Prédication par le pasteur Marc Balz, le 26 avril 2026

Prédication par le pasteur Marc Balz, le 26 avril 2026

Grandchamp, 26 avril 2026

Jean 10,1-10 // Ac 2,36-41 et 1Pi2,20-25

 

 

Dans l’Evangile de ce jour, Jésus, nous parle de deux bergers que tout oppose, l’un est légitime et bon, mais pas l’autre puisque c’est un voleur, un brigand, un prédateur sans foi ni loi. Le second est bien représenté dans le monde  politique actuel, bien, c’est dit !

 

Le berger légitime connaît ses brebis, elles lui appartiennent, il les a choisies chacune individuellement et il les conduit sur un chemin de vie. Et les brebis le suivent car elles le connaissent : elle se savent aimées et respectées.

Et à l’opposé, le berger illégitime est un brigand, il n’entre pas par la porte, il ne connaît pas les brebis, ne les aime pas : il survient pour voler et semer la mort, et on ne sait même pas pourquoi. Toujours est-il qu’il le fait et le fera encore.

 

Jusque-là, le texte est assez clair : l’amour et la vie d’un côté, la violence, la peur et la mort de l’autre.

 

Ce passage nous en rappelle plein d’autres qui nous confortent et nous font du bien. On pense au Psaume du bon berger, évidemment à Ézéchiel 34 où des bergers incompétents et négligents ne prennent pas soin du troupeau, le laissant être la proie des bêtes sauvages, ce qui conduit Dieu lui-même à dire (Ez 34.11)  «Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin». On peut penser aussi à tous ces passages, de la Genèse à l’Apocalypse, en passant par les Psaumes, Esaïe et les Évangiles, où il est question de porte, ou de brebis, ou de berger… Tous à leur manière viennent éclairer notre texte et résonnent dans nos mémoires et nos coeurs.

 

Et l’on se met peut-être à rêver, à se voir en brebis sur le chemin de notre vie, guidés par ce bon berger qu’est le Christ, dont on connaît la voix, à qui nous appartenons et qui nous donne la vie en abondance. On tremble à l’idée de se tromper de berger, d’en suivre un autre qui nous conduirait à notre perte… Pourquoi pas !

 

Pourtant, des zones d’ombre demeurent : ce passage ne nous dit rien sur l’identité du portier, ou encore moins du brigand. Que représente cet enclos dans lequel se trouvent les brebis ? On se demande aussi pourquoi le berger légitime n’appelle que les brebis qui lui appartiennent par leur nom : pourquoi ne les appelle-t-il pas toutes et que se passe-t-il pour les autres ? Que représente vraiment cette nourriture que trouve celui qui passe par la porte ? Pourquoi Jésus dit-il qu’il est la porte, avant de dire dans la suite du texte et peut-être plus logiquement qu’il est le bon berger ?[1]

 

Bref, les images utilisées par Jésus nous parlent, elles paraissent claires, mais on voit bien qu’elles ne le sont pas entièrement, ce qui ne nous facilite pas la compréhension. Mais heureusement d’ailleurs, car cela nous pousse à chercher, …. et c’est l’occasion de se rappeler ce délicieux koan japonais, qui dit que «celui qui trouve a mal cherché !» Alors cherchons, en espérant ne pas trop trouver quand même !

 

Je dois vous dire que depuis que sœur Dana m’a indiqué que je devrais prêcher sur ce texte ce matin, j’y pense beaucoup, j’ai cherché longtemps et tourné en rond, beaucoup, à la recherche d’indices qui me mettraient sur une piste qui au-delà des apparences et des commentaires convenus, nous apporterait une nourriture essentielle. Et un matin, j’ai découvert que le mot «enclos» du début de cette parabole, «aulè» en grec, désigne moins la clôture d’une bergerie (c’est ce qu’on trouve dans nos traductions) mais aulè, c’est un palais ou le parvis du Temple[2]. Entre une clôture et le parvis du Temple, il y a un monde, non ?

J’ai aimé découvrir que ce bon berger qui fait «sortir» ses brebis comme le disent nos traduction, «ekballô» en grec, peut désigner un accouchement, ou alors un démon qui est «chassé», ou enfin ces marchands «expulsés» du Temple  par Jésus[3]. C’est toujours le même verbe, mais tellement plus riche et inspirant que d’emmener des brebis en promenade !

