Matthieu 28, 1 à 10
« N’ayez pas peur »
Matthieu nous raconte de manière très étonnante la découverte du tombeau vide : il utilise un langage apocalyptique pour exprimer le sens de Pâques. La terre tremble, l’Ange du Seigneur descend du ciel, il roule la pierre et s’assied dessus ! Ces images apocalyptiques situent la résurrection dans le vaste combat entre les forces du Mal et celles du Bien, les puissances des ténèbres et celles de la lumière, les pulsions de mort et celles de vie… Un combat cosmique – c’est pourquoi la terre tremble et l’Ange descend du ciel- La résurrection est alors présentée comme la victoire finale de Dieu sur tout ce qui cherche à anéantir les êtres humains.
Mais le risque d’un tel langage et de telles images est qu’elles sont bien loin de nous, de notre quotidien, de nos luttes de tous les jours… Le danger serait même qu’on assiste en simple spectateur à cette Victoire cosmique du Christ sans qu’elle vienne transformer en profondeur notre existence …
C’est là que la Parole de l’Ange est importante, il y a la dimension spectaculaire qui doit laisser les femmes tremblantes et sans voix, et il y a la Parole qui s’adresse à elle et leur donne une mission… Et le premier mot de l’Ange est « n’ayez pas peur ! » Il n’y a pas que la terre qui tremble en ce matin de Pâques, les femmes devant le tombeau vide ont dû ressentir comme un séisme intérieur... Toutes les évidences s’effondrent, tout le côté « habituel » de la vie est bousculé, toutes leurs représentations sont sens dessus dessous… Elles venaient pour pratiquer les rites funéraires, elles savaient bien que la mort finit toujours par être victorieuse et par prendre ceux qu’on aime, c’est l’inéluctable de l’existence humaine… Donc elles tentaient d’apprivoiser la mort par des rites avec une confiance pour une résurrection future, lointaine de celui qu’elles avaient aimé… Et voilà que ce matin de Pâques, tout est différent ! Ce qui se passe n’entre pas dans leurs catégories ! C’est inouï, incompréhensible… Oui, un séisme intérieur !
Alors l’Ange leur dit : « N’ayez pas peur » ! Mais il ne dit pas cela comme un slogan, comme on l’entend trop souvent de nos jours ! Un slogan qui s’adresserait à tous et finit par ne concerner personne ! Un appel général à la sérénité… Non, c’est bien à ces proches de Jésus que s’adresse cet encouragement à surpasser la peur… « N’ayez pas peur, vous“ ! fait dire Matthieu à l’ange, alors que les gardes étrangers à toute foi, en restent au bouleversement et restent « comme morts », n’ayez pas peur vous qui avez suivi Jésus, qui l’avez accompagné, qui avez mis vos pas dans ses pas, qui avez déjà saisi sa main quand vous étiez dans des moments difficiles !
Ce » n’ayez pas peur « fait écho à tous les « n’ayez pas peur » que Jésus a prononcés pour ses disciples tout au long de son ministère: lors de la tempête apaisée, lorsqu’il marche sur l’eau et qu’ils croient alors à un fantôme, lors de sa transfiguration ou lorsqu’il leur annonce qu’ils seront trainés devant des tribunaux et persécutés! C’est en quelque sorte comme si Jésus disait à ses amis : « Avec tout ce que vous avez déjà vécu en ma compagnie et qui vous a ouverts à du nouveau, qui vous a sortis de vos habitudes de pensée et de vivre, de vos conditionnements sociaux ou religieux, de vos normes et références habituelles, de vos enfermements, ayez confiance en ma Présence, en mon Accompagnement pour affronter l’inattendu… N’ayez pas peur ! »
Cette parole peut traverser les siècles et nous concerner aussi ! Avant de trop vite passer à cette Victoire finale de Pâques sur le dernier Ennemi qu’est la mort… pensons à toutes les petites victoires qui ont eu lieu ou qui ont encore lieu dans nos luttes quotidiennes quand nous nous ouvrons à l’Esprit du Christ, quand nous sommes en communion avec Lui, quand nous marchons à la suite de Jésus...
Il y a souvent des minis séismes intérieurs qui se passent lorsque nous parvenons à nous ouvrir à autruiau lieu de rester enfermés en nous-mêmes, lorsque nous vivons réellement le pardon qui ouvre à de nouvelles relations au lieu de rester à ruminer nos rancœurs, lorsque nous renonçons à juger, à catégoriser, telle ou telle personne pour vraiment désirer la rencontrer telle qu’elle est, dans son unicité… Bref lorsque nous déverrouillons un peu nos cœurs, que nous laissons le souffle de l’Amour passer et vaincre nos blindages, alors nous parvenons parfois à sortir de nos chemins habituels, de nos préjugés, de nos peurs paralysantes et notre vie s’ouvre sur l’inattendu!
Cela peut se vivre dans nos relations avec les autres, mais aussi avec Dieu : lorsque dans la communion avec Jésus, nous découvrons un Dieu paternel que nous pouvons appeler « Abba » – « papa », un Dieu infiniment proche et bienveillant, et non un juge lointain et implacable, cela peut provoquer aussi un bouleversement intérieur qui nous ouvre à la confiance ! Nous pouvons alors, dans des moments difficiles ou lors de décisions à prendre, nous abandonner entre les mains de ce Dieu bienveillant, et faire l’expérience qu’il nous conduit sur nos chemins, qu’Il nous accompagne et ne nous abandonne pas… Cette remise à Dieu comme seul guide nous ouvre aussi à l’inattendu !
Enfin, cela peut se vivre aussi dans notre relation avec nous-mêmes, lorsque nous acceptons d’être aimés par Dieu tels que nous sommes, que nous accueillons cet Amour inconditionnel en profondeur, nous n’avons plus besoin de nous justifier à nos propres yeux et sous le regard d’autrui, nous pouvons alors casser notre vision négative de nous-mêmes qui peut si souvent nous mettre à terre, pour vivre une juste estime de soi qui nous permet là encore de vaincre certains blocages et d’avancer vers l’inconnu…
Voilà ce que réveille en nous le « N’ayez pas peur » de l’Ange de Pâques, qui a roulé la pierre du tombeau et qui s’assied dessus ! Il nous invite à voir toutes les petites pierres que Dieu a déjà roulées dans nos vies pour nous ouvrir à des réalités nouvelles, tous les pas que nous avons déjà fait pour sortir de nos peurs et affronter l’Inconnu avec confiance et détermination, toutes les relations que nous avons rétablies et qui nous ont sorti des séparations mortifères… Alors, quand nous voyons comment Dieu a déjà roulé toutes ces pierres et comment il continue à le faire, nous pouvons saisir le sens de Pâques, lorsque nous regardons toutes nos petites victoires avec l’aide de Dieu contre tout ce qui est porteur de mort dans nos existences, nous pouvons nous ouvrir à la Victoire finale du Ressuscité sur le dernier ennemi !
« N’ayez pas peur ! »
