Grandchamp, 4ème Guillaume Ndam Daniel, Pasteur.

carême 19 mars 2026.

He 10, 32-39

32 Mais souvenez-vous de ces premiers jours où, après avoir été éclairés, vous

avez soutenu un grand et douloureux combat :

33 d’une part exposés en spectacle par les opprobres et les tribulations,

d’autre part vous rendant solidaires de ceux qui subissaient ce traitement.

34 En effet, vous avez eu de la compassion pour les prisonniers, et vous avez

accepté avec joie qu’on vous arrache vos biens, sachant que vous aviez des

possessions meilleures et permanentes.

35 N’abandonnez donc pas votre assurance qui comporte une grande

récompense !

36 Vous avez en effet besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli

la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis.

37 Car encore un peu de temps – bien peu ! Et celui qui doit venir viendra, il

ne tardera pas.

38 Et mon juste vivra par la foi. Mais s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir

en lui.

39 Quant à nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre,

mais de ceux qui croient pour sauver leur âme.

Mt 24, 1-14

Jésus annonce la destruction du temple

1 Comme Jésus s’en allait, au sortir du temple, ses disciples s’approchèrent

pour lui en faire remarquer les constructions.

2 Mais il leur répondit : Voyez-vous tout cela ? En vérité je vous le dis, il ne

restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée.

Des malheurs et des persécutions

3 Il s’assit sur le mont des Oliviers. Et les disciples vinrent en privé lui dire : Dis-

nous quand cela arrivera-t-il et quel sera le signe de ton avènement et de la

fin du monde ?

4 Jésus leur répondit : Prenez garde que personne ne vous séduise.

5 Car plusieurs viendront sous mon nom, en disant : C’est moi qui suis le Christ.

Et ils séduiront beaucoup de gens.

6 Vous allez entendre parler de guerres et de bruits de guerres : gardez-vous

de vous alarmer car cela doit arriver. Mais ce ne sera pas encore la fin.

7 Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume,

et il y aura, par endroit, des famines et des tremblements de terre.

8 Tout cela ne sera que le commencement des douleurs.

9 Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir, et vous serez

haïs de toutes les nations, à cause de mon nom.

10 Et ce sera pour beaucoup une occasion de chute, ils se trahiront, se

haïront les uns les autres.

11 Plusieurs faux prophètes s’élèveront et séduiront beaucoup de gens.12 Et en raison des progrès de l’iniquité l’amour du plus grand nombre se

refroidira.

13 Mais celui qui persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé.

14 Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier,

pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin.

***************************

Prédication

« Tenir bon quand le monde vacille »

Chers amis, Frères et sœurs,

Quel plaisir d’être à nouveau avec vous ici dans votre communauté.

Quand nous écoutons l’Évangile que nous venons d’entendre, nous pouvons être un peu déstabilisés.

Jésus parle de guerres, de catastrophes, de divisions, de haine.

Et il annonce même la destruction du Temple de Jérusalem.

Pour les disciples, c’était impensable.

Le Temple représentait tout :

la foi, la présence de Dieu, la stabilité du peuple.

Et pourtant Jésus dit :

« Il ne restera pas pierre sur pierre. »

Historiquement, nous savons que cette parole s’est réalisée : le Temple sera détruit par les Romains en l’an 70.

Mais Jésus ne parle pas seulement d’un bâtiment. Il veut faire comprendre quelque chose de profond : même ce que nous croyons solide peut devenir fragile.

Et aujourd’hui nous le voyons aussi :

des équilibres politiques qui se fragilisent

des guerres qui reviennent en Europe

des crises écologiques qui inquiètent

des tensions dans nos sociétés.

Même dans un pays paisible comme la Suisse, beaucoup ressentent une certaine inquiétude pour l’avenir. Et c’est dans ce contexte que Jésus dit :

« Gardez-vous de vous alarmer. »

Autrement dit : ne laissez pas la peur diriger votre cœur.

La lettre aux Hébreux nous donne alors une clé très importante.

L’auteur dit :

« Souvenez-vous de ces premiers jours. »

Les premiers chrétiens vivaient dans un contexte difficile. Ils étaient parfois humiliés, rejetés, persécutés. (…) Mais ils avaient une force : la mémoire de leur rencontre avec Dieu.

Et l’auteur ajoute une phrase très forte :

« Vous avez besoin de persévérance. »

Dans le texte grec, le mot utilisé est hypomoné.Ce mot signifie littéralement : tenir sous le poids, rester debout malgré la pression. La foi chrétienne n’est donc pas seulement un moment d’enthousiasme. C’est la capacité de rester fidèle quand les circonstances deviennent difficiles.

Jésus dit aussi quelque chose de très frappant dans l’Évangile :

« L’amour du plus grand nombre se refroidira. »

Remarquez : Jésus ne dit pas que le plus grand danger sera les guerres ou les catastrophes. Le danger le plus grave est le refroidissement de l’amour.

Et nous le voyons parfois dans nos sociétés :

l’individualisme

la méfiance

la dureté dans les débats

la solitude de nombreuses personnes.

Quand la peur grandit, le cœur peut se fermer.

Or le Carême est justement un temps pour réchauffer le cœur :

par la prière

par le partage

par la compassion.

Il existe un proverbe africain qui dit :

« Quand les racines sont profondes, le vent ne peut pas renverser l’arbre. »

C’est une belle image de la foi.

Le vent peut souffler fort.

Les tempêtes peuvent arriver.

Mais si les racines sont profondes, l’arbre tient.

Frères et sœurs, la question du Carême est peut-être simplement celle-ci :

Où sont nos racines ?

Dans nos sécurités ?

Dans nos habitudes ?

Ou bien dans Dieu ?

Et Jésus termine par cette parole : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. »

Persévérer, cela ne veut pas dire être parfait. Cela veut simplement dire :

continuer à croire

continuer à espérer

continuer à aimer.

Même quand ce n’est pas facile.

« Un jour à la fois…..) Un jour à la fois, ô mon Dieu, c’est tout ce que je demande.

Le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé,

un jour à la fois.

Hier, c’est passé, ô mon Dieu.

Et demain ne m’appartient pas.

Mon Dieu aide-moi, aujourd’hui,

guide-moi un jour à la fois. »

Alors je voudrais vous laisser avec une petite interpellation. Dans un monde où beaucoup ont peur, où l’amour se refroidit parfois, qu’est-ce que les gens voient quand ils rencontrent un chrétien ?

Voient-ils quelqu’un de fermé et inquiet ?

Ou bien quelqu’un qui garde la foi, qui garde l’espérance, et qui garde le cœur ouvert ?

La lettre aux Hébreux conclut par ces mots :

« Nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui croient. »

Alors, pendant ce Carême, demandons au Seigneur une chose simple :

Des racines profondes.

Des racines dans la prière.

Des racines dans la confiance.

Des racines dans l’amour.

Et si nos racines sont profondes, alors même si le vent souffle fort dans notre monde, nous resterons debout.

Amen.