Prédication Rameaux 2026

Zacharie 9, 8-10

Phi 2, 5-11

Matthieu 21, 1-11

Quelque chose bouillonne au passage de cet homme qui aime en dérangeant. Qui dérange en aimant.

D’ailleurs, quelqu’un d’important est –il entré dans notre vie sans y mettre le désordre ? sans nous bousculer ? nous secouer ? nous transformer ?

Ainsi en est-il de Jésus dans chaque vie qu’il pénètre et rejoint au plus intime.

Ainsi en va –t-il pour Jérusalem, la fière, la hautaine, si orgueilleuse de son ordre de pureté, prête à tuer plutôt que de changer : Jérusalem, restera-t-elle sourde et imperméable à cet homme de paix, monté sur un ânon, ce roi, sans épée, sans couronne, sans armée ?

 La population, elle, exulte, elle a saisi le passage décisif de cet homme désarmé, et porteur d’une paix transformatrice, d’une paix venant de Dieu, promise depuis des générations et c’est un joyeux désordre. On jette ses vêtements, on saisit des branchages pour lui faire une allée d’honneur, pour les lever au ciel et crier sa joie.

 Hosanna : cri de joie et de reconnaissance pour cet homme, ce Messie plein de douceur annoncé par le prophète Zacharie.

Et aussi appel au secours : sauve-nous de grâce, toi qui arrives parmi nous, humble et vulnérable…

 Un peu comme si Jésus arrivait à vélo, plutôt que dans une voiture blindée aux vitres noircies;

à vélo, plutôt que sur un tank accompagné de tout un arsenal de mort.

Désarmé, tête nue, mains vides et cœur ouvert, pieds traînant dans la poussière des chemins, Jésus annonce un Royaume, dont le roi désapprendra la violence, pour que la population puisse cultiver la terre au lieu de la réduire en cendres, dans le feu et le sang : « les arcs de guerre seront détruits » chante Zacharie ; « de leurs épées les humains forgeront des socles de charrue, de leurs lances des serpes », clame le prophète Michée. Cultiver ses champs, son esprit, ses relations, son lien à Dieu, à Christ, c’est cultiver la possibilité de la paix, de la concorde et d’une vie commune bonne.  Détourner les besoins humains de domination, transformer les pulsions de mort vers ce désir du bien commun et du service de la vie, du service à autrui, c’est le chemin que nous indique le Dieu de Michée, de Zacharie et de Jésus. N’est-ce pas là la source même des commandements divins ? S’atteler à la Bonté du bien, à une pacification du monde, des nations et de chaque maisonnée, au lieu de se répandre dans une guerre d’attrition, visant la destruction d’ennemis désignés, semant terreur et désolation.

Hosanna, cri de joie et de salut

Voici Jésus monté sur un ânon accompagné de sa mère l’ânesse ; quel tableau saisissant !

Un peu comme si Jésus arrivait entouré de civils, des femmes et des enfants, pris dans la mâchoire des puissants ; Jésus solidaire des premières victimes de la violence, les femmes et les enfants, il marche avec eux, avec elles, avec les populations migrantes et réfugiées, avec les condamnés à mort, avec les torturés et les suppliciés, avec les militants et militantes pour le climat, pour la démocratie et les droits humains, pour la paix. Et justement, aujourd’hui où les logiques guerrières et meurtrières semblent prévaloir, n’est-il pas urgent et nécessaire d’affirmer haut et clair, en paroles et en actes, la paix, une paix véritable ? En marche les faiseurs et faiseuses de paix, les semeurs et semeuses de paix, vous êtes enfants de Dieu. (Matthieu 5)

Lui, Jésus, qui a dû fuir la violence sanguinaire d’Hérode dans les bras de Marie, que l’on représente volontiers montée sur un âne conduit par Joseph, dans la nuit noire, le voilà dans la lumière de Jérusalem, faisant face à la violence des violents, armé de la seule justice et du seul amour, qui le lie à toute la population civile, aux simples gens, aux gens de bonne volonté, à la masse des pauvres, des opprimé·es, des vaincus, des oublié·es

Hosanna, cri de joie et de salut

Il arrive le messager de Dieu, l’itinérant, le nomade, le Fils d’humanité qui n’a pas où poser la tête ; il ne revendique pas un trône, ni un palais mais une cabane sur la route, une simple cabane au toit troué pour y voir les étoiles, pour y rêver sa vie, perméable à l’autre, à la réalité, à la nature, aux écosystèmes ;  une cabane aux simples branchages, écho de la fête de Souccot où l’on fait confiance à un Dieu de transhumance ; qui ne s’installe jamais ; qui ne nous installe jamais dans la puissance d’une doctrine, d’une religion, d’une politique mais nous renvoie sur la route, nomadiser avec les autres humains et avec tout le Vivant.

Comment ne pas être bouleversée bousculée par ce Messie qui entre, dans ma vie, dans nos vies, avec une telle clarté, douce et radicale ? entrant résolument dans notre monde enténébré, qui soupire après une paix si friable, se baignant si aisément dans le sang et les larmes.

Si aujourd’hui Jésus est un roi sans armes entouré d’une population confiante, joyeuse, heureuse, elle qui crie Hosanna, il est vrai que demain il sera un roi solitaire abandonné de tous moqué, humilié, violenté, couronné d’épines, cerné par une population qui criera Crucifie.

Aujourd’hui, il entre librement dans sa Passion, sans être dupe de la violence et du goût du meurtre tapis en nous prêts à surgir et à se déchaîner.

Il avance telle la petite fille espérance de Charles Péguy

Une petite fille prise sous les bombes, chancelante dans des vents de tempête, d’orgueil et de folie, une petite fille qui avance dans une résistance d’amour et de douceur, voué et dévoué à l’être humain au vivant à chaque vivant et vivante.

Aujourd’hui et demain, le Christ est le même : il fait face à la réjouissance comme à la souffrance ; sa puissance c’est le don de soi un amour prêt à se donner jusqu’au bout, jusqu’au don de sa propre vie.

Pour aujourd’hui, chères sœurs, chers frères, fêtons la joie et la liesse et accueillons notre Messie, notre Roi, ouvrons lui nos cœurs, offrons lui nos habits, nos oripeaux, notre réalité, notre société, notre monde. Bâtissons une paix véritable. Il nous rejoint, ouvert aux 4 vents de l’humanité, pavant nos chemins et avançant sans crainte au-milieu de nous.

William Bunge écrit en 1980 dans l’Atlas sur la guerre nucléaire : « Notre planète est trop petite pour la guerre, mais bien assez grande pour la paix ».

Amen