Textes : Esaïe 11,1-10 ; Rom 15, 4-14 ; Mt 3,1-12

1. Introduction

La prédication de Jean-Baptiste et le baptême de Jésus s’inscrivent dans une dramatique d’eau, de purification, d’Esprit saint et de feu. Cela encadré par le fait que Jésus est solidaire du péché de son peuple à travers le baptême de purification de Jean Baptiste et ainsi donc se met à la hauteur de tous ceux qui ont recourt au baptême de repentance à cause de leur péché. Il y a une continuité de solidarité entre l’héritage de l’Ancien testament et l’arrivée du nouveau Testament. De plus ce récit précède celui des tentations de Jésus.

Ce matin, j’aimerais m’attarder quelque peu sur le v. que je relève ici: « Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi : je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit saint et le feu. »

2. Distinction

Une évidence d’abord. Il est question de deux baptêmes. Celui de Jean-Baptiste et de celui que Jésus par la suite fédérera. Le premier que personne n’a de tout évidence reçu. Et le deuxième que nous avons, je pense, tous reçu. Donc le baptême de Jean n’est pas assimilable au nôtre. Un baptême dans l’Esprit saint et le feu. Dont il faut beaucoup d’eau pour imaginer pouvoir éteindre ce feu de l’Esprit ! Avec cette distinction des baptêmes, j’aimerais en venir à Celui qui vient après Jean Baptiste, Celui qu’il annonce, c’est-à-dire, Jésus le Seigneur de notre baptême. Jésus, le Christ mort et ressuscité qui fonde le baptême, notre baptême. Le même qui vient à Noël. Jésus vient à Noël, mais selon Jean il vient après lui parce que lui-même n’est pas digne de lui ôter ses sandales. Après lui, Jésus vient offrir le baptême de la vie. Et pour nous qui l’avons reçu l’après moi de Jean-Baptiste, dans notre baptême devient comme une contradiction ou plutôt une conversion, devient un avant moi. Car en effet dans le baptême de l’Esprit et du feu, que nous avons reçu au nom du Christ mort et ressuscité Celui-ci devient un avant moi.  Puisque dès lors le Christ Seigneur de notre baptême nous précède dans le Royaume de son Père. Un Royaume qui déjà brûle en nous du feu de l’amour du Père, notre Dieu.   

3. Le baptême du Christ un…

Ainsi le baptême de Jésus-Christ est l’algorithme de notre tension vers le Royaume, la rampe de lancement de notre salut, si ce mot peut encore avoir un sens pour le monde d’aujourd’hui. En fait il est la dynamique opératoire propre à tout nos calculs spirituels, nos péréquations d’espérance et nos stars-hop d’utopie non lucratives. Dont le feu du St-Esprit comme la lumière de Noël déjà éclaire nos investigations.  

Donc le baptême est tout autre chose qu’un rite de passage, une garantie de salut ou une quelconque caution d’euphorie olympienne.

Ce que cette dramatique de l’eau, du Saint Esprit et de feu m’inspire pour comprendre le baptême et croire qu’il est encore indispensable, c’est son « impertinence » contraire au prêt à penser que nous inculque la société actuelle.

4. De l’impertinence du baptême

Tout d’abord l’eau de notre baptême n’a rien avoir avec la protection de la nature, ni avec le Co2 qui a tendance à augmenter ses précipitations ou les exclure et encore moins avec l’eau qui purifie ou avec l’eau vive. Non l’eau du baptême noie – baptisô, en grec – fait souffrir, nous rappelle les forces de la nature capable d’engloutir, de faire disparaitre.  En un mot, les forces du mal opposées au St-Esprit. Du reste le récit des tentations de Jésus qui suit notre texte va bien dans ce sens.

Je n’ai pas besoin de vous proposer une nomenclature de cette symbolique qui baigne d’innombrables activités dans notre monde. Ça coule à flot !

L’autre impertinence c’est la réponse à ce constat. Une réponse qui inclut le pardon. Car à travers le baptême on prend conscience que le pardon lié à la confession des péchés – propres aussi au baptême de Jean – est un dépassement, un renoncement à tous ces qui s’opposent à c’est avant moi, la figure du Christ qui m’attire dans la dynamique de sa rencontre finale, dans celle du pardon lié à cet avenir promis, attisée par le feu du St-Esprit.

Une impertinence par rapport à un monde ou l’on préfère juger, condamner, imposer toutes sortes de règlementations, de sanctions et autres normes bien intentionnées    plutôt qu’annoncer le pardon. Car évidemment pour annoncer le pardon il faut avoir une référence autre que soi-même. Celle de Noël, celle du baptême par exemple.  

Et enfin une troisième impertinence : c’est celle de l’Esprit-saint et du feu. Comment faisons-nous pour parler de l’Esprit saint au monde ? Comment réussissons-nous à faire comprendre à Noël que le Père Noël est bien sympa, mais qu’il n’a rien à voir avec le baptême. Et bien si nous ne voulons pas que cela devienne une histoire d’initié ou un patois de Canaan, il nous faut reparler d’utopie. Relire et reparler du récit d’Esaïe que nous avons entendu tout à l’heure. Et cela en insistant sur l’inspiration, chauffée, brûlée au feu de l’Esprit saint, la divine énergie de notre baptême.

5. Conclusion : St-Esprit et Lumière

Ce feu de l’Esprit nous illumine de sa lumière. Et Noël en est la fête. Cette lumière est une espérance – en lui les nations mettront leur espérance. Ro 15, 12 – une utopie – un non-lieu du monde – parce qu’elle est illusion pour le monde qui n’en reste qu’à son topo, alors que notre espérance nous attire beaucoup plus loin que la réduction à notre environnement, à nos seules considérations. Car dans le baptême, notre baptême, nous comprenons la lumière de Noël comme une aube qui grandi dans le l’évènement pascal. Et l’espérance prend alors une nouvelle lumière qui n’est pas celle des hommes ni du soleil, mais une lumière de Dieu, certes alimentée par le feu du St Esprit, mais qui ne nous brûle pas. Une brûlure qui ne nous brûle pas qui n’a ni 2e , ni 3e degré, seulement la blancheur immortelle de Dieu. Le Père du Seigneur de mon baptême. Amen.