 

Enfin, j’ai aussi aimé apprendre que la «nourriture» trouvée par celui ou celle qui va et vient par cette porte qu’est Jésus, cette nourriture donc, «monè» en grec, signifie aussi croissance. Croître, c’est quand même plus réjouissant que brouter ou juste se nourrir…

 

Et cela m’oriente vers une compréhension plus ouverte, plus vaste, plus symbolique aussi. Comme le suggère Laurent Jouvet dans un récent podcast[4] : qu’est-ce que ce passage me dit de mon espace intérieur, de mon rapport avec Dieu ? Jésus nous parle de quelque chose de très profond d’une manière imagée, car on ne peut rien dire directement de la vie spirituelle, on ne peut que travailler que par image qui résonnent avec notre intériorité. Du coup, l’Écriture – et ici notre Seigneur – emploie des images du monde courant pour expliquer ce qui ce passe à l’intérieur de nous, puisque les images parlent bien plus que des concepts abstraits.

 

Alors donc, et si ce texte nous parlait de notre âme, dans laquelle des brebis (nos pensées, toutes nos pensées) vont et viennent, s’agitent dans tous les sens, de nuit comme et de jour[5], sans cesse, et que Jésus, lorsqu’il entre dans notre âme, appelle par leur nom, les chassant dehors, comme les marchands du Temple, afin que notre Temple intérieur, notre âme si vous voulez, retrouve son calme, son silence profond ; un silence dans lequel nous pouvons demeurer dans sa douce Présence ?

 

Certes et en permanence, ces brebis sont menacées par des prédateurs connus : notre anxiété pour ce monde en péril, pour nos enfants, nos proche, les animaux et la biodiversité, cette terre qui nous nourrit et nous porte. Toutes ces peurs bien légitimes sont présentes en nous, nos colères qui ne se calment pas, nos tristesses parfois sans fond et qui nous rongent. Jésus les connaît par leur nom, c’est lui qui marche à leur tête, avec nous, il les fait sortir, les expulsent parfois même, jusqu’à ce qu’elles se calment, se taisent, ou peut-être juste pour qu’elles prennent leur place en nous, mais rien de plus.

Arrive un jour, les brebis de nos pensées peuvent aller et venir, circuler paisiblement, mais quel chemin cela nous a fait faire.

 

Et si ce texte nous parlait enfin d’une nourriture qui nous fait croître, qui nous élargit, qui nous transforme, d’une nourriture suressentielle[6] qui nous ouvre à une vie en abondance ? «Voici, je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, alors j’entrerai, je prendrai la Cène avec lui et lui avec moi» (Ap 3.14). N’est-ce pas aussi de cela que nous parle ce texte, de ce repas que nous partagerons juste après et qui n’en finit pas de nous transformer ?

 

De notre naissance à aujourd’hui et demain, nous entrons et nous sortons de nous-mêmes, nous expérimentons, nous tâtonnons, nous cherchons, nous vivons tant bien que mal notre vie, mais toujours, le Christ nous accompagne, jusqu’au moment où dans notre Temple vide, nous goûtons le silence de sa présence.

Amen.

 

[1]C’est du reste aujourd’hui le dimanche du bon berger, et pas le dimanche de la porte !

[2]J.Zumstein, l’évangile selon St-Jean, Labor et Fides vol 1, p. 339  et C.l’Eplatenier, Jn 10,1-10 in Lire et Dire 23c

[3]Pour mémoire, le Sermon 1 de Maître Eckhart sur ce thème.

[4]L.Jouvet, la spiritualité au quotidien, podcast du 16 avril 2026

[5]Les brebis placée dans le jardin de la cure où nous habitions ne s’arrêtaient jamais, pas même une minute durant la nuit !

[6]C’est le sens du pain «de ce jour», epioussios, dans le Notre Père

Prédication par le pasteur Christophe Reymond, le 9 avril 2026

Prédication par le pasteur Christophe Reymond, le 9 avril 2026

Jeudi 9 avril 2026 – Grandchamp

Jean 20, 1 – 18

 

Ce soir, je vous invite à suivre Marie de Magdala, ou Marie Madeleine si vous préférez, pour nourrir notre foi et notre vie.

