Chère sœurs et frères en Christ.

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Je me suis reposée cette question en lisant ce passage de l’évangile de Luc. Une histoire courte, simple, limpide. Et pourtant…

Qu’est-ce qu’un miracle ?

J’abordais souvent le sujet avec les jeunes auxquels j’enseignais, et dans ce cadre, nous nous posions la question : Est-ce que la naissance d’un enfant est un miracle. Je n’ai jamais oublié la réponse d’un élève : « Ben non, ça se passe tous les jours. Et en plus, cela voudrait dire qu’on est tous des miracles. »

Si j’ai bien compris son argumentation, un miracle ne peut pas se produire trop souvent, sinon cela devient quelque chose de juste normal.

Et on ne peut pas être tous des miracles… On ne va pas s’extasier devant quelque chose de quotidien, de complètement banal.

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Est-ce quelque chose de surnaturel ? Quelque chose qui est très difficile à croire ? Quelque chose qui contredit les lois des sciences naturelles ? Ou bien est-ce simplement quelque chose qui nous émerveille ?

Est-ce que les hommes peuvent accomplir des miracles, comme un médecin qui sauve un patient ? Ou est-ce qu’il n’y a que Dieu qui fait des miracles ?

Quand et comment se produisent les miracles ?

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Ce petit texte de l’évangile, nous donne l’occasion d’approfondir la question.

Et pour ce, je vais vous demander d’imaginer que vous êtes le réalisateur d’un film. Vous êtes fascinés par le texte que nous avons entendu et vous avez décidé d’en faire un court métrage. Il vous faut donc choisir le nombre d’acteurs. Qui sont les personnes présentes ? Quel sont les rôles les plus importants ? Qui est l’acteur principal ? Il y a-t-il des figurants ? Il vous faut choisir le lieu, les accessoires. Mais surtout, il vous faut sélectionner la scène clé. Et de ce fait une perspective : Que voulez-vous dire ?

Je vous pose beaucoup de questions pour un texte que vous avez entendu qu’une fois. Je me permets de vous le relire. Et je vous invite à vous concentrer sur les personnes présentes ou sur la scène que vous jugez centrale.

 

11 Jésus se rendit ensuite dans une ville appelée Naïn ; ses disciples et une foule de gens l’accompagnaient. 12 Au moment où il approchait de la porte de cette ville, on emmenait un mort pour l’enterrer : c’était le fils unique d’une veuve. Un grand nombre d’habitants de l’endroit se trouvaient avec elle. 13 Quand le Seigneur la vit, il fut bouleversé par elle et lui dit : « Ne pleure pas ! » 14 Puis il s’avança et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent. Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » 15 Le mort se dressa et se mit à parler. Jésus le rendit à sa mère. 16 Tous furent saisis de crainte ; ils louaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous ! » et aussi : « Dieu est venu secourir son peuple ! » 17 Et dans toute la Judée et ses environs on apprit ce que Jésus avait fait.

Un premier réalisateur a choisi son point de vue. Un miracle, tout le monde le sait, c’est quelque chose de surnaturel. Il va faire dans le sensationnel, cela se vend bien.

Le point de départ : Un cercueil.

La phrase clé : « Le mort se dressa et se mit à parler ».

Certes, le texte biblique est malheureusement un peu lacunaire sur ce moment capital. Il faudra réfléchir à ce que « le fils ressuscité » dit exactement… Mais « un mort-vivant » qui parle, c’est la scène à exploiter.

Et pour le reste, Le réalisateur choisit tout ce qui met en avant le deuil : beaucoup de figurants en larme, une mère effondrée, un Jésus ému…

Le projet avance bien…

Le deuxième des réalisateurs était, avant une reconversion professionnelle, linguiste. Miracle, vient du latin, du verbe mirari qui veut dire « s’étonner », « s’émerveiller » ou « contempler avec surprise ». Il aimerait nous questionner sur notre capacité à être surpris, émerveillés.

Le problème n’est pas qu’il manque de miracle, le problème c’est que les gens ne savent plus s’émerveiller. Un auteur anglais avait dit quelque chose dans ce sens…

Presque la moitié des verbes du texte biblique se rapporte à la foule. Et leurs paroles sont rapportés mot à mot, (comme pour Jésus). La perspective de ceux qui sont témoin du miracle, voilà donc ce qu’il faut mettre en avant.

La foule, les gens…

Ils sont là, entassé, tels des groupies suivant une rock star, du côté des disciples.

Ils sont là, un long cortège funèbre, du côté des endeuillés.

Et à la fin, il forme  un seul groupe, tous émus et transformés.

La phrase clé est évidemment une parole de la foule : « Dieu est venu secourir son peuple. » Bien plus qu’une résurrection, la foule découvre et confesse l’œuvre de Dieu dans son entier.

Les gens ont une capacité à comprendre ce qui se passe et à y deviner que Dieu est au centre de l’action.

Une capacité à s’émerveiller et à croire…

Le réalisateur ne veut pas mettre en avant la cause de l’émerveillement, le miracle à proprement parler, mais il veut mettre au centre ceux qui savent être étonnés et touchés, et ensuite interpréter ce qui se passe.

Le réalisateur commence à se perdre dans ses nuances. Est-ce que le projet aboutira ?

Le troisième et dernier réalisateur a lu le texte et tout de suite, elle était là devant ses yeux. Immédiatement, il a su que tout tournerait autour d’elle : La veuve bien sûr. Mère endeuillée, touchante, fragile… Voilà le personnage principal.

La scène clé : « Le seigneur la vit et il fut remplit de pitié pour elle. »

Il a regardé le texte grec original : Le verbe utilisé (σπλαγχνίζομαι), un mot de la même famille qu’entrailles, viscères). C’est pourquoi certains traduisent, « ému jusqu’aux entrailles. » Le réalisateur privilégierait une traduction plus moderne. « La détresse de la veuve lui retourna l’estomac. »

Le miracle, c’est une présence au milieu de nos vie, au milieu de nos deuils.

Le miracle, c’est une rencontre au cœur de la détresse, une main tendue, une promesse de consolation.

Le miracle, c’est Dieu qui se laisse émouvoir par notre malheur et se montre solidaire.

Le réalisateur aimerait avoir en voix off quelqu’un qui lit un texte de Hans Manz. (A l’origine le texte est en allemand, mais il peut être traduit.)

 

Miracle quotidien

Parfois, j’ai une de ces peurs.

Parfois je ressens une telle colère.

Parfois, je suis dans un tel état.

 

Parfois, je n’ai aucune joie,

Parfois, je n’ai plus aucun espoir

Parfois, je perds courage.

 

Mais parfois, tout à coup, il y a quelqu’un et il me demande : « Et toi, comment vas-tu ? »

Le réalisateur cherche à améliorer sa mise en scène. Mais la veuve ne fait aucune action, ne dit aucune parole. C’est un peu problématique pour un personnage principal. Alors, il renonce à son film.

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Quelle perspective choisissez-vous ?

Avez-vous entendu l’histoire sensationnelle d’un mort qui ressuscite ?

Vous êtes-vous identifié avec la foule qui s’émerveille et qui croit ?

Vous êtes-vous laissé émouvoir par la situation de la veuve, qui vit détresse et consolation ?

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Que Dieu dont l’amour surpasse toute compréhension nous apprenne à nous étonner et nous émerveiller de son œuvre.

                        Amen