Textes : Malachie 3, 1-4, 23-24; Rom 16, 25-27 ; Luc 1,57-66

Un jour avant la grande nuit, devant limminence du miracle de la lumière divine, crier avec le Seigneur, notre Dieu tout puissant d’amour : « Le voici qui vient », n’est-ce pas déjà fissurer les ténèbres ? Les déchirer pour tendre sur l’horizon tabulaire la nappe blanche et y poser le Pain de vie aux blés d’or. Lequel illuminera notre avenir ? Car en fait, si l’avenir disparait sur qui, sur quoi compter ?

La fausse réponse à cette question et bien celle des nombreuses injonctions contemporaines dont une résume l’enjeu sociétal d’aujourd’hui.

«Sois autonome » régis-toi par tes propres règles. Et cette injonction en cache pas mal d’autres comme : « ne compte que sur toi, quel que soit ton âge, sois beau, heureux, dynamique n’accepte pas la souffrance. »

Ou encore : « considère l’utilité en toute chose » à défaut débarrasse-toi de l’inutile. Et quant à l’avenir « occupe-toi avant tout de ton présent, vis-le pleinement » et si tu veux te projeter dans l’avenir, ne manque jamais de t’imaginer en première place.

« Avec l’avenir qui tombe, quelque chose se ferme à jamais : le canon de la vie – en grec la règle – n’est plus suspendu, il n’y a plus de possibilité de surprises : ce que l’on est devient définitif. » souligne Pier Paolo Pasolini dans « La Persécution, poèmes » p. 315.

Suspendre notre avenir à l’arrivée du Fils de Dieu, se laisser surprendre, ne plus réduire son être au seul souffle de notre finitude. Voilà une tension existentielle vitale que l’on retrouve sans nul doute dans les trois textes de ce matin. Que je vous propose de regarder succinctement avec un œil, un discours empreint de la fulgurance de Noël qui vient demain.

  1. Texte de Malachie

Qui tiendra debout lors de son apparition ? (v.1). Certes il y a ici, chez Malachie, l’expression d’une crainte ou le risque d’une humiliation. On est dans le contexte du jugement de Dieu. Peut être faudrait-il entendre ce texte aujourd’hui plus que jamais dans cette approche ? Si ça faisait bouger pourquoi pas.

Mais en vérité pour d’autres raisons à Noël personne ne tient vraiment debout devant l’arrivée du Messie. Du Christ de Dieu. Que ce soit les mages ou les bergers. Marie qui s’incline pour l’allaiter. Joseph qui salue. Tous s’inclinent. Tous font rêver l’humilité. Tous se penchent vers la joie. Se mettent à chanter avec les anges. Et la douceur qui doit régner en cet instant au cœur même de tant de souffrance, devient miséricorde de l’amour de Dieu. Suspension de sa grâce.

  1. Texte de l’épitre aux Romains

Le final de l’épitre aux Romains outre sa dimension universelle laisse les exégètes perplexes. Après 16,23 il n’y a pas une unanimité pour penser que ce dernier chapitre allait jusqu’au v.27. Mais peu importe en fait. Jésus ne vient pas à Noël pour mettre un point final à l’imagination de Dieu le Père pour notre salut. Encore moins pour clore l’épitre aux Romains. Surtout que les idoles reviennent à grand pas. Depuis les stars de tous genres en passant par le père Noël et jusqu’aux stars politiques. Regardez, la plupart, dans leur posture de chef. On se croirait au temps des empereurs. Des tribuns qui savent tout, connaissent toute la vérité. Paul dans ce final de l’épitre au Romains ne veut-il pas simplement leur dire ne voler pas l’espérance aux pauvres, leur paix, leur joie de vivre.

Noël : une attente impatiente pour tous ceux et celles qui, à travers le monde, auraient oublié que l’universalité de l’amour de Dieu manifesté à Noël, se tient tout simplement dans nos mains et dans nos cœurs réchauffés au feu de la crèche. Alimenté à la mangeoire de l’incarnation. La chair, le pain de la poésie, du logos de Dieu.

  1. Evangile de Luc

La naissance de Jean-Baptiste m’incite à vous parler d’abandon. Vous l’avez entendu le fils de Zacharie et d’Elisabeth ne portera pas le nom de son père. Tous sont étonnés de voir que ses parents vont l’abandonner ce prénom. Pour lui donner le nom de Jean – Dieu a fait grâce -. Abandonner son nom traditionnel, se laisser baptiser par un nom habité de Dieu. Le suspendre aux surprises de sa grâce. Le promener dès lors sur les chemins de son amour pour le monde.

Et si c’était là, la manière de préparer l’arrivée du Messie. Pour nous aujourd’hui d’en imaginer le retour. Si une telle nomination, non académique justement, avait pour but de signaler au monde qu’on en a fini avec tous ces noms ou prénoms de pacotille qui trop souvent gonflent tant de faux portraits.

Retrouvons les noms, nos prénoms de baptisé. Humblement redécouvrons leur proximité avec la grâce que Dieu nous accorde. Accrochons-les aux étoiles de Noël, chantons-les avec les anges. Et dans le regard de Jésus que notre prénom devienne vocation. Alors ensemble nous ouvrirons des chemins. Nous y voyons déjà des foules, un peuple sans frontières en marche vers Celui qui vient. On l’appelle l’Emmanuel. « Dieu avec nous » Voilà, oh reconnaissance, un nom qui ne fixe pas définitivement mon être, ma vie dans mon seul prénom. Amen.