Homélie du pasteur Dominique Guenin, le 2 juillet – la fête de la Visitation

 Homélie du pasteur Dominique Guenin, le 2 juillet – la fête de la Visitation

Chères sœurs et frères en Christ,

« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » – cette citation-clef du dialogue entre le renard et le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry me permet une ouverture et un accès à la Visite de Marie à Elisabeth.

Marie est au début de son temps de porter Jésus en elle – j’ai dû réfléchir comment l’exprimer. Je n’ai pas osé parler de grossesse. Pourtant elle est vraiment en train de devenir mère. Elle l’est déjà.

J’imagine que selon les apparences on ne peut pas encore voir qu’elle est enceinte. On ne peut pas encore voir que ce sera Jésus qui viendra au monde. On ne voit pas non-plus le Saint-Esprit, on ne voit pas le Seigneur. On ne voit pas encore que Marie soit bénie entre toutes les femmes, comme l’évoque le « Je vous salue Marie », voir plus que toutes les femmes,comme nous pouvons l’entendre dans l’Évangile, que toutes les générations la proclameront bienheureuse. Voit-on, selon les apparences, que béni est aussi le fruit de son sein ?

Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent en l’Eucharistie ? Voit-on, selon les apparences, que vous et moi, nous sommes sœurs et frères, aimés et appelés par Dieu, enfants de Dieu et sœurs, frères, amis du Christ ? – Là enfin j’hésite … je ne peux en tout cas pas dire qu’on ne le voit pas … Mais vous savez aussi bien que moi que « l’habit ne fait pas le moine », nous sommes bien d’accord que cette tournure ici est légèrement déplacée …

J’insiste, pour Marie comme pour nous: Comment, selon les apparences elle viendrait à une telle réponse ? « Mon âme exalte le Seigneur / et mon esprit est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur, / parce qu’il a porté son regard sur son humble servante. » Le voit-on ? Et comment donc pourrait-on le voir ?  « Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse »,  j’aimerais le voir selon les apparences ! Où sont-ils donc restés, ces générations ? Ou en sommes-nous aujourd’hui ? « parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses » Oui, s’il te plaît ! J’aimerais bien le voir selon les apparences ! Oh mon Dieu, ou est-tu ? Maranatha, Seigneur viens bien-tôt !

Le Seigneur est là ! – Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent parmi nous ?

« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux »

Je voudrais appliquer cette pensée à une bonne perception de Marie, de Jésus, de l’Eucharistie, de vous et de moi-même. Même pour la suite du Magnificat de Marie, de tout l’Évangile :

J’aimerais bien voir de mes propres yeux que Dieu soit intervenu de toute la force de son bras ; / qu’Il ait dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / qu’ Il eut jeté les puissants à bas de leurs trônes et qu’Il eut élevé les humbles ; / les affamés, qu’Il les eut comblé de biens et les riches, qu’Il les eut renvoyé les mains vides. / Qu’Il soit venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté – et le serviteur, ce serviteur je voudrais le voir en apparences, et le souvenir de Sa bonté, je voudrais le voir en apparences… Dominique, mon nom, Serviteur du Seigneur, je voudrais le voir en apparences ! Comme vous, sœurs et frères du Christ, vous, baptisés, enfants de Dieu !

Je dois, je crois, commencer avec Marie et Elisabeth non seulement de voir avec le cœur, mais entrer dans cette allégresse de se faire voir par Dieu, de se réaliser d’être vu par Dieu, peut-être malgré les apparences – mais, si j’ai bien compris, plutôt dans les circonstances tels qu’ils sont.

Le mot allégresse vient deux fois dans notre Évangile de la fête de la Visitation : Une première fois c’est l’allégresse de cette « vision du cœur » de Jésus qui fait bondir Jean-Baptiste dans le sein d’Elisabeth. Le dernier des Prophètes déjà avant d’être né « voit » de façon « intérieure » ou « par cœur » le Sauveur à venir. Et ce Sauveur est un avenir !

En suite c’est l’allégresse de laquelle est remplie l’esprit de Marie a cause de Dieu son Sauveur. Suit ce que ça veut dire non seulement pour elle, mais pour tous les opprimés, si il y a un Sauveur, quand Sauveur est.

