Fête de St-Michel et tous les anges

29.09.2026 – Guillaume Klauser

Apocalypse 12, 7-12a et Jean 1, 47-51

Chères sœurs et frères,

Nous vivons tous notre quotidien avec des représentations du monde qui nous entoure. Des

images, des pensées qui classent, ordonnent, arrangent notre compréhension de ce qui se passe

autour de nous. Le réel ne se laisse jamais directement atteindre. Au travers de la situation dans

laquelle nous nous trouvons, nous dessinons une carte de ce que nous pensons être la réalité.

Les textes de la Bible, nombreux, qui utilisent un vocabulaire et des images du genre dit

« apocalyptique » ne font rien d’autre que cela. Même s’ils nous submergent un peu à la lecture,

les symboles, les lieux, les apparitions, les effets sonores et visuels décrits dans ces récits

dressent une représentation du monde et tentent de décrire ce qui ne se laisse pas toucher.

Ainsi les anges nous donnent de voir ce que nous ne pouvons pas voir de nos yeux. Ils nous disent

Dieu, son alliance, le lien qu’il tisse avec nous. Les anges de la Bible nous rappellent que Dieu

communique. Qu’il ne reste pas muet. Et que les combats auxquels nous faisons face sur cette

terre le concernent et le préoccupent.

Le livre de l’Apocalypse, dont nous avons entendu un extrait nous donne de contempler un combat

entre d’une part l’ange du Seigneur, Michael (ou Michel), dont le nom signifie « qui est comme

Dieu » et d’autre part le mal, symbolisé par un dragon. Ce mal qui laboure la terre, ce mal qui divise

l’humanité. Mais au cœur de ce combat, au cœur du mal qui déroute les hommes et les femmes

que nous sommes, il y a cette parole que nous fait entendre une voix forte « Voici le temps du

salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » (Ap 12, 10).1

Le mal, celui qui traverse tant de situations sur notre terre meurtrie, le mal aussi qui nous prend

parfois avec violence dans les tréfonds de notre être… Oui, le mal demeure dans l’humanité une

réalité et une grande question.

Mais, comme autrefois Jacob avait découvert la présence de Dieu dans le lieu où il s’était

endormi, quand il avait vu une échelle avec les anges qui montaient et descendaient (Gn 28, 12),

quelque chose vient nous dire que Dieu n’est pas en dehors du monde, dans son ciel, mais que le

ciel étant ouvert, Dieu se penche vers nous.

Dieu se penche vers nous. C’est ce que s’efforce de nous dire le passage de l’Evangile de Jean.

La rencontre entre Jésus et Nathanaël suit l’appel de Philippe qui, une fois devenu disciple, ne

peut se retenir de partager avec Nathanaël sa découverte.

« Nathanaël, nourri par l’enseignement des scribes et enraciné dans la tradition de ses pères, est

convaincu qu’un Messie doit venir. Mais à l’annonce de Philippe, il peine à croire que ce Jésus de

Nazareth soit le bon »2

. Mais voilà, déjà Jésus a vu Nathanaël sous le figuier. La rencontre saisit

Nathanaël qui, à son tour, va être bouleversé par Jésus. Alors Jésus fait à Nathanaël et aux

disciples que nous sommes une confidence que tout l’évangile se chargera de démontrer : « Je

vous le déclare en vérité : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-

dessus du Fils de l’homme ! ». Il s’agit une fois encore de donner à voir quelque chose que nos

yeux ne peuvent pas voir. Le ciel est ouvert, Dieu se penche sur nous. Par cette évocation de la

vision Jacob, Jésus se révèle comme présence de Dieu sur terre, sous les traits d’un fils d’homme.

Dieu se penche sur nous. Il le faisait autrefois et on pouvait saisir sa préoccupation des combats

terrestres par les intenses combats des anges. Il le fait aujourd’hui par son Christ, lien qui unit le mal, pour en triompher.

Chers sœurs et frères,

« La fête de Saint Michel et des anges a parfois été comprise comme une petite Pâques

d’automne. Un rappel, au moment où les jours vont en diminuant, de la victoire de la vie sur la

mort, de l’amour sur le mal… Une fête qui nous rappelle, si nous devions l’oublier, que le Christ ne

nous abandonne pas devant les épreuves de l’existence, mais qu’il demeure l’Emmanuel, Dieu

avec nous. Dieu pour nous, Dieu en nous. Un Dieu qui ne nous abandonne pas !

Si le mal demeure encore, un chant qui nous parvient du fond des âges : ‘Voici le temps du salut,

la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ’ ! Ce chant ne proclame-t-il

pas le cœur même de notre foi ? Cette foi, qui déjà nous nous fait passer – comme le dit l’apôtre

Paul – de la mort à la vie ? »3

« Voici le temps du salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ !

N’est-ce pas cette audace toute évangélique qui pousse tant d’hommes et de femmes à lutter

contre le mal, pour que règne la justice, la paix et la fraternité ?

Si d’aventure, nous devions perdre courage, n’oublions jamais : Dieu, en son Fils nous tend sa

main. Il est Michaël, [qui est comme Dieu], le Christ qui combat, avec nous, le mal en nous comme

autour de nous. Jamais, il ne nous abandonne, car voici le salut, la puissance et le règne de notre

Dieu, voici le pouvoir de son Christ »4

.

Amen !