2R 5,14-17 ; 2 Tim 2,8-13 ; Luc 17,11-19

Chers frères et sœurs,

« La Parole de Dieu n’est pas enchaînée » (2 Tim 2, 9 ), écrit l’auteur de la 2e lettre à Timothée. Au contraire, elle libère.

C’est l’expérience faite par le Samaritain qui, guéri de sa lèpre, revient vers Jésus. Avez-vous déjà pensé au courage qu’il lui a fallu pour se distinguer des neuf autres lépreux qui venaient, comme lui, d’être guéris de leur lèpre. Nous sommes tellement familiers de ce récit que nous n’y voyons plus rien d’extraordinaire. Mais essayez un instant de vous mettre à la place du lépreux Samaritain qui décide de revenir vers Jésus. Il est avec les neuf autres, en chemin pour aller se présenter aux prêtres, qui sont ceux que la Loi de Moïse désigne comme compétents pour constater la guérison de la lèpre. Sur le chemin, ils constatent tous qu’ils sont guéris. Plus aucun signe visible de la lèpre. À ce moment-là, l’un d’entre eux qui est Samaritain, rebrousse chemin et vient se montrer à Jésus, en rendant gloire à Dieu. Il prend en fait beaucoup de risques.

Tout d’abord, il ne respecte pas ce que Jésus leur avait ordonné : Jésus leur avait dit d’aller se montrer aux prêtres. Or, il semble que le lépreux Samaritain ne le fait pas, mais rebrousse chemin en rendant gloire dès qu’il a constaté qu’il est guéri. Et donc en revenant vers Jésus, il risque de se faire reprocher de n’avoir pas respecté ce qui lui avait été ordonné. De plus, en faisant ce choix, il se distingue des neuf autres. Il se fait remarquer. Qu’ont-ils pensé ? Que lui ont–ils dit ? Il est tellement plus facile de suivre les autres sans se faire remarquer !

Où a-t-il trouvé la force de ne pas suivre simplement le mouvement général et de choisir le mouvement intérieur qui l’habite et le pousse à rendre gloire à Dieu ? De plus, il n’est pas discret : le texte dit qu’il le fait à pleine voix. Jésus lui déclare qu’il a trouvé cette force dans sa foi : « Ta foi t’a sauvé » ( Luc 17,19). Il a eu le courage d’écouter le mouvement profond qui l’habite et de lui obéir. Et cela le libère de toute peur de ce que les autres peuvent penser. Cela le libère même de la peur de déplaire à Jésus. Et Jésus le félicite pour cela. La foi rend libre.

Naamân aussi doit affronter le regard des autres. Le passage que nous avons lu raconte qu’il va se plonger dans le Jourdain. Mais il vaut la peine de lire les versets qui précèdent et qui montrent que cela n’a pas été son premier mouvement. [ lire 2 R 5,9-13]. Au début, Naamân ne veut pas se ridiculiser en allant se plonger dans le Jourdain devant tous ses serviteurs : il ne veut pas prendre le risque d’écouter la recommandation d’Élisée et d’être ridiculisé en allant se plonger dans l’eau et d’en ressortir encore lépreux. Il lui faut des serviteurs courageux qui osent le contredire, pour finalement faire ce qu’Élisée a recommandé. Il peut prendre ce risque parce qu’il a été encouragé par des serviteurs qui eux-mêmes, ont pris le risque d’être chassés par lui. Tout se joue donc dans la confiance accordée à la parole qui vient de Dieu. La foi dans cette parole libère des fausses peurs et permet le salut et la guérison. La foi rend libre, parce que c’est la foi dans une parole qui elle-même est libre : « la parole de Dieu n’est pas enchaînée ». C’est l’expérience de l’apôtre Paul qui dit que cette parole est digne de confiance, qu’elle est digne de foi. Cela n’épargne pas les difficultés : il y aura peut-être des souffrances à traverser ou la mort à affronter : « si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons, si nous souffrons avec lui, avec lui, nous règnerons » ( 2 Tim 2, 11-12 ). La liberté se trouve dans la foi en celui qui n’a pas craint la mort, pour nous : Jésus le Christ ! Il n’a pas craint la souffrance et la mort, pour rester libre et fidèle à Dieu. Ce faisant, Jésus nous montre le chemin, que nous pouvons prendre avec lui : si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons.

Concluons :
Au début, le lépreux Samaritain obéit simplement à ce qu’a dit Jésus. Quand il se voit guéri, il retourne sur ses pas, rendant gloire à Dieu. Il n’a pas écouté à la lettre la parole reçue, et Jésus y reconnaît la foi de cet homme.

Au début, Naamân ne veut pas écouter la parole de Dieu que lui donne Élisée. Il retourne sur ses pas. Il est plein de colère.

L’un et l’autre écoutent un mouvement intérieur. L’un est dans la foi, dans la confiance en Jésus, au-delà d’une obéissance servile. L’autre est dans la méfiance à l’égard d’Élisée.

La liberté, ce n’est pas d’écouter simplement le mouvement intérieur qui nous habite, en vue de nous autonomiser. Car nous pouvons être enchaînés par nos propres idées, déterminés par nos mouvements émotionnels. La liberté résulte de la foi placée dans la parole de Dieu, qui nous libère face au regard des autres, mais aussi par rapport à nos propres déterminismes. Cette liberté de la foi, nous la voyons à l’œuvre chez le lépreux Samaritain et chez les serviteurs de Naamân.
La parole de Dieu n’est pas enchaînée. Quand nous entrons dans cette foi profonde en la parole que nous recevons de Dieu, alors nous pouvons même être enchaînés en prison, comme Paul, nous sommes en réalité libres. Et même la mort n’est plus un obstacle si nous mourons avec Christ.

Amen.