Ascension Grandchamp

14 mai 2026

(Actes 1, 1-11, Luc 24, 44-53, Eph. 1, 17-23)

Je vous observe. Vous êtes là, assis plus ou moins confortablement, bien tranquilles sur vos bancs. Pâques est derrière; Dieu a gagné; tout est rentré dans l’ordre, la vie a repris son cours. Il suffit de laisser faire!

Je suis désolée, mais j’ai une mauvaise nouvelle; elle s’appelle « Ascension ».

L’Ascension, c’est un moment difficile, douloureux… la séparation définitive d’avec le Christ, Jésus Ressuscité.

Impossible de parler de l’Ascension, sans revenir un peu en arrière. Impossible de dissocier l’Ascension de Vendredi Saint et de Pâques.

Pour mémoire, il y a eu le choc inouï de l’arrestation, de la condamnation de Jésus et sa mort atroce.

Pour les disciples, ça a été l’effondrement de toute leur vie. Ils avaient tout misé sur cet homme venu de Nazareth, tout laisser pour lui…

Alors, pendant un certain temps, ils ont le privilège de vivre dans une grande proximité avec lui, une intimité de tous les jours qui les a nourri, qui les a fait grandir… jusqu’à ce fameux Vendredi.

Et puis, plus rien. Juste l’horreur, le vide, l’absence et certainement une immense désillusion. Un véritable deuil avec ce que ça implique de tristesse, de déception, de culpabilité – n’oublions pas qu’ils ont tous abandonné Jésus – et certainement d’idéalisation aussi de ce même Jésus.

Deuil que les apparitions passagères et furtives du Ressuscité n’ont pas permis de surmonter totalement.

Mais pendant les 40 jours qui séparent Pâques de l’Ascension, on voit le groupe des disciples se réorganiser reprendre peu à peu espoir, se réapproprier tout ce qu’ils ont vécu avec le Christ.

Atmosphère de partage, de confiance, de confidence… après ces moments de grande terreur. Les disciples repensent aux temps bienheureux, à tous les moments vécus avec Jésus… moments de joie, de doutes, d’enseignement, de questions.

Et c’est à travers les Ecritures et la cène partagée qu’ils vont vraiment comprendre le sens de la venue du Christ et finalement s’approprier leur propre mission de témoins.

Finalement, pour les disciples, le temps de l’intimité retrouvée.

Et voilà l’Ascension… le couperet, le jour où le Ressuscité disparaît définitivement, le jour où le Ressuscité s’efface totalement, où il « leur devient invisible », comme il est dit dans l’épisode d’Emmaüs…

Un peu comme dans un travail de deuil, où l’on prend acte que l’on ne verra jamais plus la personne.

Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est cette séparation définitive. Ou pour le dire positivement un nouveau départ, un recommencement, la naissance d’une relation autre.

On peut parler de l’Ascension comme d’un moment charnière.

Moment charnière qui marque la fin définitive de la présence « physique » du Christ et qui inaugure le temps des disciples, des témoins, le temps de l’Eglise. Notre temps.

C’est à nous de prendre le relais, désormais.

Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est la naissance d’une relation autre qui nous donne de la place et qui fait appel à notre créativité, qui requiert notre esprit d’initiative et qui respecte notre liberté.

C’est peut-être inconfortable. Ce serait sans doute plus facile, plus pratique que Jésus reste là, et qu’il mène lui-même les affaires du monde, plutôt que de nous laisser jouer les apprentis sorciers, plutôt que de prendre le risque d’une partie qu’il joue à travers nous, à travers notre foi!

Mais voilà, je le sais, vous le savez, notre Dieu n’est pas un Dieu manipulateur: le Dieu de Jésus-Christ, c’est le Dieu qui a choisi d’emblée de participer à notre vie, qui préfère cheminer avec nous et improviser des solutions à notre rythme.

 

L’Ascension, c’est le signe que Dieu choisit de nous laisser être nous-même doutant, avançant, renâclant, refusant l’obstacle pour mieux recommencer…

Appel pressant à ne pas rester inactifs,

mais à porter, à vivre et à pratiquer la Parole auprès et au loin, selon les mots de Luc.

Appel à faire rayonner autour de nous la joie que procure l’amour de Jésus.

Avec l’encouragement, le soutien, l’assistance et le conseil de l’Esprit Saint… parce que c’est lui le premier témoin.

Alors mettons à profit tous nos dons, tout notre « potentiel » d’amour, de tendresse, de prière, de méditation !

C’est notre souffle, notre engagement, notre enthousiasme qui fait l’Eglise aujourd’hui; sans l’Esprit Saint, elle ne serait qu’un groupe parmi d’autres, un cercle d’amis; mais sans notre présence au monde, il n’y aurait tout simplement pas d’Eglise.

L’Ascension, c’est le jour où Dieu nous dit: j’ai besoin d’ouvriers, allez-y, la voie est libre!

Fête d’une maturité voulue par Dieu, fête d’un envoi, d’une mission donnée pour ne plus jamais être reprise…

Alors oui, pour ceux qui croyaient en revenir à un statu quo tranquille et confortable, l’Ascension est une mauvaise nouvelle.

… Mais pour ceux qui ont à cœur de mettre à profit leur esprit d’initiative et leur créativité, pour tous ceux qui ont envie de marcher à la suite du Christ, l’Ascension est une Bonne Nouvelle.