Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour Lundi de Pâques, 13 avril 2020

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour Lundi de Pâques, 13 avril 2020

Toutes portes étant closes.

JEAN 20, 19-23

Le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
étaient verrouillées par crainte des Juifs,
Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

I

Aujourd’hui, à la fin de cette retraite, nous voulons, frères et sœurs, accueillir la présence de Jésus Ressuscité comme une caractéristique essentielle de notre existence terrestre : « Toutes portes étant closes, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. »

Jésus est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Cela veut dire que rien ne peut empêcher Jésus Vivant de nous être présent. Rien ne peut l’empêcher d’ ouvrir toute circonstance à la vie qu’il partage avec le Père dans la communion de l’Esprit.

Toute situation d’enfermement peut devenir un lieu où Lui, vient nous visiter. Je pense en particulier à chaque personne aux prises avec les angoisses, avec une dépression, avec toute autre situation intérieure ou extérieure qui nous entoure de portes fermées.
Aucun obstacle ne peut être si grand ou si profond que Jésus Ressuscité soit empêché de nous rejoindre. Aucune circonstance ne peut le dissuader d’être présent à ce que nous vivons ou éprouvons. La mort elle-même ne l’a pas fait changer de cap. Il faut dire à l’inverse que parce qu’il a été nié à mort, Jésus sait encore plus radicalement que quiconque, ce que signifient les prisons intérieures ou extérieures dans lesquelles nous pouvons nous trouver. Parce qu’il est descendu aux enfers, aucune situation n’est privée de sa présence.

Ce matin inaugure la continuation de Pâques dans notre vie quotidienne, et l’évangile affirme que dans le monde où nous allons chaque jour, Jésus est tout-présent à chacune de ses créatures humaines.

« Toutes portes étant closes, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux »… et il est en ce moment avec chacun-e en particulier, dans tous les milieux fermés, confinés pour quelque raison que ce soit.

L’apôtre Paul le proclame avec la vigueur de sa foi : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie (et ses circonstances) , ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »

II

C’est donc pour tous, c’est donc pour vous en particulier, Frères et Soeurs, que Jésus Ressuscité ouvre la bouche, Lui le Verbe Créateur. C’est pour tous, et c’est à vous qu’il a dit : « La paix soit avec vous ! ».
La paix que Jésus communique ici n’est pas d’abord un sentiment intérieur, une situation stable ou un environnement confortable. Tout cela est bien sûr grandement désirable et peut nous advenir parfois comme conséquence de ce que Jésus donne.
Mais la paix dont Jésus parle est une réalité plus vaste et plus solide. Vous avez entendu : Jésus relie la paix qu’il donne à l’événement qui a concentré sur lui toute la violence, sa mort sur la croix, dont il montre les traces sur ses mains et son côté.
Imaginez un guerrier d’autrefois. Il revient après la victoire, et il montre à ses amis son bouclier, transpercé en différents endroits. Chacun comprend qu’il a combattu valeureusement et chacun sait qu’il pourra faire confiance à cet homme qui n’a pas craint de s’exposer.
Cette analogie, que l’on doit à saint Bernard de Clairvaux, dit combien est fiable Jésus ressuscité et combien lui appartient la paix, comme prix de sa lutte, comme chef d’oeuvre de sa mission. Il apporte la paix, celle que rien ni personne ne pourra jamais lui contester ou lui ravir. Il est la paix en Personne, la paix qui réjouit le Père, la paix véritable que Dieu a confirmée par la résurrection, la paix dont l’Esprit saint est le porteur, lui qui est force, consolation, énergie – l’Esprit de si grande humilité qu’il communique cette paix du Christ dans un souffle venant s’unir à notre respiration.

Souvenons-nous bien, surtout face aux angoisses, que la paix dont Jésus parle est plus certaine que tout ce que nous pouvons ressentir, et qu’elle est plus vaste que nous ne pouvons l’imaginer. La paix que Jésus établit dépasse l’expérience de que nous appelons « paix », et elle tient en réserve des dimensions au-delà de ce que notre intelligence peut imaginer ou concevoir.
Elle est une force pour oser et pour opérer une sortie. Jésus donne la paix pour envoyer ses disciples. Il précise qu’il envoie ses disciples de la même manière que le Père l’a envoyé. Cela suggère que le Fils est lui-même « sorti » avec cette paix comme force. Le Fils est venu dans le monde avec la paix, avec la bénédiction du Père pour pratiquer à cette paix un espace en ce monde.
Cette même et unique mission, le Fils la poursuit par ses disciples, ses frères d’aujourd’hui : « La paix soit avec vous !  De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Jésus nous communique la paix… pas seulement comme un baume, un apaisement, une présence consolatrice dans le présent où nous sommes. C’est cela aussi, mais c’est plus que cela. Cette paix représente une force, elle est un appel à aller de l’avant, c’est une embauche pour aller où Jésus nous conduira.

 Car Jésus ne nous sauve pas seulement en venant à nous. Il nous propose d’aller avec lui. Avec notre libre consentement il va nous conduire de passage en passage, au-delà des frontières que nous avons mises nous-même.

« Suivre Jésus, nous rappelait Fr. François de Taizé, n’est pas en notre pouvoir, mais c’est à recevoir » . Il écrivait :

« C’est comme si Jésus nous disait : « Pour me suivre, ne comptez pas sur vous-mêmes (c’est mon œuvre). Entrer dans une vie à ma suite est aussi impossible que se faire naître à nouveau. Laisser les points d’appui que nous nous sommes faits, renoncer au besoin de tout prévoir et se refuser à un chemin de facilité, qui peut dire qu’il est fait pour cela ? Toutefois auprès de moi ( Jésus), cet impossible devient possible. Là où je suis, souffle l’Esprit et son souffle fait vivre selon les critères du Royaume, car il apporte une nouvelle façon d’être. Qui me suit passe par un enfantement. C’est aussi douloureux qu’une naissance humaine, mais le bonheur qui en découle n’est pas moins grand. Car on participe déjà à une nouvelle création. »1

* * * *

Frères et Soeurs, la Règle de la Communauté des sœurs diaconesses de Reuilly donne le ton pour aller dans l’aujourd’hui du monde dans l’esprit de la nouvelle création. Ce sera notre envoi.

Servez le Seigneur, servez le temps présent. Soyez attentifs à ce temps.
Soyez une bénédiction pour les hommes et les femmes de ce temps.

Bénissez le Seigneur !
Bénissez les hommes et les femmes de ce temps.
Bénissez et ne maudissez pas.
Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent
et pleurez avec ceux qui pleurent.

Servez le Seigneur !
Faites le bien devant les hommes de ce temps
avec les hommes de ce temps.

Ne vous laissez pas vaincre sous le mal de ce temps
Mais surmontez le mal par le bien.
D’un esprit fervent,

servez le Seigneur. 2

1Fr. FRANCOIS, de Taizé, Suivre le Christ et se faire disciple. Réflexions bibliques, Les Presses de Taizé, 2014, p.169.
2Règle de Reuilly (d’après Romain 12), texte cité dans Soeur MYRIAM, Continuer l’Évangile. Méditations pour les dimanches et les fêtes, Éd. Olivetan, Lyon, 2008, p. 201.
Lundi de Pâques

Lundi de Pâques

« Amour confirmé, passage créé : c’est la Pâque de Jésus ! »

Retraite de Pâques autrement

Lundi de Pâques - Le Christ est ressuscité, Alléluia !

Seigneur Dieu,
qui nous fais passer de la mort à la vie dans le mystère de l Pâque,
poursuis toujours l’œuvre de ta grâce :
que l’Eglise se renouvelle dans les sacrements de l’Alliance
et que nous parvenions à la joie du Royaume
dont tu nous donnes déjà le goût sur la terre
par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Amen

Introduction à la liturgie

Le Temps Pascal – accueillir le don

Ô toi qui dors, éveille-toi ! Lève-toi d’entre les morts ! Sur toi brillera la lumière, Jésus Christ ! Alléluia !

Nous nous trouvons au terme de notre retraite. Nous avons suivi le Christ dans son passage, traversé pour nous tous. Nous avons partagé les mêmes célébrations, médité les mêmes prières, dans une communion transcendant les distances. Merci au pasteur Jean-Philippe Calame de nous avoir préparé les médiations et les homélies si riches ! Le moment est venu maintenant de se dire au-revoir en quelque sorte, en se demandant : comment continuer après ce temps fort ?