Cinq verbes nous guideront :  chercher, voir, entendre, se dire, et rencontrer.

Marie de Magdala ? C’est d’abord une femme qui cherche.

Elle cherche à apaiser sa souffrance. Son Seigneur et ami, Jésus de Nazareth est mort. Sans doute plus que les autres, elle ressent ce vide. Alors, elle est la première à se rendre au tombeau – au début du chapitre 20 de l’Evangile de Jean.

Et, brutalement, elle ne rencontre que le vide… du tombeau.

Alors, elle court, Marie. Elle va chercher de l’aide.

Il faut chercher le corps du Seigneur… Il a disparu, volé peut-être. Plus rien à se raccrocher.  Besoin, puissant, de faire son deuil, et de retrouver quelque chose de sa présence.

Oui, Marie de Magdala est une femme qui cherche.

 

Ne sommes-nous pas nous aussi, à notre manière en recherche…

Avec nos manques, nos blessures de vie, nos peurs, nos questions, nos doutes, et le besoin de chercher qui en découle ?

Et dans ce mouvement de recherche, il est donné à Marie Madeleine de voir. Elle voit le tombeau vide. Elle voitdeux anges, et enfin elle voit celui qu’elle prend pour un jardinier. Oui, elle n’en finit pas de voir.

Mais curieusement, ces trois « visions » de Marie de Magdala ne font qu’aggraver sa tristesse et sa perplexité.  En tout cas, elles ne lui permettent pas de croire à la résurrection de son Seigneur.  Par trois fois, la réaction de Marie n’est que stupeur et larmes. On lui a enlevé le corps de son Seigneur, et elle ne sait où se trouve… Un peu comme une obsession qui ne lui permet pas de comprendre ce qu’elle voit…

Pourtant Marie n’arrête pas de voir des signes…

Mais ce qu’elle voit… ne fait pas naître la foi.

Non décidément, voir pour croire, cela ne suffit pas !

La foi ne surgit jamais automatiquement d’un simple constat vérifiable. Même pour les témoins bibliques.

Seulement Marie ne fait pas que voir. Elle entend également.

Troisième verbe clé : entendre.

Elle entend les anges lui parler.  Juste une question. Ni théorie, ni consolation a bon marché : « Femme ! Pourquoi pleures-tu ? ».

Une question qui prend soin d’elle, qui la prend comme elle est, là où elle en est, avec ses larmes. Un tact divin !

Plus loin, elle entend le présumé «jardinier». De nouveau, pas de déclaration fracassante, mais un pas de plus.Un « Qui cherches-tu ? » s’ajoute au « Femme, pourquoi pleures-tu ? ».

En fait, le Christ prend le temps d’écouter Marie Madeleine. Par ses questions… il lui donne la parole… et la possibilité de se dire,

Se dire… tout en vérité et honnêteté.

N’est-ce pas là un besoin que nous avons tous.

 

Quatrième verbe clé donc  : se dire.

Et que dit Marie de Magdala ce jour-là ?

Aux disciples, elle fait sienne la souffrance du groupe :

« Ils ont enlevé le Seigneur, nous ne savons où ils l’ont mis ». ;

Aux anges, c’est sa propre crainte qu’elle exprime : « ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils l’ont mis ».

Au « jar­dinier », elle s’implique définitivement dans la recherche: « dis‑moi où tu l’as mis et moi j’irai le prendre».

La recherche de Marie se fait de plus en plus profonde, personnelle, engagée. Elle chemine, elle évolue. Cette quête implique de plus en plus tout son être : « moi j’irai le prendre ».

Finalement… en face de Marie… résonne un mot. Résonnent cinq lettres en forme de prénom « Marie ».  Non plus cette fois « femme » comme des millions d’autres, mais « Marie ».

Son nom prononcé rétablit une communion. Son nom prononcé la reconnaît personnellement et révèle celui qui la nomme.

Marie peut alors reconnaître et rencontrer le Ressuscité, c’est‑à‑dire qu’elle voit, cette fois, avec les yeux de la foi : « Rabbouni », « Maître ».  Ins­tant crucial de l’existence de cette femme qui devient un être unique, Marie, appelé par son Seigneur.

