Grandchamp 1er dimanche de Carême 22 Février 2026
Aujourd’hui 1er dimanche de Carême. Commencement d’un chemin pascal.
Nous nous entraînons à ressusciter. Eclairés et accompagnés par la lumière du Christ vivant, qui nous
aimante autant qu’il nous aime, ce temps donné est un temps de grâces. Un temps où nous sont
révélées, à chaque fois de façon plus profonde, notre vocation en Christ, l’exigence aussi que
comporte pour nous le fait d’y consentir. Et la fidélité du Dieu Sauveur.
3 textes entendus : Abraham sur le mont Morija, le don de la justice par grâce, et le Christ face au
tentateur…Que dire en quelques minutes de ces monuments bibliques, dont les commentaires et
homélies remplissent des bibliothèques entières. Plutôt que « dire », peut-être prier…pour laisser
l’ampleur de l’Annonce pénétrer nos cœurs. Laisser résonner, en écho, en réponse à la Parole
entendue, une prière simple ; par exemple celle d’Ignace de Loyola.
« Prends Seigneur, et reçois
toute ma liberté,
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.
C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement de t’aimer
et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. »
Une prière simple.
Simple à prononcer.
Eprouvante à vivre.
Christ jeté au désert. Par l’Esprit qui vient de le combler.
Livré à lui-même, seul, en manque, dans l’insécurité totale, face à l’inconnu.
Livré aux coups de l’adversaire.
Sa seule arme de défense, c’est la Parole de son baptême : « Fils bien-aimé ».
Le croire.
S’accrocher comme à une corde au-dessus du vide, à ce que ces mots disent
d’indissociable communion, d’offrande mutuelle d’amour.
En attendre tout. Envers et contre tout.
Plongé dans le réel de la condition humaine terrestre, le Christ en éprouve dans sa chair la fragilité,
les limites, l’incertitude, les peurs.
Il est tenté, pour les dépasser, par les solutions à sa portée : autonomie, toute-puissance, invincibilité.
C’est la vérité de son incarnation qui se joue ici.Le sens même de sa mission, par amour pour nous, se déploie dans toute sa profondeur et sa gravité.
Qu’est-ce qu’être Fils du Père ? Qu’est qu’être homme véritable devant Dieu ? Qu’est-ce qu’être frère
de tous ??…
Depuis ce moment inaugural jusqu’au Golgotha, Jésus choisit d’offrir sa confiance au Père. « Prends
Seigneur et reçois ». Ma vie, ce que je suis, ce que j’ai jusqu’à ce que j’ai de plus cher.
« Il y a un seul Seigneur, un seul baptême, une seule foi » : la sienne.
Et ce Oui là, capable de se dire dans les plus grandes souffrances, est mis à notre disposition.
Sa confiance filiale, pour moi et avec moi quand je n’y arrive plus.
« Prends Seigneur et reçois ».
Une prière simple.
Une prière coûteuse.
Peut-être celle d’Abraham conduisant son enfant à l’impensable. Et plus tard celle de saint Paul,
Ignace et tant d’autres, jusqu’à nous.
Les mots du Carême donnent parfois grise mine à ce temps : conversion, repentance, renoncement,
obéissance… Ces attitudes parlent de notre difficulté à ouvrir notre vie réelle -et non rêvée- à l’œuvre
de la grâce. Même quand la conscience du péché nous tient et nous enferme.
Offrir cela. Surtout cela.
Passer la porte étroite de la confiance avec le Christ.
Poser notre oui sur le sien. Pour
Vivre Dieu
Aimer Dieu
Lui remettre le soin du salut.
Alors les mots (maux ?!) du Carême s’enluminent. Car renoncer, lâcher, donner au Seigneur n’est pas
perdre ! C’est être libérés pour recevoir toujours davantage les richesses de l’amour infini de Dieu :
celles qui font vivre et nous et les autres.
La route annoncée à notre baptême se déroule devant nos pas, toute empreinte du mystère pascal.
Temps béni du Carême, car il en faut du temps à cette prière pour descendre des lèvres au cœur, et
jusque dans nos mains. L’Esprit y travaille en nous, inlassablement.
« Prends Seigneur, et reçois
toute ma liberté,
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.
C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement de t’aimer et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. » Amen.