Dans l’année liturgique la fête de Pâques ouvre le temps pascal, c’est-à-dire les 40 jours nous séparant de l’Ascension, suivis du temps jusqu’à la Pentecôte. Nous cheminons ainsi de la Résurrection à l’effusion de l’Esprit.
Dans l’Evangile de St Jean ces deux événements n’en font qu’un puisque le Christ ressuscité, trouvant ses disciples enfermés dans une pièce, souffle sur eux le Saint Esprit. La liturgie de l’Eglise suit donc plutôt la tradition de l‘Evangéliste Luc, qui introduit 40 jours d’apparitions de Jésus entre sa résurrection et son ascension. Sagesse pédagogique pour nous donner le temps de méditer l’incompréhensible réalité de Pâques. Si la réaction des premiers témoins de la résurrection passait en effet par l’incrédulité et la peur, il faut reconnaître qu’il en va souvent de même pour nous. Nous avons besoin de temps pour réaliser l’impact du mystère de Pâques dans notre vie, et accueillir la manière dont la Vie nouvelle se manifeste en nous. En communauté, comme pour une Pâque prolongée, nous lisons pendant deux semaines tous les récits de la résurrection. Ainsi laissons-nous la bonne nouvelle de la Vie plus forte que la mort s’enraciner progressivement en nous. Le Christ ressuscité apparaissant quand il veut et où il veut, nous ne pouvons rien faire d’autre que nous disposer à reconnaître sa venue, à entendre la Parole qu’il nous adresse, à son heure.

Cette année beaucoup d’entre nous vivent confinés chez eux. Au fond, cette situation ne ressemble-t-elle pas un peu à celle des disciples enfermés dans leur maison le jour de Pâques, ou encore rassemblés dans la chambre haute pour prier et louer le Seigneur en attendant le St Esprit ?  Ce confinement nous donne finalement l’occasion de ne pas tout de suite replonger dans la vie quotidienne comme si rien ne s’était passé ! Nous pouvons choisir d’en faire l’occasion de relire le passage que nous venons de vivre, d’en recueillir les fruits, de laisser s’épanouir en nous ce qui nous a été donné pendant ces jours de retraite, paisiblement et librement, selon la forme qui convient à chacun. Ce peut être en se ménageant un temps régulier de recueillement, ou en méditant des textes bibliques (vous trouverez des exemples de références sur notre liste des lectures quotidiennes), ou en reprenant ses notes de retraite, ou encore en partageant avec d’autres sur ce qui a été vécu, etc.

Normalement, à la fin d’une retraite, nous vivons un partage de notre vécu. Cette année avec la retraite que nous proposons en ligne, cela ne sera guère possible. Mais si vous le souhaitez vous pouvez nous écrire pour nous dire comment vous avez vécu cette nouvelle forme de retraite à accueil@grandchamp.org. Même si nous ne pouvons pas répondre personnellement à tous les partages nous les lirons avec intérêt.

Nous vous souhaitons une bonne continuation de votre chemin avec le Ressuscité ! Qu’Il rejoigne chacun là où il est, dans la situation actuelle suscitant tant d’incertitudes. Nous restons en communion dans la prière – en attendant le jour où une rencontre face à face sera de nouveau possible !

Lundi de Pâques

7:30 Prière du matin
12:15 Prière de midi
18:30 Prière du soir

Merci !

 Le Christ est ressuscité.
Alléluia !
Il est vraiment ressuscité.
Alléluia !

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour l’Aube de Pâques, 12 avril 2020

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour l’Aube de Pâques, 12 avril 2020


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Évangile selon saint Matthieu, chapitre 28

Et voici qu’il y eut un grand tremblement de terre ;
l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus.

Aujourd’hui, l’ange qui descend du ciel vient clairement mettre fin à un confinement ! Un grand tremblement de terre, la pierre roulée ouvre le tombeau, l’ange s’assied sur la pierre comme sur un trophée.

Dans ce premier acte, Matthieu nous présente le message de Pâques en geste, en image, en mouvement. L’événement nous prend des pieds à la tête, montant des tréfonds de la terre et plongeant des hauteurs du ciel comme l’éclair. Tout cela dépasse la saisie ordinaire de la réalité.
Ce qui advient là ne saurait être cantonné dans les limites de l’intellect, aussi vrai que l’on n’intellectualise pas au moment d’un grand tremblement de terre !

Ce que l’on saisit, c’est que l’événement comporte un retentissement cosmique.
Ce que l’on comprend, c’est que l’événement touche aux fondements, ce qui conduira les humains à reconsidérer leurs fondamentaux ! De même qu’un fort tremblement de terre crée une rupture entre ce qu’il y avait avant et ce qui viendra après, la résurrection de Jésus signifie le commencement du monde nouveau.

Vient alors une prise de parole : Deuxième acte.
C’est là l’élément important, que la mise en scène préalable -telle un gigantesque coup de trompette- avait pour mission d’introduire. D’emblée ce message est revêtu d’autorité. «  L’ange (…) dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.” Voilà ce que j’avais à vous dire. »

À l’invitation de l’ange, les femmes constatent que la sépulture n’est plus qu’un tombeau vide. Grâce aux paroles de l’ange, elles recueillent la nouvelle inespérée : « Jésus le Crucifié n’est pas ici, car il est ressuscité ! ».
Alors que les femmes se hâtent d’aller informer les disciples, voici que Jésus vient à leur rencontre. Ici, le récit ne semble pas très cohérent. Les femmes savaient ce qui était attendu d’elles. Elles étaient en train de l’accomplir…
Qu’ajoute donc ce troisième acte, cette rencontre-surprise de Jésus lui-même ? Ce troisième acte est pour nous l’occasion d’apprendre que Jésus ressuscité est reconnu dans sa personne. Celui que les femmes reconnaissent est bien le même que Celui qui fut crucifié. Mais elles le reconnaissent désormais dans son identité entière : elles le saluent en tant que Seigneur.

Et puis, sur le parcours des femmes courant vers les disciples, la présence de Jésus ressuscité peut aussi avoir valeur de symbole. Pour nous annoncer que désormais c’est en passant par lui , Jésus Vivant, que l’on va à la réalité ! C’est en le sachant participant que l’on aborde dans son  entier chaque moment présent.

Jésus est ressuscité ! Et donc, à partir de ce moment, c’est en son Nom que ses amis iront au contact de la vie, en particulier au contact de ceux que lui-même appelles désormais « ses frères »…. Que signifie aller dans le monde, aller dans le quotidien en son Nom?

Un quatrième acte nous l’annonce. Observons la manière très étrange avec laquelle Jésus ressuscité a ouvert le temps qui nous concerne encore aujourd’hui, le temps que nous vivons maintenant et jusqu’à son retour.
Au moment même où Jésus ressuscité mettait fin à la période de ses apparitions, il a affirmé à ses disciples : « Quant à moi, je suis avec vous tous les jours » ! Il part, et il affirme sa présence. Serait-ce comme l’infirmière qui quitte la chambre en disant : « Je reviens ! » ?

C’est plutôt que Jésus demande à ses disciples d’enseigner, et que de cet enseignement il sera lui-même le contenu et le constant soutien. Cet enseignement n’est autre que celui d’une vie en alliance avec Dieu.
Une possibilité s’ouvre à chacun : le choix de poursuivre dès maintenant l’existence humaine en adhérant à la manière dont Jésus a accompli la volonté de Dieu, en particulier envers les plus humbles et les plus oubliés.
L’enseignement confié aux disciples a pour effet de donner place, dans la trame compliquée des relations humaines, à un espace qui appartient à Dieu, celui d’une communion avec Lui et entre tous.
L’enseignement confié aux disciples a pour effet d’accueillir, au sein même de l’histoire qui se poursuit, un temps qui appartient à Dieu, celui où est mise en pratique sa miséricorde.

« Faites des disciples toutes les nations : … enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ».
Observer les commandements de Jésus signifie désirer connaître la totalité de sa Personne et de sa façon d’habiter l’existence. Connaître Jésus donne faim et soif de le rejoindre parce qu’il est Celui qui rend humaine l’existence.

« Quant à moi, je suis avec vous tous les jours » ! Oui, par l’enseignement confié aux disciples, Jésus maintient ouverte la brèche qu’il a pratiquée.

Mais, frères et sœurs, … peut-on vraiment dire que, par la résurrection de Jésus, quelque chose est entré dans le monde, qui est capable à terme de le modifier de fond en comble ?

Permettez-moi une analogie. Pour nous qui en sommes témoins, la résurrection de Jésus nous place devant un choix comparable à celui qui se posera quand prendra fin la période de confinement que nous connaissons. Le choix sera : voulons-nous garder tel ou tel enseignement de ces événements ? Voulons-nous au contraire fermer au plus vite la parenthèse et poursuivre la vie de la même manière qu’avant ?

Dans la situation douloureuse générée par la pandémie, sur le versant positif nous sommes reconnaissants des diverses formes créatives que revêt rapidement l’entraide, la solidarité, le soutien. Un rapport différent s’établit entre jeunes et aînés. Des élèves découvrent dans la personne de leurs enseignants des adultes à leurs côtés, capables de se remettre eux-mêmes à l’école pour trouver de nouveaux moyens, afin de les aider.
Il est heureux aussi d’entendre, dans la bouche de telle femme ou de tel homme politiques, une exhortation à construire ensemble, qui s’appuie sur la responsabilité de chacune, de chacun, une affirmation claire qu’il s’agit de donner la priorité à la vie elle-même, de porter une attention première à ceux qui sont fragiles, parce que le but est d’aller vers l’avenir ensemble. Il a même été répété que nous devons apprendre à vivre jour après jour, pour discerner le moment et la manière d’agir.
Ce versant positif, ces priorités déclarées et mises en actes quel sera leur avenir ?