Et c’est bien d’une rencontre qu’’il s’agit.

Rencontre de deux paroles : la parole laborieuse de Marie en recherche et celle du Maître qui la nomme et l’accueille.

Savons-nous ? Sommes-nous intimement persuadés et conscients que notre nom, enfin notre prénom, le mien, le vôtre, est inscrit dans le cœur de Dieu ?

Que le Christ ne cesse de nous reconnaître, chacune, chacun, comme unique et irremplaçable ?

Que le Christ ne cesse de nous appeler, chacun, chacune par notre nom ?

Et de cette rencontre, Marie de Magdala, elle, va même en devenir témoin.  Et nous ?

Christophe Reymond

Prédication par le pasteur Michel Cornuz, le Dimanche de Pâques 2026

Prédication par le pasteur Michel Cornuz, le Dimanche de Pâques 2026

Matthieu 28, 1 à 10

« N’ayez pas peur »

Matthieu nous raconte de manière très étonnante la découverte du tombeau vide : il utilise un langage apocalyptique pour exprimer le sens de Pâques. La terre tremble, l’Ange du Seigneur descend du ciel, il roule la pierre et s’assied dessus ! Ces images apocalyptiques situent la résurrection dans le vaste combat entre les forces du Mal et celles du Bien, les puissances des ténèbres et celles de la lumière, les pulsions de mort et celles de vie… Un combat cosmique – c’est pourquoi la terre tremble et l’Ange descend du ciel- La résurrection est alors présentée comme la victoire finale de Dieu sur tout ce qui cherche à anéantir les êtres humains.

Mais le risque d’un tel langage et de telles images est qu’elles sont bien loin de nous, de notre quotidien, de nos luttes de tous les jours… Le danger serait même qu’on assiste en simple spectateur à cette Victoire cosmique du Christ sans qu’elle vienne transformer en profondeur notre existence …

 

C’est là que la Parole de l’Ange est importante, il y a la dimension spectaculaire qui doit laisser les femmes tremblantes et sans voix, et il y a la Parole qui s’adresse à elle et leur donne une mission… Et le premier mot de l’Ange est « n’ayez pas peur ! » Il n’y a pas que la terre qui tremble en ce matin de Pâques, les femmes devant le tombeau vide ont dû ressentir comme un séisme intérieur... Toutes les évidences s’effondrent, tout le côté « habituel » de la vie est bousculé, toutes leurs représentations sont sens dessus dessous… Elles venaient pour pratiquer les rites funéraires, elles savaient bien que la mort finit toujours par être victorieuse et par prendre ceux qu’on aime, c’est l’inéluctable de l’existence humaine… Donc elles tentaient d’apprivoiser la mort par des rites avec une confiance pour une résurrection future, lointaine de celui qu’elles avaient aimé… Et voilà que ce matin de Pâques, tout est différent ! Ce qui se passe n’entre pas dans leurs catégories ! C’est inouï, incompréhensible… Oui, un séisme intérieur !

Alors l’Ange leur dit : « N’ayez pas peur » ! Mais il ne dit pas cela comme un slogan, comme on l’entend trop souvent de nos jours ! Un slogan qui s’adresserait à tous et finit par ne concerner personne ! Un appel général à la sérénité… Non, c’est bien à ces proches de Jésus que s’adresse cet encouragement à surpasser la peur… « N’ayez pas peur, vous“ ! fait dire Matthieu à l’ange, alors que les gardes étrangers à toute foi, en restent au bouleversement et restent « comme morts », n’ayez pas peur vous qui avez suivi Jésus, qui l’avez accompagné, qui avez mis vos pas dans ses pas, qui avez déjà saisi sa main quand vous étiez dans des moments difficiles !

