2026-03-01 Gd’ch : Lc 9,28-36 ; Gn 35, 1-15 ; 2 Tim 1, 8-10

Trois textes bien différents nous sont proposés ce matin. Pourtant, les trois ensemble me paraissent d’une actualité surprenante, quand on regarde leur contexte ! Des situations plutôt sombres, mais d’où jaillissent des fleurs magnifiques.

Commençons par Timothée:il reçoit des encouragements à tenir bon de la part de son père spirituel Paul, qui est en prison. Alors qu’au début, les chrétiens étaient tolérés comme les Juifs de la synagogue, le pouvoir romain commençait à s’en méfier et à les persécuter, déjà avant la rupture entre les 2 voies. Mais il y avait plus grave : Les différents apôtres et témoins avaient chacun sa façon de répandre l’Évangile, pensons à Pierre, Jacques, Barnaba ou au milieu johannique. Quelle est la bonne doctrine ? Certains conflits sont relatés dans le NT, et l’on devine des tensions qui pourraient conduire à des ruptures. Qui croire ? Que croire ? [Il faudra attendre le Concile de Nicée pour trouver un consensus !] Et aujourd’hui ? Malgré le rapprochement œcuménique réjouissant, l’interprétation de l’Évangile est loin de faire l’unanimité, et certains politiciens s’y réfèrent abusivement pour justifier leurs décisions et as­seoir leur pouvoir, et pas seulement aux États Unis.

J’entends Paul nous encourager nous aussi : je te rappelle d’avoir à raviver le don de Dieu qui est en toi …  7Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Puis l’apôtre Paul encourage à témoigner dans ce monde de plus en plus hostile à l’Évangile [aujourd’hui c’est p-ê plutôt l’indifférence ou l’ignorance, chez nous].  8N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur [et n’aie pas honte de moi, prison­nier pour lui, ajoute-t-il]. Un encouragement pour nous aussi à oser té­moigner dans nos lieux de vie?

Avec la lecture de la Genèse, nous remontons encore de plus de mille ans, jusqu’au patriarche Jacob. Le passage où Dieu change son nom en Israël nous est bien connu, mais savez-vous dans quelles circonstances cela se passe ?«Debout, monte à Béthel et arrête-toi là»! Jacob reçoit de Dieu l’ordre de se remettre en route – une fois de plus. Pourquoi ? L’histoire de Jacob est compliquée, scabreuse même, et pas souvent glorieuse ! Pourtant, Dieu veille au grain. Survolons son parcours. Vous vous rappelez certaine­ment que Jacob avait dû fuir Esaü après lui avoir volé la bénédiction paternelle, en plus du droit d’aînesse. Or, Dieu lui apparut en songe dès la 1ère  nuit pour lui confirmer la promesse faite à Abraham et ses des­cendants. Puis Jacob avait passé de longues années chez son oncle La­ban, au pays d’Aram, au NE du Jourdain, et était devenu immensément riche, non sans fourberies, ce qui avait excité la jalousie des fils de La­ban. Il avait alors dû fuir, avec tous ses troupeaux et tous les gens qui l’accompagnaient (Gn 35,6b). Laban le poursuivit avec ses hommes, mais Dieu l’avertit en songe de ne pas faire de mal à Jacob et ils négo­cièrent un pacte scellé sur une stèle. Dorénavant semi-nomade, Jacob retourne vers le sud, où il va rencontrer son frère redouté. La veille, il passe la nuit à lutter avec Dieu, qui finit par le bénir. Après la ren­contre, Jacob prend une autre route et s’installe à Soukoth, au-delà du Jourdain, ne faisant pas trop confiance à Esaü. Puis il revient à Sichem en Canaan, où il négocie du terrain pour son campement. Et là, c’est le drame : sa fille Dina sortie pour retrouver les filles du pays (34,1). estviolée par le fils du chef de la cité ; il se prend d’amour pour elle, et la demande en mariage, prêt à donner pour dot tout ce qu’on lui deman­dera. Pour faire alliance avec le clan local, les frères de Dina exigent la circoncision de tous les hommes [non sans fraude, dit le texte]. Le 3e jours, alors que tous les hommes de Sichem souffrent, ils sont tous massacrés et la ville pillée, pour venger Dina. Jacob reproche à ses fils leur conduite ; il craint pour sa vie et celle des siens, et il a raison, tout le pays va se lever pour se venger !

Et c’est dans cette situation que Dieu dit : 1«Debout, monte à Béthel et arrête-toi là. Elèves-y un autel pour le Dieu qui t’est apparu lorsque tu fuyais devant ton frère Esaü».  

