Matthieu 20 : 1-16, Esaïe 55 :6-9, Philippiens 1 :20-27 Grandchamp, 20.09.2026
« Non, je ne pense pas comme vous.
Justice amour vérité pardon
Ne sont pas comme ce que vous connaissez.
Mes chemins n’ont rien à voir avec vos chemins. »
Telles sont les paroles de l’Eternel que perçoit le prophète Esaïe. Un message adressé, en substance, plus d’une fois dans la révélation biblique entière, jusqu’à l’apôtre Pierre qui voulait faire entrer Jésus dans ses vues après l’annonce de la Passion. Une annonce réitérée, d’ailleurs, en conclusion de notre parabole.
« Vos pensées ne sont pas celles de Dieu». Mystère de l’Au-delà de tout, renversant toutes nos idées et nos pratiques de foi, de justice, de charité et de salut. La parabole de ce jour nous invite à un retournement, à une largeur de vue et de cœur qui dépasse tous nos instincts, nos élans naturels, notre logique, notre entendement. Qui donc est Dieu, qui nous ouvre sa joie et son Royaume ?…
Le principe qui régit nos sociétés humaines, et que notre éducation et les valeurs du monde ont mis des décennies et des siècles à construire, ce principe est simple: « à telle tâche, telle rétribution, pour le bien comme pour le mal» (principe obligé dans les limites de la condition humaine). Mais spirituellement il n’en est pas ainsi. Voilà que Jésus nous présente un maître se montrant sans calcul, au-delà de toute prévision raisonnable, ouvrant son domaine et son portefeuille également à tous, à quiconque répond à son appel, sans acception de personne, sans vérifier la valeur de chacun ni la quantité de travail accompli. Premier étonnement. Et au final, tous reçoivent le même salaire: deuxième étonnement. Un denier, 1 pièce d’argent ; salaire correct, sans plus, de quoi vivre et nourrir sa famille le lendemain. Ni trésor, ni perle. Salaire minimum en quelque sorte, hors de toute récompense, de toute extravagance, de toute supériorité.
Alors la colère gronde chez les ouvriers de la 1ère heure -et ça, ça nous étonne moins! -. Ils s’indignent, pas contre les tard-venus mais contre le maître. Bonté divine ! N’y a-t-il pas de justice ? Réponse du maître : « Mon ami, vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? ». Une affirmation de sa liberté souveraine de maître, et une question, qu’il nous laisse.
Cette parabole, racontée par Jésus en chemin vers Jérusalem, évoque l’universalité de la Bonne Nouvelle, qu’il porte, et qu’il est. Et cette nouvelle, c’est que Dieu aime : pas par fractions, pas par petits bouts, pas par intermittences. Il n’effeuille pas la marguerite en regardant les humains, disant : « un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Il aime à la folie ; et la puissance de cet amour tendu vers le monde, engendre l’accomplissement de SA justice, qui n’est pas distributive comme la nôtre, mais qui est vérité et miséricorde. Et c’est lui qui en paiera le prix.
Ainsi tout être humain, à n’importe quel moment de sa vie et indépendamment de ses antécédents, peut entrer dans le grand mouvement de la justice de Dieu pour la recevoir, par-delà toute mesure légale, par la foi. Marie-Laure Choplin l’exprime ainsi: « Rendus dignes par grâce, nous pouvons vivre depuis cette dignité, que nous ne pouvons ni saisir ni perdre, cette dignité… en échange de rien ».
Mais c’est là que résistances et oppositions se lèvent. Car voilà qui met à mal l’aspiration à être détenteurs d’une préférence divine ; voilà qui met en échec les efforts pour mériter sa place devant Dieu par son travail, son zèle ou ses souffrances. Nous sommes libérés de cette ambition qui est fardeau pesant, en plus d’être vain ! Le Royaume n’est pas un club avec un ticket d’entrée. Tous nous y sommes accueillis, bras étendus, sans condition…
On l’a entendu, chez Dieu il y a de la place. Comme le maître de la parabole il est sorti de chez lui et sans relâche, à toutes les heures de la journée il sollicite et embauche. Car il s’agit de travailler à sa vigne ! à une nouvelle création, avec lui ! en témoignant de la grâce qui redonne sa dignité à chacun et allume le feu de la réconciliation et de la fraternité. Oui, chez Dieu il y a du job pour toujours plus d’ouvriers. Et il y en a encore qui n’ont pas été appelés. Qui peut-être espèrent. Qui peut-être attendent de trouver un sens à leur vie. Qui peut-être manifestent pour avoir une raison d’espérer. Ils ne sont pas loin.
Alors allons-nous participer au travail du maître ? être les relais de son appel ? Allons-nous comme l’apôtre Paul choisir, même si c’est dur, de continuer à vivre pour l’avancée de l’évangile et partager la joie de la foi ? ou allons-nous murmurer comme Jonas contre la divine bonté s’étendant à tous les êtres… ? Devant quel Dieu je vis ma vie ? où en est mon souci des autres ? quelle est ma hâte à vivre le Royaume, déjà ? Autant d’interpellations appropriées en ce jour de Jeûne fédéral, jour d’action de grâce, de repentance et de prière, qui seule peut nous faire entrer dans les vues de Dieu. Il faut bien tout un lundi pour cela !
Encore une question, celle de Pierre qui précède la parabole: « Seigneur, nous avons tout quitté pour te suivre, qu’allons-nous recevoir ? » . Un denier. Rien d’autre que le nécessaire pour le jour, même pour les forts en témoignage. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?…
Mais le temps passe, à propos, quelle heure est-il ?… Est-ce bientôt la fin de la journée ? Beaucoup aujourd’hui se posent la question. Nous ne le savons pas. Ni pour nous-mêmes, ni pour les autres, ni pour le monde. Mais aujourd’hui est le jour du salut : « Cherchez l’Eternel pendant qu’il se trouve. Invoquez le Seigneur tandis qu’il est près ! » . Amen.
