Prédication jeudi 13 août 2026
1 Pierre 3, 18 à 4, 2+6 Marc 9, 14-29
Il y a des sommets que Jésus a gravi seul… sommets de ravissement et sommets de douleur… extase ou calvaire.
Thabor ou Golgotha, pour Jésus.
Ce sont des pics qui se situent au-delà des mots, à la lisière du concevable, dans l’espace de la poésie et du silence.
Il y a quelques heures seulement Jésus était transfiguré, moment unique où la divinité de Christ transparait devant trois témoins éblouis.
Pierre veut alors s’installer dans cette béatitude en montant des tentes, comme on tente de mettre des mots sur l’indicible pour le saisir quelque peu.
Mais l’au-delà des mots est volatile, il va et vient comme le Souffle… ensuite, il faut redescendre… Jésus est redescendu avec ses disciples pour poursuivre sa mission.
Ce fut un moment d’une intense densité avec l’Esprit de Dieu qui irradiait et le Père qui attestait « Celui-ci est mon fils bien aimé que j’ai choisi : écoutez-le ! » La Trinité en présence, en personne, en direct.
A ce moment-là, Jésus est révélé dans unicité… aux yeux des disciples, et peut-être un peu plus à ses propres yeux !
Mais qui dit unique dit aussi solitude. Jésus vit une dimension d’être que personne d’autre ne vit. Peut-être a-t-il rêvé qu’il en soit progressivement autrement… comme tout rabbi qui désire enseigner et voir des disciples prendre le relai de son vivant, devenir rabbi à leur tour, le dépasser même.
Mais il n’en sera rien… quand il redescend, il voit Pierre, Jacques et Jean qui discutent de cette résurrection qu’il vient d’annoncer. Ils parlent entre eux sans le consulter, sans trop savoir de quoi ils parlent…
Et quand ils rejoignent les autres disciples restés dans la plaine, Jésus les trouve aussi entre train de causer avec une grande foule et des scribes bien agités.
La raison en est donnée à Jésus : un père désespéré par la souffrance son fils a demandé aux disciples de le libérer… ils n’en ont pas été capables de chasser ce qu’ils appellent un esprit muet… l’esprit oui, mais euh, ils parlent avec passion… du pourquoi, du comment, des limites au-delà desquelles la bonne nouvelle du salut n’opère plus ?
La vie de Dieu serait-elle victorieuse jusqu’à un certain point ?
Jésus explose : « Génération incrédule, jusqu’à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ? »
Il y a quelques heures, il était au sommet de la plénitude, baigné et empli de la présence et de la puissance de Dieu… et là il est replongé dans une foule qui doute et débat… qui se débat dans ses doutes !
Jésus met tous ces gens dans le même paquet : les trois disciples avec qui il revient, les 9 autres confrontés à leurs limites, l’enfant, le père, la foule, les scribes… : « génération incrédule ! »
C’est un cri de solitude… « Ras-le-bol d’être seul à y croire ! » ; « Ras-le-bol d’être le seul à voir avec les yeux de Dieu, à ressentir ce qui habite le cœur de Dieu, à discerner en dialogue avec Dieu, à agir en Dieu… »
Peut-être qu’à ce moment-là se confirme en Jésus la conscience qu’il n’y aura pas de son vivant de transmission du ravissement du Thabor à ses disciples.
Il y aura au contraire une solitude toujours plus dense, jusqu’à l’extrême de la croix, où son unicité de Seigneur et de Sauveur sera révélée dans la nuée sombre du drame total.
Et là, il se trouve devant un père désespéré de voir son fils innocent souffrir ainsi, isolé par son mutisme et par ces crises qui font fuir tout le monde… ras-le-bol d’être jugés et rejetés injustement… la détresse par excellence d’un père aimant et impuissant !
Certes ce n’est pas le calvaire du Golgatha, mais quelle galère ! d’autant plus douloureuse qu’il y a eu une lumière d’espoir… « Les disciples de Jésus sont là et on raconte qu’ils ont accomplis guérisons et délivrances ».
Mais non, rien n’y fait… cette malédiction perdure sans que rien n’y personne n’en vienne à bout.
