Ph 4, 4-7 (Es 61, 1-2a et 10-11 ; Jean 4, 4-7) – Dimanche Gaudete, 14 décembre 2025)
Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps, écrit l’apôtre Paul. Et pourtant, Paul n’écrit pas depuis un lieu de sécurité ou de confort. Il est enchaîné, dépendant, livré à un avenir qu’il ne maîtrise pas. Et c’est précisément de là qu’il ose redire : « Je le répète, réjouissez-vous. ». Mais de quoi veut-il se réjouir ? De quoi devrions-nous nous réjouir ?
Il est important d’entendre ce que Paul ne dit pas :
- Il ne dit pas : réjouissez-vous parce que tout va bien.
- Il ne dit pas : réjouissez-vous parce que les difficultés vont disparaître.
- Il dit : réjouissez-vous dans le Seigneur.
La source de la joie n’est donc pas ce qui arrive, mais la fidélité de Dieu, cette fidélité qui demeure quand tout le reste vacille.
Autrement dit, la joie chrétienne n’est pas d’abord un sentiment. Elle est une relation.
Elle naît de la confiance en un Dieu qui demeure présent, même lorsque les circonstances sont incertaines.
C’est pourquoi Paul ajoute aussitôt : « Ne soyez inquiets de rien, mais en toute circonstance, par la prière et la supplication, avec action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. »
La joie biblique est inséparable de cette attitude intérieure : Oser remettre sa vie, ses peurs, ses questions entre les mains de Dieu, et reconnaître, dans l’action de grâce, que Dieu est déjà à l’œuvre, même si nous ne le voyons pas encore clairement.
Il est important de le dire : Nous ne sommes pas toujours disponibles pour la joie. Il y a des moments de lassitude, de fatigue, d’inquiétude profonde. Il y a des situations qui ne peuvent être ni minimisées, ni spiritualisées trop vite.
La Bible ne nous demande jamais de nier la souffrance. Mais elle nous invite à découvrir que Dieu est présent au cœur même de ce que nous traversons. Et que cette présence peut, peu à peu, ouvrir un espace intérieur de paix et de confiance, parfois très fragile, mais réel.
La joie dont il est question aujourd’hui ressemble davantage à une force intérieure qu’à une émotion :
- Une force qui permet de tenir debout.
- Une force qui empêche le cœur de se refermer.
- Une force qui garde vivante l’espérance, même lorsque l’horizon est obscur.
Cette joie nous rend lucides.
Elle nous rappelle la fragilité de nos vies et la précarité de ce que nous croyions acquis. Et pourtant, elle ne nous replie pas sur nous-mêmes.
Elle élargit le regard. Elle rend attentifs à ce qui est fragile, à ce qui souffre, à ce qui manque.
Elle ne détourne pas du réel ; elle aide, au contraire, à l’habiter avec plus de justesse.
Cette joie n’a rien d’éclatant :
- Elle est discrète, presque silencieuse.
- Elle se tisse dans le temps, au fil des jours, dans ce qu’il y a à vivre et parfois à porter.
- Elle ne fait pas disparaître les questions, mais elle empêche qu’elles aient le dernier mot.
C’est une confiance discrète :
- même lorsque rien ne semble aboutir
- même lorsque les résultats échappent,
la vie continue d’être travaillée en profondeur.
Mes sœurs, mes Frères, l’Avent est précisément ce temps où nous apprenons à attendre sans posséder, à espérer sans maîtriser.
La joie de l’Avent est une joie tournée vers l’avenir, une joie anticipée, fondée non sur ce que nous voyons, mais sur la promesse de Dieu.
L’appel qui nous est adressé aujourd’hui ne nous demande pas de nous donner de la joie.
Il nous invite à lui faire une place, à accueillir ce que Dieu veut nous donner :
- sa présence fidèle
- sa paix
- sa confiance.
En ce temps de l’Avent, que la Parole qui nous est donnée ouvre en nous un espace de confiance.
Non pas une joie à produire, mais une joie à recevoir, celle qui vient de Dieu et qui demeure. Amen.
