Homélie du 29.07.2026 à Grandchamp – Béthanie

Au fil des siècles, les croyants et toutes celles et tous ceux qui cherchent Dieu se posent la question de l’image de Dieu : Comment est-il ? Quels seraient ses traits de caractères ? Comment le définir ?

Dès lors, il est bon de revenir aux Écritures. Elles nous disent, dès le départ, que l’être humain est créé à l’image et ressemblance de celui qui le met au monde, ce qui fait déjà de lui un père, source de toutes vie. Nous pouvons donc penser que tout ce qu’il y a de légitime dans le cœur humain (sensibilité, intelligence, compassion, etc.) correspond à quelque chose qui se trouve en Dieu.

C’est pour cela que nous voyons le Christ, image parfaite du Dieu invisible, comme l’écrit saint Paul dans sa lettre aux Colossiens (1,15), éprouver du chagrin à la mort de Lazare et une vive émotion au spectacle de la douleur de Marthe et de Marie.

Comme le rappelle le livre de la Sagesse, Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte du vivant, il n’a aucune complicité avec elle et cela laisse entier de notre propre mort qui fait partie de notre vie.

En effet, les signes opérés par Jésus nous disent qu’il vient nous rendre totalement à nous-mêmes, au-delà de tout ce qui – dans notre vie – annonce notre finitude.

La réanimation de Lazare vient clore une série de « miracles » qui sont passage de la maladie à la santé, de la paralysie à la mobilité, de la faim à la satiété, de la cécité à la clairvoyance. Par là nous devenons images du Dieu vivant, au lieu de rester figures d’idoles aveugles et muettes. 

Voici qu’avec Lazare Jésus s’attaque au « dernier ennemi, la mort» (1 Corinthiens 15,26).

La réanimation de Lazare est une prophétie, une annonce de la victoire pascale du Christ sur la mort, victoire remportée en notre nom à tous. Par elle, au-delà du bon et du mauvais, du bien et du mal, nous devenons « comme Dieu »,

 « Participants à la nature divine. » 

Sans autres précisions, l’évangile semble dire que Lazare reprend sa vie d’avant, pour des années, avant de mourir un jour, naturellement.

Avec la résurrection du Christ nous apprenons qu’il s’agit au contraire d’une vie toute nouvelle : la vie de Dieu et en Dieu.

Et puis, il y a cette « Gloire de Dieu » dont parle le Christ, un mot qu’on a peut-être de la peine à utiliser aujourd’hui !

Rendre gloire à Dieu, c’est d’abord lui attribuer tout ce qui est « beau » et

« bon » dans nos vie et, à partir de là, vivre dans la confiance et dans la gratitude.

« Rendre gloire à Dieu » revient à le reconnaître dans ce qu’il est : Amour de tout amour.

Alors, que cette glorification – qui concerne aussi le Fils qu’il envoie – puisse prendre racine dans la maladie de Lazare, voilà qui mérite réflexion !

Nous apprenons en effet que Dieu fait surgir du bon même de tout le mauvais qui peut nous affecter. Oui, mystérieusement, l’Amour peut utiliser le pire pour faire advenir le meilleur.

Ainsi, tout ce qui nous agresse se trouve non seulement neutralisé, mais encore devient le lieu d’une création nouvelle…

(Et on remarquera que Jésus ne s’attribue pas la réanimation de son ami ; depuis le début du récit, Jésus rapporte tout au Père. C’est le Père qui l’a envoyé et, comme toujours, ses œuvres sont les œuvres du Père, celles que le Père lui donne à faire.)

Comme l’évangile nous le rappelle, la gloire du Père passe par la gloire du Fils et réciproquement. Une gloire qui passe par les larmes du Fils, qui sont par là-même les larmes de Dieu Père.

Sans doute une manière pour Dieu de rejoindre la famille humaine dans ses moments les plus douloureux et les plus sombres…

Et si Dieu partage nos larmes, il se tient tout proche de nous à tout moment, dans la discrétion et le respect dont il fait preuve à notre égard. Pourtant, nous nous demandons souvent s’il n’est pas absent…

Les larmes du Christ près du tombeau de Lazare manifeste son humanité et sa divinité, en pleurant, il se fait solidaire de tout être qui souffre. Et en relevant son ami Lazare, il révèle la véritable puissance de Dieu qui libère – déliez-le – et qui donne la vie en abondance – laissez-le partir.

Alors, en ce jour où nous faisons mémoire des amies et ami de Jésus à Béthanie, si nous pouvions accueillir cette réalité d’Évangile : Dieu recueille chacune de nos épreuves et les transforme déjà en lumière de résurrection.

 

Jésus, notre frère, toi qui es résurrection et vie, comme tu as fait revivre ton ami Lazare, fais-nous sortir de nos tombeaux intérieurs.

Devant Marthe et Marie, tu as pris le risque de montrer la plénitude de ton amour.

Nous qui cherchons à te suivre, conduis-nous par ton Esprit Saint sur ton chemin, afin de nous donner sans calcul pour les autres, avec toi.

C’est ainsi que tu nous feras découvrir la beauté d’une communion avec toi, avant-goût de la vie éternelle.

Amen.