 

La vision du Sauveur est profondément lié à cette notion d’une vue « DE PROFUNDIS » C’est ce même Dieu qui a dit à son peuple, base vraiment importante dans nos Saintes Ecritures :

J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer … Ex 3,7 

 

Il l’a déjà prouvé, démontré de façon exemplaire pour le monde entier :

Il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et Il a élevé les humbles ; / les affamés, Il les a comblés de biens et Il arenvoyé les riches les mains vides. / Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté.

C’est pour ça que le souvenir de sa bonté est essentiel pour notre foi. Et c’est pour ça que de se rendre compte d’être vue par le Seigneur est une joie, car ça nous fait entrer – et rester ! – dans la joie du Seigneur, dans l’allégresse.

Et si nos compatriotes romans aux Grisons disent « allegra » pour se saluer, ils sont, sans s’en apercevoir peut-être, un peu dans cette dynamique de la Visitation, tout autant que nous les sommes quand nous nous disons « salut », de même quand nous nous disons « à Dieu ». Loin de moi de vouloir trivialiser la Visitation ! Je voudrais plutôt sanctifier le quotidien !

Permettez-moi de terminer en toute allégresse mon homélie sur la Visitation à l’aide de la sagesse d’Antoine de Saint-Exupéry « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » avec un cantique de Taizé à juste titre bien connu, qui chante tout. Chantons avec Marie, Mère du Seigneur, avec Elisabeth et tous les Saints :

Jésus, le Christ, lumière intérieure,

ne laisse pas mes ténèbres me parler ;

Jésus, le Christ, lumière intérieure,

donne-moi d’accueillir ton amour »

 

Amen.

Prédication par la pasteure Diane Friedli, le 21 juin 2026

Prédication par la pasteure Diane Friedli, le 21 juin 2026

N’ayez pas peur !

 

 

Lectures bibliques Granchamp : Jérémie 20,10-13 ; Romains 5,12-15 ; Matthieu 10,26-33

Lectures bibliques paroisse : Jérémie 20,11-13 ; Matthieu 10,26-33

 

N’ayez pas peur !

Cette interpellation est maintes et maintes fois répétée par Jésus et traverse toutes les Écritures.

Selon la tradition, elle apparaît 365 fois dans la Bible.

Nous avons bien besoin de l’entendre chaque jour : n’ayez pas peur !

Parce qu’il y a de quoi avoir peur.

Dans un monde instable et anxiogène, où menaces et intimidations se succèdent. Il y a de quoi avoir peur. Au futur comme au présent déjà.

Collectivement et individuellement.

Et la peur n’a rien de nouveau. Elle est constitutive de la nature humaine depuis des siècles et des millénaires.

Peur de perdre ce que l’on possède.

Peur de manquer de ce qui diminue.

Peur d’être submergés par ce qui augmente de façon incontrôlée.

Peur de ceux qui pourraient nous priver de quelque chose.

Peur des autres, des inconnus, des voisins.

Peur du lendemain, de l’inconnu.

De ce que l’on ne maîtrise pas.

Peur de la fin. Peur de la mort.

Fondamentalement, l’être humain a peur.

Et en ce jour du dimanche des réfugiés, il serait irresponsable de prétendre que toutes ces peurs sont infondées.

Il est terrifiant de devoir quitter sa terre, de ne pas savoir de quoi sera fait demain, de devoir prendre des risques fous pour échapper à une réalité dans l’espoir de lendemains plus ouverts et mais qui souvent se révèlent bien sombres.

Dans le confort et la sécurité de nos vies, on oublie peut-être cette peur fondamentale de ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Mais dans nos sociétés, les peurs ressurgissent autrement.

Dans l’angoisse de la perte de sens qui altère la santé mentale, ou dans le déni de tout ce qui touche à la mort et qui devient tabou.

N’ayez pas peur !

Une exhortation indispensable.

Un message à contre-courant du naturel.

Car la peur est primaire. Et salutaire aussi parfois.

Elle provoque des réactions de survie, sert de garde-fou dans les situations périlleuses. La peur est une réponse intuitive à un danger réel ou présumé.

(et c’est une personne qui a peur des araignées qui vous en parle!).

