« Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes! »

Et nous imaginons un endroit chaud, confortable, illuminé, bourré de voyageurs attablés et venus se faire inscrire dans leur ville. Et nous imaginons Joseph et Marie rejetés, l’hôtel affiche complet.

Nous nous demandons alors, et moi aujourd’hui, saurai-je l’accueillir, lui faire une place? Parmi toutes nos occupations diverses, parfois luxueuses, a-t-il une place? Est-ce que je le rejette aussi? Mon auberge intérieure affiche-t-elle «complet»?

Et nous nous culpabilisons, et nous nous demandons: a-t-il encore une place dans ma vie? Ce regard sur Noël peut avoir sa valeur!

À l’époque, dans ce pays, il y avait une règle: c’était le devoir sacré de l’hospitalité. Et tout voyageur était accueilli. Ce qui fait qu’il n’existait pas d’hôtellerie ou d’hôtel tel que nous les utilisons aujourd’hui. Il y avait parfois des maisons d’accueil dans les synagogues, des cabanes construites pour les pèlerins et des auberges comme celle du Bon Samaritain.

Dans le récit de Noël, il n’est pas dit que Joseph et Marie n’ont pas trouvé de place dans l’auberge, mais l’Évangéliste utilise un autre mot: le relais.

Ce mot m’a fait penser, et si la problématique était différente, et si la réalité était ailleurs, ce ne serait pas tellement une question de rejet.

Le relais est le lieu où l’on dételle son animal. Ce n’est pas un endroit pour y passer la nuit. Pour Joseph et Marie, le relais n’est pas leur endroit. Ils n’ont pas de caravane à dételer de leurs riches bagages. Ont-ils même un âne? Le récit ne le dit pas. Nous le supposons suite à la grossesse de Marie.

Joseph et Marie ne vont pas à l’endroit où l’on débâte son animal mais là où il y a une crèche. Tous ces lieux sont des endroits pour les animaux.

Dieu naît dans une crèche. Quel est le sens de cet endroit? La réparation entre le lieu pour l’homme et le lieu pour l’animal était moins marquée qu’aujourd’hui. Dieu veut-il signifier la réconciliation entre l’homme et l’animal?

La crèche, je l’imagine assez vide en cette période de famine et d’occupation romaine. Sans paille ni foin. Dieu vient parce que je me sens vide, parce qu’une autre famine nous creuse aujourd’hui. Dans une mangeoire? «Mais il risque d’être mangé!» me confiait un enfant. Eh oui! Dieu est la source qui a soif d’être bue, Dieu est le pain qui a faim d’être mangé.

Joseph et Marie ne vont pas dans le relais. Ils sont légers, libres comme l’air et choisissent un lieu qui correspond à ce qu’ils sont!

Dieu vient sur terre mais Dieu ne choisit pas le lieu où nous l’aurions mis. Déjà David aurait voulu construire un lieu pour son Seigneur, une maison pour Dieu. Et Dieu lui a répondu: non, ce n’est pas toi qui vas me construire une maison mais c’est moi qui vais te susciter une maisonnée, une descendance, une famille. Famille et maison, c’est le même mot en hébreu. Dieu a la puissance de construire son lieu de résidence. Jésus dira: «Le Fils de l’homme n’a pas de lieu où poser sa tête.» Il est continuellement en voyage, il n’a pas de domicile fixe. Le lieu où Dieu vient est toujours en mouvement.

Cela signifie que pour nous aujourd’hui, accueillir celui qui vient de naître, ce n’est pas lui faire un peu de place dans mon auberge intérieure, ce n’est pas comme d’ajouter un joli cadeau parmi les autres. Il ne s’agit pas de rager son chenit intérieur, ses doutes et ses questions. Ce n’est pas non plus se culpabiliser parce que nous n’avons pas de place pour lui… qu’est-ce que nous en savons ?!

Mais il s’agit de découvrir en nous l’endroit particulier où il naît. Un lieu unique et inattendu, le lieu de notre éveil spirituel, le lieu de notre vigilance. Le lieu où Dieu se construit une famille et une maison comme il le dit à David. Et si un jour je le pense ici, très bien, demain il aura bougé.

Dieu vient ailleurs… qu’à l’endroit imaginé, supposé ou même préparé. Dieu nous rencontre dans un lieu qui lui est propre. Dieu n’est pas rejeté, il est ailleurs!

Le relais affiche complet? Aucune importance! Cherche le lieu où il est, où il devient vivant en toi, vivant de Sa Vie.

Il est Emmanuel, il sait être présent en nous. Il sait où poser sa crèche en nous, parmi tous les méandres de nos vies!

Amen