Homélie du pasteur François de Charrière pour la fête des récoltes, le 5 octobre 2023

Homélie du pasteur François de Charrière pour la fête des récoltes, le 5 octobre 2023

Prédication de Deutéronome 16, 13-17

Trois fois par an, trois fêtes pour rencontrer Dieu, pour aller voir la face du SEIGNEUR.
La fête de la Pâque, ou fête des pains sans levain. Avec cette fête de la sortie d’Egypte, Israël avait conquis son existence politique. C’est la fête de la libération marquée par la puissance de l’action de Dieu: «Cheval et cavaliers à la mer, il les jeta!» chante Myriam. (Exode 15,21)
Puis vient la fête des sept semaines, 50 jours. C’est la fête de Chavouot, la pentecôte juive. Le peuple reçoit le don de la loi. Dieu parle et écrit les dix paroles de la Tora. Cela donne à Israël une identité spirituelle et intérieure. «Rien n’advient par la force ou la puissance mais par mon Esprit, dit le SEIGNEUR.» (Zacharie 4,6) Chavouot, Pentecôte centre le don de la loi sur Dieu lui-même. Et quand il est oublié, il n’y a plus de loi!
Ainsi, il est raconté que lorsque Moïse est descendu du Sinaï, la première fois avec les tables de la loi, et que le peuple, resté en-bas, fatigué par l’absence de Moïse avait construit un veau d’or. Et bien, l’écriture s’est effacée des tables, à l’instant même où le peuple adora le veau d’or, avant même que Moïse ne les brisa. Je trouve ce commentaire juif magnifique!
Là où l’auteur est renié ou méconnu, le texte lui-même s’évanouit et nulle force de la raison ne peut le retenir. La loi n’a pas d’existence en soi, elle est suspendue à son auteur au souffle de Dieu. C’est pour cela que la loi est bonne, libératrice et vivifiante, …comme Dieu! Célébrer la pentecôte juive, le don de la loi, c’est se tourner personnellement vers son auteur qui nous libère de toutes nos servitudes. La libération politique en quittant l’Egypte et la libération intérieure et spirituelle en respectant le loi. La loi libère quand on n’oublie pas qui est son auteur.

La troisième fête est la fête des Tentes. On se rappelle que dans le désert on vivait sous tentes. Et cette fête coïncide avec la fin des récoltes. Fête des Tentes ou fête des récoltes. « Sept jours durant tu feras un pèlerinage car le SEIGNEUR ton Dieu t’auras béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions, et tu persévéreras dans l’état de joie» (Deutéronome 16,15).
Le caractère de cette fête est traditionnellement souligné dans la communauté juive par les «4 espèces» : une branche de palmier, deux branches de saule, trois branches de myrte et un beau fruit comme le cédrat, sorte de gros citron jaune. Et les tentes sont faites avec ces branchages.
Si les deux premières fêtes étaient marquées par la force politique et la profondeur spirituelle, comment qualifier cette fête? Comment la qualifier, quand la récolte a été bonne ou quand la récolte laisse présager la famine? Je la qualifie, fête de la simplicité ou fête de la fragilité. Fragilité des symboles avec de simples branchages. Fragilité de notre marche, nous sommes toujours dans le désert et pas encore arrivés. Les promesses de Dieu sont là et pas encore là. Fragilité de mon comportement. Quand la loi nous dit: «Tu ne tueras point!» nous sommes donc invités à défendre, soutenir et favoriser la vie. Aider à vivre, quel programme!! c’est une lutte difficile et permanente!!
Célébrer la fragilité alors et y voir malgré tout, la bénédiction de Dieu. « le SEIGNEUR ton Dieu t’auras béni dans tous les produits de ton sol!» Ça c’est la reconnaissance, la joie du partage avec tous : ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l’émigré, l’orphelin et la veuve (Deut 16,14). Joie universelle des récoltes, pas de frontière ou de conditions au partage.
« le SEIGNEUR ton Dieu t’auras béni dans toutes tes actions!» Ça c’est nouveau, particuliers et original, regard en arrière: reconnaître ce que j’ai réussi à faire, reconnaître ce que j’ai réussi à vivre, à communiquer!
Vous le savez, nous ne sommes pas tendre avec nous même. Nous nous critiquons, nous nous dévalorisons, nous sommes insatisfaits. «Je suis nul!» Je m’en veux!» «J’arriverai jamais à traverser ce désert!»
Alors fais un pèlerinage intérieur et cherche dans tes actions la bénédiction de Dieu. Sois fier de ce que tu as réussi à faire et à offrir. Fête des Tentes: fête de la simplicité de ce que j’ai réussi à faire.
Et pour souligner ce travail intérieur qui me rassure, qui me donne confiance et m’invite à durer, Moïse nous dit: «tu persévéreras dans l’état de joie!» La joie de tes récoltes, la joie de tes réussites, restes-y, persévère, rumine-les, médite-les, analyse-les, reçois-les comme une nourriture qui t’aide à tenir dans ta traversée.