N’ayez pas peur.

A vrai dire. C’est une injonction impossible. Car la peur vient d’elle-même de façon incontrôlable et spontanée.

Mais après cette première réaction, vient la conscience. Et lorsque la conscience de la peur est là, alors seulement il devient possible d’en prendre distance.

N’ayez pas peur ! S’adresse à des personnes qui ont déjà peur pour les appeler à dompter cette peur et à la transformer en autre chose.

Dans les évangiles, il y a des récits d’événements de la vie de Jésus, des paraboles et des discours.

Il y a aussi des quelques passages qui sont plus ardus : des compilations de plusieurs paroles autour d’un même thème. C’est le cas du chapitre 10 de l’évangile de Matthieu et de ces quelques versets qui rassemblent des paroles que Jésus aurait prononcées autour de ces appels à ne pas avoir peur.

Ces paroles s’adressent moins aux auditeurs du temps Jésus qu’aux premiers lecteurs de l’évangile.

Les membres de la première communauté chrétienne se comprennent comme les successeurs des disciples de Jésus.

Ainsi les paroles des évangiles adressées spécifiquement aux disiples (et pas aux foules par exemple), sont entendues par ces premiers chrétiens comme des mots qui leur sont directement adressés.

Lorsque Jésus dit à ses disciples qu’il sera dur de proclamer dans le monde le message de l’évangile, il n’évoque pas un vague risque ou une hypothèse mais une réalité pour ceux qui lisent ces textes.

Car les premiers lecteurs de ces paroles vivent dans leur chair la réalité de la persécution.

Ils vivent donc avec cette peur comme proche camarade. Et savent très précisément les conséquences que peuvent avoir un positionnement de foi. Se dire successeur des disciples de Jésus, c’est risquer sa vie.

Cette compilation de paroles leur est adressée à eux.

Un appel à garder confiance et à toujours porter le regard sur le cœur du message de la foi. Malgré les épreuves, malgré les risques, malgré les souffrances, malgré la peur.

Regarder devant.

Jusqu’à présent, nous avons parlé de la peur. Mais nos traductions des textes bibliques choisissent souvent un autre terme. La crainte.

Ne craignez donc pas !

 C’est certainement plus juste car en français, le mot « crainte» possède une subtilité de sens que l’on trouve également dans le terme biblique.

 Craindre, c’est redouter. Parfois même trembler de frayeur.

Mais craindre, c’est aussi éprouver une forme de retenue, de respect profond.

C’est dans ce sentiment de révérence que le monde de l’Ancien Testament évoque la crainte de Dieu.

 Craindre Dieu ce n’est pas avoir peur de lui, c’est éprouver pour Dieu un respect profond.

 En entendant « Ne crains pas !», le croyant convertit sa crainte-frayeur en crainte-adoration. Une confiance qui bannit toute peur.

 Une confiance qui bannit la peur, certes. Mais qui n’élimine pas le danger.

Ces paroles sont adressées à des martyrs. L’appel à donner place à la confiance n’empêche pas la persécution. Il change la perspective des persécutés.

 En insistant sur les deux sens de la crainte.

Ne craignez pas – n’ayez pas peur – de ceux qui détruisent le corps, ils ne peuvent pas toucher à votre âme.

Craignez plutôt – placez votre confiance – en celui dont le pouvoir est plus grand encore.

 Vous valez mieux que les petits moineaux.

Et vous êtes si précieux pour Dieu qu’il a même compté chaque cheveu de votre tête.

 Même si nous ne vivons pas dans cette réalité de persécution, même si nous ne risquons pas notre vie en évoquant le nom de Jésus, je pense que nous pouvons encore trouver du sens à ces paroles pour nous.

 Nous avons à apprendre de ce double sens de la crainte.

La peur est un terreau fabuleusement fertile pour tous les types de manipulations. Elle fait le lit des extrémismes et des pensées totalitaires.

Résister à l’expansion de la peur est un combat qui demande un engagement déterminé et renouvelé encore et encore.

Justement parce que la peur est naturelle et qu’elle répond plus rapidement encore que la conscience, elle doit être combattue sans relâche.

 Si résister à la peur a du sens, c’est pour faire place à autre chose.

