(Joël 3, Jn 20, 19 – 23, Actes 2, 1 –13)

Il est commun de dire ou d’entendre que Dieu est Esprit, qu’il n’a pas de corps. Et cela reste une image, une métaphore. Quand l’Écriture nous dit que Dieu est Esprit, elle nous dit que Dieu n’est pas corporel. Or le souffle humain lui-même est matière.

Oui, mais notre souffle est quelque chose qui entre en nous et qui sort de nous ; il est communication, déplacement. C’est pour cela que Jésus, dans notre évangile, souffle sur ses disciples et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » Quelque chose de lui passe en eux, et cette « mobilité » va les rendre mobiles : c’est ainsi qu’ils vont partir pour annoncer la Bonne Nouvelle ; les verrous de leurs portes et de leur cœur vont sauter.

Le don de l’Esprit selon le 4e Évangile se passe de façon plus discrète que dans les Actes : pas de bruit assourdissant, ni de coup de vent, ni de feu céleste. On pense au souffle de silence, présence de Dieu qui vient faire sortir Élie de la caverne où il s’enferme (1 Rois 19,12). Dans les Actes, Luc, veut plutôt nous faire penser au don de la Loi au Sinaï, transmise à Moïse à grand fracas. La Loi gravée sur la pierre, extérieure à ses destinataires, va faire place à une loi intérieure, gravée dans les cœurs. Cette loi ne procédera pas par obligation, mais par inspiration.

C’est cette inspiration qui nous fera parler et agir, car « le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va » dit Jésus, alors qu’il parle d’une nouvelle naissance à Nicodème. Le souffle qui anime cet homme nouveau est le Souffle de Dieu lui-même. C’est pourquoi nous sommes, comme Jésus, appelés « fils et filles de Dieu ».

L’Esprit de Dieu ne se contente pas de nous animer de temps en temps d’inspirations incontestables, au coup par coup ; il nous habite en permanence, il fait chez nous sa « demeure » et veut élargir l’espace de notre cœur.

Moyennant l’accueil de notre liberté, il peut modeler nos manières globales de penser et de vivre. Il y a en nous « quelque chose » qui nous anime et nous vient d’ailleurs.

À vrai dire, l’Esprit de Dieu n’est pas le seul à pouvoir ainsi colorer notre existence. Il y a des difficultés, d’autres « esprits » qui hantent notre atmosphère, les «puissances des airs» dont parle Paul en Éphésiens 2,2. L’air du temps, si l’on veut : contagion du désir de nous placer au-dessus des autres, de nous faire «comme des dieux», de construire des tours de Babel qui nous feraient atteindre les cieux et qui, en fin de compte, nous rendent incompréhensibles les uns pour les autres.

L’Esprit de Dieu, lui, nous rend ouverts aux autres, parce qu’il remplace en nous le désir de les dominer par la volonté de les servir, de leur servir. Alors nous pouvons nous comprendre. Tel est « le don des langues », langues de feu, langage de l’amour. Parce que l’accueil de cet Esprit de Dieu dépend de l’accueil par notre liberté, nous avons à nous demander – avec lucidité mais sans culpabilité – de quel esprit nous sommes : l’esprit du monde ou l’Esprit de Dieu. Et nous pouvons garder confiance : l’Esprit de Dieu est plus fort, autour de nous et en nous, que l’esprit du monde.

Dieu crée en distinguant, en différenciant : lumière-ténèbres, sec-humide, masculin-féminin. Ainsi, pour être accompli, achevé, tout être a besoin d’une alliance avec l’autre, celui, celle qui est différent(e).

L’hostilité, la guerre sont en contradiction avec l’acte créateur, qui est acte d’amour unifiant. L’Esprit de Dieu, Esprit créateur, partant de Dieu, venant à chacun de nous, partant de nous, allant vers chacun des autres, ne vient pas nous faire supprimer nos différences mais nous les faire conjuguer, il vient allier nos différences, les unir dans leur diversité. C’est ainsi qu’il unifie notre être, notre cœur, notre vie.

Les interlocuteurs des disciples au jour de la Pentecôte les entendent chacun dans sa langue maternelle. Diversité des manières d’être et de dire qui n’est plus, comme à Babel, un lieu de division mais l’instrument d’une unité nouvelle. L’Esprit, est donc sortie de soi et communication, et relation. Nous voici reliés entre nous parce que reliés à Dieu. Reliés, et restant nous-mêmes, de même que Dieu Père est relié à Dieu Fils par le Souffle d’amour qu’est l’Esprit Saint.

Un seul Esprit, et pourtant une multiplicité de dons, de fonctions, de goûts. Et dans la mesure où, différents, nous faisons un dans l’Esprit, nous sommes la visibilité actuelle du Christ, la révélation de sa présence au monde. Un monde qui va, sans le savoir, vers l’unité dans l’amour.