«Tu persévèreras dans le joie car le SEIGNEUR t’auras béni dans toutes tes actions!»
Amen

Homélie du pasteur Raoul Pagnamenta, fête de la Toussaint, 1 novembre 2023

Homélie du pasteur Raoul Pagnamenta, fête de la Toussaint, 1 novembre 2023

Matthieu 5, 1-12

Pourquoi êtes-vous-chrétiens ?
Il se peut que vous ayez lu les évangiles.
Peut-être l’une ou l’autre parole de Jésus vous a frappé.
Des paroles qui vous montraient la vie autrement.
Ou peut-être vous avez rencontré une personne qui vivait de ces paroles.
Elle était différente des personnes que vous rencontrez d’habitude.
Plus douce, plus juste, plus disponible, plus vraie aussi.
Et cela vous a fait envie d’être comme elle.
Ou peut-être vous avez lu un ouvrage ou vu un film qui parlait d’une grande personnalité de la foi.
François d’Assise, Mère Theresa, Martin Luther King.
Vous avez découvert qu’on peut vivre pour autre chose que l’argent ou le pouvoir.
Et cela vous a fait envie de parcourir le même chemin.
Vous n’êtes pas venu à la foi par vous-même, c’est grâce à des humains qui vous ont précédé et qui ont vécu les valeurs de Jésus, de Paul et de Pierre.
Certains de ces humains sont devenus célèbres et ils vous ont impressionnés.
D’autres étaient des parents ou des amis proches.
Tous étaient nés de nouveau, nés d’autre chose que l’instinct de survie, nés d’une clairvoyance particulière qui vous a fait toucher à l’essentiel.
Une nuée de témoins, comme dit l’épître aux hébreux, ce que nous appelons la communion des saints, l’Église.

Cette façon particulière de voir qui vous a tant frappé est résumée dans les Béatitudes.

Les Béatitudes sont les premières paroles que Jésus prononce alors qu’il s’assied sur une colline pour enseigner.
Suit un long discours de la façon dont nous pouvons vivre les valeurs du Royaume de Dieu.

Si on lit attentivement on peut se rendre compte que Jésus ne parle pas à la foule.
Cet enseignement n’est pas pour tout le monde.
Jésus parle uniquement en présence de ses disciples.
La raison est simple.
Ses paroles ne sont pas faciles à avaler.
Quand il exhorte à donner l’autre joue lorsqu’on est frappé, à aimer son ennemi ou à renoncer à ses désirs s’ils nous séparent de nos frères et sœurs, il ne dit pas des choses qui vont de soi.
Dans un monde où pour survivre il faut se battre, il faut être le meilleur coûte que coûte, où il faut assurer son avenir, les paroles de Jésus sonnent étrangement.
Et pas n’importe qui peut les recevoir.
C’est pourquoi Jésus s’adresse uniquement à ses disciples.
Ils ont passé quelque temps avec lui. Ils ont appris à le connaitre et à lui faire confiance.
Ils l’ont vu vivre ses paroles et ils sentent qu’il y a une force, il y a une logique, une cohérence.
Ils sentent que Dieu est avec lui et lui font confiance.
Ils peuvent donc comprendre ce que Jésus veut dire et trouver le courage pour le vivre.

Les Béatitudes c’est un peu comme le préambule d’une constitution.
Au début du sermon sur la montagne elles posent le cadre.
Et ce cadre est la justice du royaume de Dieu.
Cette justice qu’il faut chercher avant toute chose, cette justice qui dépasse la justice des pharisiens.
Il ne s’agit pas d’être plus humain dans une logique de survie et de compétition, mais il s’agit de changer radicalement d’approche.

Ceux qui sont proclamés heureux dans les Béatitudes possèdent des qualités particulières.
Ces qualités sont parfois involontaires, données par les circonstances. On ne choisit pas toujours d’être pauvre, d’avoir faim et de pleurer.
D’autres qualités, par contre, on peut les cultiver, comme être doux, faire miséricorde, œuvrer pour la paix.
Ces qualités vont ensemble et ce sont les qualités du Royaume, ce sont les qualités de Dieu
Si les béatitudes peuvent être vécues, c’est parce qu’elles sont les qualités de Dieu.

Dieu qui est pauvre de tout ce que l’être humain désire, qui est doux, qui pleure sur l’état du monde, qui a faim et soif de justice, qui a un cœur simple et qui fait miséricorde.
C’est un dieu qui ne ressemble pas aux idoles de notre monde.
Un dieu qui ne peut pas être représenté comme Zeus ou Apollon.
Il n’a pas de muscles saillants, il meurt sur une croix.
Et pourtant il est puissant.
Plus puissant que nos idoles.
Sa puissance agit dans la douceur, dans l’amour, dans la simplicité.

Ce monde est le théâtre d’horreurs, de guerres, de crise climatique, de misère.
L’instinct de survie et de compétition ont amené le monde dans un chemin sans issue.
La force et la puissance que les humains vénèrent est en train de les tuer.

La force de Dieu par contre est une force de vie.
Une force qui agit dans les horreurs de notre monde et qui amène la vie et qui amène le Royaume.
C’est comme le brin d’herbe qui brise le goudron que les hommes ont posé.
Le brin d’herbe, pauvre, doux, assoiffé de vie est plus fort que le goudron de la mort.