Quelque chose qui ne soit ni l’indifférence ni le déterminisme. Mais la crainte. C’est-à-dire le respect profond.

Le respect de la vie comme don de Dieu.

 Pour ancrer ce respect – cette crainte – nous aurions peut-être préféré nous référer à un texte plus léger.

Une parole de sagesse ou une parabole bucolique.

 Mais notre Bible renferme aussi des paroles qui sont dures.

Et tant mieux.

Car le message de l’Évangile qui nous fait vivre ne relève pas d’une jolie sagesse, mais d’une espérance ancrée dans la rudesse de la destinée humaine.

 Ce matin, je vois autour de moi des hommes et des femmes. Faits de cette pâte humaine constituée de toutes nos contradictions, capables du plus beau mais habités aussi parfois de sentiments dont nous ne sommes pas fiers.

Voilà les personnes à qui le Christ s’adresse.

Pas à d’hypothétiques êtres humains lisses et parfaits, mais à nous. A vous, à moi. Dans toutes nos imperfections.

 Ne craignez pas !

Mais craignez plutôt.

 Amen

 

Prédication du pasteur Jean-Jacques Beljean, 14 juin 2026

Prédication du pasteur Jean-Jacques Beljean, 14 juin 2026

Prédication

Grandchamp, 14.6.26

 

                                                                                                                                                                  Exode 19,2-6

                                                                                                                                                                  Romains 5,6-11

                                                                                                                                                                  Matthieu 9,36 à 10,8

 

 

Mes bien chères sœurs et vous mes sœurs et frères en Christ,

 

Comment lire et comprendre ces textes à la fois d’une grande envolée et à la fois qui peuvent nous heurter quand, en nous, ils se trouvent en écho avec l’actualité tragique qui endeuille nos journées ?

 

En effet, d’honorables contradicteurs de l’Evangile pourraient nous dire : « C’est ça, le christianisme, un Dieu qui noie ses ennemis ou encore qui affiche ses préférences parmi les humains ? »

 

A mon sens, c’est en s’attachant à une lecture superficielle et souvent partielle, donc partiale, que l’on pourrait en arriver à pareille conclusion. Mais, il faut bien l’avouer, au sein du christianisme lui-même certains courants théologiques, assez importants d’ailleurs, utilisent Dieu pour justifier des actes de domination et de mépris sur de plus faibles qu’eux, voire sur d’autres peuples. Les journaux télévisés, les magazines et les réseaux sociaux sont pleins de ces atrocités individuelles ou collectives.

 

Alors que faire, que dire devant ces interprétations des textes qui nous laissent pantois voire démunis ?

 

Ces interprétations ont cours car elles recourent à une tactique éprouvée qui consiste à isoler les textes et à ne pas les considérer pour ce qu’ils sont bien souvent : des étapes dans la révélation divine qu’il faut considérer comme telles. Il y a donc dans les textes des hiérarchies de valeur et tous n’en sont pas au même stade de la révélation. Il y a, dans la révélation chrétienne, des textes étapes et des textes finaux. Nos trois textes d’aujourd’hui sont des textes-étapes. Ils témoignent tous trois d’époques ou de situations différentes.

 

Pour mettre les textes et leurs interprétations à leur juste place, nous avons besoin de critères. Dans la foi chrétienne il n’y a qu’un critère fondamental, c’est le Christ, tel qu’il s’est révélé en Jésus de Nazareth et dont témoignent nos textes. En langage théologique l’on pourrait dire que le Christ est la clé herméneutique des textes bibliques. Le Christ, tel qu’il s’est révélé en Jésus de Nazareth, qui est né, a vécu, a annoncé le règne divin, a souffert, est mort parmi les humains et s’est révélé définitivement par sa résurrection. Ainsi, tout texte biblique a vocation à être interprété à l’aune du Christ ressuscité et de son message fondamental.

 

Mais, diront nos honorables contradicteurs, quel est son message fondamental ?