Ce » n’ayez pas peur «  fait écho à tous les « n’ayez pas peur » que Jésus a prononcés pour ses disciples tout au long de son ministère: lors de la tempête apaisée, lorsqu’il marche sur l’eau et qu’ils croient alors à un fantôme, lors de sa transfiguration ou lorsqu’il leur annonce qu’ils seront trainés devant des tribunaux et persécutés! C’est en quelque sorte comme si Jésus disait à ses amis : « Avec tout ce que vous avez déjà vécu en ma compagnie et qui vous a ouverts à du nouveau, qui vous a sortis de vos habitudes de pensée et de vivre, de vos conditionnements sociaux ou religieux, de vos normes et références habituelles, de vos enfermements, ayez confiance en ma Présence, en mon Accompagnement pour affronter l’inattendu… N’ayez pas peur ! »

Cette parole peut traverser les siècles et nous concerner aussi ! Avant de trop vite passer à cette Victoire finale de Pâques sur le dernier Ennemi qu’est la mort… pensons à toutes les petites victoires qui ont eu lieu ou qui ont encore lieu dans nos luttes quotidiennes quand nous nous ouvrons à l’Esprit du Christ, quand nous sommes en communion avec Lui, quand nous marchons à la suite de Jésus...

Il y a souvent des minis séismes intérieurs qui se passent lorsque nous parvenons à nous ouvrir à autruiau lieu de rester enfermés en nous-mêmes, lorsque nous vivons réellement le pardon qui ouvre à de nouvelles relations au lieu de rester à ruminer nos rancœurs, lorsque nous renonçons à juger, à catégoriser, telle ou telle personne pour vraiment désirer la rencontrer telle qu’elle est, dans son unicité… Bref lorsque nous déverrouillons un peu nos cœurs, que nous laissons le souffle de l’Amour passer et vaincre nos blindages, alors nous parvenons parfois à sortir de nos chemins habituels, de nos préjugés, de nos peurs paralysantes et notre vie s’ouvre sur l’inattendu!

Cela peut se vivre dans nos relations avec les autres, mais aussi avec Dieu : lorsque dans la communion avec Jésus, nous découvrons un Dieu paternel que nous pouvons appeler « Abba » – « papa », un Dieu infiniment proche et bienveillant, et non un juge lointain et implacable, cela peut provoquer aussi un bouleversement intérieur qui nous ouvre à la confiance ! Nous pouvons alors, dans des moments difficiles ou lors de décisions à prendre, nous abandonner entre les mains de ce Dieu bienveillant, et faire l’expérience qu’il nous conduit sur nos chemins, qu’Il nous accompagne et ne nous abandonne pas… Cette remise à Dieu comme seul guide nous ouvre aussi à l’inattendu !

Enfin, cela peut se vivre aussi dans notre relation avec nous-mêmes, lorsque nous acceptons d’être aimés par Dieu tels que nous sommes, que nous accueillons cet Amour inconditionnel en profondeur, nous n’avons plus besoin de nous justifier à nos propres yeux et sous le regard d’autrui, nous pouvons alors casser notre vision négative de nous-mêmes qui peut si souvent nous mettre à terre, pour vivre une juste estime de soi qui nous permet là encore de vaincre certains blocages et d’avancer vers l’inconnu…

Voilà ce que réveille en nous le « N’ayez pas peur » de l’Ange de Pâques, qui a roulé la pierre du tombeau et qui s’assied dessus ! Il nous invite à voir toutes les petites pierres que Dieu a déjà roulées dans nos vies pour nous ouvrir à des réalités nouvelles, tous les pas que nous avons déjà fait pour sortir de nos peurs et affronter l’Inconnu avec confiance et détermination, toutes les relations que nous avons rétablies et qui nous ont sorti des séparations mortifères… Alors, quand nous voyons comment Dieu a déjà roulé toutes ces pierres et comment il continue à le faire, nous pouvons saisir le sens de Pâques, lorsque nous regardons toutes nos petites victoires avec l’aide de Dieu contre tout ce qui est porteur de mort dans nos existences, nous pouvons nous ouvrir à la Victoire finale du Ressuscité sur le dernier ennemi !

