Apocalypse 1, 4–8
Jean 18, 33–38

Aujourd’hui c’est le dernier dimanche de l’année liturgique, car dimanche prochain nous entrons dans la saison de l’Avent. Et les lectures prévues pour aujourd’hui parlent de Jésus comme roi, c’est la fête du Christ Roi. Mais on peut se demander si cette image est utile car dans notre monde il n’y a plus beaucoup de rois et reines héréditaires. Il y a d’autres sortes de despotes, bien sûr, dont certains sont élus. Qu’est-ce qu’un roi ? Le Petit Robert dit : “Chef d’État accédant au pouvoir souverain par voie héréditaire.” On pourrait ajouter “ou par la force des armes”, car les dynasties changent et sont parfois renversées. La notion d’un roi change aussi selon l’époque à laquelle ils règnent. On peut penser à la monarchie absolue de Louis XIV ou le droit divin des rois cher à la dynastie des Stuarts en Angleterre. Quand on pense à l’époque de Jésus, il y avait les empereurs, plus ou moins sanguinaires, débauchés assoiffés de pouvoir, voire carrément fous. Il ne faut surtout pas que nous construisions notre image du Christ sur ces bases de royauté humaine.
Pour éviter le triomphalisme et l’intégrisme, ne devrions-nous pas abandonner ce langage royaliste ? Ou peut-être nous pourrions redéfinir la notion de la royauté du Christ grâce au texte d’évangile aujourd’hui. L’évangéliste Jean nous montre un Jésus qui se dit roi, mais d’une toute autre sorte.
Nous avons l’habitude d’entendre ce texte Vendredi-Saint, mais c’est intéressant de regarder cet extrait de plus près détaché du reste du récit. Les évangélistes (et Paul) nous disent que Jésus est mort crucifié – une punition romaine, d’où l’implication de Pilate. Les autorités juives ont donc besoin d’un prétexte afin que Pilate s’intéresse à une histoire qui ne le regarde pas vraiment. Alors on raconte à Pilate que Jésus s’est proclamé « roi des juifs », une prétention politique qui pourrait menacer la paix romaine dans ce petit état à la périphérie de l’empire. L’évangéliste Jean met en évidence un Pilate qui ne veut pas se mêler des ces affaires et qui ne voit pas pourquoi il devrait mettre Jésus à mort. Il se peut que cette façon de dépeindre Pilate émane du désir de montrer que l’empire romain n’a rien à craindre des chrétiens vers la fin du premier siècle et que c’était plutôt les autorités juives proches du temple qui sont responsable de la mort de Jésus. Cette attribution de responsabilité explique les accusations de déicide envers le peuple juif et la persécution qu’il a subie tout au long de l’histoire. Le désir de Jean de disculper un tant soit peu Pilate a eu des effets insoupçonnés et démesurés.
Pilate demande à Jésus « Es-tu le roi des juifs ? ». Pilate reste dans ce schéma d’une prétention politique. Est-ce que Jésus représente une vraie menace pour l’état ? Si ce n’est pas le cas les autorités juives peuvent s’occuper de lui. Jésus répond à Pilate par une autre question : «  Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » Jésus tient tête et ne se soumet pas à celui qui a le pouvoir sur lui. Jean nous montre un Jésus qui ne subit pas les événements et qui assume ses propres choix.
Pilate veut toujours savoir pourquoi Jésus comparait devant lui. « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta propre nation, les grands prêtres t’ont livré à moi ! Qu’as-tu fait ? « On sent un certain agacement : « Moi je représente l’autorité de Rome. Qu’est-ce que j’ai à faire dans vos histoires ? »
Jésus répond par ces mots qui changent radicalement notre compréhension de la royauté : « Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, les miens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais ma royauté, maintenant, n’est pas d’ici. «
Pilate essaie toujours de comprendre : « Tu es donc roi ? » Jésus a maintenant revendiqué une forme de royauté et Pilate veut être sûr d’avoir compris. Ainsi ce dialogue décalé véhicule deux compréhensions de royauté : la définition la plus simple des accusateurs de Jésus reprise par Pilate et la définition de Jésus qui place le débat sur un autre plan.
Le verset suivant nous aide à mieux comprendre. Jésus répond à Pilate : «  C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. «
Jésus renvoie la question à Pilate, qui doit se situer. S’il dit que Jésus est roi, il faut qu’il sache de quel type de roi il s’agit. Jésus n’est pas roi d’une parcelle de terre ou d’un peuple particulier. Il n’est pas un roi limité dans le temps et dans l’espace. Il est roi de la vérité mais « Qu’est-ce-que la vérité ? » Ce n’est pas une proposition mais une façon de vivre dans l’authenticité. Jésus est fidèle à lui-même et au destin que Dieu a choisi pour lui.
L’avant dernier geste de Pilate dans l’évangile sera de rédiger l’écriteau sur la croix de Jésus : Jésus de Nazareth, roi des juifs. C’est un affront aux autorités juives, mais avec ironie, Pilate annonce la vérité.
Quand par la foi nous permettons au Christ de régner dans notre vie nous reconnaissons la vérité de sa vie et sa mort. Nous annonçons que le trône de Jésus n’est pas de marbre, mais de bois – l’annonce de sa gloire se fait sur la croix.
Oui, le Christ est roi, il règne dans nos vies sans s’imposer.

Phil Baker