 

Pour les chrétiens, c’est d’abord le Christ lui-même qui est objet de foi. Mais aussi son message, les paroles qu’il a laissées et surtout les plus osées et les plus fondamentales. C’est chez Matthieu lui-même que nous trouvons, peu avant notre passage, le message fondamental de Jésus, dans la grande fresque du chapitre 5. J’en mentionne le sommet, la pointe : aimer Dieu, s’aimer soi-même, aimer le prochain et, sommet de l’amour, aimer l’ennemi et bénir le persécuteur. Au chapitre 28, il sera mentionné que, dorénavant, l’Evangile n’est plus destiné à un petit groupe ou encore à un peuple seul, mais à toute l’humanité.

 

Ainsi, nos trois textes du jour, qui pouvaient paraître hétéroclites au départ, se découvrent être en continuité, tendus vers une révélation finale plus grande qu’eux.

 

Tout d’abord un appel, dans Exode, un appel partiel à un peuple, avec déjà cette petite mention tout sauf anodine que la terre entière est à Dieu. Ensuite le rappel de l’œuvre de Dieu en Christ chez Romains. Enfin la mention du grand démarrage de la proclamation de la Bonne Nouvelle, dans un territoire limité chez Matthieu 9 et 10 qui trouvera son apogée en Matthieu 28.

 

Notre texte de Matthieu 9 et 10 fait donc partie d’un ensemble qui le dépasse, spirituellement et géographiquement. Spirituellement et géographiquement parce que le message va être complété par son extension aux ennemis et au monde entier.

 

Ainsi se réalise dans l’histoire humaine le dessein, le projet de Dieu de faire alliance avec le monde entier et que cesse toute injustice.

 

Et qu’en est-il de nous ?

 

Réconciliés avec Dieu par le Christ nous voilà appelés à proclamer au monde entier la Bonne Nouvelle de l’Evangile. A commencer par notre propre entourage, à partir de l’Eglise jusqu’aux confins du monde en étendant peu à peu notre rayon d’action à partir de nos petits lieux d’origine.

 

Il s’agira de s’engager non individuellement, mais en communion avec les croyants de tous les temps et de tous les lieux en donnant gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement !

 

Amen !

 

Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 4 juin 2026

Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 4 juin 2026

 

Prédication fête eucharistie : 1 Cor 11,23 à 26  Récit institution Cène et Luc 24, 26 à 35, pèlerins d’Emmaüs reconnaissent Jésus à ses gestes, pain rompu et bénédiction.

Que dirait l’apôtre Paul s’il était là au milieu de nous lors de nos célébrations eucharistiques ? Nous ferait-il des reproches comme à Corinthe ?

Dirait-il que le repas ainsi célébré est bien le repas du Seigneur ? Est-il conforme au désir du Seigneur de nous voir unis, quel que soit notre statut social ? Ce repas fait-il bien sens en manifestant les valeurs du Règne de Dieu ? Tous, petits et pauvres, y ont-ils chacun leur pleine place ?

J’imagine bien qu’ici à Grandchamp l’apôtre serait heureux, sans doute vous louerait-il mes Soeurs pour la beauté de votre liturgie, mais peut-être se permettrait-il une remarque ou une question, comme le faisait mon professeur d’homilétique dans mon ancienne paroisse. A la sortie du culte il ne manquait pas de s’arrêter pour formuler une question en m’invitant à passer le voir dans la semaine. Lorsque j’arrivais, il me disait « oh c’était juste une petite remarque, mais vous comprenez bien que je ne peux pas m’en empêcher. »

Aux Corinthiens, dans le passage précédant les quelques versets que nous avons entendus, Paul ne ménage pas sa critique. « le repas que vous prenez n’est pas le repas du Seigneur » leur dit-il. L’accusation est grave, Paul relève l’incohérence entre les paroles et les actes. Vous dites célébrer le repas du Seigneur, mais le repas que vous prenez gave les uns et laisse les autres le ventre vide. Vous qui en avez les moyens vous vous attablez tôt et quand les moins aisés arrivent au terme de leur journée, il ne reste pas grand-chose. Vous manifestez ainsi les inégalités sociales et votre peu d’égards les uns vis-à-vis des autres.