« N’ayez pas peur ! »

Prédication par le pasteur Michel Cornuz, le Jeudi Saint 2026

Prédication par le pasteur Michel Cornuz, le Jeudi Saint 2026

Grandchamp : Jeudi saint 2026 . Évangile de Luc

Jésus, alors qu’il sent bien que son heure approche, a « le désir, le très grand désir » de manger cette Pâque avec ses disciples…. C’est l’unique fois dans tous les évangiles où il est question du « désir » de Jésus ! Le fait que ce terme soit en plus redoublé montre que pour Luc, il y avait à ce moment de la vie de Jésus quelque chose de capital ! Le désir de Jésus est d’être « avec »… de reformer une dernière fois sur cette terre cette communauté de table avec ses proches, qui sera accomplie dans le Royaume… Jésus ne veut pas être « sans » ceux et celles qui l’ont suivi tout au long de son ministère… Comme il a toujours été « avec » Dieu, dans cette proximité intime avec Celui qu’il appelait « Abba », il veut être « avec » ses frères et sœurs, enfants du même Père. Il y a chez Jésus un profond désir de communion !

« Je désire d’un si grand désir prendre ce repas avec vous » … Voilà ce que nous redit Jésus chaque fois que nous célébrons la Cène : Le Christ est donc toujours déjà là, il nous attend, il nous désire, mais c’est bien souvent nous qui ne sommes pas là ! Le Christ est présent, mais c’est nous qui sommes absents ! C’est nous qui nous coupons de Lui, qui nous isolons, qui faisons « sans », au lieu d’être avec ! Le désir du Christ est que nous sortions de notre île spirituel, de notre isolement, que nous soyons « avec » lui et « les uns avec les autres » pour lui permettre de faire jaillir en nous et au milieu de nous la plénitude de Sa propre vie offerte…

Ce soir, nous pouvons faire nôtre cette très ancienne prière d’une liturgie eucharistique : « Que je ne sois jamais séparé de toi » et nous pourrions ajouter « Car tu ne veux pas être séparé de moi »… « Que je ne sois jamais sans toi, ni sans mes frères et sœurs, car tu ne veux pas être sans nous »… Ou plus positivement « Que je sois toujours avec toi et avec mes frères et sœurs pour répondre à ton grand désir d’être avec nous ».

 

Prédication de la pasteure Laurence Mottier, Dimanche des Rameaux, le 29 mars 2026

Prédication de la pasteure Laurence Mottier, Dimanche des Rameaux, le 29 mars 2026

Prédication Rameaux 2026

Zacharie 9, 8-10

Phi 2, 5-11

Matthieu 21, 1-11

Quelque chose bouillonne au passage de cet homme qui aime en dérangeant. Qui dérange en aimant.

D’ailleurs, quelqu’un d’important est –il entré dans notre vie sans y mettre le désordre ? sans nous bousculer ? nous secouer ? nous transformer ?

Ainsi en est-il de Jésus dans chaque vie qu’il pénètre et rejoint au plus intime.

Ainsi en va –t-il pour Jérusalem, la fière, la hautaine, si orgueilleuse de son ordre de pureté, prête à tuer plutôt que de changer : Jérusalem, restera-t-elle sourde et imperméable à cet homme de paix, monté sur un ânon, ce roi, sans épée, sans couronne, sans armée ?

 La population, elle, exulte, elle a saisi le passage décisif de cet homme désarmé, et porteur d’une paix transformatrice, d’une paix venant de Dieu, promise depuis des générations et c’est un joyeux désordre. On jette ses vêtements, on saisit des branchages pour lui faire une allée d’honneur, pour les lever au ciel et crier sa joie.

 Hosanna : cri de joie et de reconnaissance pour cet homme, ce Messie plein de douceur annoncé par le prophète Zacharie.

Et aussi appel au secours : sauve-nous de grâce, toi qui arrives parmi nous, humble et vulnérable…

 Un peu comme si Jésus arrivait à vélo, plutôt que dans une voiture blindée aux vitres noircies;

à vélo, plutôt que sur un tank accompagné de tout un arsenal de mort.

Désarmé, tête nue, mains vides et cœur ouvert, pieds traînant dans la poussière des chemins, Jésus annonce un Royaume, dont le roi désapprendra la violence, pour que la population puisse cultiver la terre au lieu de la réduire en cendres, dans le feu et le sang : « les arcs de guerre seront détruits » chante Zacharie ; « de leurs épées les humains forgeront des socles de charrue, de leurs lances des serpes », clame le prophète Michée. Cultiver ses champs, son esprit, ses relations, son lien à Dieu, à Christ, c’est cultiver la possibilité de la paix, de la concorde et d’une vie commune bonne.  Détourner les besoins humains de domination, transformer les pulsions de mort vers ce désir du bien commun et du service de la vie, du service à autrui, c’est le chemin que nous indique le Dieu de Michée, de Zacharie et de Jésus. N’est-ce pas là la source même des commandements divins ? S’atteler à la Bonté du bien, à une pacification du monde, des nations et de chaque maisonnée, au lieu de se répandre dans une guerre d’attrition, visant la destruction d’ennemis désignés, semant terreur et désolation.