Aujourd’hui, on peut imaginer une atteinte neurologique qui a empêché l’accès à la parole et qui provoque des crises d’épilepsie… mais le diagnostic (qu’il soit juste ou non) ne diminue en rien la détresse spirituelle de ce père qui ne cesse d’espérer une sortie de cet enfer !
Il y croit sans y croire… et Jésus met le doigt sur son ambivalence. Car croire à l’impossible déprime parfois davantage que d’y renoncer. Espérer oui, mais pas trop, pour ne pas trop déchanter quand ça tarde ou ne vient jamais.
« Si tu le peux… » ose ce père.
Jésus le confronte à ce qui le freine, mais il ne lui brandit pas une théologie de la toute-puissance de Dieu… une théologie qui le placerait une fois de plus devant l’inaccessible, donc dans l’impuissance.
Il le ramène à ce qui est fort et vivant en lui, à cet élan d’amour qui l’habite et le préserve de baisser les bras, malgré son épuisement de proche aidant, son fardeau de chef d’une famille privée du bonheur.
« Si tu y crois… » lui rétorque Jésus.
« Oh oui, j’y crois, mais en même temps vient une autre voix qui me dit : n’y crois pas trop » Et là, le père fait ce que ses disciples n’ont peut-être pas fait ! Il demande à Jésus son aide, sa grâce. Il prie !
« Viens au secours de mon manque de foi… Sauve ma foi, soigne mon cœur ravagé… ça je ne peux le faire, mais toi, tu peux, car tu portes l’Esprit de Dieu en toi, c’est lui qui agit en toi, je le sens ! »
Les disciples ont peut-être considéré l’autorité que Jésus leur avait conférée comme un acquis, une ligne de plus de leur CV d’apôtres, une ressources à disposition, que Jésus soit là ou non, qu’il les envoie ou non.
Mais non, agir au nom de Jésus est toujours une grâce unique, une délégation ponctuelle, une œuvre à toujours enraciner dans la prière… c’est toujours le Seigneur qui agit, ce n’est jamais nous qui faisons agir le Seigneur.
On n’instrumentalise pas Dieu, ni l’autre… voyez à ce propos comment Jésus redonne au père de l’enfant l’initiative du prochain pas… un pas de demande de guérison de son cœur en premier.
Jésus a compris la profondeur de la solitude de l’enfant… il n’est pas seulement muet, il est sourd ; c’est parce qu’il est sourd qu’il est aussi muet. Il vit dans une bulle insonorisée avec un corps dont il perd le contrôle régulièrement.
Jésus prend autorité sur ce qui isole et détruit l’enfant. Et l’esprit mauvais sort… le laissant comme mort. C’est comme si toute sa vie s’était résumé à son malheur et quand il le laisse tranquille, il semble ne rien rester.
Le voilà mort à ce malheur, mort à cet isolement profond, à ce souci d’une crise, à cette angoisse qu’elle soit fatale. Son malheur est mort, il a passé dans le passé.
Son présent… Jésus qui le prend par la main et le tire vers le haut et lui qui se met lui-même debout, face à son père, au village et aux disciples épatés.
L’avenir… il est ouvert devant lui, comme ses oreilles qui enfin entendent, il pourra être rejoint par la voix des autres et une fois leur répondre : entrer en relation.
Pourquoi Jésus y est parvenu et pas les disciples en l’absence de Jésus ? « Cet esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière »…
Cette thérapie doit s’ancrer dans la relation avec le Seigneur, l’intimité avec Dieu. On ne soigne pas l’isolement spirituel en étant déconnecté de Dieu.
C’est à partir du cœur à cœur avec Dieu que nous pouvons rejoindre le cœur de l’autre, par-delà les obstacles neurologiques et psychologiques.
C’est à partir de l’esprit que l’âme et le corps vont retrouver leur santé.
La prière, vous le savez, ce n’est pas d’abord causer, s’est écouter : tendre l’oreille du cœur, chercher le désir de Dieu, revêtir sa mentalité, discerner ses priorités et ses façons d’agir.
C’est une communion qui n’est jamais détenue, elle a besoin d’être nourrie jour après jour par le Seigneur… à partir du dedans comme la Transfiguration le révèle.
C’est le cas des recoins de notre être qui ne sont pas encore guéris, comme nos histoires passées pas encore libérée.