Pâques annonce et offre la fin d’un confinement fondamental : celui d’un monde individuel ou collectif clos sur lui-même, qui agit tantôt comme s’il était orphelin, tantôt avec autosuffisance et prétention, s’autogérant suivant des règles du jeu qui répandent comme une pandémie injustices, déséquilibres et désolation.
L’apôtre Paul a mis beaucoup d’énergie à exhorter les chrétiens à ne pas reprendre la vie d’avant, à ne pas poursuivre leur existence comme si la vie terrestre de Jésus n’avait été qu’une parenthèse.
La Pâque de Jésus change notre statut. Notre vie dit ou dira si nous assimilons l’espérance qui a été déployée pour tous, ou si nous nous comportons en ennemis de la croix ; si nous accueillons la grâce et vivons avec le Ressuscité ou si notre confiance repose sur des appuis illusoires.

Le pire pour l’humanité serait qu’elle se croie ou qu’elle se maintienne « confinée, à l’écart de Dieu ».

Ayez donc de l’empressement. Vite, allez dire : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts ». Dans les détresses comme dans les plus hautes joies, soyez contagieux de la vie qui n’a pas de fin !

Heureuse et sainte Fête de Pâques !

Dimanche de Pâques

Dimanche de Pâques


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« Amour confirmé, passage créé : c’est la Pâque de Jésus ! »

Retraite de Pâques autrement

Dimanche de Pâques - Le Christ est ressuscité, Alléluia !

Seigneur Dieu,
tu fais resplendir cette nuit de fête
par la gloire de la résurrection du Christ ;
ravive en ton Eglise le souffle de l’Esprit
que nous recevons au baptême :
ainsi renouvelés dans notre corps et dans notre âme,
nous serons tout entiers à ton service,
dans l’attente de la Pâques éternelle.
Amen

Introduction à la liturgie

Aube de Pâques

Le Christ est ressuscité, alléluia ! Il est vraiment ressuscité, alléluia !

Cri de joie surgissant après une longue nuit ! Maintenant vient à la lumière ce qui se préparait dans les profondeurs, loin des regards, du temps déjà de notre détresse et de notre désespoir. Secret se déployant, non pas au plein éclat de la lumière de midi, mais à l’aube, au rythme du soleil levant.

La célébration est ample, pleine de sens, de symboles ; elle nous conduit de la nuit à la lumière, de l’histoire lointaine à notre aujourd’hui. Tissée d’éléments tirés de différentes traditions, elle nous permet d’approcher, avec notre note propre, de ce mystère qui est au cœur de la foi chrétienne.

Nous nous retrouvons dans l’obscurité, à 5h30, rassemblés autour du feu pascal, symbolisant la lumière du Christ ressuscité brillant au cœur de nos nuits. La flamme du cierge pascal, transmise à nos petites bougies, se répand progressivement à toute l’assemblée en procession, illuminant bientôt de son éclat naturel la chapelle plongée dans l’obscurité.

« Le Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité ! Il a vaincu la mort et Il nous donne la Vie !» Nous chantons ce mystère, encore et encore, en de multiples langues et mélodies de divers pays. Communion universelle en ce temps où les célébrations sont impossibles en bien des régions de notre planète. Communion aussi avec nos frères et sœurs orthodoxes qui entrent dans leur semaine sainte.

Ensuite 4 lectures nous préparent à entendre l’Evangile de la Résurrection :

  1. La création du monde : harmonie originelle, perdue mais restaurée dans la Résurrection du Christ.
  2. Abraham et Isaak : Sacrifice interrompu par Dieu qui ne veut pas de sacrifice humain.
  3. La traversée de la Mer Rouge par le peuple d’Israël : récit symbolique de délivrance où se dévoile l’œuvre de salut du Dieu libérateur. Nous sommes ainsi reliés à la tradition juive, qui est aux racines de la nôtre.
  4. La prophétie d’Ezéchiel dit le désir de Dieu de conclure avec nous une nouvelle alliance où le cœur et l’esprit humains soient en parfaite harmonie avec Sa volonté d’amour.

Suit un rappel de notre baptême, par lequel nous sommes plongés dans la mort et la résurrection du Christ. En une confession de foi commune, nous proclamons notre espérance dans le Dieu trinitaire, libérateur et vivant. Nous nous engageons ensemble à entrer dans le mouvement baptismal : quitter ce qui mène à la mort et nous ouvrir à la Vie. Afin de nous unir ensemble dans un même engagement, nous invitons chacun, chez soi, à répondre en même temps que nous aux questions (cf. texte joint).

Le chant « À toi la Gloire » et le « Gloria » ouvrent la dernière partie de cette célébration, soit la liturgie préparant normalement à l’Eucharistie : nous allumons les lampes pour lire l’épître aux Colossiens (qui nous rappelle notre enracinement dans le Christ ressuscité), et l’Evangile de la résurrection est proclamé en plusieurs langues. Après l’homélie du pasteur Jean-Philippe Calame,  nous prions les uns pour les autres dans un moment d’action de grâce et intercession libre. Ensuite, dans une procession d’offrande, nous apportons la patène et la coupe vides comme symboles de l’Eucharistie où le Christ ressuscité se donne à nous. Puisque nous sommes empêchés de la vivre cette année, accueillons cette absence douloureuse dans la joie de la plénitude pascale, comme une absence qui creuse notre désir, dans l’attente de ce jour où la communion sera à nouveau possible. Silencieusement nous offrons ce réel à Dieu dans un moment musical.

Dans d’autres années nous apportons aussi au moment de la procession d’offrande une collecte, signe de partage de la joie pascale. Cette année nous soutenons le projet Aide pour les réfugiés en Grèce de Caritas. Si vous aimeriez vous joindre vous trouverez plus de détails ici.

Enfin la bénédiction et des chants de la résurrection closent notre célébration.

Vous trouverez certainement le moyen de marquer ensuite chez vous la joie pascale de cette journée particulière. La communauté quant à elle, se rassemble autour d’un petit déjeuner festif – qu’en temps normal nous partageons avec vous ! Et les sœurs portent toute la journée leur robe blanche – signe de la résurrection et de la Vie nouvelle.

A vous tous – Joyeuse fête de Pâques !

Profession de foi baptismale

Prieure : C’est la Pâques aujourd’hui et la Résurrection de Jésus
nous annonce l’espérance des temps nouveaux.
Les pierres peuvent se déplacer,
les tombeaux peuvent s’ouvrir pour toujours,
les larmes peuvent être surmontées,
les peurs ne sont pas éternelles,
la joie vient pour ceux qui sont tristes,
la paix touche les cœurs abattus.

Proclamons notre foi au Dieu vivant et vrai, Père, fils et Saint Esprit,
la foi de notre baptême.
Nous célébrons Dieu notre Père
qui nous aime comme Il aime son Fils Jésus-Christ.
Il confie entre nos mains le monde qu’Il a créé par Amour.

Tous : Je crois, Seigneur, tu es source de Vie.

Prieure : Nous célébrons Jésus le Christ, notre Seigneur,
né de Marie en notre condition humaine,
mort et Ressuscité pour nous faire partager sa Vie.
Toujours vivant parmi nous Il nous donne l’assurance
que sa Lumière est plus puissante que toute nuit,
que la vie triomphe de la mort.

Tous : Je crois, Seigneur ; Tu es source de Vie

Prieure : Nous célébrons l’Esprit de Sainteté.
Il nous ouvre à la communion
avec le Père et le Fils et les uns avec les autres ;
Il nous rassemble en Eglise et répand sur elle tous ses dons.
Il nous envoie dans le monde comme témoins de l’Amour et de la Vie,
comme artisans de justice et de paix.

Tous : Je crois, Seigneur ; Tu es source de Vie.

Prieure : Nous attendons le jour où Dieu sera tout en tous, jour de la Lumière sans déclin et du festin du royaume pour tous les peuples.

Tous : Je crois, Seigneur, tu es source de Vie.

Prieure : Ainsi donc :
Voulez vous quitter tout ce qui conduit à la mort et
choisir la VIE nouvelle en Jésus-Christ,
vous engager à vivre comme les enfants bien-aimés du Père,
comme disciples à la suite de Jésus mort et ressuscité,
dans le souffle de l’Esprit vivifiant
qui fait de nous des membres d’un même corps, l’Eglise ?

Tous : Oui, avec la grâce de Dieu

Dimanche de Pâques

5h30 Célébration pascale
12:15 Prière de midi
18:30 Prière du soir
20:30 Complies

Message par le pasteur Jean-Philippe Calame

Une joie à laquelle on peut se fier.

 La joie de Pâques est fiable, parce qu’elle n’a rien de superficiel. La Bonne nouvelle de Pâques est solide parce qu’elle ne passe pas par-dessus les abîmes qu’éprouvent tant d’êtres humains. La joie de Pâques ne survole pas le monde, mais elle naît progressivement au contact du Ressuscité qui d’abord a apporté sa présence et la compassion de Dieu jusque dans les enfers.

La résurrection est une réalité qui part du bas vers le haut. C’est une œuvre qui a été attestée premièrement sous la terre, elle n’a rien écarté ni rien survolé de tout ce qui pouvait la démentir. C’est ce qui la rend fiable à l’heure, au temps, où patiemment mais sûrement elle s’en va de proche en proche dans le dessein de tout remplir.