Hosanna, cri de joie et de salut

Voici Jésus monté sur un ânon accompagné de sa mère l’ânesse ; quel tableau saisissant !

Un peu comme si Jésus arrivait entouré de civils, des femmes et des enfants, pris dans la mâchoire des puissants ; Jésus solidaire des premières victimes de la violence, les femmes et les enfants, il marche avec eux, avec elles, avec les populations migrantes et réfugiées, avec les condamnés à mort, avec les torturés et les suppliciés, avec les militants et militantes pour le climat, pour la démocratie et les droits humains, pour la paix. Et justement, aujourd’hui où les logiques guerrières et meurtrières semblent prévaloir, n’est-il pas urgent et nécessaire d’affirmer haut et clair, en paroles et en actes, la paix, une paix véritable ? En marche les faiseurs et faiseuses de paix, les semeurs et semeuses de paix, vous êtes enfants de Dieu. (Matthieu 5)

Lui, Jésus, qui a dû fuir la violence sanguinaire d’Hérode dans les bras de Marie, que l’on représente volontiers montée sur un âne conduit par Joseph, dans la nuit noire, le voilà dans la lumière de Jérusalem, faisant face à la violence des violents, armé de la seule justice et du seul amour, qui le lie à toute la population civile, aux simples gens, aux gens de bonne volonté, à la masse des pauvres, des opprimé·es, des vaincus, des oublié·es

Hosanna, cri de joie et de salut

Il arrive le messager de Dieu, l’itinérant, le nomade, le Fils d’humanité qui n’a pas où poser la tête ; il ne revendique pas un trône, ni un palais mais une cabane sur la route, une simple cabane au toit troué pour y voir les étoiles, pour y rêver sa vie, perméable à l’autre, à la réalité, à la nature, aux écosystèmes ;  une cabane aux simples branchages, écho de la fête de Souccot où l’on fait confiance à un Dieu de transhumance ; qui ne s’installe jamais ; qui ne nous installe jamais dans la puissance d’une doctrine, d’une religion, d’une politique mais nous renvoie sur la route, nomadiser avec les autres humains et avec tout le Vivant.

Comment ne pas être bouleversée bousculée par ce Messie qui entre, dans ma vie, dans nos vies, avec une telle clarté, douce et radicale ? entrant résolument dans notre monde enténébré, qui soupire après une paix si friable, se baignant si aisément dans le sang et les larmes.

Si aujourd’hui Jésus est un roi sans armes entouré d’une population confiante, joyeuse, heureuse, elle qui crie Hosanna, il est vrai que demain il sera un roi solitaire abandonné de tous moqué, humilié, violenté, couronné d’épines, cerné par une population qui criera Crucifie.

Aujourd’hui, il entre librement dans sa Passion, sans être dupe de la violence et du goût du meurtre tapis en nous prêts à surgir et à se déchaîner.

Il avance telle la petite fille espérance de Charles Péguy

Une petite fille prise sous les bombes, chancelante dans des vents de tempête, d’orgueil et de folie, une petite fille qui avance dans une résistance d’amour et de douceur, voué et dévoué à l’être humain au vivant à chaque vivant et vivante.

Aujourd’hui et demain, le Christ est le même : il fait face à la réjouissance comme à la souffrance ; sa puissance c’est le don de soi un amour prêt à se donner jusqu’au bout, jusqu’au don de sa propre vie.

Pour aujourd’hui, chères sœurs, chers frères, fêtons la joie et la liesse et accueillons notre Messie, notre Roi, ouvrons lui nos cœurs, offrons lui nos habits, nos oripeaux, notre réalité, notre société, notre monde. Bâtissons une paix véritable. Il nous rejoint, ouvert aux 4 vents de l’humanité, pavant nos chemins et avançant sans crainte au-milieu de nous.

