Jeudi 9 avril 2026 – Grandchamp

Jean 20, 1 – 18

 

Ce soir, je vous invite à suivre Marie de Magdala, ou Marie Madeleine si vous préférez, pour nourrir notre foi et notre vie.

Cinq verbes nous guideront :  chercher, voir, entendre, se dire, et rencontrer.

Marie de Magdala ? C’est d’abord une femme qui cherche.

Elle cherche à apaiser sa souffrance. Son Seigneur et ami, Jésus de Nazareth est mort. Sans doute plus que les autres, elle ressent ce vide. Alors, elle est la première à se rendre au tombeau – au début du chapitre 20 de l’Evangile de Jean.

Et, brutalement, elle ne rencontre que le vide… du tombeau.

Alors, elle court, Marie. Elle va chercher de l’aide.

Il faut chercher le corps du Seigneur… Il a disparu, volé peut-être. Plus rien à se raccrocher.  Besoin, puissant, de faire son deuil, et de retrouver quelque chose de sa présence.

Oui, Marie de Magdala est une femme qui cherche.

 

Ne sommes-nous pas nous aussi, à notre manière en recherche…

Avec nos manques, nos blessures de vie, nos peurs, nos questions, nos doutes, et le besoin de chercher qui en découle ?

Et dans ce mouvement de recherche, il est donné à Marie Madeleine de voir. Elle voit le tombeau vide. Elle voitdeux anges, et enfin elle voit celui qu’elle prend pour un jardinier. Oui, elle n’en finit pas de voir.

Mais curieusement, ces trois « visions » de Marie de Magdala ne font qu’aggraver sa tristesse et sa perplexité.  En tout cas, elles ne lui permettent pas de croire à la résurrection de son Seigneur.  Par trois fois, la réaction de Marie n’est que stupeur et larmes. On lui a enlevé le corps de son Seigneur, et elle ne sait où se trouve… Un peu comme une obsession qui ne lui permet pas de comprendre ce qu’elle voit…

Pourtant Marie n’arrête pas de voir des signes…

Mais ce qu’elle voit… ne fait pas naître la foi.

Non décidément, voir pour croire, cela ne suffit pas !

La foi ne surgit jamais automatiquement d’un simple constat vérifiable. Même pour les témoins bibliques.

Seulement Marie ne fait pas que voir. Elle entend également.

Troisième verbe clé : entendre.

Elle entend les anges lui parler.  Juste une question. Ni théorie, ni consolation a bon marché : « Femme ! Pourquoi pleures-tu ? ».

Une question qui prend soin d’elle, qui la prend comme elle est, là où elle en est, avec ses larmes. Un tact divin !

Plus loin, elle entend le présumé «jardinier». De nouveau, pas de déclaration fracassante, mais un pas de plus.Un « Qui cherches-tu ? » s’ajoute au « Femme, pourquoi pleures-tu ? ».

En fait, le Christ prend le temps d’écouter Marie Madeleine. Par ses questions… il lui donne la parole… et la possibilité de se dire,

Se dire… tout en vérité et honnêteté.

N’est-ce pas là un besoin que nous avons tous.

 

Quatrième verbe clé donc  : se dire.

Et que dit Marie de Magdala ce jour-là ?

Aux disciples, elle fait sienne la souffrance du groupe :

« Ils ont enlevé le Seigneur, nous ne savons où ils l’ont mis ». ;

Aux anges, c’est sa propre crainte qu’elle exprime : « ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils l’ont mis ».

Au « jar­dinier », elle s’implique définitivement dans la recherche: « dis‑moi où tu l’as mis et moi j’irai le prendre».

La recherche de Marie se fait de plus en plus profonde, personnelle, engagée. Elle chemine, elle évolue. Cette quête implique de plus en plus tout son être : « moi j’irai le prendre ».

Finalement… en face de Marie… résonne un mot. Résonnent cinq lettres en forme de prénom « Marie ».  Non plus cette fois « femme » comme des millions d’autres, mais « Marie ».

Son nom prononcé rétablit une communion. Son nom prononcé la reconnaît personnellement et révèle celui qui la nomme.

Marie peut alors reconnaître et rencontrer le Ressuscité, c’est‑à‑dire qu’elle voit, cette fois, avec les yeux de la foi : « Rabbouni », « Maître ».  Ins­tant crucial de l’existence de cette femme qui devient un être unique, Marie, appelé par son Seigneur.

Et c’est bien d’une rencontre qu’’il s’agit.

Rencontre de deux paroles : la parole laborieuse de Marie en recherche et celle du Maître qui la nomme et l’accueille.

Savons-nous ? Sommes-nous intimement persuadés et conscients que notre nom, enfin notre prénom, le mien, le vôtre, est inscrit dans le cœur de Dieu ?

Que le Christ ne cesse de nous reconnaître, chacune, chacun, comme unique et irremplaçable ?

Que le Christ ne cesse de nous appeler, chacun, chacune par notre nom ?

Et de cette rencontre, Marie de Magdala, elle, va même en devenir témoin.  Et nous ?

Christophe Reymond