Pierre dans sa lettre élargira encore la perspective aux dimensions de l’Histoire au sens large. Il ira jusqu’à écrire de Jésus que Vendredi saint, il est descendu au séjour des morts pour évangéliser les défunts du passé afin qu’ils aient aussi accès à la bonne nouvelle du salut.
Personne n’est abandonné, personne n’est laissé dans sa bulle, isolé de l’amour de Dieu est tout-puissant.
Il y a des sommets que Jésus a gravi seul… ou presque parce qu’il est vrai qu’il y avait toujours une poignée de proches, au Thabor comme au Golgotha.
Mais surtout Dieu était là, si visible qu’il en devenait éblouissant ou si discret qu’il en devenait opaque… mais toujours là, sans interruption !
Et Jésus lui emboite le pas : « Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Toutefois, nous avons à traverser des expériences de solitudes, car chacun de nous est unique, chaque expérience singulière, chaque chemin personnel… c’est pourquoi y a des limites au partage du vécu, une limite à la compréhension mutuelle.
Parfois c’est frustrant et épuisant… alors monte aussi en nous ce cri « Jusqu’à quand… ? » Jusqu’à quand cette tension entre la foi et le manque de foi, entre l’intimité qui se passe de parole et les incompréhensions qui nous font causer et causer.
Viens bientôt Seigneur Jésus ! Viens vite soigner notre cœur à cœur avec toi ! Amen
Lecture
Première lettre de Pierre, chapitre 3, 18 à 4, 2, plus 6
En effet, le Christ lui-même a souffert pour les péchés, une fois pour toutes, lui juste pour les injustes, afin de vous présenter à Dieu, lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit.
C’est alors qu’il est allé prêcher même aux esprits en prison, aux rebelles d’autrefois, quand se prolongeait la patience de Dieu aux jours où Noé construisait l’arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau.
C’était l’image du baptême qui vous sauve maintenant : il n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience ; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ, qui, parti pour le ciel, est à la droite de Dieu, et à qui sont soumis anges, Pouvoirs et Puissances.
Puisque le Christ a souffert dans son corps, vous aussi armez-vous de la même façon de voir : celui qui a souffert dans son corps en a fini avec le péché. Dès maintenant, vous devez donc vivre le reste de votre vie terrestre selon la volonté de Dieu et non selon les désirs humains.
Voilà pourquoi la bonne nouvelle a été annoncée, même aux morts : ainsi, bien que jugés quant à leur existence terrestre, comme tous les humains, ils ont maintenant la possibilité, grâce à l’Esprit, de vivre une vie selon Dieu.
Répons
Lecture
Évangile de Marc, chapitre 9, les versets 14 à 29 :
En venant vers les disciples, ils virent autour d’eux une grande foule et des scribes qui discutaient avec eux. Dès qu’elle vit Jésus, toute la foule fut remuée et l’on accourait pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? »
Quelqu’un dans la foule lui répondit : « Maître, je t’ai amené mon fils : il a un esprit muet. L’esprit s’empare de lui n’importe où, il le jette à terre, et l’enfant écume, grince des dents et devient raide. J’ai dit à tes disciples de le chasser, et ils n’en ont pas eu la force. »
Prenant la parole, Jésus leur dit : « Génération incrédule, jusqu’à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ? Amenez-le-moi. »
Ils le lui amenèrent. Dès qu’il vit Jésus, l’esprit se mit à agiter l’enfant de convulsions ; celui-ci, tombant par terre, se roulait en écumant.
Jésus demanda au père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » Il dit : « Depuis son enfance. Souvent l’esprit l’a jeté dans le feu ou dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous. »
Jésus lui dit : « Si tu peux !… Tout est possible à celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! »
Jésus, voyant la foule s’attrouper, menaça l’esprit impur : « Esprit sourd et muet, je te l’ordonne, sors de cet enfant et n’y rentre plus ! »
Avec des cris et de violentes convulsions, l’esprit sortit. L’enfant devint comme mort, si bien que tous disaient : « Il est mort. »
Mais Jésus, en lui prenant la main, le fit lever et il se mit debout.
Quand Jésus fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier : « Et nous, pourquoi n’avons-nous pu chasser cet esprit ? »
Il leur dit : « Ce genre d’esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière. »
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