Homélie pour lundi de Pentecôte, 1 juin 2020, par le pasteur Félix Moser

Homélie pour lundi de Pentecôte, 1 juin 2020, par le pasteur Félix Moser

Nombres 11 ; 24-29
I Corinthiens  12 ; 4-11
Jean 14 ; 1-10

« Que votre cœur ne se trouble pas[1] » L’exhortation indique que l’auteur de l’Évangile s’adresse à des gens perturbés.
Troublé, je le suis aussi, et nous sommes sans doute nombreux à l’être, lorsque nous pensons à l’avenir de toutes nos Églises visibles. Inquiets je le suis en particulier lorsque je pense à l’unité de nos Églises.
Jean s’adresse à une communauté qui doit faire face à l’absence du Jésus terrestre. Un groupe de disciples continuera son chemin sans Sa présence. Jésus, connaissant l’être intérieur des siens appelle à la foi et il les rassure.

« Vous croyez en Dieu croyez aussi en moi ». C’est sans doute par cette première démarche qu’il faut commencer. S’en remettre avec confiance à Jésus le Christ, à son Esprit appelle à un exercice de dé-maîtrise salutaire mais jamais vraiment atteint. Et peut-être heureusement que le détachement n’est jamais complet, car la dé-maîtrise ne doit devenir résignation et simple acceptation du statut quo. La dé-maîtrise peut se conjuguer avec la responsabilité de croyants qui marche depuis Pentecôte dans la dynamique transformatrice du Souffle de Dieu qui les pousse vers autrui.

« Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures ; sinon vous aurai-je dis que j’allais vous préparer le lieu où vous serez.[2] »
Je note, dans ce passage, le jeu subtil entre le présent et le futur. Les demeures sont célestes : elles sont les demeures qui nous permettront de demeurer éternellement auprès de Dieu. Pourtant les différents temps des verbes entre le présent et le futur invite les disciples à faire le lien entre le ciel et la terre. Nous voici invité à habiter pleinement le monde d’ici et maintenant dans la confiance pour ce qui viendra après. Le Christ, l’Envoyé du Père se fait l’intermédiaire entre le monde futur et le temps de notre présent. Mais il le fait aussi spatialement, si j’ose le dire ainsi, entre nos maisons terrestres et les demeures célestes. C’est dans cet Esprit d’espérance que nous sommes appelés à vivre entre autre la relation aux différentes Églises : en partageant leur combat, leurs nécessaires réformes et leurs espoirs. Regarder l’Église et notre société à partir du futur de Dieu signifie simplement ceci : l’Église et le monde ne sont pas seulement ce que nous voyons. Ils sont aussi et surtout ce que nous croyons.
Le lectionnaire, en ce lundi de Pentecôte ouvre une voie originale pour nous redonner de l’espoir. En effet vous avez entendu les versets de la première lettre aux Corinthiens sur l’unité du corps du Christ et la diversité de ces membres. Les deux mots unité et diversité structurent tout le début du texte. Je dirai presque qu’ils viennent comme un refrain. « Il y a diversité de dons mais c’est le même Esprit, diversité de ministères mais c’est le même Seigneur ; il y a divers modes d’action, mais c’est le même Dieu. (…) Et en conclusion à l’énumération de la diversité des dons l’apôtre conclut : Et (en) tout cela c’est le seul et même Esprit qui le produit. [3]»
Il y a quelques années le théologien Oscar Cullmann a écrit un livre intitulé : l’Unité par la diversité [4].
Oui vous avez bien entendu c’est bien par la diversité et non dans la diversité. Le par la diversité ouvre une vision dynamique. Dans la diversité est statique. Dans la diversité peut se muer un constat qui entérine un état de fait et qui nous permet de nous installer dans un côtoiement inoffensif et sans risque. Par la diversité nous pousse à agir, à aller à la rencontre des membres des autres Églises.
Mais plus précisément comment faut-il comprendre cette formule : « L’unité par la diversité » ? Confiant dans le futur ouvert par l’Évangéliste Jean, la formule est construite sur la diversité des dons de l’Esprit et l’unité du corps du Christ.
L’idée centrale du livre se résume ainsi : au lieu de se restreindre en reconnaissant les dons de l’esprit donné seulement à des individus il est possible aussi de reconnaître ces dons donnés à divers groupes et aux différentes Églises. L’interprétation de ce pionnier de l’œcuménisme offre une grandeur de vue et un élargissement de taille qu’il vaut la peine de refaire nôtre aujourd’hui. L’ouverture postulée par Cullmann met en évidence que chaque Église possède des dons particuliers, des dons qu’elle a particulièrement cultivés dans sa tradition et dans son histoire.
Quels sont alors ces charismes qui sont particulièrement mis en évidence dans nos Églises voisines et chez nous-mêmes ?
Les catholiques je cite ont reçu « l’universalisme » qui comprend la capacité à « entourer l’Évangile des formes extérieures qui le préservent de la désintégration ». Les dons du protestantisme résident dans sa capacité de concentration sur le Christ comme unique médiateur et sur la place conférée aux Écritures. Chez les orthodoxes, et nombre d’entre nous l’ont pressenti depuis longtemps, les dons liturgiques et le sens de l’esthétique sont particulièrement visibles.
Reconnaître les charismes de chacune des Églises sur le même mode que celui de nos frères et sœurs humains permet de penser sereinement le rapport à l’unité. L’unité n’est pas l’uniformité. Elle n’est pas une sorte de fusion indistincte qui amalgamerait nos identités. Cette diversité n’est pas un malheur. Elle est, en effet, corroborée par les historiens du christianisme du premier siècle. Chaque communauté, que ce soit les Églises fondées par Paul, la communauté de Marc, de Luc ou encore celle de Jean avait leur physionomie propre, leurs caractéristiques, tout comme chaque personne a sa propre personnalité.
Mais avec la même force et dans le même mouvement il faut souligner que cette diversité ne signifie pas dispersion et séparation.
Les charismes étant divers, leur origine, leur fondement doit rester le même : La foi au Christ, la venue du Royaume de Dieu, la nécessité de mettre en pratique l’Évangile par les Béatitudes, la marche à la suite de Jésus qui va jusqu’au bout de son amour en mourant sur la croix, sa résurrection et son élévation vers le Père. En introduction à notre texte Paul prend bien soin de souligner : Nul ne peut dire Jésus est le Seigneur si ce n’est par l’Esprit saint.[5]