Jacob est touché par ce Dieu qui l’appelle sans même poser de conditions, alors que lui l’a négligé – mystère de la miséricorde de Dieu. Avant de se mettre en route, il dit à sa maison et à tous ceux qui l’accompagnaient : « Enle­vez les dieux de l’étranger qui sont au milieu de vous…. Purifiez-vous et changez vos vêtements». Il y avait tout un tas d’objets idolâtrés ils sont tous enterrés ! N’est-ce pas un retournement spectaculaire ! une conversion ?

 A Bethel, Dieu lui offrira un nouveau départ : Il changera son nom de Jacob [nom qui résonne avec le talon (allusion à sa naissance) ou supplanter (son frère Esaü), rappelant ses fourberies]. Il devient Israël (celui qui a lutté avec Dieu[ou a vaincu]) ; et Dieu et renouvellera sa promesse faite à Abraham et à Isaac.

N’est-ce pas surprenant, voir incompréhensible à vues humaines, que ce soit à cet homme au parcours peu glorieux que Dieu apparaît toujours à nouveau pour le rencontrer, l’avertir, le soutenir? N’est-ce pas impressionnant comment Dieu poursuit son projet d’alliance avec les patriarches et tout au long de l’histoire des humains, malgré leur comportement, malgré leurs fourberies et leur violence ? Impression­nant aussi combien Dieu est miséricordieux et se rend proche pour les soutenir. Oui, Dieu reste fidèle à ses promesses, promesses de vie et de vie en plénitude, et cela sans condition, sans mérite… par pure grâce – mystère, qui invite à ne pas désespérer du monde d’aujourd’hui et d’y scruter la présence et l’agir de Dieu

Avec l’Évangile de ce jour, la transfiguration, on change complète­ment de registre : c’est un moment hors temps, éclatant de lumière, di­vin … et si la crainte saisit les 3 disciples, c’est d’éblouissement, une crainte-respect devant la sainteté [petit silence] – Après,35il y eut une voix venant de la nuée ; elle disait : «Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le!» 36Au moment où la voix retentit, il n’y eut plus que Jé­sus seul. Les disciples gardèrent le silence – moi aussi, je vais garder le silence ; seul le silence permet d’approcher l’indicible.

Par contre, le contexte nous parle, en ce temps de Carême, accom­pagnant Jésus sur son chemin de l’amour jusqu’à l’extrême. Si de plus en plus de personnes suivent Jésus, des intrigues et menaces se trament du côté des autorités. Jésus est conscient de ce qui l’attend : la transfi­guration se situe entre 2 annonces de sa mort prochaine, et Jésus met en garde quiconque veut le suivre:  qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour…qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera. , comme le relate l’év. de Luc. C’est dans cette atmosphère que Jésus se retire sur une montage avec ses 3 disciples les plus proches. La transfiguration sera un viatique vital pour tenir bon, pour être convaincus qu’ils ne se sont pas trompés : cet homme Jésus est bien le Christ, le Fils de Dieu, même s’il ne va pas établir le Royaume de Dieu par la force… même s’il doit mourir.

Bien que les 3 disciples garderont le silence sur ce qu’ils ont vécu sur la montages, ils pourront soutenir les autres pour qu’ils ne déses­pèrent pas, la confiance en leur Maître.

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C’est tout un raccourci de l’histoire du salut que nous venons de parcourir ce matin !

Dès les débuts de histoire de avec son peuple, Dieu est présenté comme le Dieu de l’alliance, fidèle à ses promesses, qui accompagne, se manifeste pour sauver, interpeler, guider. Dès les origines, Dieu veut la vie, et en abondance – n’at-il pas créé le monde en organisant le chaos pour le bien, le bon ? Dieu reste Dieu, fidèle à ses engagements, fidèle et miséricordieux malgré le comportement des humains. Puis, par amour, il décide de venir partager notre humanité. En Jésus le Christ, il a connu à fond (et jusqu’aux abysses), la condition humaine. La transfiguration préfigure la résurrection, manifeste la présence du Tout Amour au milieu de notre monde et nos vies. Après Pierre, Jacques et Jean et l’événement de Pâques, ce seront tous les chrétiens de tous les âges qui pourront puiser dans cette réalité nouvelle force et courage, tenir ferme dans la foi et témoigner sans crainte dans ce monde tel qu’il est, même dans l’adversité, comme Paul le rappelle à Timothée.                         AMEN.