Matthieu 7, 21-29 Grandchamp 29.1.26

Heiner Schubert

J’ai fait un rêve : Je me trouvais dans une ville complètement dévastée. J’avançais avec beaucoup de peine, en zigzaguant entre des tas de débris. Toutes les maisons et les immeubles étaient abîmés. Des trous noirs me regardaient, il n’y avait plus aucun signe de vie. Un dictateur devenu fou avait sans arrêts bombardé cette ville. Tous les habitants s’étaient enfuis, c’est-à-dire, ceux qui n’étaient pas morts dans les attaques répétées.

J’ai vu que la ville était belle avant que la guerre ne l’anéantisse. On l’avait construite avec du goût. La solidité des bâtiments se montrait dans leur résistance aux bombes. On ne peut pas dire que les maitres d’œuvre avaient construit sur du sable.

J’ai vu, dans mon rêve, le trône du dictateur s’enfoncer dans le sable. Il criait de toutes ses forces. Il se tenait aux accoudoirs de son siège, le visage tout rouge. À mesure que le trône s’enfonçait dans le sol instable, le dictateur s’échauffait. Il envoyait encore davantage de bombes, plus d’hommes, plus de messages haineux. Mais sa chaise continuait sa descente. Déjà, le bas des jambes de cet homme possédé par la haine et la rapacité disparaissaient.

Je me suis réveillé.

Nous vivons dans un monde dirigé par des personnes sans essence, sans ancrage solide. Ces marchands de sable n’arrêtent pas d’en jeter aux yeux de ceux dont ils devraient prendre soin, comme une poudre pour les aveugler.

Les dictateurs de notre époque et ceux qui aspirent à leur position fondent leurs actions sur des idées et des valeurs futiles. Ce groupe de personnes terrifiantes est avide de confirmation dans leur statut de leader suprême. Seul l’effet compte. Leurs actions n’ont aucun sens et aucune valeur si ce n’est de fortifier leur position. Ce sont des personnes sans substance, et sans profondeur. Des enveloppes vides. C’est déconcertant.

Ces hommes sont le produit d’une évolution inquiétante. Le monde est en train de perdre le ciel. Si l’homme s’affranchit de Dieu, il se met forcément à sa place. L’homme-dieu ne sait créer que le chaos et la misère.

Notre monde d’aujourd’hui est devenu une gigantesque machine à produire du sable. On se fait constamment attraper par des nullités. La plus grande nullité qui soit, c’est la guerre. Elle est provoquée par des personnes sans conscience.

Jésus dit qu’il faut construire sur du solide. Je suis d’accord. Mais qu’est-ce qu’on peut faire si ces lanceurs de sable dissimulent constamment notre vue ?

Jésus donne la réponse : C’est pourquoi, toute personne qui entend ces paroles que je dis et les met en pratique, je la comparerai à un homme prudent qui a construit sa maison sur le rocher.

D’autres traductions disent un homme « sensé » ou « avisé ». Nous nous trouvons à la fin du sermon sur la montagne. Jésus nous y donne sa charte qu’on pourrait appeler la « constitution du royaume de Dieu ».

Presque tous ses propos vont à l’encontre des valeurs de ce monde. Cela veut dire que si une personne s’engage dans la foi, elle se heurtera tôt ou tard à la manière de vivre actuelle. La religion bourgeoise dans laquelle j’ai grandi est en train de se dissiper. Les contrastes se font de plus en plus remarquer.

Les tempêtes de sable sont dangereuses, comme je le constate en lisant Saint-Exupéry ou Carlo Correto. Elles se multiplient de nos jours. C’est affolant.

Si nous avions le temps nous pourrions regarder de plus près les paroles de Jésus particulièrement pertinentes pour aujourd’hui, pour nous aider à construire notre existence sur du solide, le Sermon sur la montagne notamment et, avec bien sûr, les béatitudes. Ce serait un beau thème pour une retraite.

Pour l’instant, nous allons répondre à sa parole qui nous appelle à la meilleure chose qui soit : Nous partagerons le pain de vie et la coupe de la bénédiction. Ils fortifieront notre système immunitaire et ils nettoieront nos yeux du sable qui s’y est introduit.