Exode 34, 4-9
4Moïse tailla des tables de pierre comme les premières, se leva de bon matin et, comme le SEIGNEUR le lui avait ordonné, monta sur le mont Sinaï, ayant pris à la main les deux tables de pierre. 5Le SEIGNEUR descendit dans la nuée, se tint là avec lui, et Moïse proclama le nom de « SEIGNEUR ». 6Le SEIGNEUR passa devant lui et proclama : « Le SEIGNEUR, le SEIGNEUR, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté, 7qui reste fidèle à des milliers de générations, qui supporte la faute, la révolte et le péché, mais sans rien laisser passer, qui poursuit la faute des pères chez les fils et les petits-fils sur trois et quatre générations. » 8Aussitôt, Moïse s’agenouilla à terre et se prosterna. 9Et il dit : « Si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô Seigneur, que le Seigneur marche au milieu de nous ; c’est un peuple à la nuque raide que celui-ci, mais tu pardonneras notre faute et notre péché, et tu feras de nous ton patrimoine. »
2Corinthiens 13, 11-13
11Au demeurant, frères, soyez dans la joie, travaillez à votre perfectionnement, encouragez- vous, soyez bien d’accord, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. 12Saluez-vous mutuellement par un saint baiser. Tous les saints vous saluent. 13La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous.
Matthieu 28, 16-20
16Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. 17Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais ils eurent des doutes. 18Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. 19Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 20 leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »
Chères sœurs, chers frères,
Il y a aujourd’hui un paradoxe. Après cette fête de la sainte Trinité quelque chose s’ouvre. Une nouvelle tranche du temps de l’Eglise, une longue période où le vert, couleur de la maturation va régner comme couleur liturgique. Un nouveau début s’annonce, et pourtant c’est la fin d’un évangile que nous venons d’entendre. Pouvez-vous imaginer la pression qui a dû reposer sur les épaules de l’auteur de cet évangile ? J’ai déjà du mal à terminer les textes, les lettres, les prédications que je dois parfois rédiger, mais si je devais conclure un texte d’une telle importance dans la transmission de la foi, je crois que je ne saurais pas où me mettre. Non, finir, boucler un évangile n’est pas anodin. C’est exprimer le cœur du propos, c’est déclamer une dernière fois l’essentiel.
Dans l’évangile selon Matthieu, il nous manque un petit bout de l’histoire. Les femmes du tombeau sont envoyées par Jésus-Ressuscité annoncer aux disciples la résurrection. Puis nous retrouvons les disciples qui ont déjà parcouru le chemin jusqu’en Galilée. Ce silence du texte sur l’annonce des femmes aux hommes peut surprendre. Mais la réaction des disciples nous en dit en réalité assez. On sait qu’ils ont fait le déplacement. On sait donc que leur foi est bien là. Ils n’ont pas besoin d’une apparition pour croire, pour avoir confiance et pour avancer.
En cela, les disciples sont nos semblables. Malgré les tourments de leurs vies, une foi, une confiance est née de la résurrection et de son annonce par les femmes. Le Christ qui apparaît dans leur vie n’est pas déclencheur de leur foi, mais le signe que leur foi implique la présence du Christ lui- même avec eux, tous les jours et pour toujours. La présence du Seigneur à leur côté suscite visiblement deux attitudes, qui sont là et se tiennent ensemble. La prosternation devant celui qui, cela se sent, cela se sait, a reçu du Père toute autorité, mais aussi le doute. Ils eurent des doutes. Des doutes, non par rapport à la réalité de la présence de Jésus ou de sa Résurrection. Nous avons vu que leur foi les a mis en route, et cela avant de le voir. Des doutes, il y a des raisons d’en avoir. Pour eux, disciples de la première heure, et pour nous, disciples d’aujourd’hui. Car des questions, des insécurités, il y en a.
Que faire de cette présence de Jésus, cette présence différente ? Quelle sera la mission qui sera la nôtre désormais ? Comment être les disciples d’un maître dont la carrière s’est terminée sur une croix ? Comment témoigner de la complexité de notre foi qui mêle prosternation et doute, dans un monde polarisé où on devrait choisir entre l’un et l’autre ? Mais voilà que Jésus explique et rassure. Il clarifie les rôles, et pacifie ainsi les cœurs. Ayant passé par la mort et l’ayant terrassée, l’identité divine du Christ et son lien avec le Père deviennent incontestables. Le Christ a reçu de son Père toute autorité, non pas l’autorité d’un despote, mais celle qui lui permet de faire participer à son pouvoir de vie tous ceux qui mettent leur confiance en lui. Et voilà qu’il envoie les disciples dans le monde. Le doute n’est pas effacé. Mais il n’empêche plus d’avancer, car désormais le disciple reçoit une mission. Baptiser et enseigner. Baptiser, c’est poser un geste qui dit la vie de Dieu. Enseigner, ce n’est pas endoctriner. C’est dire au monde l’aujourd’hui de la présence de Dieu en Jésus-Christ, l’aujourd’hui de la constance de Dieu par le Saint-Esprit.
Le Père, le Fils et le Saint Esprit… Il en aura fait couler, de l’encre, du sang et des larmes, le dogme de la Trinité. Pourquoi avoir tant cherché à dire ce mystère d’un Dieu qui est à la fois communion et unité ? Si la notion de Trinité n’est pas explicitement biblique, elle reprend en réalité cette conviction que nous trouvons dans nos trois lectures du jour. En confessant Dieu comme Trinité, nous ne faisons rien d’autre que d’affirmer la constance et la persistance du Dieu fidèle et vivant.
Chères sœurs, chers frères, c’est en paix que nous pouvons entrer dans cette longue période du temps ordinaire qui s’ouvre devant nous. Malgré les doutes, malgré les incertitudes, malgré les questions. Car ce n’est pas la force de notre foi qui nous porte. C’est la fidélité de Dieu. Le Dieu que Moïse a rencontré sur la montagne, le Dieu que Paul invoque sur l’Église de Corinthe, le Dieu que Jésus- Christ révèle à ses disciples demeure aujourd’hui le même. Notre foi, même fragile, même hésitante, suffit pour prendre la route. Celui qui nous appelle nous précède toujours et pour toujours. Amen.
