Chères sœurs et frères en Christ,
« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » – cette citation-clef du dialogue entre le renard et le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry me permet une ouverture et un accès à la Visite de Marie à Elisabeth.
Marie est au début de son temps de porter Jésus en elle – j’ai dû réfléchir comment l’exprimer. Je n’ai pas osé parler de grossesse. Pourtant elle est vraiment en train de devenir mère. Elle l’est déjà.
J’imagine que selon les apparences on ne peut pas encore voir qu’elle est enceinte. On ne peut pas encore voir que ce sera Jésus qui viendra au monde. On ne voit pas non-plus le Saint-Esprit, on ne voit pas le Seigneur. On ne voit pas encore que Marie soit bénie entre toutes les femmes, comme l’évoque le « Je vous salue Marie », voir plus que toutes les femmes,comme nous pouvons l’entendre dans l’Évangile, que toutes les générations la proclameront bienheureuse. Voit-on, selon les apparences, que béni est aussi le fruit de son sein ?
Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent en l’Eucharistie ? Voit-on, selon les apparences, que vous et moi, nous sommes sœurs et frères, aimés et appelés par Dieu, enfants de Dieu et sœurs, frères, amis du Christ ? – Là enfin j’hésite … je ne peux en tout cas pas dire qu’on ne le voit pas … Mais vous savez aussi bien que moi que « l’habit ne fait pas le moine », nous sommes bien d’accord que cette tournure ici est légèrement déplacée …
J’insiste, pour Marie comme pour nous: Comment, selon les apparences elle viendrait à une telle réponse ? « Mon âme exalte le Seigneur / et mon esprit est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur, / parce qu’il a porté son regard sur son humble servante. » Le voit-on ? Et comment donc pourrait-on le voir ? « Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse », j’aimerais le voir selon les apparences ! Où sont-ils donc restés, ces générations ? Ou en sommes-nous aujourd’hui ? « parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses » Oui, s’il te plaît ! J’aimerais bien le voir selon les apparences ! Oh mon Dieu, ou est-tu ? Maranatha, Seigneur viens bien-tôt !
Le Seigneur est là ! – Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent parmi nous ?
« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux »
Je voudrais appliquer cette pensée à une bonne perception de Marie, de Jésus, de l’Eucharistie, de vous et de moi-même. Même pour la suite du Magnificat de Marie, de tout l’Évangile :
J’aimerais bien voir de mes propres yeux que Dieu soit intervenu de toute la force de son bras ; / qu’Il ait dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / qu’ Il eut jeté les puissants à bas de leurs trônes et qu’Il eut élevé les humbles ; / les affamés, qu’Il les eut comblé de biens et les riches, qu’Il les eut renvoyé les mains vides. / Qu’Il soit venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté – et le serviteur, ce serviteur je voudrais le voir en apparences, et le souvenir de Sa bonté, je voudrais le voir en apparences… Dominique, mon nom, Serviteur du Seigneur, je voudrais le voir en apparences ! Comme vous, sœurs et frères du Christ, vous, baptisés, enfants de Dieu !
Je dois, je crois, commencer avec Marie et Elisabeth non seulement de voir avec le cœur, mais entrer dans cette allégresse de se faire voir par Dieu, de se réaliser d’être vu par Dieu, peut-être malgré les apparences – mais, si j’ai bien compris, plutôt dans les circonstances tels qu’ils sont.
Le mot allégresse vient deux fois dans notre Évangile de la fête de la Visitation : Une première fois c’est l’allégresse de cette « vision du cœur » de Jésus qui fait bondir Jean-Baptiste dans le sein d’Elisabeth. Le dernier des Prophètes déjà avant d’être né « voit » de façon « intérieure » ou « par cœur » le Sauveur à venir. Et ce Sauveur est un avenir !
En suite c’est l’allégresse de laquelle est remplie l’esprit de Marie a cause de Dieu son Sauveur. Suit ce que ça veut dire non seulement pour elle, mais pour tous les opprimés, si il y a un Sauveur, quand Sauveur est.
La vision du Sauveur est profondément lié à cette notion d’une vue « DE PROFUNDIS » C’est ce même Dieu qui a dit à son peuple, base vraiment importante dans nos Saintes Ecritures :
J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer … Ex 3,7
Il l’a déjà prouvé, démontré de façon exemplaire pour le monde entier :
Il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et Il a élevé les humbles ; / les affamés, Il les a comblés de biens et Il arenvoyé les riches les mains vides. / Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté.
C’est pour ça que le souvenir de sa bonté est essentiel pour notre foi. Et c’est pour ça que de se rendre compte d’être vue par le Seigneur est une joie, car ça nous fait entrer – et rester ! – dans la joie du Seigneur, dans l’allégresse.
Et si nos compatriotes romans aux Grisons disent « allegra » pour se saluer, ils sont, sans s’en apercevoir peut-être, un peu dans cette dynamique de la Visitation, tout autant que nous les sommes quand nous nous disons « salut », de même quand nous nous disons « à Dieu ». Loin de moi de vouloir trivialiser la Visitation ! Je voudrais plutôt sanctifier le quotidien !
Permettez-moi de terminer en toute allégresse mon homélie sur la Visitation à l’aide de la sagesse d’Antoine de Saint-Exupéry « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » avec un cantique de Taizé à juste titre bien connu, qui chante tout. Chantons avec Marie, Mère du Seigneur, avec Elisabeth et tous les Saints :
Jésus, le Christ, lumière intérieure,
ne laisse pas mes ténèbres me parler ;
Jésus, le Christ, lumière intérieure,
donne-moi d’accueillir ton amour »
Amen.