En ce jour de Pentecôte la foi au Souffle de Dieu métamorphose notre intelligence et nos cœurs pour que nous demeurions dans l’ouverture à autrui et autres Églises.
Plutôt que de pointer les déficits et les manques des autres Églises et les nôtres nous pouvons apprendre à discerner dans les Églises sœurs quels sont leurs charismes propres. Pentecôte ce n’est pas seulement l’Esprit Saint pour soi et pour quelques individus. Pentecôte c’est un état d’esprit commun dans la reconnaissance des charismes. Ces derniers ne peuvent être conservés jalousement pour soi et le petit cercle de chrétiens de la même confession. Les charismes n’appartiennent pas à une dénomination particulière. Les charismes peuvent devenir sources de joie quand ils sont compris et reçus comme un service rendu à l’entier de Église et au service pour la société dans laquelle nous vivons. Le dénominateur commun de tous les dons réside dans le service.
Or sur ce point Saint Paul se révèle d’une lucidité sans faille. Hélas les charismes peuvent devenir des sujets de gloriole, de vanité, de divisions. La notion de service rendu à l’unité par la diversité n’est donc pas facultative.

Mais tant que nous restons des humains nous devrons aussi accepter l’imperfection des personnes et de nos Églises. Mais tant que nous demeurons sur terre nous sommes aussi appelés à croire qu’ensemble ces mêmes Églises soient capables de grandes choses.

Dans cette optique le mot de la fin appartient sans doute au théologien américain Stanley Hauerwas. Il dit en effet ceci : « L’Église est un rassemblement extraordinaire de gens extraordinairement ordinaires. »

Amen.

 

[1] Évangile selon Saint-Jean, Chapitre 14, 1a

[2] Évangile selon Saint- Jean, 14, 2

[3] I Co,12, 4 à 11 en partic 4, 5 et 11

[4] Oscar CULLMANN L’unité par la diversité, Paris, Cerf, 1986. Voir aussi Matthieu ARNOLD Au service de l’œcuménisme : Léon-Arthur Elchinger et Oscar Cullmann in Positions luthériennes 68ème année No 1 janvier-mars 2020.p.69 à 93

[5] I Cor 12 ;3

Homélie pour dimanche de Pentecôte, 31 mai 2020, par le pasteur Félix Moser

Homélie pour dimanche de Pentecôte, 31 mai 2020, par le pasteur Félix Moser

Joël 3
Évangile selon Saint Jean 20, 19-23
Actes 2, 1-13

 

« Grand-Papa, arrête de me casser ma phrase ! »

La conversation avec mes petits-fils tournait autour des transports : la discussion était alimentée par l’énumération de toutes les marques connues et inimaginables de voitures, et par la multitude d’engins visibles sur un chantier. Bref, la conversation après le repas du soir languissait, marquée par des paupières qui se faisaient lourdes et entrecoupée par quelques bâillements. D’où mon envie d’interrompre l’énumération discontinue des différents engins motorisés. J’ai alors terminé une phrase à la place de mon petit-fils. D’où sa réaction : « Grand-Papa, arrête de me casser ma phrase ! ». Interruption qui a été sans nul doute une erreur, car Eliot (c’est son prénom) avait son idée et comptait bien me l’expliquer jusqu’au bout. C’était sa phrase à lui, et à personne d’autre. J’imagine qu’il nous est tous arrivé de finir ainsi la phrase d’un interlocuteur au moment où, en hésitant, il cherchait le mot juste.

En interrompant mon petit-fils j’ai réalisé une fois de plus que l’apprentissage de la langue maternelle n’est pas une mince affaire : en effet, les mots qui appartiennent à tous doivent devenir les mots de celui qui en est train de les apprendre. Autrement dit, il est nécessaire de s’approprier la langue parlée. Or, dans cet apprentissage, le fait de posséder une langue maternelle reste indispensable.

Le thème de notre retraite de Pentecôte souligne l’importance du partage, et en particulier du partage par le biais de la parole. Cette dernière n’est pas le seul véhicule pour entrer en relation, mais elle en constitue un moyen privilégié. Elle nous permet de créer du lien, d’exprimer nos émotions, nos sentiments et nos pensées pour les partager avec autrui. La langue se tient entre les personnes ; elle est au milieu des individus et des groupes qui se parlent, et il s’agit d’en apprendre l’usage et les codes pour dialoguer.

Mais quel est alors le rôle de l’Esprit Saint dans ce processus de communication ?

« La foule se rassembla et fut en plein désarroi car chacun les entendait parler sa propre langue. Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? »

Le mystère de l’Esprit de Pentecôte est peut-être d’abord ici. Chacun et chacune entend l’Esprit de Dieu dans sa langue maternelle. Le grec parle même de « dialectos », autrement dit de dialecte, langue parlée par les habitants d’une même région. Ceux-ci ont beaucoup en commun.

La langue maternelle véhicule notre culture. Elle renvoie à nos racines et permet d’évoquer la ville ou le village où l’on a habité ; les coins de forêts où l’on a fait un feu ; un bord de lac ou de mer où l’on s’est promené. La force de l’Esprit de Dieu réside dans le fait qu’il vient nous rencontrer au plus profond de nous-mêmes ; dans ce que, dans notre vie intérieure, nous avons de plus précieux, dans ce qui nous a forgés et modelés.