Parmi ceux à qui Jésus atteste en premier qu’il est ressuscité se trouvent deux hommes sans espérance, aux yeux desquels tout semble terminé. En chemin vers le village d’Emmaüs ils sont effondrés. Pendant des mois, ils ont tout misé sur Jésus, en qui ils ont reconnu le Messie. Mais son arrestation, sa crucifixion et sa mort ont eu raison de toute leur espérance. Et à la tristesse profonde d’avoir perdu brutalement un ami s’ajoute leur désarroi de ne plus avoir de maître: l’ensemble des repères qu’ils ont reçus de lui n’ont plus cours.
Ne doivent-ils pas se résoudre au constat que tout compte fait ils se sont trompés à son sujet, le prenant pour ce qu’il n’était pas? C’est une souffrance inexprimable, une souffrance spirituelle, la perte radicale de leur foi : le doute les tenaille, l’impression de s’être mépris au sujet de Jésus remet en cause l’ensemble de leur vie. La perte du sens est totale pour eux et, on le sait, il n’y a pas pire souffrance que cette douleur brute : la souffrance à laquelle on ne peut donner aucune signification. Voilà donc quel genre d’ hommes on trouve parmi les premiers témoins de la Résurrection. Voilà sur quel terrain et dans quelle situation peut avoir lieu la rencontre du Ressuscité.

On apprend ainsi que la Résurrection de Jésus peut être reconnue comme événement fiable par tout être humain, et quelle que soit la situation. Contrairement à l’idée que l’on a parfois, Dieu n’attend pas que nous ayons rempli certaines conditions pour s’intéresser à nous. Jusque dans ses dernières pages l’Évangile montre que le Seigneur s’approche de femmes et d’hommes qui se sentent éloignés, voire séparés de Dieu. Comme l’arc-en-ciel de la Nouvelle Alliance, Jésus ressuscité apparaît à des être humains qui ont tourné le dos à la lumière, tourné le dos à l’espérance, parce qu’ils ne comprennent plus rien.

«De quoi discutez-vous en chemin?» Ici, la question de Jésus Ressuscité rappelle la question posée par Dieu à Adam : «Où es-tu ?»
Le fond de la question de Jésus aux deux disciples est : «Où en êtes-vous ?»
Sans faire violence, mais avec une extrême détermination car l’enjeu est de leur faire reprendre vie, Jésus s’emploie à tirer ces deux disciples de leur tristesse de mort. Et c’est pourquoi ses paroles se font rudes : « Hommes, sans intelligence, cœurs lents à faire confiance, lents à croire…». Ici résonne toute la fermeté du vrai amour, la voix qui rappelle à l’homme sa capacité à répondre. La parole qui lui est adressée le remet devant la liberté qui est la sienne de quitter toute forme de léthargie.  

Un temps s’écoule encore, et un peu plus loin sur le chemin, ce sont les deux marcheurs qui eux-mêmes demandent à Jésus :« Reste avec nous! »
Ils n’ont pas peur de celui qui marche avec eux et avec qui ils viennent de converser. Ils n’ont plus peur… de Dieu.

On mesure alors la guérison fondamentale apportée aux humains !
La disparition de la peur est un fruit de la mort et de la résurrection de Jésus. Le salut accompli par Jésus a rétabli l’alliance entre Dieu et les hommes, en sorte que la situation illustrée par le récit de la Genèse est renversée :
« Soudain, ils entendirent les pas du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du soir. L’homme et la femme se cachèrent du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit: “Où es-tu?” Il répondit: “J’ai entendu tes pas dans le jardin et j’ai eu peur…”».

Au contraire, à la fin de ce grand jour de Pâques, la peur envers Dieu a disparu. L’homme ne se cache plus, mais demande expressément au Seigneur: « Reste avec nous! »
On le voit, l’ annonce de la vraie joie, la formidable annonce de la Résurrection, Jésus nous y conduit avec force et douceur. Force, qui est celle de la résurrection, portée par l’incomparable élan du Berger qui a retrouvé sa brebis. Mais aussi douceur, car la force de cette joie, la force de la Résurrection n’empêche pas Jésus de respecter le rythme de chaque créature. Et cet exemple que Jésus donne, ressuscité, prenant le temps en chemin de s’adapter au rythme de ceux auxquels il s’adresse, doit permettre aux témoins que nous sommes d’être patients à notre tour pour annoncer la bonne nouvelle, comme il convient toujours lorsqu’on approche une brebis blessée. La joie de Pâques est la plus haute joie, et la plus sûre. Mais elle n’éclate pas sans un patient labeur que Dieu conduit dans le cœur humain. 

Ici à Grandchamp, on aime partager que la joie donnée par Dieu se présente à la porte du cœur comme le chant des oiseaux à l’aube… Avec une conviction qui porte à la louange, à l’ouverture. Avec une force qui ne dépend pas de la pluie, ni du vent, ni du froid ni du soleil.
La parole du Ressuscité, la voix du bon Berger s’élance pour rejoindre le cœur de chacun-e, sans exception, parole aussi claire et joyeuse – et aussi humble- que le chant de l’oiseau à l’aube :  

« Eveille-toi, allons vers la lumière :
car tu es en moi et moi en toi,
nous sommes une seule personne indivisible ! »
Mes brebis , rien ne peut les arracher de ma main. 

Aujourd’hui la bénédiction de Dieu [s’en va] aux quatre coins de la terre 

Aujourd’hui nous pouvons nous exposer à la lumière de Dieu :
« Il est avec nous tous les jours. »

Aujourd’hui nous pouvons exposer au grand soleil de Dieu
les temps qui sont mauvais. Il est avec nous « jusqu’à la fin des temps ».

Offrons-Lui avec confiance œuvres et peines, souffrances et créations,
comme à un ami. 1

 

Se promener et converser avec Dieu, à qui Jésus nous présente.
Sous le regard du Père et à la voix de l’Unique Berger,
tout rejoindre, tout visiter, tout remettre à la brise de l’Esprit.

 Dociles à son souffle, adhérant à la force du Fils aîné,
être de la nouvelle Genèse,
accueillir humblement ce qui fait la Joie de Dieu
et s’y tenir avec Lui. 

Aller au quotidien en sachant
que la durée de ce temps nouveau
est au couvert de la bénédiction du Père 
qui a pour Nom Jésus-Christ ressuscité
en qui, par l’Esprit,
Dieu déploie désormais son « Amen »
à l’Alliance accomplie
pour les siècles des siècles.

1Soeur MYRIAM, Continuer l’Évangile. Méditations pour les dimanches et les fêtes, Éd. Olivetan, Lyon, 2008, p. 67.

Samedi saint

Samedi saint

« Amour confirmé, passage créé : c’est la Pâque de Jésus ! »

Retraite de Pâques autrement

Samedi saint

Dieu de miséricorde
qui veux que nous soyons baptisés en la mort de ton Fils, notre Sauveur,
donne-nous une vraie repentance,
afin qu’en passant avec lui par les portes du tombeau et de la mort,
nous renaissions dans la joie à une vie nouvelle,
par celui qui est mort,
qui a été enseveli et qui est ressuscité pour nous,
Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Amen

Introduction à la liturgie

Samedi Saint – Le grand Shabbat

Samedi – jour entre vendredi saint et Pâques, où apparemment rien ne se passe. Jour d’absence, d’attente, de préparation. Pour donner à la liturgie une tonalité de sobriété et de silence, nous récitons les psaumes. Les lectures sont pleines d’une symbolique en résonance avec le sens profond de cette journée :

  • Daniel jeté dans la fosse aux lions est depuis toujours une préfiguration de la mort du Christ : souffrance de l’innocent qui est libéré d’un lieu sans issue.
  • Jonas plongé, dans les entrailles de son poisson, au profond de la mer, figure traditionnellement aussi la mort et la résurrection du Christ (Évangile du matin).
  • La 1ère Épître de Pierre souligne la pointe de cette journée, figurant aussi dans le symbole des Apôtres : la descente du Christ aux enfers.
    L’œuvre de libération commence dans la prison. Occasion de faire mémoire de nos proches décédés, de les tenir dans la présence du Christ. La prière de midi offre un espace pour les nommer.
    Invitation aussi à accueillir le Christ dans nos profondeurs, dans nos enfermements, pour nous laisser entraîner avec Lui vers la vie. La méditation de Sr Olga sur l’icône de la descente aux enfers, icône centrale de notre célébration pascale, éclaire bien cet aspect.
  • Dans l’Évangile lu à la prière de 10 heures, les femmes préparent les aromates et parfums destinés à Jésus.
  • A midi nous faisons mémoire de notre baptême, par lequel nous avons été plongés dans la mort du Christ pour ressusciter avec lui. Les premiers chrétiens baptisaient d’ailleurs les nouveaux croyants dans la nuit de Pâques, une tradition pleine de sens.
  • Les Psaumes de ce jour ont déjà une tonalité pascale : on y retrouve les images du sommeil protégé, de la libération, de la vie nouvelle.
  • A la fin des grandes complies nous recevons une bénédiction nous préparant au passage vers Pâques avec la force et la douceur de l’Esprit Saint.