Comme le brin d’herbe qui traverse le goudron à la recherche du soleil, ces béatitudes nous apportent des promesses.
Ces promesses sont au futur car elles ne sont pas encore réalisées.
Et pourtant ces promesses sont un miroir des qualités de Dieu.
Ces qualités qui ont en elles déjà la dynamique des promesses, ces qualités que nous sommes invités à vivre dans notre personne.
Aux doux sera donné la terre
Ceux qui ont faim et soif de justice seront exaucés
Ceux qui font miséricorde recevront miséricorde.
Il y a juste une promesse qui est au présent.
Elle est présente deux fois, au début et à la fin des Béatitudes.
C’est la promesse du royaume
Cette promesse est au présent.
Heureux les pauvres car le royaume de Dieu est à eux
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume de Dieu est à eux.
C’est déjà une réalité.
Dieu agit par ces qualités
Et quand nous les incarnons, le royaume de Dieu prend place sur la terre.

Mais ce n’est pas facile.
A cause de notre instinct de survie et de notre besoin de nous battre pour vivre.
Car renoncer à l’instinct de survie, renoncer à se battre c’est angoissant.
Qu’est-ce qui va devenir de nous.
Même en tant que disciples nous avons peur de nous exposer de telle sorte.
La miséricorde ok, mais jusqu’à un certain point.
La justice ok, mais parfois il faut faire des compromis.
Il faut être raisonnable.

Je pense que le secret réside dans la première béatitude.
D’ailleurs c’est celle qui nous frappe le plus et qui nous dérange.
Heureux les pauvres en esprit.
En esprit.
C’est là que nous nous réfugions, que nous disons « ouf, ce n’est pas matériellement mais en esprit qu’il faut être pauvre. »
Mais en fait « en esprit » est plus radical.
Il ne s’agit pas d’être pauvre seulement matériellement, mais embrasser la pauvreté, l’accueillir dans la vie comme le signe du royaume.
Quand nous sommes dépouillés de tout, quand nous sommes prêts à renoncer à tout alors plus rien ne nous fera peur.
Nous n’aurons plus peur de perdre quelque chose car nous aurons déjà tout donné.

Dieu peut venir habiter dans nos vies et faire avancer son royaume.

C’est ce qu’a vécu St-François d’Assise,
c’est ce que nous vivons un peu aussi nous et des personnes que nous avons côtoyées et qui nous ont marqués.
C’est ce qu’apportent les saints de Dieu sur cette terre.
Une autre façon d’être, une façon d’être qui parait faible, mais qui en effet est forte.
La seule façon d’être qui est vraiment forte et porteuse de vie car en elle Dieu agit.
Heureux si vous pouvez vivre cela et faire partie de la communauté des saints. Amen

Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 26 octobre 2023

Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 26 octobre 2023

Prédication Luc 12,1 à 11. Ne craignez pas, le S-E vous inspirera…
Romains 12, 16 à 21 Ne te laisse pas vaincre par le mal.

La foule est dense, très nombreuse, Luc la décrit ainsi : « des myriades de la foule qui se marchent sur les pieds ». Cette foule rassemblée attend et espère … car les temps sont rudes et inquiétants. Jésus s’adresse en priorité à ses disciples, parce que ce sont eux qui, à son image devront prendre soin de cette foule comme il le fait, Lui, maintenant en prenant soin d’eux.
A tous ceux qui sont là présents ce jour-là et à nous tous assemblés ici en cette chapelle, le Seigneur dit : Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps… Qui d’autre que lui pourrait dire une telle parole ?
Assurément personne. Jésus est le seul à pouvoir le formuler ainsi parce qu’il a l’autorité pour le dire, nous enracinant en Dieu qui est le seul garant de toute vie.
Face à l’inquiétude en nous et autour de nous, souvent nous faisons appel à la confiance. A celui qui évoque sa peur, nous disons : « ne t’en fais pas, ça va aller », alors même que nous pensons que le chemin sera rude. Cela part de nos bonnes intentions mais parfois peut-être aussi de notre lassitude devant l’inquiétude perpétuelle de l’angoissé à qui nous disons, « arrête de te faire du souci, cela n’y changera rien… »
Mais le seul qui puisse nous établir en confiance solide et véritable, c’est le Seigneur. Et dans nos tentatives d’apaisement, de réconfort ou de soutien dans l’angoisse, c’est à lui que nous pourrons recourir, c’est en tous cas ainsi que Jésus l’enseigne ce jour-là.

Jésus donne à ses disciples le fondement de leur sécurité et les conditions de cette sécurité.