Le mystère de Pentecôte, c’est que Dieu est venu nous parler dans notre dialecte à chacun. Il nous rejoint au creux de nous-mêmes en épousant nos histoires de vie. Pour le dire dans les mots d’Eliot : le Saint Esprit « ne vient pas casser nos phrases ». Au contraire ! Il nous laisse le temps de trouver au fond de nous le temps d’exprimer avec nos balbutiements avec nos mots une prière prononcés dans les mots de notre langue maternelle spontanée. Il nous donne aussi de trouver les mots ajustés à une vraie rencontre avec notre prochain.

Le souffle du Saint Esprit donne un élan vers les autres pour partager ce qui nous habite. Le Saint Esprit, alors nous fait prendre conscience de l’universel.

« Parthes, Mèdes, Élamites habitants de la Mésopotamie, de la Judée de la Cappadoce… » J’arrête ici. Cette liste est assez hétéroclite puisqu’elle cumule le nom de peuples, de provinces romaines, de régions géographiques, de catégories humaines, qu’elles soient ethniques ou religieuses. Il est de prime abord difficile de trouver une logique dans cette accumulation. Mais on y trouve peut-être une cohérence[1]. Cette énumération disparate est une manière pour Luc (l’auteur du livre des Actes) de montrer le répertoire complet des langues parlées au premier siècle. Cette liste montre un point essentiel : les chrétiens, quelle que soit leur origine, sont liés par ce dénominateur commun qu’est le don de l’Esprit de Dieu à tous. Cette liste de langues parlées souligne le caractère universel de l’Évangile. Les Églises sont présentes sur l’ensemble de la terre habitée, mais cette mention des différent lieux et peuples renvoie a à une réalité plus essentielle encore. Elle relève d’une unité plus forte que toutes les diversités. Cette communion réside dans la reconnaissance des merveilles de Celui qui est proclamé comme le Seigneur. Pour exprimer ce point en raccourci, nous pouvons dire la chose suivante : Si Jésus a institué la Cène, le Saint Esprit constitue l’Église sur l’ensemble de la terre habitée.

L’acte de communication est réussi.En nous donnant une identité sereine et assumée, le Saint Esprit nous dynamise pour aller, de façon renouvelée, vers les autres.

 

IL nous permet de rencontrer la diversité des personnes et des groupes enrichit l’ensemble de l’Église disséminée dans le monde. Pentecôte est donc tout autre chose que le don d’une sorte de langue uniforme mondialisée et dépersonnalisée. Nous sommes vraiment loin du « globish », cette espèce d’anglais minimal utilisé souvent et partout pour donner l’illusion qu’il y aurait une seule langue mondiale.

Mais l’histoire n’est pas terminée. Le récit rebondit une dernière fois :

« Ils étaient tous déconcertés et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres : « Qu’est-ce que cela veut dire ? D’autres s’esclaffaient : ils sont plein de vin doux[2]. »

Ces derniers versets sont précieux car ils rappellent que le partage de la foi est un risque. Le dialogue chrétien ne va sans méprise et malentendu. Parfois, même le partage de l’Évangile ne va pas sans moquerie[3].

La difficulté de comprendre ce qui se passe à Pentecôte est bien réelle. En particulier, l’origine du phénomène du don de l’Esprit est impossible à exprimer. C’est dire si l’on peut faire nôtre aussi l’interrogation de ceux et celles qui assistent à l’événement : « Qu’est-ce que cela veut dire ? »

Nous sommes placés devant la question de l’interprétation du récit de la fête de ce dimanche, et de la signification du don de L’Esprit. Pour des raisons pratiques, les versions de nos bibles séparent le récit de la Pentecôte proprement dit du long discours de Pierre. Mais les deux sous-titres séparent trop fortement ce qui devrait rester lié. Le discours de Pierre explicite le rôle de l’Esprit : « Alors s’éleva la voix de Pierre : “Non, ces gens n’ont pas bu comme vous le supposez” » et il va ouvrir son discours sur l’accomplissement de la prophétie de Joël que vous avez entendue ce matin. Puis il commente en explicitant la confession de foi en Jésus Christ crucifié, ressuscité et assis à la droite de Dieu le Père. Le mystère de la Pentecôte renvoie bien au mystère de la trinité.

La situation présente est sans doute inconfortable pour beaucoup. J’aimerais pourtant conclure ainsi : peu importe la distance géographique et physique. Le Saint Esprit ouvre une vraie dynamique de communion entre nous tous et toutes. Les disciples se trouvaient réunis tous ensemble. (…) Des langues de feu (…) se posèrent (…) sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit Saint. »

Amen

 

[1] Je renvoie pour un commentaire détaillé à Daniel Marguerat, Les Actes des apôtres (1-12), Genève, Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament V », 20152, p. 66-81 en particulier p. 77 note 33.

[2] Actes 2, 12-13.

[3] Actes 2, 12.

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour Lundi de Pâques, 13 avril 2020

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour Lundi de Pâques, 13 avril 2020

Toutes portes étant closes.

JEAN 20, 19-23

Le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
étaient verrouillées par crainte des Juifs,
Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

I

Aujourd’hui, à la fin de cette retraite, nous voulons, frères et sœurs, accueillir la présence de Jésus Ressuscité comme une caractéristique essentielle de notre existence terrestre : « Toutes portes étant closes, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. »

Jésus est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Cela veut dire que rien ne peut empêcher Jésus Vivant de nous être présent. Rien ne peut l’empêcher d’ ouvrir toute circonstance à la vie qu’il partage avec le Père dans la communion de l’Esprit.

