Il y a celles ou ceux qui sont bavards… qui n’ont aucune peine à raconter tout de leur journée, pensées, et tout ce qui leur passe par la tête.

Mais il y a aussi celles et ceux qui sont plus silencieux, qui observent et sont attentifs

Il y a les calmes, les posés, les réfléchis qui ne se précipitent pas et puis… à l’inverse, les plus impulsifs, énergiques, qui parfois tournent comme des toupies, quitte à fatiguer leur entourage !

Il y a les imaginatives, les intuitives, les minutieuses, les créatives, les curieuses, malicieuses, prévoyantes, organisées… et celles qui s’y prennent à la dernière minute

Mais il y a aussi de ces traits de caractères qui nous font sourire la maladresse un peu gauche, la gourmandise, à condition de ne pas abuser de la patience des autres !

Il y a celles ou ceux qui de l’humour savent déjouer les tensions, et calmer des tempéraments plus … explosifs !

Riche diversité de la vie humaine avec tant de facettes différentes qu’elles obligent à toujours mieux nous comprendre et je l’espère, nous apprécier !

Héritage génétique, fruit de nos expériences, influence de notre éducation ou simplement aussi, don de Dieu qui nous a créé à son image, il est difficile de dire de quoi sont fait nos caractères. Mais dans les béatitudes nous retrouvons des traits qui sont très humains et spirituels tout à la fois, comme si ce qu’il y avait en chacun de plus vrai, de plus proche participait aussi à ce Royaume qui vient, à cette Éternité promise, à la communion des Saints, à l’intimité de Dieu qui viendra se lier à chacun.

Oui, nous rencontrons dans ces Béatitudes, des attitudes de vie que personne ne peut cumuler entièrement, de façon parfaite, ou alors il faut me présenter cette personne idéale A chacun de se retrouver et d’approfondir, à chacune de s’identifier ou de se laisser désigner…

Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux

J’y vois une simplicité qui n’est pas double, qui ne s’enfle ni ne se complique,

Il y en a qui ont ce don d’être dé-préoccupé d’eux-mêmes, pour mieux accueillir l’imprévu qui nous rencontre sans cesse à chaque jour de vie ou presque. Quelle légèreté ! Et il est tellement bon de côtoyer des caractères qui ne sont ni susceptibles, ni à se mettre toujours en avant, que l’on peut se rencontrer, avec qui collaborer, s’offrir écoute et bonté.

Aujourd’hui cette simplicité n’est pas le fruit d’un effort spirituel qui nous placerait au-dessus des autres.

Le Royaume est à ceux qui vivent avec l’humilité d’une discrétion qui se projette vers demain, comme une joie au jeu de la vie

Aujourd’hui cette pauvreté est la richesse d’un Royaume qui n’est pas composé de forts et de puissants, mais de ceux qui sont proches de l’Agneau célébré.

Heureux les doux : ils auront la terre en partage

Il y en a qui ont ce don d’apporter une douceur qui ne brusque pas, ne cherche pas la faille, le défaut, le manque, mais qui atténue les aspérités, qui console et réconforte, qui encouragent et mettent de la tendresse dans la dureté des jours. Cette douceur bien souvent n’est pas faible, mais elle a ce pouvoir de gagner sans bruit. Par la confiance et la tranquillité. Et qu’il est doux de pouvoir côtoyer des personnes qui portent cette douceur où peuvent venir s’échouer nos craintes, nos inquiétudes en toute sécurité…

Aujourd’hui cette douceur est celle d’une Terre nouvelle qui germe en Dieu, qui jamais n’impose ou ne force contre notre volonté, mais qui dit : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués…

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés

Non pas ceux qui pleurnichent et se plaignent à tout bout de champ, mais ceux qui ont le don des larmes, pour soi, sans se cacher en ayant honte, car ils, elles nous aident à être vrai. Mais bienheureux ceux qui pleurent pour les autres aussi en signe de proximité. Et quel réconfort ceux qui savent deviner, qui partagent la peine, qui montrent sans carapace leurs luttes et difficultés. Au quotidien elles sont des personnes ressources auprès de qui ont peut se tourner avec nos propres larmes à verser.