Dans cet écrit, Luc s’adresse à sa communauté qui se trouve confrontée à la mort. Ce sont les temps de persécutions des chrétiens, Luc se réfère au Christ qui lui-même a affronté la mort et qui par sa résurrection a manifesté que la mort n’est pas la fin de tout pour celui qui croit.
« Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps, mais craignez celui qui a le pouvoir de jeter dans le néant… » ou dit autrement, ne craignez pas la mort infligée par les humains, mais craignez de vous séparer définitivement de Dieu.
Je ne sais pas comment cela résonne en vous, mais en moi c’est compliqué, parce qu’à la fois je me dis que, bien sûr, la Vie de Dieu avec un grand V est plus précieuse que tout. Pourtant dans mon quotidien, je mesure tous les efforts qui sont faits pour préserver au maximum cette vie ici-bas, parfois jusqu’à l’absurde, en nous faisant prendre toutes sortes de mesures visant à réduire les risques à un point zéro, au détriment du déploiement de la vie. De plus, moi ici, je ne suis pas menacée de mort.
Les destinataires de cet écrit le sont concrètement, Jésus, qui l’a vécu, sait que ses disciples vivront le même rejet, alors il vient, comme toujours, les équiper. A nous tous, il indique que le danger qui nous menace bien davantage que la mort que peuvent nous infliger les humains, le danger le plus grand c’est notre infidélité, c’est de le quitter Lui.
Voilà ce qui est à craindre.
Même celles et ceux qui ne reconnaîtraient pas mon ministère dit Jésus, cela ne sera pas si grave, mais ne pas reconnaître l’agir de Dieu en vous, sa présence au coeur de vos vies, voici le plus grand danger.
Si vous refusez cette présence que Dieu manifeste en vos cœurs par son Esprit, alors oui vous vous serez coupés de celui-là seul qui peut vous venir en aide. Vous resterez dans l’inquiétude de savoir que dire, que faire, parce que tout seuls vous n’avez pas les moyens de vous procurer la paix.
Jésus n’appelle pas ses disciples à une confiance aveugle, il les équipe de manière à comprendre et à vivre de cette confiance que lui-même puise à sa source.
Jésus l’assure, Dieu veille sur les moineaux, il sait combien nous avons de cheveux sur notre tête. Qu’est-ce à dire si ce n’est que Dieu tient l’entier de sa création entre ses mains et qu’il en est le Veilleur, cela seul devrait restaurer notre confiance profonde.
Jésus nous en a donné le modèle, par sa vie et sa mort sur la croix.
Il nous appartient de puiser à la bonne source et cela Jésus à nouveau nous l’indique, soyez vigilants, veillez à ce qui vous nourrit.
Ne vous nourrissez pas du levain des Pharisiens, eux qui disent et ne font pas, eux qui vous égarent en une voie hypocrite mais apprenez à discerner à la suite de qui vous marchez. Il ne suffit pas que le discours soit religieux pour qu’il soit fidèle.
Cet appel à la vigilance résonne pour moi comme l’interpellation adressée à nous tous qui témoignons de l’Evangile, sommes-nous de celles et de ceux qui mènent à la source ou qui égarent ceux qui nous sont confiés ?
Tous mettons-nous ensemble à l’écoute de l’Esprit qui était promis aux disciples pour les inspirer lors des interrogatoires qu’ils auraient à affronter.
Aujourd’hui encore, dans tous les lieux de nos incertitudes, de nos réflexions ou de nos confrontations, souvenons-nous de cette promesse de l’assistance de l’Esprit.
C’est sur nous tous que le Seigneur compte pour rester vigilants et résistants face au mal, comme le formulait Paul à la communauté de Rome, « ne te laisse pas vaincre par le mal ».
Pour moi cela évoque la résistance au mal par tous les moyens qui nous sont donnés. C’est notre vigilance politique par rapport aux partis attisant les propos de haine ; c’est notre vigilance sociale en veillant au bien de ceux qui nous entourent, particulièrement des plus faibles. C’est aussi notre vigilance spirituelle en veillant à notre ancrage dans une confiance profonde et sans cesse à cultiver.
Je terminerai par ces mots du grand théologien Karl Barth, qui à la veille de sa mort affirmait ceci :
« Oui le monde est sombre. IL ne faut surtout pas rester la tête basse ! Jamais !
Car on gouverne, pas seulement à Moscou ou à Washington ou à Pékin, mais aussi de tout en haut, du ciel. Dieu gouverne.
C’est pour cela que je n’ai pas de crainte. Restons optimistes même dans les instants les plus sombres ! Ne laissons pas sombrer l’espérance, l’espérance pour tous les êtres humains, pour le monde des peuples tout entier ! Dieu ne nous laisse pas tomber, ni un seul d’entre nous, ni nous tous dans son ensemble ! On gouverne (es wird regiert). »
Amen.

Aline Lasserre, Grandchamp 26 octobre 2023

Homélie du pasteur Jean-Philippe Calame, le 29 octobre 2023

Homélie du pasteur Jean-Philippe Calame, le 29 octobre 2023

Ex. 22,21-27 / 1 Th. 1,5-10 / Mt. 22,34-40

Les pharisiens viennent à Jésus pour lui tendre un piège.
En quoi consiste ce piège ?
Il s’agit de faire dire à Jésus qu’un commandement est plus grand que les autres. C’est un piège, parce que lorsque les rabbins parlaient de la multitude de commandements et de prescriptions, c’était surtout pour souligner que tous avaient une égale importance, du plus petit jusqu’au plus grand. La tradition dit par exemple :  « de même que celui qui transgresse tous les commandements rejette le joug et rompt l’alliance et dévoile sa face contre la loi, pareillement celui qui transgresse un seul commandement rejette le joug, dévoile sa face contre la loi et rompt l’alliance » ; ou encore : «  que le commandement léger te soit aussi cher que le commandement grave ». La tradition affirme donc que si l’on néglige un commandement, on manque de respect à l’égard de l’ensemble de la loi.