Toute situation d’enfermement peut devenir un lieu où Lui, vient nous visiter. Je pense en particulier à chaque personne aux prises avec les angoisses, avec une dépression, avec toute autre situation intérieure ou extérieure qui nous entoure de portes fermées.
Aucun obstacle ne peut être si grand ou si profond que Jésus Ressuscité soit empêché de nous rejoindre. Aucune circonstance ne peut le dissuader d’être présent à ce que nous vivons ou éprouvons. La mort elle-même ne l’a pas fait changer de cap. Il faut dire à l’inverse que parce qu’il a été nié à mort, Jésus sait encore plus radicalement que quiconque, ce que signifient les prisons intérieures ou extérieures dans lesquelles nous pouvons nous trouver. Parce qu’il est descendu aux enfers, aucune situation n’est privée de sa présence.

Ce matin inaugure la continuation de Pâques dans notre vie quotidienne, et l’évangile affirme que dans le monde où nous allons chaque jour, Jésus est tout-présent à chacune de ses créatures humaines.

« Toutes portes étant closes, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux »… et il est en ce moment avec chacun-e en particulier, dans tous les milieux fermés, confinés pour quelque raison que ce soit.

L’apôtre Paul le proclame avec la vigueur de sa foi : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie (et ses circonstances) , ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »

II

C’est donc pour tous, c’est donc pour vous en particulier, Frères et Soeurs, que Jésus Ressuscité ouvre la bouche, Lui le Verbe Créateur. C’est pour tous, et c’est à vous qu’il a dit : « La paix soit avec vous ! ».
La paix que Jésus communique ici n’est pas d’abord un sentiment intérieur, une situation stable ou un environnement confortable. Tout cela est bien sûr grandement désirable et peut nous advenir parfois comme conséquence de ce que Jésus donne.
Mais la paix dont Jésus parle est une réalité plus vaste et plus solide. Vous avez entendu : Jésus relie la paix qu’il donne à l’événement qui a concentré sur lui toute la violence, sa mort sur la croix, dont il montre les traces sur ses mains et son côté.
Imaginez un guerrier d’autrefois. Il revient après la victoire, et il montre à ses amis son bouclier, transpercé en différents endroits. Chacun comprend qu’il a combattu valeureusement et chacun sait qu’il pourra faire confiance à cet homme qui n’a pas craint de s’exposer.
Cette analogie, que l’on doit à saint Bernard de Clairvaux, dit combien est fiable Jésus ressuscité et combien lui appartient la paix, comme prix de sa lutte, comme chef d’oeuvre de sa mission. Il apporte la paix, celle que rien ni personne ne pourra jamais lui contester ou lui ravir. Il est la paix en Personne, la paix qui réjouit le Père, la paix véritable que Dieu a confirmée par la résurrection, la paix dont l’Esprit saint est le porteur, lui qui est force, consolation, énergie – l’Esprit de si grande humilité qu’il communique cette paix du Christ dans un souffle venant s’unir à notre respiration.

Souvenons-nous bien, surtout face aux angoisses, que la paix dont Jésus parle est plus certaine que tout ce que nous pouvons ressentir, et qu’elle est plus vaste que nous ne pouvons l’imaginer. La paix que Jésus établit dépasse l’expérience de que nous appelons « paix », et elle tient en réserve des dimensions au-delà de ce que notre intelligence peut imaginer ou concevoir.
Elle est une force pour oser et pour opérer une sortie. Jésus donne la paix pour envoyer ses disciples. Il précise qu’il envoie ses disciples de la même manière que le Père l’a envoyé. Cela suggère que le Fils est lui-même « sorti » avec cette paix comme force. Le Fils est venu dans le monde avec la paix, avec la bénédiction du Père pour pratiquer à cette paix un espace en ce monde.
Cette même et unique mission, le Fils la poursuit par ses disciples, ses frères d’aujourd’hui : « La paix soit avec vous !  De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Jésus nous communique la paix… pas seulement comme un baume, un apaisement, une présence consolatrice dans le présent où nous sommes. C’est cela aussi, mais c’est plus que cela. Cette paix représente une force, elle est un appel à aller de l’avant, c’est une embauche pour aller où Jésus nous conduira.

 Car Jésus ne nous sauve pas seulement en venant à nous. Il nous propose d’aller avec lui. Avec notre libre consentement il va nous conduire de passage en passage, au-delà des frontières que nous avons mises nous-même.

« Suivre Jésus, nous rappelait Fr. François de Taizé, n’est pas en notre pouvoir, mais c’est à recevoir » . Il écrivait :

« C’est comme si Jésus nous disait : « Pour me suivre, ne comptez pas sur vous-mêmes (c’est mon œuvre). Entrer dans une vie à ma suite est aussi impossible que se faire naître à nouveau. Laisser les points d’appui que nous nous sommes faits, renoncer au besoin de tout prévoir et se refuser à un chemin de facilité, qui peut dire qu’il est fait pour cela ? Toutefois auprès de moi ( Jésus), cet impossible devient possible. Là où je suis, souffle l’Esprit et son souffle fait vivre selon les critères du Royaume, car il apporte une nouvelle façon d’être. Qui me suit passe par un enfantement. C’est aussi douloureux qu’une naissance humaine, mais le bonheur qui en découle n’est pas moins grand. Car on participe déjà à une nouvelle création. »1

* * * *

Frères et Soeurs, la Règle de la Communauté des sœurs diaconesses de Reuilly donne le ton pour aller dans l’aujourd’hui du monde dans l’esprit de la nouvelle création. Ce sera notre envoi.

Servez le Seigneur, servez le temps présent. Soyez attentifs à ce temps.
Soyez une bénédiction pour les hommes et les femmes de ce temps.