C’est toi, Père, qui veillais sur le corps de ton Fils Jésus, en toi sa chair reposait en sûreté. Ouvre à l’espérance le cœur de toute personne, prépare-nous à célébrer la Résurrection du Christ, à laisser vivre en nous la nouveauté de vie qu’Il nous offre, à recevoir au jour que tu auras choisi, la gloire d’une résurrection semblable, car Il règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen

A partir de 17h samedi vous trouverez l’introduction à la liturgie de l’aube de Pâques.

Samedi saint

7:15 Prière du matin
10:00 Tierce
12:00 Sexte
19:30 Grandes complies

Message par le pasteur Jean-Philippe Calame

La face cachée de la Pâque

Ouvrons le temps du samedi saint par l’accueil d’une homélie ancienne

« Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre, grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler. (…) 1

C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Oui, c’est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs. (…)
Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria à l’adresse de tous les autres : “Mon Seigneur avec nous tous !” Et le Christ répondit à Adam : “Et avec ton esprit“. Il le prend par la main et le relève en disant : ” Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.
“C’est moi ton Dieu, qui, pour toi, suis devenu ton fils , c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez ! A ceux qui sont dans les ténèbres : Soyez illuminés ! A ceux qui sont endormis : Relevez-vous !
“Je te l’ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible.
“C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ; c’est pour toi que moi, le Maître, j’ai pris ta forme d’esclave ; c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre et au-dessous de la terre ; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi , qui es sorti du jardin, que j’ai été livré (…).

“Vois les crachats sur mon visage ; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.

“Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois. (…)

“Lève-toi, partons d’ici. L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi. J’ai posté les chérubins pour qu’ils te gardent, comme un serviteur ; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu. (…)
“Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité.”

* * * *

Le samedi saint apporte sa propre clarté sur la mort de Jésus. Nous tenons de l’apôtre Pierre que le chemin de vendredi saint s’est poursuivi par une œuvre invisible, par une annonciation : Jésus ressuscité a visité le séjour des morts pour y annoncer le relèvement de l’humanité. Ainsi, nous le croyons, la résurrection de Jésus opère un changement à la racine.

Comme l’exprime Frère John, de Taizé, dans un très beau livre intitulé Terre de Passage. Le samedi saint et la redécouverte de l’au-delà 2, ce jour particulier offre le chaînon indispensable qui équilibre vendredi saint et Pâques.
Samedi saint, ce « jour blanc », en quelque sorte, un peu oublié de la liturgie et de la piété, est indispensable pour rendre créatrice la tension que chacun ressent entre vendredi saint et Pâques. Il y a tension parce que vendredi saint est toujours menacé de rester coincé dans la souffrance, voire même de pencher vers le dolorisme, tandis que le matin de Pâques est toujours menacé de nourrir une joie triomphale peu ancrée dans le terreau quotidien. Or c’est là, dans le quotidien, que l’humanité nous attend pour juger de la solidité de notre espérance !
Le samedi saint établit le lien entre le don de Jésus et sa victoire, entre l’offrande et le fruit, entre le cri et l’exaucement. Jour de transition, samedi saint représente l’étape où le fondamental advient sans manifestation visible, où ce qui a été accompli sur la croix va porter son fruit d’assainissement jusqu’aux racines du mal, et porter la victoire de l’amour jusque dans les fondements du créé.

Avant toute apparition à ses disciples, Jésus Ressuscité s’en va donc « … proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité ». 1 Pierre 3, 19. Comme toujours lorsqu’il s’agit de Jésus, cet événement qui a une portée cosmique peut également être considéré dans sa dimension individuelle, comme une rencontre de Personne à personne où le Ressuscité atteste la victoire de son combat et en apporte le fruit.
Sur cette œuvre invisible, frère Roger aimait fonder un aspect important de notre confiance. Souvent il rappelait que nous pouvons remettre à la présence et à la bonté de Jésus Ressuscité les profondeurs chaotiques de notre être. Dieu sait les tensions, les angoisses, les mouvements qui agitent notre psychisme et notre personne, et sur lesquels il nous semble avoir si peu de prise. Or « Dieu n’est pas un tourmenteur de la conscience humaine »3. que dans les zones mouvantes et parfois bouleversées de nous-même, le Ressuscité vient offrir sa présence et conduire une œuvre d’apaisement. La descente de Jésus au séjour des morts nous ouvre aussi la perspective que des forces non encore maîtrisées et chaotiques en nous peuvent devenir, avec l’aide du Christ, forces positives, créatrices, capables de soutenir notre croissance vers l’épanouissement de notre vraie humanité.

Dans l’accompagnement spirituel, on est souvent témoin que Jésus Ressuscité rejoint, dans l’enfer de leurs souffrances, celles et ceux qui ont connu des blessures profondes dans leur parcours de vie. Comme le proclame joyeusement une hymne pascale, Jésus refait le chemin de sa Pâque avec chacun en particulier.

Il s’est levé d’entre les morts,
Le Fils de Dieu, notre frère,
Il s’est levé, libre et vainqueur,
Il a saisi notre destin
Au cœur du sien,
Pour le remplir de sa lumière.

Sur lui dans l’ombre sont passées
Les grandes eaux baptismales
De la douleur et de la mort,
Et maintenant, du plus profond
De sa Passion,
Monte sur nous l’aube pascale.

L’histoire unique est achevée :
Premier enfant du Royaume,
Christ est vivant auprès de Dieu ;
Mais son exode humble et caché,
Le Fils aîné
Le recommence pour chaque homme. 4 s. M.-P.

Dans cette ligne, en ce jour, deux images se répondent : l’icône de Jésus Bon Samaritain et l’icône de la Résurrection évoquant la visite victorieuse de Jésus aux enfers. À chaque fois, on observe le même mouvement : le Seigneur se penche pour relever l’être humain blessé sur le chemin de la vie terrestre, ou vers Adam et Eve pour les rappeler du séjour des morts.
Il y a donc ces heures, il y a ces instants dans nos vies où, alors que nous sommes aux prises avec une réalité angoissante ou douloureuse, nous réalisons que le Christ est proche, et que nous pouvons, comme Adam et Eve au séjour des morts, saisir la main que Jésus nous tend. Il y a ces heures, il y a ces instants où Jésus nous dit à nous en particulier : « Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image ; je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible ».
Il s’agit alors, pour notre part, de privilégier cette voix du Ressuscité par rapport à toute autre voix. Il s’agit d’accueillir son appel à la vie, de faire acte de liberté et de nous lever pour avancer avec lui dans l’aujourd’hui de son règne!

Le jour de samedi saint pourrait bien servir d’emblème ou de symbole du temps que nous vivons, le temps qui dure après la résurrection de Jésus. Car au jour de samedi saint, la victoire n’est pas attestée par un défilé triomphal mais agit au contraire comme un ferment invisible au cœur de l’histoire.
Et c’est bien avec ce statut de levain caché que les témoins du Ressuscité poursuivent leur parcours et tentent de donner corps à la formidable espérance qui les habite.

La réalité nouvelle que les chrétiens cherchent à faire connaître tout en s’appliquant à y adhérer représente une force invisible dont beaucoup ne remarquent pas les effets !
Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité mais pour l’heure cette réalité travaille une histoire à ce point chaotique que le croyant poursuit le plus souvent son chemin dans le brouillard.

Être témoin de la résurrection ne consiste pas à brandir une lumière d’emblée évidente, mais à se laisser saisir par une nouveauté qui change progressivement le regard, permettant de suivre sur une mer agitée le cap indiqué par l’amour de Dieu, l’amour tel que Jésus l’a montré et porté à son accomplissement.

Après avoir assisté à l’annonciation de la Résurrection au séjour des morts, notre situation n’est pas sans analogie avec celle de Marie au lendemain de l’annonciation à Nazareth. Après la visite de l’ange, quelle tonalité reçoit l’existence de Marie  ? Extérieurement, rien n’a changé.
Marie se rend en hâte auprès d’Elisabeth. En chemin, elle croise certainement des patrouilles de la force romaine d’occupation. Mais ce rappel constant de tous les dangers et des terreurs de la guerre ne parviennent pas à réduire sa joie de porter en elle le Fils de Dieu !
L’espérance et la JOIE de Marie se déplaçant en hâte vers les montagnes de Judée pour rejoindre Elisabeth, n’est-ce pas le paradigme de notre situation de croyant, portant en notre cœur la Nouvelle et les prémisses de la Résurrection ?

« Il y a trois sortes d’êtres humains, observait un psychologue : les hommes, les femmes, et les femmes enceintes ! ». Oui, parce que ces dernières ont une perception très singulière de la réalité, en raison de l’événement qu’elles vivent. Les circonstances extérieures ne parviennent jamais à prendre le pas sur le fait qu’une vie nouvelle grandit en elles, une vie qu’elles portent et conduisent jusqu’au jour.
Le croyant, témoin de la résurrection, n’est-il pas aussi un troisième type de personne, à cause du regard différent qu’il porte sur le monde, du fait que lui aussi, comme la femme enceinte, est «en espérance » ?