Les pharisiens demandent donc à Jésus : « Maître, quel est le plus grand commandement » ?

Jésus ne tombe pas dans le piège. Certes, il parle d’un grand commandement, et même il le qualifie de premier. Mais ce n’est pas au sens d’une hiérarchie ! Sa réponse exclut que l’on fasse une hiérarchie entre les commandements. Bien plutôt, Jésus réunit tous les commandements, et garde l’importance de chacun, mais il met à neuf le regard que nous portons sur l’ensemble des commandements en déclarant que l’amour envers Dieu doit imprégner la pratique de chaque commandement. Ce que dit Jésus, c’est que tout doit être commandé par l’amour envers Dieu, un amour qui mobilise toute la personne, son cœur, ses pensées, toute son énergie et ses capacités. Chaque commandement place donc l’être humain devant Dieu. Car chaque commandement, du plus petit au plus grand, peut être une occasion d’aimer Dieu réellement.
Ainsi, dans la bouche de Jésus le premier commandement ne signifie pas le premier ou le plus haut par rapport aux autres mais c’est le commandement qui donne le ton pour tous les accomplir ! Il est le premier en importance par son contenu : l’amour envers Dieu. Et c’est l’amour envers Dieu qui donne signification à tous les commandements ; c’est par amour pour Dieu que l’on observe chaque commandement, du plus léger au plus grave.

Vous le voyez, les pharisiens pensaient pouvoir prendre Jésus en défaut de fidélité par rapport à la loi, en lui faisant dire que telle prescription plus importante et par conséquent que d’autres seraient de moindre importance, mais par sa réponse Jésus leur donne en fait une double exhortation :
« a) Souvenez-vous d’aimer Dieu, d’un amour entier, total, du fond de votre être et de tout votre cœur. Dieu vous a donné la vie, Dieu vous enseigne à protéger et favoriser cette vie par le respect des commandements ;
b) et chaque commandement, observez-le par amour pour Dieu – et non par contrainte, ni pour alimenter une quelconque prétention de votre part face à Dieu ».

 

Ensuite, à mes yeux, Jésus crée la surprise en plaçant l’amour envers le prochain au même degré d’importance que l’amour envers Dieu ! Il dit : « Un second commandement est tout aussi important : tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Bien sûr il y a une différence : l’amour pour Dieu prend d’autres formes que l’amour pour le prochain, car Dieu est le tout Autre et le prochain n’est pas Dieu. Mais aux yeux de Jésus, ces deux amours ont une égale gravité. Aimer le prochain est aussi urgent que d’aimer Dieu !
L’amour du prochain doit mobiliser notre personne tout entière, tout comme doit le faire le service de Dieu. Notre attention aux autres être humains est placée au même rang que la considération pour Dieu. Tel est le cœur de la volonté de Dieu. La volonté de Dieu culmine dans ces deux commandements ; l’amour envers Dieu et l’amour pour autrui, et c’est ce qui donne sens à toute autre ordonnance.

On voit bien qu’ici Jésus ne donne pas seulement un enseignements de morale. Il nous fait faire une vraie découverte, il nous fait une révélation : à savoir qu’il est dans la nature de Dieu, que c’est le propre de Dieu d’attribuer autant d’importance à l’être humain qu’à lui-même. Davantage : c’est le propre de Dieu, c’est dans sa nature de se donner à tel point que la vie de l’être humain passe avant la sienne, comme on le voit en Jésus.

 

 

Voilà qui fait surgir des questions. En voici une : mes sœurs, mes frères, à l’évidence, c’est par amour pour Dieu que nous participons au culte, à la liturgie. Mais voilà que Jésus place au même rang l’urgence d’aimer son prochain…
Dès lors : est-ce que je viens vivre le culte et participer à la Cène pour moi ou pour faire corps avec mes frères et sœurs ?
Est-ce que je vis le culte et participe à la communion avant tout pour nourrir et affermir ma relation avec Dieu ? ou est-ce que je vis le culte et participe à la communion pour que Dieu nourrisse et affermisse en moi un amour entier pour mes frères et sœurs  ?

Il y a certainement là du chemin à faire ! Il y a là certainement une marge de progression, comme on dit en certains milieux !

Oui, la Cène nous est donnée par le Seigneur en particulier comme viatique, pour qu’en chemin grandisse et s’approfondisse avec la même urgence notre amour envers le prochain et notre amour envers Dieu.
Mais seul Dieu, qui s’est abaissé jusqu’à nous nous enseigne à élever le prochain au même niveau que nous.

Ce n’est donc pas un hasard si notre Seigneur donne le commandement de nous mettre ensemble autour de sa table. Dans la Cène se reflète ainsi le projet, le dessein de Dieu : nous établir frères et sœurs, et de nous faire croître comme une seule et même famille.
À sa table, il nous ouvre la porte vers sa propre vie. Et l’amour qui circule entre le Père, le Fils, L’Esprit Saint veut nourrir l’amour réciproque entre les frères et sœurs d’un même sang, le sang de Jésus-Christ. Amen.