Bénissez le Seigneur !
Bénissez les hommes et les femmes de ce temps.
Bénissez et ne maudissez pas.
Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent
et pleurez avec ceux qui pleurent.

Servez le Seigneur !
Faites le bien devant les hommes de ce temps
avec les hommes de ce temps.

Ne vous laissez pas vaincre sous le mal de ce temps
Mais surmontez le mal par le bien.
D’un esprit fervent,

servez le Seigneur. 2

1Fr. FRANCOIS, de Taizé, Suivre le Christ et se faire disciple. Réflexions bibliques, Les Presses de Taizé, 2014, p.169.
2Règle de Reuilly (d’après Romain 12), texte cité dans Soeur MYRIAM, Continuer l’Évangile. Méditations pour les dimanches et les fêtes, Éd. Olivetan, Lyon, 2008, p. 201.
Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour l’Aube de Pâques, 12 avril 2020

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour l’Aube de Pâques, 12 avril 2020


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Évangile selon saint Matthieu, chapitre 28

Et voici qu’il y eut un grand tremblement de terre ;
l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus.

Aujourd’hui, l’ange qui descend du ciel vient clairement mettre fin à un confinement ! Un grand tremblement de terre, la pierre roulée ouvre le tombeau, l’ange s’assied sur la pierre comme sur un trophée.

Dans ce premier acte, Matthieu nous présente le message de Pâques en geste, en image, en mouvement. L’événement nous prend des pieds à la tête, montant des tréfonds de la terre et plongeant des hauteurs du ciel comme l’éclair. Tout cela dépasse la saisie ordinaire de la réalité.
Ce qui advient là ne saurait être cantonné dans les limites de l’intellect, aussi vrai que l’on n’intellectualise pas au moment d’un grand tremblement de terre !

Ce que l’on saisit, c’est que l’événement comporte un retentissement cosmique.
Ce que l’on comprend, c’est que l’événement touche aux fondements, ce qui conduira les humains à reconsidérer leurs fondamentaux ! De même qu’un fort tremblement de terre crée une rupture entre ce qu’il y avait avant et ce qui viendra après, la résurrection de Jésus signifie le commencement du monde nouveau.

Vient alors une prise de parole : Deuxième acte.
C’est là l’élément important, que la mise en scène préalable -telle un gigantesque coup de trompette- avait pour mission d’introduire. D’emblée ce message est revêtu d’autorité. «  L’ange (…) dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.” Voilà ce que j’avais à vous dire. »

À l’invitation de l’ange, les femmes constatent que la sépulture n’est plus qu’un tombeau vide. Grâce aux paroles de l’ange, elles recueillent la nouvelle inespérée : « Jésus le Crucifié n’est pas ici, car il est ressuscité ! ».
Alors que les femmes se hâtent d’aller informer les disciples, voici que Jésus vient à leur rencontre. Ici, le récit ne semble pas très cohérent. Les femmes savaient ce qui était attendu d’elles. Elles étaient en train de l’accomplir…
Qu’ajoute donc ce troisième acte, cette rencontre-surprise de Jésus lui-même ? Ce troisième acte est pour nous l’occasion d’apprendre que Jésus ressuscité est reconnu dans sa personne. Celui que les femmes reconnaissent est bien le même que Celui qui fut crucifié. Mais elles le reconnaissent désormais dans son identité entière : elles le saluent en tant que Seigneur.

Et puis, sur le parcours des femmes courant vers les disciples, la présence de Jésus ressuscité peut aussi avoir valeur de symbole. Pour nous annoncer que désormais c’est en passant par lui , Jésus Vivant, que l’on va à la réalité ! C’est en le sachant participant que l’on aborde dans son  entier chaque moment présent.

Jésus est ressuscité ! Et donc, à partir de ce moment, c’est en son Nom que ses amis iront au contact de la vie, en particulier au contact de ceux que lui-même appelles désormais « ses frères »…. Que signifie aller dans le monde, aller dans le quotidien en son Nom?

Un quatrième acte nous l’annonce. Observons la manière très étrange avec laquelle Jésus ressuscité a ouvert le temps qui nous concerne encore aujourd’hui, le temps que nous vivons maintenant et jusqu’à son retour.
Au moment même où Jésus ressuscité mettait fin à la période de ses apparitions, il a affirmé à ses disciples : « Quant à moi, je suis avec vous tous les jours » ! Il part, et il affirme sa présence. Serait-ce comme l’infirmière qui quitte la chambre en disant : « Je reviens ! » ?

C’est plutôt que Jésus demande à ses disciples d’enseigner, et que de cet enseignement il sera lui-même le contenu et le constant soutien. Cet enseignement n’est autre que celui d’une vie en alliance avec Dieu.
Une possibilité s’ouvre à chacun : le choix de poursuivre dès maintenant l’existence humaine en adhérant à la manière dont Jésus a accompli la volonté de Dieu, en particulier envers les plus humbles et les plus oubliés.
L’enseignement confié aux disciples a pour effet de donner place, dans la trame compliquée des relations humaines, à un espace qui appartient à Dieu, celui d’une communion avec Lui et entre tous.
L’enseignement confié aux disciples a pour effet d’accueillir, au sein même de l’histoire qui se poursuit, un temps qui appartient à Dieu, celui où est mise en pratique sa miséricorde.

« Faites des disciples toutes les nations : … enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ».
Observer les commandements de Jésus signifie désirer connaître la totalité de sa Personne et de sa façon d’habiter l’existence. Connaître Jésus donne faim et soif de le rejoindre parce qu’il est Celui qui rend humaine l’existence.

« Quant à moi, je suis avec vous tous les jours » ! Oui, par l’enseignement confié aux disciples, Jésus maintient ouverte la brèche qu’il a pratiquée.