« Comment Marie a-t-elle vécu le samedi saint ? » Accueillir cette question nous reporte au seuil de l’Évangile, qui souligne l’humble et solide ressource de Marie. Face à l’écart ahurissant entre ce qui était dit de l’enfant Jésus et les conditions précaires et cachées de sa naissance, l’attitude de Marie était de «tenir en mémoire tous ces événements pour les reprendre avec le cœur ».

En ce jour de samedi saint, au coeur du bouleversement causé par la crucifixion de Jésus, Marie a certainement vécu la reprise en son cœur des événements de la Passion à la lueur de la prophétie douloureuse que le vieux Syméon avait inclue dans sa bénédiction : « Un glaive te transpercera l’âme » ; à la lueur aussi des ultimes paroles de Jésus : « Père, pardonne-leur… ».

Marie vit probablement la traversée du samedi saint avec la ténacité humble et entièrement dépouillée de l’espérance en situation extrême : tenir présent ce qu’elle avait saisi du dessein de Dieu ; laisser résonner encore -et ne pas repousser à l’heure des ténèbres- la salutation par laquelle Dieu l’avait déclarée comblée de grâce et choisie pour enfanter le Sauveur qui serait pour la multitude le sujet d’une grande joie.

L’Évangile ne nous dit rien du parcours de Marie dans la durée du samedi saint, et cela nous évite de figer en sa personne ce qui doit devenir le mouvement de l’Église tout entière. Dans les obscurités de l’histoire, il s’agit pour nous aussi de retenir les événements rapportés par l’Évangile, et d’y chercher la Lumière véritable. Pour nous aussi, il s’agit de laisser résonner – et aux heures extrêmes de ne pas repousser – la prière et le choix d’ultime confiance de Jésus : « Père, … quelque doive en être le chemin, que ta volonté de salut s’accomplisse. »

Nous sommes en ce moment en situation de tempête. Pour tous, il est exigeant de garder le cap, et de consentir à vivre bientôt les exigences d’une importante, probablement capitale transition, car nous ne reviendrons pas à la situation d’avant les bouleversements générés par l’actuelle pandémie.
Un psaume habite nos mémoires, le psaume 23 que nous sommes si nombreux à connaître par coeur.
Il vaut la peine d’écouter comment il résonne en sachant quel chemin et quel ravin de mort Jésus a suivi en sa Pâque.

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi face à mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

« Le Seigneur est mon Berger, le Seigneur est notre Berger… » La descente de Jésus au séjour des morts nous assure qu’ au plus fort de l’angoisse, au bord des ravins où l’on risque la mort, le Berger fiable se tient présent pour toute l’humanité. Dès lors, nous le savons : en chaque transition nécessaire qui puisse survenir dans l’histoire du monde, les disciples de Jésus Crucifié et ressuscité, ainsi que les êtres de bonne volonté, peuvent se référer à la vérité du secours offert par le bon Berger et s’appuyer sur la force de la victoire déjà remportée par Dieu pour qu’advienne la vie véritable.
Nous en reparlerons demain, dans la lumière de la résurrection.

 

1Homélie pour le samedi saint, attribuée à Épiphane de Salamine (5è s.?). PG 43 – 440,452,461-464, cité dans Livre des jours – office romain des lectures, DDB, Paris, 1977, pp.326-328
2Fr. JOHN, de Taizé, Terre de passage. Le samedi saint et la redécouverte de l’au-delà, Les Presses de Taizé, 2017.
3Fr. Roger l’a souvent répété.
4Guetteur de l’Aube. Hymnes, tropaires, poèmes par un groupe de moines et de moniales, Commission Francophone Cistercienne, Desclée, Paris, 1976, p. 61.

Méditation de soeur Olga

L'icône de la Descente aux Enfers de s. Sylvie

C’est avant même l’éclatante nuit de Pâques, au plus profond de la tombe où il nous est donné d’entrevoir par avance la victoire sur la mort, la Descente aux Enfers.

La pleine lecture de cette icône est possible uniquement à travers un symbolisme puissant… dans le sens d’une ouverture de l’Esprit et du cœur au sens caché inépuisable. Oui, c’est l’apôtre Pierre qui nous en parle dans les Actes 2, 14-38 et dans son épître (1 Pi 3, 18ss) que le Christ ressuscité est allé même prêcher l’Évangile aux enfers. Cette icône est l’une des deux grandes icônes de Pâques, et elle nous invite au oui dans le passage de la mort à la vie.

La descente aux enfers du Christ est vraiment le plus profond abaissement de son chemin sur la terre… et nous ne sommes désormais plus jamais seuls.

A l’inverse de la crucifixion du Christ, sa résurrection échappe aux regards. Personne n’a vu sortir le Christ du tombeau. Sur ce mystère, il y a le silence. Les récits des Évangiles n’en parlent pas et l’iconographie orientale suit ce silence.

L’autre grande icône de Pâques est le tombeau vide ou le Matin de Pâques. L’ange de Dieu (pas n’importe quel ange) le dit clairement : il n’est pas ici. Pourquoi cherchez-vous Celui qui vit parmi les morts ?

Au jour du samedi saint, le Christ, la chair, son corps repose dans le tombeau pour ressusciter le troisième jour. Mais son âme est aux enfers et, pour l’enfer, c’est déjà Pâques. Sa puissance dissipe les ténèbres au cœur du royaume de la mort. Les vêpres nous disent :

« En ce jour, l’enfer s’écrie en gémissant : mon pouvoir est aboli. J’ai reçu un mortel semblable à tous les morts, mais je ne puis le retenir. Il me dépouille de tous mes sujets, il ressuscite ceux que depuis des siècles je tenais captif … »

C’est un très grand mystère que même dans la séparation de l’âme et du corps, le Christ est vrai Dieu, vrai homme : iI est Dieu.

Dans notre icône, nous voyons le Christ debout de face sur les portes ouvertes de l’enfer : ouvertes pour toujours. Deux clefs, symboles en quelque sorte, sous les portes, pour ne jamais l’oublier.

Le Christ est en or. Il est Seigneur, mais son seul pouvoir est l’amour crucifié et la puissance invisible de la croix. Son visage – comme immobilisé par l’infini de sa tendresse. Deux témoins en haut – deux anges silencieusement présents, portant comme témoins la croix et la coupe.

Ici, j’aimerais laisser parler un peu le Christ lui-même, à partir d’un texte très ancien : St. Meliton de Sardes (2ème siècle) :

« J’ai libéré les condamnés, j’ai donné la vie aux morts. J’ai réveillé ceux/celles qui étaient enterrés. J’ai vaincu la mort.
Je suis descendu aux enfers où j’ai lié le fort, élevant les êtres humains jusqu’au ciel. J’ai ouvert les portes, j’ai brisé les verrous de fer, plus rien n’a été fermé. Je suis la porte pour tous les êtres – je n’abandonne personne. L’enfer m’a vu et il a été vaincu. La mort m’a laissé partir et beaucoup avec moi. J’ai été pour elle fiel et vinaigre. »

Toi, mon Dieu, tu es descendu infiniment plus profondément que tous les enfers humains. Tu as ouvert ses portes pour toujours. Puis-je comprendre ? Loué sois-tu.

Le Christ arrache Adam et Eve de leurs tombeaux, et ce face à face avec le Ressuscité est aussi la rencontre de tout être humain avec son Seigneur.

Oui, tu viens à ma rencontre.
Tu m’offres ta joie et ta paix. Tu veux me refaire totalement, là où je suis – avec ce que je suis.
Même si je t’oublie, toi tu ne m’oublieras jamais. Tu ne pourrais pas m’oublier. C’est toi qui m’a créé – je suis précieux à tes yeux.
Tu me tends la main – tu nous tends la main hier, aujourd’hui et demain.
« Hier avec toi, ô Christ, j’étais enseveli » nous chante la liturgie, avec toi je me réveille aujourd’hui prenant part à ta résurrection.
Après les souffrances de ta crucifixion, accorde-moi de partager, Seigneur, la gloire du royaume.

Le Christ est entouré d’une grande mandorle de lumières. Des rayons sortent de lui – c’est la lumière divine, incréée du royaume. C’est qu’Il est lui-même toute la lumière. A la Transfiguration, Il s’est déjà montré dans cette lumière. Cela se passait sur la haute montagne. Ici, cela se passe au sein de la terre. Comme cela se passe au cœur de nos vies. Le jaillissement du Christ ruisselant de lumière illumine l’univers entier, comme aussi sa lumière se reflète dans nos cœurs. Dans une icône, les visages plus ou moins foncés de terre s’illuminent de l’intérieur. C’est comme un cierge qu’on allume. Et ces visages reflètent la lumière. C’est cette lumière qui demeure éternellement devant lui, pour lui, en lui – pour toujours.

C’est aussi le cœur de notre icône. Comme si tout autour, c’est bien sûr important, mais quelque part aussi déjà dépassé…

Cette icône est la dernière que s.Sylvie de notre communauté a peint. Son âme déjà s’était tournée vers le plus essentiel, vers ce qui demeure. Le reste s’efface.