Homélie par le pasteur Serge Molla, le 8 octobre 2023

Homélie par le pasteur Serge Molla, le 8 octobre 2023

Mtt 21, 33-43 Es 5, 1-7   Ph 4, 4-9
Je ne sais comment vous avez enten-du cette parabole des vignerons meurtriers, difficile à recevoir. Elle retient pourtant l’attention parce qu’elle offre un concentré biblique en évoquant des vignerons refusant de donner au propriétaire le fruit de leur labeur. Ces hommes ne sont pourtant pas sourd aux demandes rappelées par les serviteurs, ni même au fils du maître. La violence dont ils font preuve envers les messagers l’atteste sans ambiguïté, tout comme le montre le meurtre du fils. C’est dire qu’en racontant une telle histoire, Jésus interroge quant à la manière dont chacun entend et reçoit ou non ses paroles qui bousculent la vie.
Quand bien même violence et meurtre paraissent culminer, je vois dans cette parabole un concentré biblique, manifestant l’incessant désir Dieu de Dieu à l’endroit de l’homme. Jamais Dieu ne se décourage pour venir et revenir vers lui. Pourquoi ? Pour l’unique raison qu’il veut pour lui la vie. C’est pourquoi Dieu n’a pas envoyé successivement les prophètes et son Fils lui-même pour blâmer, punir, juger et condamner, mais pour constamment réveiller à la vie.
Impossible donc de se dire que cette parabole ne nous concerne pas, même si tant hier qu’aujourd’hui, on n’apprécie guère, tant sur le plan religieux que social, politique qu’économique, ceux qui profèrent des paroles qui ne vont pas dans le sens du vent, qui prônent la vie plutôt que le profit, l’exploitation. 
Car dans notre monde, tout comme dans la Bible, les faux prophètes abondent et parlent fort. Ils agissent avec puissance à l’inverse des véritables porte-parole de Dieu qui paient le prix des messages qu’ils portent. Hier, le monde entier ou presque se gaussait d’une jeune suédoise qui sautait l’école un jour par semaine pour rendre attentif au changement climatique. Aujourd’hui Narges Mohamadi, une femme iranienne, récipiendaire du Prix Nobel de la paix 2023, est incarcérée pour sa lutte en faveur de ses sœurs dont les droits sont bafoués.
Songez à un Amos proclamant que sacrifices et prières déplaisent à Dieu, qu’il méprisait même les pèlerinages et que sa volonté, c’était que la justice coule comme un torrent (5,21). Amos ne fut guère apprécié qu’un Osée (4,1) quelques années plus tard attestant du procès du Seigneur avec le pays car il n’y avait ni sincérité ni amour du prochain. Ou même un Esaïe (5,7) dénonçant la rapacité des riches à la fin du passage que nous avons entendu et relatif à la vigne. Dieu en attendait le droit et c’était l’injustice. Il attendait la justice et c’était le cri des malheureux. Alors si la voix des prophètes ne portait pas assez, celle du Fils en personne, Jésus de Nazareth, serait entendue. Mais non ; il ne fut pas plus reçu. Car ses paroles dérangeaient aussi, au point qu’on a préféré et préfère transformer encore son message d’amour en de la guimauve, en en gommant toute son exigence et sa radicalité. C’est que ses paroles tranchaient dans le vif du confort. Jugez-en vous-mêmes : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent ou, dans un autre registre, Vous ne pouvez aimer Dieu et l’argent. Paroles dérangeantes hier tout comme aujourd’hui, non ? On souligne certes leur beauté, mais en insistant de suite sur leur caractère utopique. C’est dire que la résistance à l’essentiel est forte, c’est dire qu’est solide notre résistance à ce qui dérange au plus profond.
Or c’est tout cela que concentre la parabole qui n’en a pourtant pas fini de résonner. Et elle pourrait mener à la déprime si cette parabole ne faisait que souligner l’engrenage mortifère de la violence et du meurtre. Mais elle ne s’arrête pas là. Elle rappelle envers et contre tout le constant désir de Dieu vers l’homme. Quelles que soient la violence en ce monde, la souffrance de la création, la mort qui semble avoir toujours le dernier mot. Cette parabole ouvre un chemin où il n’y en avait pas. Elle sème une espérance contre toute espérance, ce que signale la pierre rejetée devenue l’angulaire, le mort devenu le-plus- que-vivant.
Jésus rejette l’engrenage qu’imaginent ses interlocuteurs, sûrs de la vengeance du maître. En citant un Psaume (118), il rappelle que la pierre rejetée est devenue essentielle à la construction. Et voici que cette parabole énonce ce que tous ceux qui ont entendu Jésus ou que tout lecteur des évangiles a lu maintes fois, à savoir qu’une inversion radicale s’opère. On a beau prétendument le savoir, le répéter, en Eglise et dans les liturgies notamment, le message ne cesse de troubler et d’être incroyable. NON, violence et meurtre n’auront pas le dernier mot. Du coup, voici que la parabole ne m’incite plus seulement à constater qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et que la violence mène toujours le bal et ce seront toujours les plus petits, les plus faibles qui en feront les frais.  Qu’il s’agisse de femmes et d’enfants contraints à vivre sous la menace de bombes, de femmes traitées comme du bétail sexuel, que ce soit celles et ceux jetés sur les routes de l’exil vers le pays voisin, aux portes du désert ou en Méditerranée. 
Si je discerne dans cette parabole un concentré biblique, c’est non seulement en discernant le visage contemporain de la violence mortifère, mais j’y perçois le rappel essentiel que tout n’appartient pas à l’homme et que contrairement à ce qu’il croit si fort, ce dernier n’a pas la maîtrise de ce qui porte ou déporte la vie. D’ailleurs, il semble bien aujourd’hui, qu’en sus de la violence meurtrissant l’humain, qui n’a rien de nouveau, la création en souffrance place l’être humain face à ses responsabilités.
Du coup, si je choisis de dénoncer l’injustice ou de me montrer attentif à ma consommation, ce n’est pas pour jouer au redresseur de torts ou pour sauver la planète, mais avant tout pour manifester que tout homme est mon frère toute femme ma sœur, et que je ne suis pas le propriétaire de la création : elle nous a été confiée. D’aucuns diront que pour mieux respecter les êtres et la planète et le vivant ou accueillir le migrant, il faut plus d’argent. Mensonge : aujourd’hui l’argent ne manque pas au vu de l’augmentation générale et presque sans débat des budgets militaires, à l’inverse des budgets pour produire différemment.
Alors, si aujourd’hui vous entendez cette parabole comme un concentré biblique, vous voilà interrogé·e sur ce qui vous appartient ou non, me voici amené à douter de mes affirmations de maîtrise et de possession.  
Et s’il ne fallait qu’un signe pour accompagner notre méditation, regardez, il est là sur la table, avec ce pain et ce vin.  Signe dérisoire, aussi faible qu’essentiel, mais rappelant que c’est d’un Autre que nous recevons ce qui nourrit vraiment la vie. Et que Sa vie dépasse et franchit toute mort. Réjouissez-vous : NON, violence et meurtre n’auront pas le dernier mot. Amen