Mais, frères et sœurs, … peut-on vraiment dire que, par la résurrection de Jésus, quelque chose est entré dans le monde, qui est capable à terme de le modifier de fond en comble ?

Permettez-moi une analogie. Pour nous qui en sommes témoins, la résurrection de Jésus nous place devant un choix comparable à celui qui se posera quand prendra fin la période de confinement que nous connaissons. Le choix sera : voulons-nous garder tel ou tel enseignement de ces événements ? Voulons-nous au contraire fermer au plus vite la parenthèse et poursuivre la vie de la même manière qu’avant ?

Dans la situation douloureuse générée par la pandémie, sur le versant positif nous sommes reconnaissants des diverses formes créatives que revêt rapidement l’entraide, la solidarité, le soutien. Un rapport différent s’établit entre jeunes et aînés. Des élèves découvrent dans la personne de leurs enseignants des adultes à leurs côtés, capables de se remettre eux-mêmes à l’école pour trouver de nouveaux moyens, afin de les aider.
Il est heureux aussi d’entendre, dans la bouche de telle femme ou de tel homme politiques, une exhortation à construire ensemble, qui s’appuie sur la responsabilité de chacune, de chacun, une affirmation claire qu’il s’agit de donner la priorité à la vie elle-même, de porter une attention première à ceux qui sont fragiles, parce que le but est d’aller vers l’avenir ensemble. Il a même été répété que nous devons apprendre à vivre jour après jour, pour discerner le moment et la manière d’agir.
Ce versant positif, ces priorités déclarées et mises en actes quel sera leur avenir ?

Pâques annonce et offre la fin d’un confinement fondamental : celui d’un monde individuel ou collectif clos sur lui-même, qui agit tantôt comme s’il était orphelin, tantôt avec autosuffisance et prétention, s’autogérant suivant des règles du jeu qui répandent comme une pandémie injustices, déséquilibres et désolation.
L’apôtre Paul a mis beaucoup d’énergie à exhorter les chrétiens à ne pas reprendre la vie d’avant, à ne pas poursuivre leur existence comme si la vie terrestre de Jésus n’avait été qu’une parenthèse.
La Pâque de Jésus change notre statut. Notre vie dit ou dira si nous assimilons l’espérance qui a été déployée pour tous, ou si nous nous comportons en ennemis de la croix ; si nous accueillons la grâce et vivons avec le Ressuscité ou si notre confiance repose sur des appuis illusoires.

Le pire pour l’humanité serait qu’elle se croie ou qu’elle se maintienne « confinée, à l’écart de Dieu ».

Ayez donc de l’empressement. Vite, allez dire : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts ». Dans les détresses comme dans les plus hautes joies, soyez contagieux de la vie qui n’a pas de fin !

Heureuse et sainte Fête de Pâques !

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour jeudi saint, 9 avril 2020

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour jeudi saint, 9 avril 2020


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LE VIATIQUE NÉCESSAIRE.

Le repas de la Pâque relie ceux qui y participent à l’événement de la sortie d’Égypte. C’est un repas « que nos pères prirent debout, le bâton en main, prêts à partir…1 » Exode 12, 11. Cela représente un climat particulier. Il y a l’immense espérance soulevée par l’annonce d’une libération prochaine, alors que l’on ployait depuis des années sous l’oppression et l’esclavage. Il y a la fébrilité des préparatifs de départ, un mélange de joie, d’espoirs et de craintes. Chacun est sur le qui-vive, l’imprévu et l’inconnu soudent dans une même solidarité tous les membres du peuple. Le dernier repas répond aussi à une nécessité toute concrète : il constitue le viatique indispensable pour tenir bon en chemin, pour assumer la première étape dont personne ne connaît la durée.

La Parole de Jésus, qui commande : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Prenez et mangez-en tous ! » retentit dans ce contexte de la libération réalisée par l’exode. Jésus est le Messie, l’Envoyé de Dieu qui incarne et réalise la Parole : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple… j’ai entendu ses cris sous les coups…. Oui, je connais ses souffrances.» Exode 3, 7.  Aussi vrai que Moïse a mené le peuple hors d’Égypte, aussi vrai que Dieu a frayé pour son peuple un passage au milieu de la mer, Jésus pratique un passage au travers de la mort pour toute l’humanité. Jésus, en sa Passion, accomplit pour la multitude une libération de toute forme de néant, une sortie de tout anéantissement.

« J’ai désiré d’un vif désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! », dit alors Jésus à ses disciples. Luc 22. 15. Rendons-nous attentifs à ce vif désir dont Jésus nous fait part. Si nous voulons être en communion avec lui, si nous l’aimons, accueillons ce désir. Jésus a hâte de libérer les êtres humains de tout esclavage. Il lui tarde que nous entrions dans l’unité qu’il partage avec le Père.

Désir et angoisse coexistent en Jésus : « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » Luc 12, 50.
Lors de ce dernier repas, l’atmosphère devait être lourde. L’un des plus proches de Jésus allait le trahir, et tous se demandaient de qui il parlait ainsi. L’heure était grave et en même temps en Jésus était l’élan de joie propre à la délivrance, l’élan de joie suscité par l’oeuvre du Père. Or, cette œuvre concerne le monde tel que nous le connaissons et le jeu des forces qui nous dépassent.
Il est remarquable qu’à l’heure où Jésus s’apprête à soutenir un combat d’une portée universelle et cosmique, il connaisse aussi le désir de vivre la simple rencontre des présences humaines. Le lien avec ses disciples donne son sens au combat qu’il affronte

À cette heure-là , Jésus « sachant que le Père a tout mis entre ses mains et qu’il retourne à Dieu comme il est venu de Dieu, se lève de table, dépose ses vêtements et passe une serviette dans sa ceinture ; il verse de l’eau dans une cuvette et commence à laver les pieds des disciples ».
Un dialogue naît de ce geste inconcevable : «Pierre dit à Jésus : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répond : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi.»  Jean 13, 8.
Puis, lorsque Jésus a repris place à table, il poursuit :  « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.» Jean 13, 12b-17.