Ce repas ne vous rassemble aucunement tous, c’est de l’entre-soi et ce n’est pas ce que le Seigneur vous a recommandé. Paul leur rappelle alors les fondamentaux, c’était notre lecture de ce jour. Nous connaissons la théologie rigoureuse de Paul qui remet le cadre en place. D’abord il s’agit de revenir à la Source, le repas, la cène a été institué par le Seigneur lui-même. C’est le Seigneur qui lors de son dernier repas a appelé ses disciples à partager ainsi en son nom un tel repas. Plus tard Luc racontera que les pèlerins d’Emmaüs reconnaîtront Jésus à la fraction du pain, à son geste quand il présidait leurs repas. C’est ce geste qui éclairera l’ensemble des paroles prononcées par le Seigneur en chemin.

Paul rappelle donc le sens de ce repas en évoquant le dernier repas pris par les disciples et ses paroles sont devenues pour nous dans notre liturgie le récit fondateur de l’Institution de la cène.

Ici ou là dans nos Eglises il peut arriver que la liturgie eucharistique soit un peu brève, mais le récit de l’Institution s’y trouve en tous cas. Ici, à Grandchamp, Paul serait ravi de se glisser dans vos liturgies belles et développées, vous ne seriez pas prises en défaut, c’est sûr.

Dans ce récit Paul rappelle le sens du pain partagé, corps du Christ offert pour nous, la coupe de la nouvelle alliance en son sang, alliance d’amour indéfectible. Il rappelle cet ordre du Christ : « vous ferez cela en mémoire de moi », vous annoncerez ainsi la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

Cette mémoire c’est la mémoire qui rend présente la vie du Christ. Nous nous rappelons que Jésus a connu la mort, nous nous souvenons que nous marchons sur une route difficile, rude, éprouvante, parce que c’est le crucifié que nous suivons, mais nous savons que nous marchons aussi à la suite du Christ ressuscité qui ouvre devant nos pas le chemin de l’espérance, un chemin de Vie.

Voilà ce que devrait signifier ce repas du Seigneur, mais parfois nous percevons bien un décalage : En pensant à cette prédication me sont revenues deux situations où je peux bien le percevoir. La 1ere c’était dans mon adolescence, dans une église luthérienne qui avait été auparavant sa paroisse, ma maman a été interrogée devant tout le monde alors qu’elle s’apprêtait à communier. Devoir ainsi se justifier devant tous ces regards posés sur elle, m’apparut bien choquant.

La 2e est plus récente, lors de vacances en été, après avoir rencontré le prêtre, nous sommes allés à la messe avec notre petite-fille de 10 ans. Quand elle a tendu sa main pour recevoir l’hostie, cela lui a été refusé. Est-ce le signe que nous avons tellement mis à part l’eucharistie qu’on ne peut pas courir le risque d’une compréhension autre que la nôtre ? Bien sûr, en beaucoup de lieux et de communautés l’accueil est large, à l’image de l’accueil du Seigneur, mais gardons en vigilance la question de cohérence entre parole annoncée et réalité vécue.

Du temps de Paul, La cène prenait place au cours du repas, je ne sais pas pourquoi nous y avons tout à fait renoncé, était-ce une question d’intendance, de pratique compliquée parce qu’on ne se réunit plus en maison ? Peut-être, mais ne pourrions-nous pas occasionnellement, lors d’un repas communautaire y célébrer la cène ?

Ce que Paul soulève aussi c’est la question du sens de ce repas, ne devrait-il pas manifester une communauté que son Seigneur rassemble et nourrit de sa personne offerte à tous ? A Corinthe, c’est chacun pour soi, sans égard pour les autres.

Dans nos célébrations, il y a certes nourriture équitable pour tous, toutefois, peut-être pourrions-nous porter davantage attention les uns aux autres ? Quand nous communions en défilé les uns derrière les autres, pour être nourris individuellement sans y passer trop de temps, ne perdons-nous pas ainsi une attention communautaire ? cette interpellation concerne aussi notre manière de communier en tablée, comment nous prêtons-nous attention ?

A Göttingen, j’ai fait, à l’église réformée, cette expérience de la cène partagée comme un repas 12 par 12. La table de communion au centre accueillait les personnes par groupe de 12 où chacun s’asseyait autour de la table. Cela prenait un temps certain, mais sans doute que ce temps permettait tout à la fois le temps personnel à sa place et le temps communautaire où on faisait vraiment table commune.

