de l’espace, pour s’ouvrir en cieux nouveaux et terre nouvelle, où nous le verrons face à face.

            « Reste avec nous » : les disciples parlent et discutent ensemble, l’air sombre : leur espérance était une illusion, un deuil qu’ils partagent avec cet étranger venant de nulle part ; et Lui, en leur rappelant le sens de ce qui a été leur catéchisme, se révèle être tout proche, réanimant ce qu’ils savent. C’est ainsi que ce chemin d’Emmaüs se transfigure en un chemin de prière : Jésus a rejoint les deux pèlerins, non seulement en route, mais aussi dans leur intimité, redonnant vie à cette espérance, toujours bien vivante en eux, une démarche de consolation, qu’ils en éprouvent le besoin de le retenir : « Reste avec nous » !

            La piété populaire parle d’une auberge ; et il est simplement écrit = ils approchent du village, ils le pressent de rester et ils se mettent à table :

            « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous » disent-ils, « quand Il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures » ? Une flamme, telle un buisson ardent qui les habite, ouvrant leurs yeux pour le reconnaître.

            Notre Emmaüs à nous, c’est la fidèle présence du Christ sur le chemin de notre vie ; c’est sa Parole qui réchauffe notre âme, c’est la fraction du pain de l’Eucharistie qui ouvre les yeux du cœur, la joie d’être ses convives et de nous entendre rappeler la priorité de la vie sur la mort.

            « Leurs yeux s’ouvrirent » : dans le récit de la Création, on voit Adam et Eve, voulant plus que ce qui est donné :  goûter au fruit défendu, et, il est dit : « leurs yeux s’ouvrirent » : c’est pour connaître leur nudité, leur désobéissance, leur distance d’avec Dieu : les ténèbres, la mort. C’est tout l’inverse, à Emmaüs, c’est la Lumière, la vie : « leurs yeux s’ouvrirent » pour reconnaître la présence du Ressuscité et, malgré sa disparition, d’accueillir la présence réelle de cet absent dans l’Écriture et l’Eucharistie, mais aussi au cœur des soucis, des angoisses, des fardeaux, des mystères douloureux :  crucifié et ressuscité, le Christ y est présent ; et notre part à nous , c’est de lui redonner notre « oui ». Il ne s’impose pas : Il nous rejoint, Il fait la route avec nous, disposé à poursuivre la sienne, disponible pour s’arrêter avec nous, sans se laisser enfermer, reconnu, Il s’éclipse, pour qu’avec la force de son Souffle de Vie, nous prenions le relais = crucifiés et ressuscités avec Lui.

            Notre « oui » : un chemin de confiance, un combat aussi quelquefois, qui est fait de tous ces petits pas de confiance à reposer, un après l’autre, dans les pas du Christ.

Alors oui, « Reste avec nous », comme le prie l’abbé Chagneau de Boquen :

« Reste avec nous, Seigneur, que ta route demeure notre chemin » …..

« Nous vivons de ta présence » ….  Tu es tellement tout ce que nous cherchons, obscurément dans notre nuit » ……

« Reste avec nous, Seigneur, et ne va pas plus loin, il est encore si proche, cet unique moment où tu semblais nous attendre quand nous te cherchions »…..

« Reste avec nous, Seigneur, il y a dans tes Paroles tout ce que nous cherchons »……

« Tu as le goût de l’éternité »…

« Reste avec nous, Seigneur, car pour nous, tous les jours, il se fait vraiment tard ».

Amen

12.05.2019/Jn-Ls. L’Eplattenier