 

Homélie par le pasteur Pierre-Yves Brandt le 1er octobre 2023

Homélie par le pasteur Pierre-Yves Brandt le 1er octobre 2023

 Ez 18,25-28 / Ph 2,1-11 / Mt 21,28-32
Chères sœurs, chers frères,
Nous venons d’entendre une petite parabole racontée par Jésus. C’est l’histoire d’un homme qui a deux fils et à qui il demande successivement d’aller travailler à la vigne. Le premier lui dit sans attendre qu’il ne veut pas y aller. Mais ensuite, il est pris de remords et va à la vigne. Le second donne sa parole qu’il ira, mais n’y va pas. Jésus pose ensuite une question toute simple, à laquelle il n’est pas difficile de répondre : « Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » Sans hésiter, vous répondez comme ceux à qui Jésus s’adresse : « Le premier ».
Pour comprendre pourquoi Jésus raconte cette histoire, il faut la situer dans son contexte. Jésus est en train de répondre aux autorités religieuses qui l’interrogent. Il est dans le Temple de Jérusalem, avec les grands prêtres et les anciens du peuple. Ceux-ci viennent de le mettre au défi de se légitimer alors qu’il est en train d’enseigner : « En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? » lui ont-ils demandé (Mt 21,23). Et Jésus, au lieu de leur répondre directement, leur a dit : « Moi aussi, je vais vous poser une question, une seule ; si vous me répondez, je vous dirai à mon tour en vertu de quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean, d’où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » (Mt 21,24-25). Jésus leur parle de Jean le Baptiste, qui a été décapité par Hérode. Le texte dit qu’alors les grands prêtres et les anciens ne lui répondent pas immédiatement, mais se mettent à raisonner en eux-mêmes : « Si nous disons : ‘Du ciel’, il nous dira : ‘Pourquoi n’avez-vous pas cru en lui ?’ Et si nous disons ‘Des hommes’, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète.’ » (Mt 21,25-26). Après ce raisonnement intérieur, ils répondent à Jésus : « Nous ne savons pas » (Mt 21-27). Et le texte raconte que Jésus leur dit alors : « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle autorité je fais cela. » (Mt 21,27).
C’est alors que Jésus raconte la parabole que nous venons d’entendre. Le mot « parabole » veut dire « comparaison ». Jésus compare ceux à qui il s’adresse au deuxième fils qui est envoyé dans la vigne. Ils sont des personnes qui disent qu’ils veulent faire la volonté de Dieu, qu’ils veulent suivre la voie de Dieu, mais au moment où il s’agit de le mettre en pratique, ils ne font pas la volonté de Dieu, ils ne suivent pas sa voie. C’est ce que Jésus leur dit à la suite de la parabole : « En effet, Jean est venu à vous dans le chemin de la justice et vous ne l’avez pas cru. » (Mt 21,32). Et Jésus va plus loin dans la comparaison : il oppose les autorités religieuses qu’il a en face de lui aux collecteurs d’impôts et aux prostituées. Ce sont eux qu’il compare au premier fils de la parabole. Contrairement aux grands prêtres et aux anciens du peuple, les collecteurs d’impôts et les prostituées ont cru (Mt 21,32) Jean le Baptiste. Et pour cette raison, Jésus annonce aux grands prêtres et aux anciens du peuple que les collecteurs d’impôts et les prostituées les précèdent dans le Royaume de Dieu.
Jésus s’adresse à ceux qui se croient justes, les gens bien religieux, qui se croient les bons croyants et qui n’ont aucun doute pour identifier les pécheurs, les mauvais croyants. Et Jésus vient renverser les convictions des autorités religieuses qui décrètent qui sont les bons croyants et qui sont les pécheurs. Ceux qui ont cru, ce sont les collecteurs et les prostituées. Ce sont eux les bons croyants aux yeux de Dieu. Quant aux grands prêtres et aux anciens du peuple qui jugent et condamnent, ils feraient bien de prendre conscience que ce sont eux les mauvais croyants.