Oui, tu es venu et tu viens avec Ta lumière jusqu’au fond de mon cœur, illuminant des nuits profondes, et cette lumière, nul ne peut l’éteindre, rien ne peut l’éteindre…
Je veux me remettre entre tes mains. Je sais que tu me prends toujours dans ta lumière, et je vivrai, maintenant et toujours.

Parmi les personnes pas encore mentionnées, il y a à droite de nous Abel, le premier qui a subi l’injustice, et à côté, il y a Caïn. S. Sylvie l’a introduit dans son icône, dans l’infini miséricorde de Dieu sur toute chair dont elle était sûre dans sa foi.

Derrière : toute la foule des sans-noms.

A gauche, Jean-Baptiste, le dernier témoin qui avait demandé : est-ce celui qui doit venir ou devons-nous attendre un autre ? Son geste montre le Christ. Derrière lui. Deux rois : Salomon et David, un prophète, anonyme pour tous les autres.

Comment ne pas évoquer un petit bout de la prière de Jonas, ici :

« Dans l’angoisse qui m’étreint, j’implore le Seigneur,
Il me répond du ventre de la mort.
J’appelle au secours. Tu entends ma voix …
et de la fosse, tu me feras remonter vivant, ô Seigneur, mon Dieu.
Alors que mon souffle défaille et me trahit, je me souviens et je dis :
Seigneur, et ma prière parvient jusqu’à toi. »

Avec Adam, c’est toute l’humanité qu’Il ressuscite et cette remontée lie le ciel et la terre d’une même lumière. Plus de rupture – tout est ouvert !

Le Ressuscité apparaît comme le Maître de la Vie, qui remplit tout. Tout de nos vies, de notre monde repose dans ce mystère métamorphosé dans le visage humain de Dieu.

Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité !

L'icône de la Descente aux Enfers de s. Sylvie

met sr Olga

Vendredi saint

Vendredi saint

« Amour confirmé, passage créé : c’est la Pâque de Jésus ! »

Retraite de Pâques autrement

Vendredi saint

Dieu notre Père,
en ce jour où Jésus ton Fils est élevé de terre
et attire tout être humain à lui,
accorde-nous la grâce de nommer tout ce qui en nous va vers la mort,
et de le déposer dans sa mort,
pour que tu nous ressuscites avec lui.
Amen

Introduction à la liturgie

Vendredi saint – Jour du don ultime

Antienne : Venez, adorons et prosternons-nous devant le Christ. Sauve-nous, ô Fils de Dieu. Toi qui fus suspendu sur une croix, nous te chantons, alléluia !

Jour dense, poignant. Dans l’Evangile de St Jean nous suivons Jésus depuis son arrestation jusqu’à sa mort.
Mort pour nous – comment accueillir toujours plus profondément cette réalité ? Solidarité radicale de Dieu avec notre fragilité, notre souffrance, notre péché : « Tout est accompli ! »
Jésus a assumé sa mission à travers luttes et angoisses ; désormais il s’en remet complètement au Père. Avec lui nous pouvons approcher tout ce qui, en nous, mène à la mort, tout ce qui nous empêche de nous ouvrir à la Vie véritable. Rien ne lui est étranger, il traverse nos abîmes. Dans le silence de cette journée, nous pouvons tout lui donner. En buvant le vinaigre sur la croix, il prend sur lui toute l’amertume du monde pour la transformer.

La liturgie de cette journée est sobre : peu de paroles, des psalmodies à l’unisson, des silences. A travers la lecture de courts passages de l’épître aux Hébreux, nous regardons en Jésus le grand Prêtre qui nous ouvre le chemin vers le Dieu inaccessible.

Les deux prières de midi et de 15 heures n’en font qu’une : midi – l’heure de l’élévation de Jésus sur la croix, et 15 heures – l’heure de sa mort. Entre ces deux prières, préservons-nous un espace pour contempler, peut-être pour se promener ou pour approcher du mystère que nous vivons sous une forme artistique.

A midi, après la lecture de l’Evangile, nous faisons silence pour écouter la douleur de Dieu, souffrant avec son Fils, donnant son amour qui est refusé si violemment.

A 15 heures, nous répondons à la lecture de l’Evangile de la mort de Jésus par le chant des Béatitudes, qui acquièrent ici toute leur profondeur de sens – promesse d’un bonheur qui, au delà des apparences, est déjà réalité dans le regard de Dieu. Sur la croix « Jésus remit son Esprit » : dans une vaste intercession nous invoquons cet Esprit sur l’Eglise et sur le monde.
Suit une méditation silencieuse de 10 minutes, en lieu et place de l’Eucharistie dont nous sommes privés cette année : c’est le moment d’accueillir le vide, l’absence.

Office de la sépulture

Cette prière vient de la tradition orthodoxe. Nous sommes au soir du vendredi saint. Tout est accompli. La lutte est terminée. Jésus est mort. Dans les psaumes s’amorce déjà en filigrane le mouvement vers Pâques :

« L’arbre de vie, c’est ta croix, Seigneur » (Antienne du Ps 1)

« Dans la paix je m’endormirai et bientôt je reposerai » (Ps 4)

« Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants » (Ps 116)

C’est l’heure de Joseph d’Arimathée, l’ami discret qui ne paraît qu’à la fin, lorsque tout le monde s’est dispersé. Il offre son propre tombeau, symbolisé dans notre chapelle par l’autel recouvert avec une représentation de Jésus pleuré par sa mère et ses amis. Accompagnés par les chants de Taizé, nous nous avançons pour y déposer des fleurs : démarche permettant à chacun, à son rythme, de prendre congé, et souvent de revivre des deuils encore douloureux. Geste symbolique que chacun, là où il se trouve, peut poser.

Nous nous inscrivons ainsi dans le mouvement du Christ qui passe, à travers la mort, vers la Vie :

Dieu de miséricorde qui veux que nous soyons baptisés en la mort de ton Fils, notre Sauveur, donne-nous une vraie repentance, afin qu’en passant avec lui par les portes du tombeau et de la mort, nous renaissions dans la joie à une vie nouvelle, par Celui qui est mort, qui a été enseveli et qui est ressuscité pour nous, Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen

Vendredi saint

7:15 Prière du matin
10:00 Tierce
12:00 Sexte
15:00 Liturgie de la Croix
19:00 Office de sépulture

Message par le pasteur Jean-Philippe Calame

Jésus visite toute situation

En ce jour de vendredi saint, nous voulons nous poser la question : de quoi est-ce que Jésus nous libère ? Nous en chercherons les signes sur le chemin où il est emmené pour être crucifié.
De quoi est-ce que Jésus nous sauve ? Nous en accueillerons l’annonce dans ce qu’il dit aux femmes qui pleuraient à son sujet.

D’ordinaire, les réalités qui nous éprouvent ont pour effet de nous replier sur nous-même. Dans un premier temps, nous ne parvenons pas à nous détacher des humiliations, agressions, ou injustices impossibles à pardonner… D’habitude nos difficultés et nos souffrances captivent notre attention toute entière. Mais en ce jour de vendredi saint, l’intensité de ce que Jésus va affronter nous incite fortement à fixer nos yeux sur lui.
Tandis que notre penchant naturel est de ramer seuls pour lutter, aujourd’hui – d’une certaine manière – nous voyons Jésus marcher sur les eaux à la rencontre de notre barque. En effet, nous le voyons affronter la violence de toute tempête, pour venir se placer à l’endroit même où l’humanité est souffrante. Dans sa Passion, il rejoint la réalité la plus déconcertante pour l’humanité…

Ainsi, on peut dire que durant son procès et sur le chemin qui le mène au calvaire, Jésus visite des situations concrètes qui symbolisent bien l’ensemble des milieux humains et de ce qui s’y passe. Jésus est conduit et plongé au coeur de problématiques bien représentatives des sources de conflits, d’injustices, d’oppressions et de souffrances. Entre autres :

  • Il connaît la trahison par l’un de ses disciples, et le reniement de la part de celui qu’il a élu comme berger de son Église.
  • Les autorités religieuses sont les premières à lui intenter un procès…
  • Puis vient sa comparution devant les autorités politiques locales, et d’occupation.
  • Parmi ceux qui avaient acclamé sa venue quelques jours auparavant avec enthousiasme, beaucoup se mettent à crier avec tous : « Crucifie-le ! ».
  • En tout point Jésus éprouve l’état douloureux de notre condition humaine, et tout ce qui conduit au découragement. Il souffre l’incompréhension, la critique, le rejet, les élans désordonnés de la foule et l’inconstance de ses plus proches.

Face à ces aspects de la réalité, Jésus atteste sa sagesse et son amour. Tandis qu’il est entraîné de-ci de-là comme un condamné quelconque, nous pouvons pressentir que ces visitations d’un homme aux mains liées annoncent et incarnent qu’il vient délier les chaînes qui entravent les humains, tant au niveau des pouvoirs religieux ou politiques, que dans les rapports entre les diverses couches de la société, et finalement face à toute manifestation du mal.

