Quels signes pour notre temps ?

Dn 12,1-3 / Hb 11,101-18 / Mc 13,24-32

Sœurs et frères,

Les commentaires que j’ai consultés disent tous que ce passage parle moins des temps derniers clôturés par la venue en gloire du Fils de l’homme, que du moment historique dans lequel l’évangéliste Marc et ses lecteurs vivent, un temps marqué par la ruine de Jérusalem, les horreurs commises par l’empereur Caligula, un temps où une forme de Judaïsme disparaît pour faire place à l’Église naissante.

Les paroles des prophètes Esaïe et Daniel résonnent alors avec puissance pour Jésus, pour les disciples autant que pour les premiers chrétiens qui ont perdu tout leurs repères. « Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s’obscurcira, la lune ne brillera plus, les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. » C’est comme si le temps des prophètes et leur temps présent se rejoignaient. 

Dieu, par les paroles des prophètes, rejoignait Jésus et l’évangéliste Marc pour comprendre présent et ses bouleversements, ce texte peut aussi nous servir de révélateur pour comprendre notre présent à nous. Non pas à la lettre, avec l’obscurcissement du soleil, de la lune ou la chute des étoiles, mais spirituellement ou symboliquement. Car le parallèle est évident, éclairant aussi!

Il y a 100 ans, au sortir de l’horreur de la première guerre mondiale, ces paroles pouvaient être entendues à la lettre.

Et dans notre aujourd’hui, nous assistons à de profondes tourmentes et mutations, que les ténèbres disent bien : notre planète, notre société et l’humanité sont à l’agonie. En 150 ans, les habitant de cette terre sont passés de moins de deux milliards à presque huit milliards et ont épuisé 80% des ressources : des animaux, des plantes et des arbres disparaissent, l’humanité est devenu toxique pour notre planète. Nous entrons dans une logique de pénurie (eau douce et potable, énergie, terres arables, matières premières…). Le réchauffement climatique nous indique que notre terre est malade, elle a de la fièvre. Sur un autre plan, l’Internet, qui permet en tout temps à tous d’être connectés avec tous, a tout changé ; des robots remplacent de plus en plus souvent les travailleurs ; les grands entreprises sont comme des dinosaures incapables de s’adapter au changement et vont disparaître (les étoiles se mettront à tomber!) ; et il en est peut-être de même pour les états qui se fissurent de toutes parts. Enfin nous assistons à une révolution spirituelle sans Dieu, on médite, on se bricole des croyances personnelles, et tout devient spirituel, la Nature bien sûr, mais même certaines entreprises proposent des recueillements et créent de véritables communautés.

En même temps, les Églises traditionnelles sont désorientées et n’ont plus la cote. Alors comment le Fils de l’homme rassemblera ses élus, je ne sais, mais le trouble est là.

L’image du figuier nous apporte une touche d’espérance : dès que ses rameaux deviennent tendres et que poussent ses feuilles, vous reconnaissez que l’été est proche. Mes sœurs, mes frères, quels sont les signes de l’été dans tout ce qui arrive et va continuer d’arriver?

L’espérance, ce n’est pas la certitude que tout ira mieux demain, mais la conviction que ce que je fais a du sens », disait Vaclav Havel. Nombreuses et nombreux sont les personnes qui s’engagent dans des réseaux de proximité, pour un monde nouveau fondé sur la solidarité, l’entraide et le respect. On retrouve du sens et de la joie dans plein de gestes quotidiens. On consomme bio et local, on entre librement dans une logique de frugalité ou de sobriété heureuse. On se détourne de l’hyperconsommation et du pillage de la planète, parce qu’on a cessé de croire que le bonheur s’achetait et que les objets nous apportaient la « vraie vie ». On redécouvre l’échange, le troc, on partage des jardins ou des compétences.

Car l’opulence ne procure ni joie ni sens à la vie. On retrouve notre lien perdu avec la nature, les arbres, les animaux, le Vivant, on réapprend à s’émerveiller. Il en est temps: nos petits enfants verront-ils encore un glacier, une abeille ou un papillon qui butine, entendront-ils un merle qui chante ou s’émerveilleront-ils devant un mélèze dont la couleur change au gré des saisons?

Et les gens réfléchis resplendiront, comme la splendeur du firmament, eux qui ont rendu la multitude juste, comme les étoiles à tout jamais, dit le prophète Daniel (12.3). Ces gens réfléchis et resplendissants seront des hommes et des femmes de prière profonde, engagés dans et pour ce monde.

Serons-nous, nous autres chrétiennes et chrétiens, ces gens réfléchis qui resplendiront, en nous engageant avec confiance et détermination, autant dans nos Églises que dans ces mouvements qui émergent et qui sont les acteurs de la transition ? A nous et à nos Églises de s’y mettre, en sortant de nos murs et en priant sans cesse, pour sauvegarder cette création que Dieu nous a confiée.

Et à chaque fois que nous risquerons de nous décourager, relisons, méditons et prions le verset 29 de Marc, qui constitue pour moi le centre de notre passage et le fondement de notre engagement présent et futur: De même, vous aussi, quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l’homme est proche, qu’il est à vos portes.

Ensemble, à genoux, en prière. Et debout, engagés pour le monde et la vie des générations qui viennent, portés et bénis par le Fils, tout proche, à notre porte.
Amen