Entendant cette parabole, nous pourrions à notre tour nous construire des certitudes permettant de catégoriser les bons et les mauvais croyants. Les choses paraissent simples : il faut comprendre qu’il ne suffit pas de dire oui à ce que Dieu propose pour entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui compte, c’est au final de le mettre en pratique. Même si on a commencé par faire les quatre cents coups et que tous nous jugent pour notre inconduite, il y a toujours la possibilité d’être pris de remords, d’ouvrir les yeux, de voir où est le chemin de la vie et de s’y engager avec joie. Ceux qui sont entré dans le Royaume de Dieu et qui travaillent à sa vigne ne sont peut-être pour une bonne part pas dans nos églises. Et beaucoup de ceux qui se croient justes, tout près de Dieu, ne font peut-être que leur propre volonté. Et l’on risque peut-être un peu vite de condamner tous ceux qui exercent une autorité religieuse, y compris dans nos églises, en leur reprochant de dire haut et fort leur foi mais de ne pas la mettre en pratique.
Le risque alors, serait de simplement inverser les rôles, d’idéaliser ceux qui sont hors du monde religieux, hors des églises, et de considérer tous ceux qui se disent chrétiens comme des aveugles qui vont à la perdition. Hors Jésus ne condamne pas les grands prêtres et les anciens du peuple. Il ne conclut pas la parabole en leur disant : vous n’avez pas fait la volonté de Dieu, vous n’avez pas cru en Jean le Baptiste, vous êtes bannis du Royaume de Dieu. Il leur dit au contraire : « Et vous, voyant cela, vous n’avez pas été pris de remords (vous n’avez davantage changé intérieurement) pour croire en lui » (Mt 21,32). Autrement dit, la possibilité de changer est offerte à tous. Et Jésus est venu aussi bien pour les grands prêtres et les anciens du peuple que pour les collecteurs d’impôts et les prostituées.
C’est ce que Jésus raconte dans la parabole qui suit selon l’évangéliste Matthieu (Mt 21,33-46), où justement il est question d’être envoyé dans la vigne. Il raconte comment Dieu a envoyé tout au long de l’histoire du peuple hébreu des prophètes pour l’interpeller et comment ceux-ci ont été rejetés, y compris Jean le Baptiste. Et dans la parabole, il raconte comment le maître de la vigne envoie finalement son propre fils. Jésus raconte cette parabole aux grands prêtres, avec la conscience qu’il est le fils et qu’ils sont ceux qui projettent de le condamner à mort.
Or, selon ce qu’en dit l’apôtre Paul dans sa Lettre aux Philippiens, Jésus est a priori plutôt du côté des grands prêtres que des collecteurs d’impôts ou des prostituées. Paul le décrit comme « de condition divine », donc tout près de Dieu son Père, venant à nous sans se considérer comme supérieur à qui que ce soit (Ph 2,3.7). Au fond, Jésus s’adresse aux grands prêtres pour les inviter à faire comme lui, à se mettre au service des autres dans l’obéissance au Père du ciel, par amour de tous. Mais pour cela, il faut que les grands prêtres et les anciens du peuple soient prêts à se perdre eux-mêmes pour le salut de tous. Jésus sait combien il est difficile de renoncer à ses avantages en ce monde pour vivre en fils et filles du Royaume de Dieu. Paul par la suite, l’a su aussi.
Pour cela, il faut, au moment où l’on comprend que l’on s’est trompé, avoir l’humilité, la simplicité de changer de point de vue et de reconnaître son erreur. C’est ce que fera Judas, après avoir trahi Jésus. Il est dit que, « pris de remords » – c’est le même terme que celui utilisé par Jésus dans la parabole des deux fils et son commentaire entendus ce matin (Mt 21,28-32) – Judas retourna auprès des grands prêtres pour leur rendre l’argent qu’il avait reçu pour leur avoir livré Jésus (Mt 27,3). Mais les grands prêtres, au lieu d’accueillir son changement intérieur, le condamnent : « C’est ton affaire ! » (Mt 27,4) lui répondent-ils. Et Judas va se pendre. Selon la parabole racontée par Jésus, peut-on l’identifier au premier fils qui est pris de remords et qui finalement fait la volonté de son père ? La condamnation des autorités religieuses qui n’accueillent pas son changement intérieur le pousse au suicide. Cela devrait nous alerter, nous gens bien religieux, sur la manière dont nous accueillons ceux qui sont pris de remords, même après les pires actes.