Aujourd’hui c’est cette foule immense des éprouvés pour qui nous nous rappelons que Dieu est consolation dans le Christ, qu’il est accueil en venant essuyer toute larme de nos yeux.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés

Non pas les justiciers qui départagent les bons des mauvais, mais celles et ceux qui recherchent l’équité, la dignité, le respect dans les relations humaines. Et qu’il est bon d’avoir au milieu de nous des caractères intrépides, courageux, volontaires, et parfois même sans compromis pour que chacun ait une place. Et l’on sait à quel point l’attention, le discernement, un cœur solidaire, un vrai frère ou une vraie sœur sont un appui qui nous sauve de l’isolement ou de l’oubli

Aujourd’hui c’est vers un Dieu de justice qui juge et partage, qui reconnaît et dénonce la mal que nous regardons, afin qu’il nourrisse ceux qui ont eu faim de pain à partager

Mais cette justice n’est rien sans l’amour

Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde

Non pas ceux qui ont pitié, mais qui ont cette disposition de rejoindre, de souffrir avec dans le vulnérable partagé, la fragilité brisée… Et qu’elle est indispensable parmi nous la présence de celles et ceux qui ont les mots ou le geste adéquats, qui offrent temps et patience, pour la délicatesse d’un accompagnement, la sensibilité d’un silence , une juste distance, un vraie compassion qui n’est ni mièvre, ni envahissante. Juste aimante.

Aujourd’hui, nous nous souvenons à quel point Dieu est miséricorde pour les authentiques, les passionnés, ceux qui ont fait de leur failles et leur limites des forces vives.

Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu, dit la 6e béatitude

Non pas les parfaits, mais les transparents qui vivent de pardon et de grâce à renouveler sans cesse dans leur quête, leur recherche ardente, leur ferveur, leur foi sans jugement ni esprit de clocher

Et quel bienfait ceux qui ne « cherchent pas toujours la petite bête » comme on dit, mais qui accueillent la vie avec ses différences, ses contradictions, ses cheminements, ses incohérences…

Aujourd’hui nous célébrons ce face-à-face promis, où Dieu voit l’intention, le désir profond, le sel et la lumière, le fond d’un être malgré, il faut le dire, ce qu’il peut y avoir parfois d’énervant en chacun, d’agaçant, de frustrant ou de crispant… Soyons honnêtes !! oui, malgré ce qu’il peut y avoir d’inachevé, mais aussi d’ombres et d’obscurité, car nous sommes tous pris dans une pâte à pétrir, la vie sans cesse recommencer à remettre sur le métier

Et c’est pour cela que j’aimerai terminer avec cette dernière béatitude pour ce soir :

Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés enfants de Dieu

Dans les conflits et les tensions, dans ce qui aurait naturellement tendance à diviser, à nous séparer, voici un travail, une tâche qui est comme un métier, un savoir-faire qui demande de l’habileté et toutes sortes de qualités :

Créer la paix de ses outils, de ses mains, comme un lien, une qualité de relation sans cesse menacée.

Et c’est beau de rencontrer des artisans de paix, ceux qui la façonnent en réconciliant, en ouvrant la parole, en donnant à chacun la chance d’être entendu, en déjouant les pièges de l’agression. Ce sont des démineurs. Et Dieu sait si on en a besoin !

Aujourd’hui c’est à cette paix de Dieu, immense et indescriptible, que tous ceux qui vivent dans son amitié sont appelés. Une paix qui restaure et unit, une paix qui est sans ombres comme une nouvelle création.

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux

Non pas le martyr en jouant le rôle de victime qui toujours se plaint, mais bien celles et ceux qui sont capables de s’oublier, de passer par-dessus les offenses en redoublant de cœur et d’intensité. Et c’est si beau de rencontrer celles et ceux qui ont les épaules assez larges, dont la vie est assez solide, la foi assez grande pour pouvoir s’y appuyer.

Aujourd’hui nous pensons à celles et ceux qui ont souffert au nom de leur foi, qui ont lutté à travers les siècles pour être des témoins fidèles. Nous croyons qu’il sont dans l’amitié de Dieu.

Alors quelques soient nos caractères, et nous sommes tous différents ! nous n’avons pas à devenir tous identiques pour entrer dans le moule des béatitudes, à nier nos tempéraments, mais à trouver de quelle manière l’un ou l’autre de ces paroles pourront habiter, transformer, approfondir ce que nous sommes déjà pour devenir plus vivants

Des humains avec leurs qualités et leurs défauts, mais qui devant Dieu cherchent simplicité, douceur, vérité, justice, miséricorde, pureté, paix et foi pour vivre tout cela comme une mosaïque, ensemble comme un chemin commun où l’on se complète pour que le Royaume qui vient soit déjà présent au milieu de tout ce que nous sommes !

Amen