Prédication
Grandchamp, 14.6.26
Exode 19,2-6
Romains 5,6-11
Matthieu 9,36 à 10,8
Mes bien chères sœurs et vous mes sœurs et frères en Christ,
Comment lire et comprendre ces textes à la fois d’une grande envolée et à la fois qui peuvent nous heurter quand, en nous, ils se trouvent en écho avec l’actualité tragique qui endeuille nos journées ?
En effet, d’honorables contradicteurs de l’Evangile pourraient nous dire : « C’est ça, le christianisme, un Dieu qui noie ses ennemis ou encore qui affiche ses préférences parmi les humains ? »
A mon sens, c’est en s’attachant à une lecture superficielle et souvent partielle, donc partiale, que l’on pourrait en arriver à pareille conclusion. Mais, il faut bien l’avouer, au sein du christianisme lui-même certains courants théologiques, assez importants d’ailleurs, utilisent Dieu pour justifier des actes de domination et de mépris sur de plus faibles qu’eux, voire sur d’autres peuples. Les journaux télévisés, les magazines et les réseaux sociaux sont pleins de ces atrocités individuelles ou collectives.
Alors que faire, que dire devant ces interprétations des textes qui nous laissent pantois voire démunis ?
Ces interprétations ont cours car elles recourent à une tactique éprouvée qui consiste à isoler les textes et à ne pas les considérer pour ce qu’ils sont bien souvent : des étapes dans la révélation divine qu’il faut considérer comme telles. Il y a donc dans les textes des hiérarchies de valeur et tous n’en sont pas au même stade de la révélation. Il y a, dans la révélation chrétienne, des textes étapes et des textes finaux. Nos trois textes d’aujourd’hui sont des textes-étapes. Ils témoignent tous trois d’époques ou de situations différentes.
Pour mettre les textes et leurs interprétations à leur juste place, nous avons besoin de critères. Dans la foi chrétienne il n’y a qu’un critère fondamental, c’est le Christ, tel qu’il s’est révélé en Jésus de Nazareth et dont témoignent nos textes. En langage théologique l’on pourrait dire que le Christ est la clé herméneutique des textes bibliques. Le Christ, tel qu’il s’est révélé en Jésus de Nazareth, qui est né, a vécu, a annoncé le règne divin, a souffert, est mort parmi les humains et s’est révélé définitivement par sa résurrection. Ainsi, tout texte biblique a vocation à être interprété à l’aune du Christ ressuscité et de son message fondamental.
Mais, diront nos honorables contradicteurs, quel est son message fondamental ?
Pour les chrétiens, c’est d’abord le Christ lui-même qui est objet de foi. Mais aussi son message, les paroles qu’il a laissées et surtout les plus osées et les plus fondamentales. C’est chez Matthieu lui-même que nous trouvons, peu avant notre passage, le message fondamental de Jésus, dans la grande fresque du chapitre 5. J’en mentionne le sommet, la pointe : aimer Dieu, s’aimer soi-même, aimer le prochain et, sommet de l’amour, aimer l’ennemi et bénir le persécuteur. Au chapitre 28, il sera mentionné que, dorénavant, l’Evangile n’est plus destiné à un petit groupe ou encore à un peuple seul, mais à toute l’humanité.
Ainsi, nos trois textes du jour, qui pouvaient paraître hétéroclites au départ, se découvrent être en continuité, tendus vers une révélation finale plus grande qu’eux.
Tout d’abord un appel, dans Exode, un appel partiel à un peuple, avec déjà cette petite mention tout sauf anodine que la terre entière est à Dieu. Ensuite le rappel de l’œuvre de Dieu en Christ chez Romains. Enfin la mention du grand démarrage de la proclamation de la Bonne Nouvelle, dans un territoire limité chez Matthieu 9 et 10 qui trouvera son apogée en Matthieu 28.
Notre texte de Matthieu 9 et 10 fait donc partie d’un ensemble qui le dépasse, spirituellement et géographiquement. Spirituellement et géographiquement parce que le message va être complété par son extension aux ennemis et au monde entier.
Ainsi se réalise dans l’histoire humaine le dessein, le projet de Dieu de faire alliance avec le monde entier et que cesse toute injustice.
Et qu’en est-il de nous ?
Réconciliés avec Dieu par le Christ nous voilà appelés à proclamer au monde entier la Bonne Nouvelle de l’Evangile. A commencer par notre propre entourage, à partir de l’Eglise jusqu’aux confins du monde en étendant peu à peu notre rayon d’action à partir de nos petits lieux d’origine.
Il s’agira de s’engager non individuellement, mais en communion avec les croyants de tous les temps et de tous les lieux en donnant gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement !
Amen !
