Transfiguration de Jésus sur la montagne

Mes sœurs, mes frères, Grandchamp aussi est un lieu où l’on voit des visages changer… où l’on voit des êtres humains habiter leur personne autrement, à la suite d’un événement de communion avec le Seigneur… ; cela doit nous rendre attentifs à l’actualité de la transfiguration ! Cet événement n’est pas enfermé dans le passé. Dieu souhaite l’extension vers tous de ce qu’il a annoncé et donné dans la Personne de Jésus.

Granchamp est aussi un lieu où est creusée l’unité profonde entre la première et la nouvelle alliance ; or, dans la conversation qui unit Moïse, Élie et Jésus, la première et la nouvelle alliance se rendent mutuellement témoignage.

Essayons de contempler…

Qu’est-ce qui rayonne à cet instant ? Quelle est cette réalité, d’ordinaire cachée à la vue humaine, qui devient visible tout à coup dans la Personne de Jésus ?

– Certainement, c’est sa relation de communion et de confiance avec le Père qui rayonne. Luc a pris soin de signaler que Jésus à cet instant priait…

Ailleurs, Jésus le dit explicitement : « Le Père et moi, nous sommes UN ». Jésus n’est pas un indépendant. Il est toujours en communion avec le Père.

L’évangile de Jean a retenu cette affirmation de Jésus : « Je ne fais rien de ma seule initiative ; ce que je fais, je le fais d’entente avec le Père. Dans ma vie, je traduis la volonté d’amour du Père ».

Jésus représente donc, dans sa personne et par sa vie, de quelle manière Dieu exerce, en terre humaine, son règne et sa puissance…

Or, quelle forme va prendre cette puissance de Dieu ?

Sur la frontière des mondes, dans la lumière de la gloire, au couvert de la Présence du Père, Moïse et Élie parlent avec Jésus de son exode, de sa sortie, en d’autre terme de sa mort qui allait s’accomplir à Jérusalem.

Nous le comprenons : à cet instant, sur la montagne, l’univers intérieur de Jésus déborde ; il dépasse l’ampleur de ce que pourrait offrir le plus large panorama de nos alpes…

Jésus voit jusqu’à l’horizon de tout l’avenir humain. Il voit que cet avenir va se focaliser et se jouer sur un monticule dérisoire, le Golgotha… Jésus discerne la Croix – non pas la croix seule, mais l’enjeu de cet événement vers lequel il s’apprête librement à avancer ; le règne de Dieu doit passer par cette heure où le Père et Jésus ne feront qu’un pour enfouir en terre et sous la terre, le noyau de la création nouvelle.

« Par ta lumière, nous voyons la lumière », témoigne le psalmiste. Quand Jésus est transfiguré, resplendit la lumière d’une promesse dont l’accomplissement est déjà engagé.

L’événement de lumière et de présences, la conversation des serviteurs Moïse et Élie qui, comblés, vont s’effacer pour attester que Jésus, lui seul, EST l’accomplissement,… tout cela constitue une annonciation pour l’humanité entière. Une lumière s’est levée qui demeure à jamais, au plus obscur des siècles, tandis que retentit l’appel universel du Père :

« Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »

Quelques temps auparavant, Pierre avait confessé Jésus comme le Messie.

La voix céleste affirme maintenant que Jésus est le Fils choisi et ordonne :

« Écoutez-le ! »

À cette heure-là, sur la montagne, c’est Dieu qui présente Jésus couronné de gloire et de splendeur. La Loi, par Moïse, et les prophètes, par Élie en sont témoins.

Jésus reste seul

Désormais le « Shema Israël ! », Écoute Israël, c’est l’écoute du Fils de Dieu.

J’ai commencé par dire que Grandchamp est un lieu où l’on voit des visages changer d’aspect… où l’on voit des êtres humains habiter leur personne autrement, à la suite d’un événement de communion avec le Seigneur…

J’ajoute que de cela on ne peut parler aussitôt… « Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu ».

Cela, pour éviter un piège tout préparé : penser un peu vite (parce que cela correspondrait si bien à nos rêves de grandeur), penser que tout est dit par la révélation de la divinité de Jésus ! Divinité lumineuse !

Or, c’est par son humanité que Jésus ouvre l’alliance nouvelle.

C’est par son humanité que Jésus restaure, ré-initialise, la véritable manière d’être un homme.

Comment ? – Par sa manière d’être seul ! Dans la solitude propre à son humanité, Jésus est l’unique qui choisit librement de maintenir en tout sa confiance envers le Père. Là où tout homme choisit de se rendre indépendant, là Jésus choisit de dépendre du Père.

Être Fils de Dieu, cela prend pour Jésus une dimension extrêmement troublante : il sera le serviteur qui accomplit la communion partout où elle a été rompue. Jésus visite toute situation où l’être humain adopte des choix qui contestent l’alliance avec Dieu. Jésus vient remettre la présence aimante de Dieu partout où les humains éloignent l’existence de la communion avec l’auteur de la vie. Pour restaurer l’existence humaine comme un lieu de communion, Jésus se fait serviteur prêt à tout endurer.

Les yeux fixés sur Jésus-Christ, apprenons à connaître ce combat de Dieu ! Aujourd’hui comme aux premiers disciples, il est aussi conseillé à ceux qui viennent de faire une retraite, à celles et ceux qui ont davantage approché et rencontré le Seigneur, de garder d’abord le silence.

Car son règne, Dieu a l’humilité de l’exercer en chemin. Et nous, comme les premiers disciples, devons compter avec du temps pour adhérer non seulement à la lumière qui accompagne une vie de communion avec Dieu, mais pour adopter les attitudes propres à une vie de communion.

Pourquoi le silence avant le témoignage ? – Parce qu’il ne suffit pas de dire : « Voici, je vais faire trois selfies : un avec Moïse, un avec Elie, un avec Jésus ! » pour aller les montrer avec enthousiasme à notre prochain… Notre prochain ne verra rien ! Car il n’y a pas de vision sans participation.

Il s’agit non de saisir la lumière du Fils de Dieu comme on en prendrait possession par une photo, mais de se laisser saisir par la clarté des événements de la Passion et de la Pâque.

Il s’agit de contempler et d’accueillir la Pâque de Jésus. Il s’agit d’y adhérer, d’entrer dans sa logique, qui est celle du don, qui est celle de l’amour ; alors, nous l’espérons, le Seigneur pourra, ici et là, faire rayonner pour le bien de notre prochain, une espérance qu’il aura élargie et rendue lumineuse dans tels de nos paroles, de nos gestes, de nos choix.

« Par ta lumière, Jésus, nous voyons la lumière ».

« Pour garder nos yeux fixés sur toi, donne-nous de t’écouter ».

Amen.