William Bunge écrit en 1980 dans l’Atlas sur la guerre nucléaire : « Notre planète est trop petite pour la guerre, mais bien assez grande pour la paix ».

Amen

 

Prédication du pasteur Jean-Philippe Calame, Samedi de Lazare, le 28 mars 2026

Prédication du pasteur Jean-Philippe Calame, Samedi de Lazare, le 28 mars 2026

Mes sœurs, mes frères,

Jésus dit ouvertement aux disciples : « Lazare est mort, et je me réjouis à cause de vous que je n’aie pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui ! ».

Au premier abord, il est choquant que Jésus se réjouisse de ne pas avoir été là. Je vous propose une perspective à ce sujet. Jésus ne se réjouit pas de la mort. Mais il se réjouit parce que la mort va être bouleversée. Va être aussi bouleversée la manière dont les disciples, et nous-mêmes, voyons la mort. Cela s’appelle croire.

« Je me réjouis à cause de vous que je n’aie pas été là,

afin que vous croyiez. »

L’appel de Lazare hors du tombeau est le 7è et dernier signe, dans l’évangile de Jean, pour éclairer la mort de Jésus sur la croix et situer sa résurrection. Jésus pleure la mort de son ami, Jésus éprouve un séisme intérieur en voyant la tristesse de Marthe et de Marie, et en voyant l’absence de foi chez ceux qui l’accusent et décideront de le crucifier. Depuis que le doute envers Dieu a pris place dans le cœur humain et que le mal prolifère, la mort a  revêtu le pouvoir de réduire à rien : nous la voyons comme le signe que Dieu n’est pas là ; nous l’éprouvons comme une séparation absolue ; et plus la mort prend des formes violentes, plus elle suscite le durcissement dans la décision de s’en sortir seul dans l’existence, ou dans le désespoir, ou le désir de vengeance. Voilà le visage qu’a pris la mort. C’est ce pouvoir de la mort dont Jésus dans sa passion va porter tout le poids.

Mais Jésus en même temps se réjouit, ici dans l’évangile, parce que l’heure vient où il va délivrer l’humanité de cette malédiction qu’a revêtu la mort, et il vient annoncer cette bonne nouvelle par le 7è signe au tombeau de Lazare.

Lui, le Verbe éternel de Dieu, il vient commander à la nuit, il ordonne à la mort de reculer. « Que la Lumière soit ! Lazare, sort ! ». « Déliez-le, qu’il voie, qu’il soit libre d’avancer, et d’aller ! »

Ces mêmes paroles, Jésus crucifié les prononcera le samedi saint, au séjour des morts, où il fera retentir en premier l’annonce de sa victoire : « Adam, lève-toi ! Je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif ! Lève-toi, sortons d’ici ! Car nous sommes un même être en Dieu , rendus indivisibles par son Amour ! ».

La mort a été bouleversée. La maladie de Lazare et sa mort n’ont pas pu altérer la relation d’amitié de Jésus. Dieu se glorifie en redonnant la vie d’alliance à l’être humain. La mort de Jésus ne signifie pas un échec, mais la fin du pouvoir de séparation et de cassure qu’a revêtu la mort. Voici la foi qui réjouit Jésus et pour laquelle il se donne : « On ne dira plus : ‘si tu avais été là’….  Car JE SUIS toujours avec vous, en tout temps. La mort a été dépouillée de son pouvoir de séparation et d’anéantissement. Qui me fait confiance, qui accepte de vivre l’amitié du Père, est avec moi, et moi avec lui, qu’il soit, qu’elle soit bien portant ou malade ; la mort elle-même ne l’arrachera pas de moi, ni de la main du Père ».

 La mort, avec Jésus Resuscité, redevient un événement où il nous garde main dans la main, et où la confiance, la foi demeure.

Que l’Esprit Saint, mes sœurs, mes frères, nous donne cette foi. Que la passion et la résurrection de Jésus-Christ nous enseignent à donner tout son poids, son poids définitif, à la vie : la vie avec tous, la vie ouverte à la présence de Dieu qui se donne sans fin.

Amen.