Mes sœurs, mes frères,
Jésus dit ouvertement aux disciples : « Lazare est mort, et je me réjouis à cause de vous que je n’aie pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui ! ».
Au premier abord, il est choquant que Jésus se réjouisse de ne pas avoir été là. Je vous propose une perspective à ce sujet. Jésus ne se réjouit pas de la mort. Mais il se réjouit parce que la mort va être bouleversée. Va être aussi bouleversée la manière dont les disciples, et nous-mêmes, voyons la mort. Cela s’appelle croire.
« Je me réjouis à cause de vous que je n’aie pas été là,
afin que vous croyiez. »
L’appel de Lazare hors du tombeau est le 7è et dernier signe, dans l’évangile de Jean, pour éclairer la mort de Jésus sur la croix et situer sa résurrection. Jésus pleure la mort de son ami, Jésus éprouve un séisme intérieur en voyant la tristesse de Marthe et de Marie, et en voyant l’absence de foi chez ceux qui l’accusent et décideront de le crucifier. Depuis que le doute envers Dieu a pris place dans le cœur humain et que le mal prolifère, la mort a revêtu le pouvoir de réduire à rien : nous la voyons comme le signe que Dieu n’est pas là ; nous l’éprouvons comme une séparation absolue ; et plus la mort prend des formes violentes, plus elle suscite le durcissement dans la décision de s’en sortir seul dans l’existence, ou dans le désespoir, ou le désir de vengeance. Voilà le visage qu’a pris la mort. C’est ce pouvoir de la mort dont Jésus dans sa passion va porter tout le poids.
Mais Jésus en même temps se réjouit, ici dans l’évangile, parce que l’heure vient où il va délivrer l’humanité de cette malédiction qu’a revêtu la mort, et il vient annoncer cette bonne nouvelle par le 7è signe au tombeau de Lazare.
Lui, le Verbe éternel de Dieu, il vient commander à la nuit, il ordonne à la mort de reculer. « Que la Lumière soit ! Lazare, sort ! ». « Déliez-le, qu’il voie, qu’il soit libre d’avancer, et d’aller ! »
Ces mêmes paroles, Jésus crucifié les prononcera le samedi saint, au séjour des morts, où il fera retentir en premier l’annonce de sa victoire : « Adam, lève-toi ! Je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif ! Lève-toi, sortons d’ici ! Car nous sommes un même être en Dieu , rendus indivisibles par son Amour ! ».
La mort a été bouleversée. La maladie de Lazare et sa mort n’ont pas pu altérer la relation d’amitié de Jésus. Dieu se glorifie en redonnant la vie d’alliance à l’être humain. La mort de Jésus ne signifie pas un échec, mais la fin du pouvoir de séparation et de cassure qu’a revêtu la mort. Voici la foi qui réjouit Jésus et pour laquelle il se donne : « On ne dira plus : ‘si tu avais été là’…. Car JE SUIS toujours avec vous, en tout temps. La mort a été dépouillée de son pouvoir de séparation et d’anéantissement. Qui me fait confiance, qui accepte de vivre l’amitié du Père, est avec moi, et moi avec lui, qu’il soit, qu’elle soit bien portant ou malade ; la mort elle-même ne l’arrachera pas de moi, ni de la main du Père ».
La mort, avec Jésus Resuscité, redevient un événement où il nous garde main dans la main, et où la confiance, la foi demeure.
Que l’Esprit Saint, mes sœurs, mes frères, nous donne cette foi. Que la passion et la résurrection de Jésus-Christ nous enseignent à donner tout son poids, son poids définitif, à la vie : la vie avec tous, la vie ouverte à la présence de Dieu qui se donne sans fin.
Amen.