Oui, durant la Passion, toutes les formes d’oppositions se dévoilent et s’expriment à l’extrême. Mais Jésus saisit l’occasion d’y mettre sa compassion, son pardon, son amour. Le mal a beau élever au maximum sa prétention à occuper toute la place, il se révèle impuissant à décourager la volonté qu’a Jésus de nous sauver. Dans son déploiement ultime, le mal finalement ne parvient qu’à révéler la toute patience de Jésus, la puissance de son amour.

La tristesse qui peut nous venir devant la croix n’est pas d’abord affective. C’est une tristesse ou une émotion qui provient de ce que l’on commence à comprendre que, au travers de la Passion de Jésus, Dieu saisit en lui la misère humaine.
Il prend en charge l’horreur de tout ce qui se développe hors de l’amour, dans l’état de séparation d’avec Dieu qui est la source de la vie. Jésus porte le poids et les conséquences de tout ce qui est « hors de sens » parce que développé hors de l’alliance avec Dieu, en opposition à lui.
La part de souffrance que nous pouvons alors connaître n’est pas une tristesse qui désespère, mais une sorte d’ écho en nous de la souffrance d’amour que le Christ a éprouvée en voyant l’humanité défigurée, dans l’état où la plongent l’éloignement par rapport à Dieu, l’ignorance ou le rejet de son amour.
La forme de souffrance que nous éprouvons alors ne peut pas être séparée de la gratitude. Oui, la reconnaissance s’élargit en nous, l’action de grâce s’approfondit à mesure que nous discernons un tant soit peu de quel abîme que Jésus est venu nous sauver.

Mais il peut arriver aussi que la lecture ou la contemplation de la Passion de Jésus nous laisse comme insensibles. Cette absence de tout ressenti, le fait que l’on puisse être assez distrait, ou éprouver un certain ennui alors même que nous essayons d’accueillir le récit de la Passion, voilà qui nous surprend, voilà qui nous met probablement mal à l’aise.
Ce n’est pas le lieu de « moraliser » cet état. Certes, nous pouvons y reconnaître les limites somme toute étroites de notre capacité à l’empathie, à la compassion, ou à l’amour. Mais nous devons surtout reconnaître en cela un fait : ce que Jésus affronte est au-delà, bien au-delà de ce que nous sommes capables de concevoir. Le combat qu’il mène est au-delà de notre portée. Dans la déclaration de Jésus, disant à ses disciples : « Là où je vais, vous ne pouvez venir », Bernanos lisait l’annonce et la révélation que Jésus allait affronter un abîme dont il nous sauve précisément pour que nous n’ayons pas à le connaître. Cet abîme, c’est : l’absence de Dieu.

Tôt ou tard, et progressivement, la confiance que Jésus maintient envers le Père, précisément dans une nuit qui pour lui est totale, cette confiance va nous apparaître comme le « lieu » où Jésus nous invite à le rejoindre. Car là se trouve le don essentiel qu’il veut nous faire : le don de trouver ou retrouver une confiance de fond envers Dieu qui est son Père et notre Père.
Oui, la foi qui sauve, c’est-à-dire la confiance qui rend l’être humain à la vie, consiste à nous appuyer sur la confiance que Jésus a envers le Père. Ce qui redonne à l’être humain une vie pleine, c’est de pouvoir rejoindre Jésus dans sa propre confiance et de pouvoir y adhérer, de pouvoir dire oui à la foi de Jésus.
Ce que l’on commence à pressentir ici, c’est que le Christ nous attire à lui, qu’il nous appelle et nous invite à entrer dans cette situation d’alliance restaurée où la confiance envers Dieu est rétablie. Là s’exprime déjà pour l’être humain, la guérison, le salut que Jésus a accompli.

Alors que Jésus porte sa croix, il s’arrête pour adresser une parole à des femmes en pleurs. « Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !”
Alors on dira aux montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous.” Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

Que nous enseigne cet instant ?
Il me semble que cet instant ouvre à la dimension universelle de ce que Jésus est en train d’accomplir. Jésus empêche ces femmes -et nous avec elles- de limiter ce qui se passe à une épreuve terrible qui ne concernerait que sa propre personne.
En orientant autrement la tristesse de ces femmes et la nôtre, Jésus fait voir l’entier de ce qu’il assume en portant sa croix. Il n’est pas « simplement » un éprouvé de plus sur la terre et dans l’histoire des hommes. Il n’est pas un condamné de plus parmi les multitudes qui subissent à raison ou à tort une peine particulière.
Ce que Jésus porte, c’est la totalité du mal et des souffrances générés par les mauvais choix, attitudes, déséquilibres dont les humains se rendent responsables ; tout ce qui fait que survient et s’étend dans le monde des situations où l’on en vient à considérer qu’il vaudrait mieux ne pas avoir d’enfants, tellement les maux de toutes sortes menacent de l’emporter sur la vie, tellement les conditions d’existences deviennent infra-humaines. Le regret d’avoir des enfants représente une gravité extrême, une situation qui menace de tuer jusqu’au désir de vivre. Cette dépression, qui saisit une collectivité aussi bien qu’un individu, incite à se replier, jusqu’à vouloir disparaître de la surface de la terre : « Montagnes, tombez sur nous ; collines, cachez-nous ! ».

Que ce soit en raison d’un aveuglement individuel ou collectif, ou que cela soit sciemment pour des raisons de profits, les humains n’observent pas les lois de la vie. Les déséquilibres qu’ils créent ainsi déclenchent des processus dont ils perdent tôt ou tard la maîtrise. Alors le mal se répand, comme une contagion, comme une pandémie.

La parole que Jésus adresse aux femmes est, une fois de plus, une façon de redire, au coeur de l’épreuve, la totalité de la grâce qu’il apporte. Ce que l’être humain peut et doit pleurer, c’est l’abîme des souffrances et du mal dont l’histoire humaine est marquée. Souvent, le mal prend de telles proportions qu’il devient même impossible d’en reconnaître vraiment la réalité. Cela voisine l’impensable, un état qui ne peut plus être assumé par notre coeur, ni même saisi par notre pensée.
La parole de Jésus aux femmes en pleurs dévoile alors son importance capitale : ce que Jésus porte à cet instant, ce n’est pas seulement sa croix et sa douleur particulière d’être humain. Ce que Jésus porte en sa Passion, c’est l’entier du mal, c’est le mal dans sa partie insaisissable, dans sa dimension « hors capacité ».
C’est précisément là que résonne l’évangile, la bonne nouvelle qui en vérité est à la mesure sans mesure du mal absolu. Ce que Jésus porte en sa Passion, c’est le mal et le néant en ce qu’ils excèdent toute possibilité d’appréhension par la pensée humaine…. En face de tout cela, où l’humain porte cependant une responsabilité, Jésus prononce son amour et en appelle à l’amour qu’il sait être celui du Père : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».
C’est précisément ce qui dépasse la capacité d’entendement des humains relativement au mal dont ils sont responsables ou complices, c’est cela que Dieu va pardonner. Comme le disait Paul Evdokimov, « en Jésus sur la croix, Dieu contre Dieu a pris le parti de l’homme ».
En d’autres termes, ce qui est « l’inconcevable », à quoi Dieu n’aurait jamais mis la main, ce qui est « l’inconcevable » pour Dieu lui-même, ce qui est le contraire de Dieu, Dieu le prend en charge comme s’il en était lui-même responsable. Dieu en prend sur lui les conséquences comme s’il en était la source. Ainsi, Dieu délivre l’humain de l’abîme de dé-création auquel ses choix donnent le pouvoir. Les conséquences d’un rejet absolu de Dieu, Dieu les prend sur lui pour en délivrer ses créatures, pour que nous n’ayons pas à connaître l’impensable que nous, nous n’avons pas choisi de refuser totalement.

En cette heure, en ce jour, fixons donc nos yeux sur Jésus-Christ. Que l’accueil de la Passion du Christ nous fasse connaître l’engagement de Dieu par rapport à l’histoire humaine. Face au mal, la réponse de Dieu est de porter, d’emporter le mal, de délivrer l’être humain. Oui, la revanche prend la forme d’un amour plus fort que la mort.

De Ton rivage à mon rivage
il n’y a que ta croix comme passage,
ô Seigneur !

De Ta lumière à ma misère
il n’y a que ta croix comme passage,
ô Seigneur !

De Ton visage à mon image
il n’y a que ta croix comme passage,
ô Seigneur !

Prions pour tous ceux qui sont morts dans la paix ou dans les tourments,
dans la foi ou dans le doute, dans la lumière ou dans les ténèbres,
et prions pour ceux qui se sont enlevés la vie,
afin que le Seigneur notre Dieu les couvre tous de sa miséricorde
et les fasse revivre en lui pour le règne éternel.

Seigneur Dieu,
Toi seul connais les pensées et les cœurs des hommes,
et toi seul juges dans ton infinie miséricorde leurs actions :
Fais resplendir ton visage sur tous les morts, essuie toute larme de leurs yeux
et accueille-les auprès de toi dans ton règne où il n’y a plus ni mort,
ni douleur, ni pleurs, parce que les réalités d’autrefois sont passées
et tout est rendu à la pleine intégrité,
par le Christ, notre unique Seigneur.
Amen.