Se pose toujours désormais la question : Acceptons-nous ce Seigneur ? Acceptons-nous qu’il nous entraîne sur cette voie ? « Heureux êtes-vous, si vous le faites », dit Jésus. Voulons-nous faire cette pâque, ce passage vers ce style de vie incarné par le Fils de Dieu ? Ou ferions-nous le choix de dire : « Je ne mange pas de ce pain-là ? ».

Jésus a lavé les pieds de ses disciples pour que l’on puisse dire : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire : « Il règne, ton Dieu ! » Esaïe 52, 7. Jésus a purifié chez ses disciples l’orgueil, le coeur de toute forme de suffisance, pour qu’ils soient trouvés limpides en annonçant l’évangile. Jésus demande à ses disciples de prendre la dernière place, car c’est là qu’ils attesteront par leur élan la Joie du royaume. Jésus demande à chacun des siens de se faire serviteur, en commençant par être serviteur des sœurs et des frères si connus, tout proches, afin que naisse communion mutuelle capable d’attirer un grand nombre vers la force de relations nouvelles….

Le repas de la Pâque, qui rend présent l’événement de la sortie d’Égypte, nous place donc à l’heure d’un départ, au seuil d’une mise en route. Or, ce qui va nourrir les pèlerins de la nouvelle Pâque, c’est l’être même de l’Agneau de Dieu : sa Personne et sa manière d’être au monde.

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » : c’est la présence de tout son être, c’est la réalité de sa Personne à laquelle Jésus nous donne part. Comme il arrive que l’on soit nourri par la présence, les propos et les actes d’une personne, Jésus nous offre de nous nourrir de sa propre vie. Et notamment d’assimiler ce qui le nourrit lui-même : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » … « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.» Jean 4, 31-34.

Accueillons-nous l’offre que nous fait Jésus de manger de ce pain-là ? Est-ce que nous adhérons au fait que la vraie nourriture d’une existence humaine est de faire la volonté du Père ? C’est le chemin de la nouvelle Pâque, c’est le déplacement auquel Jésus nous appelle. C’ est le passage qu’il nous ouvre pour nous faire entrer dans une existence de service envers quiconque.

Frères et sœurs, la situation que nous vivons actuellement nous fait reprendre conscience de tout ce que nous devons aux autres.

Ce que je dois aux autres…
En français, cette phrase a deux significations. Il y a ce que je sais avoir reçu des autres. Je leur dois les soins, l’éducation, une formation, d’heureuses découvertes… C’est le versant de la gratitude, toujours première puisque fondamentalement, c’est la vie elle-même que je tiens de ceux qui me l’ont donnée ! Jésus nous éduque ouvertement à la reconnaissance envers tous, envers quiconque. « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense. » Matthieu 10, 42. « Qui n’est pas contre nous est pour nous ». Marc 9, 40.

Par ailleurs, il y a ce que je me dois de donner aux autres, et c’est le versant du service. Au soir du jeudi saint, Jésus enseigne l’un et l’autre : le service dont j’ai été bénéficiaire, et le service que je suis appelé à donner. Mais le second n’est possible que si j’ai pris conscience du premier. C’est dans la reconnaissance pour ce que j’ai reçu que s’enracine le service véritable -et durable- pour autrui.
Selon ce que Jésus dévoile et accomplit, nous découvrons que le service que nous pouvons assumer est toujours précédé du service que Jésus accomplit en notre faveur. Seul l’accueil d’être servi par le Seigneur, l’acceptation d’être d’abord servi par lui, permet aux disciples d’entrer dans un service généreux qui cependant ne s’épuise pas et n’épuise pas.

Mais il y a encore une réalité de plus à recevoir. Une heureuse « stupeur » devrait nous saisir, une stupeur qui établit à jamais toute forme de service dans la reconnaissance . C’est que, à l’horizon de toute mission que nous puissions assumer brille un étonnant retournement : au Jour de l’accomplissement, le Seigneur ressuscité mettra sa Joie à nous servir, il nous accueillera…. en Serviteur 

« Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. En vérité, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir… ». Luc 12, 37.
Ainsi donc, non seulement dans le passé Jésus a pris la place du dernier des serviteurs en lavant les pieds de ses disciples, mais à la fin, il reprendra cette place ! Sa Joie sera encore de servir ceux qu’il a sauvés ! Amen.

1« Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur ». Exode 12, 11.
Preek van pastor Hyonou Paik voor de Zondag van Kana, 19 januari 2020

Preek van pastor Hyonou Paik voor de Zondag van Kana, 19 januari 2020


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Joh. 2,1-12 
De heerlijkheid van Jezus, dat wil zeggen de aanwezigheid van God onder de mensen, wordt onthuld door de gebeurtenissen in Kana te Galilea. De discipelen gaan in hem geloven door de vreugde die zij verwachten van het einde der tijden. Dit wordt gesymboliseerd door de overvloed aan wijn bij de bruiloft. Hij is de Christus, gestuurd door God. Hij komt ons redden op het  moment en op de manier die door God zijn bepaald. De waarheid horen is een ding, hem accepteren en in geloof aannemen is een ander ding, zoals een spreekwoord zegt: “de langste weg die een mens te gaan heeft is die van het hoofd naar het hart”. Daarom is het gezicht van het geloof, zoals voorgesteld in de moeder van Jezus,  een belangrijke meditatiebron.  Maria heeft haar vertrouwen in haar zoon uitgesproken in een moeilijke, gebrekkige situatie. Zij inspireert ons zo om in alle omstandigheden een waakzame kerk te zijn. God laat zich nooit beïnvloeden door de druk van de omstandigheden, en wij lopen altijd het risico dat onze smeekbede niet overeenstemt met het moment van Gods reactie. Maar zonder gebed en spirituele waakzaamheid zouden we nooit te weten komen wat we echt nodig hebben en wat God ons als goede gaven voor het leven schenkt.
Vanmorgen wil ik echter met jullie mediteren over een ander personnage in dit geloofsverhaal, ogenschijnlijk minder belangrijk maar minstens zo evocatief als Maria: de anonieme bedienden op de bruiloft in Kana. Als het gedrag van de moeder van Jezus ons herinnert aan de afstand tussen het hoofd en het hart, dan roepen de bedienden die grote kruiken water moeten sjouwen om de kannen te vullen, bij mij het beeld op van de afstand die ik moet overbruggen tussen mijn beslissing om op te staan en de vloer naast mijn bed, op een morgen dat ik helemaal geen zin heb om op te staan.
 
Gewaarschuwd door Maria en in opdracht van Jezus vullen de bedienden de stenen kannen met water. Deze kannen horen bij het reinigingsritueel dat voorafgaand aan de maaltijd wordt gehouden. Op het moment dat er wijn tekort is, zitten de gasten al behoorlijk lang aan tafel. Stelt u zich eens voor: tijdens een diner met gasten, blijkt bij het dessert dat er niets toe is en dan vraagt mijn vrouw me om de borrelnootjes te gaan halen; ik weet niet zeker of ik haar verzoek serieus zou nemen, zelfs als mijn schoonmoeder me eerder gevraagd zou hebben alles te doen wat mijn vrouw zegt. Daarbij komt, dat Jezus niet gevraagd heeft om twee kannen water te halen, maar om zes kruiken te vullen met elk een inhoud van twee tot drie metrete. Dus moet er zo ongeveer 600 liter water vervoerd worden. Omdat er geen stromend water was, hebben ze ontelbare keren heen en weer  moeten lopen naar de dichtstbijzijnde put of fontein om de kruiken tot de rand te vullen. 
Natuurlijk mogen wij niet zomaar invullen wat er niet wordt verteld in dit verhaal. We moeten hier geen blinde gehoorzaamheid aan een in beginsel absurde rangorde ophemelen. De evangelist is daar niet in geïnteresseerd,  en als we hierover gaan speculeren, gaan we voorbij aan de essentie, namelijk dat wat Jezus ermee doet en wat hij daardoor onthult over de aanwezigheid van God onder ons. 
Maar dat gezegd hebbende, hoe vaak komt het voor in ons leven, op onze geloofsweg, dat we het gevoel hebben in dezelfde situatie te verkeren als de bedienden. Wij bidden en gaan voorwaarts op de weg van vrede, gerechtigheid en liefde in de naam van God en Jezus Christus, en we hebben soms het idee dat onze gebeden en daden de verwachte vruchten dragen. Maar, een volgend moment, kunnen we de indruk hebben dat er niets is bereikt, dat God ons steeds het zelfde vraagt en dat het zinloos is het steeds opnieuw te doen.
Laten we een praktijkvoorbeeld nemen van het begin van deze Gebedsweek voor de Eenheid van de Christenen. De laatste jaren hoor je in onze streek veel stemmen opgaan om heel terughoudend op deze weg te zijn. Misschien zijn we gegrepen door de waan van de moderne tijd die ons doet geloven dat alles goed komt als je het maar de tijd geeft. We stellen ons voor dat we in een kabelbaan omhoog gaan die vanzelf bij de top van de eenheid uitkomt. Als we voor nieuwe oecumenische uitdagingen staan hebben sommigen de indruk dit al meerdere keren meegemaakt te hebben en geen steek verder te zijn gekomen, gezien de terughoudendheid.
 
Ongetwijfeld is het u bekend dat COTEC (communaute de Travail des Eglises Chretiennes du Canton Neuchatel – oecumenische werkgroep van de christelijke kerken in het kanton Neuchatel)bezig is met het wijzigen van de statuten. Dertig jaar geleden is dit orgaan opgericht met veel taken waaronder: “het bestuderen van de voorstellen van de synodale oecumenische vergadering, die van 1981 tot 1986 is gehouden in het kanton Neuchatel”. Welnu, gisteren heeft men een hele dag gewijd aan de toekomst van COTEC, omdat de gedelegeerden zich realiseren dat deze mijlpaal uit de 80-er jaren, hoe kostbaar ook, nu niet meer is dan een historisch moment. We moeten nieuwe wegen in gaan van gezamenlijke overwegingen en acties zonder nostalgisch te worden of ons af te zetten tegen het verleden. 
Ja, wij lijken op die bedienden die steeds opnieuw naar de put lopen, met zware kruiken op hun schouders. Maar denk niet dat ik mezelf zielig vind. In tegendeel! Want er is in beginsel geen weg naar de eenheid als we ervan uitgaan dat deze eenheid er komt door onze eigen inspanningen. De eenheid is een gave van God. Wij mogen ervan getuigen. In dit opzicht is er geen weg naar de eenheid maar is de weg die we samen nemen de eenheid.
In elk tijdperk, op elke plaats, komt de kerk voor stenen kruiken te staan die gevuld moeten worden in Jezus’ naam. Iedereen wordt uitgenodigd, met zijn bescheiden kan, op de weg van de put naar het bruiloftshuis. De enige vraag die ertoe doet op deze weg is: ‘ Wat voor goede wijn zal God ervan maken?”.
Ik geef een draai aan het citaat van Ghandi: “Er is geen weg naar de vrede, de vrede is de weg.”
[1] Je détourne la citation de Ghandi : « Il n’y a pas de chemin vers la paix, la paix est le chemin. »