Une autre question se pose à nous, quelle solidarité sommes-nous prêts à manifester ? A quoi sommes-nous d’accord de renoncer ?

Dans une paroisse, il y a une personne qui souffre d’allergie au gluten, on a donc mis un petit pain sans gluten, elle communiait ainsi sans danger avec son pain à elle, j’imagine que la question de communier au même pain a dû être posée parce que maintenant le pain partagé est un même pain sans gluten.

La question de la coupe se pose aussi, ne pourrions-nous pas communier en partageant une même coupe d’une boisson qui ne mettrait personne en danger ?

Paul interpelle vigoureusement les Corinthiens, ces reproches ne nous concernent pas à ce point, mais c’est sans doute une occasion de nous laisser interroger.

Paul nous rappelle l’importance de nous relier à Celui qui nous a donné ce repas à célébrer pour tenir ensemble jusqu’à ce qu’il vienne.

Ce rite nous rassemble en une Eglise visible et invisible, générations après générations, en nous unissant les uns aux autres au travers du temps et de l’espace.

Il nous revient de veiller à cette communion pour que ce repas ne soit pas cause de divisions, mais qu’il soit bien source de l’agir bienfaisant du Seigneur, au-delà même de ce que nous pouvons en comprendre.

Réunis, nous formons ce seul corps du Christ qui nous lie aux croyants de tous les lieux et de tous les temps. C’est dans une même communion que nous nous trouvons ici en paix à Grandchamp unis aux croyants de toutes les Eglises en guerre et je crois que cette communion change notre monde.

Je crois que lorsque nous partageons ensemble ce pain et ce vin tout notre être s’en trouve transformé par l’agir du Seigneur, à l’image de ce qui s’est passé pour les pèlerins d’Emmaus, c’est alors que leurs yeux s’ouvrirent.

Nous ne repartons pas tels que nous sommes venus, mais le cœur habité de la présence du Seigneur qui nous a donné ce repas pour y puiser les forces nécessaires à notre vie en ce monde, et les yeux ouverts sur ceux qui ont communié avec nous et que Dieu nous a donnés comme sœurs et frères, ceux d’ici et ceux d’ailleurs. Nous pourrons alors aussi en tous lieux réaffirmer pour tous le don de son amour et de sa vie jusqu’à ce qu’il vienne.

Que sa présence ainsi renouvelée en nous, nous donne forces et sécurité pour la porter ensemble au monde.

Prédication du pasteur Guillaume Klauser, Dimanche de la Trinité, le 31 mai :

Prédication du pasteur Guillaume Klauser, Dimanche de la Trinité, le 31 mai :

 

Exode 34, 4-9

4Moïse tailla des tables de pierre comme les premières, se leva de bon matin et, comme le SEIGNEUR le lui avait ordonné, monta sur le mont Sinaï, ayant pris à la main les deux tables de pierre. 5Le SEIGNEUR descendit dans la nuée, se tint là avec lui, et Moïse proclama le nom de « SEIGNEUR ». 6Le SEIGNEUR passa devant lui et proclama : « Le SEIGNEUR, le SEIGNEUR, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté, 7qui reste fidèle à des milliers de générations, qui supporte la faute, la révolte et le péché, mais sans rien laisser passer, qui poursuit la faute des pères chez les fils et les petits-fils sur trois et quatre générations. » 8Aussitôt, Moïse s’agenouilla à terre et se prosterna. 9Et il dit : « Si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô Seigneur, que le Seigneur marche au milieu de nous ; c’est un peuple à la nuque raide que celui-ci, mais tu pardonneras notre faute et notre péché, et tu feras de nous ton patrimoine. »

2Corinthiens 13, 11-13

11Au demeurant, frères, soyez dans la joie, travaillez à votre perfectionnement, encouragez- vous, soyez bien d’accord, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. 12Saluez-vous mutuellement par un saint baiser. Tous les saints vous saluent. 13La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous.

Matthieu 28, 16-20

16Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. 17Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais ils eurent des doutes. 18Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. 19Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 20 leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

Chères sœurs, chers frères,

Il y a aujourd’hui un paradoxe. Après cette fête de la sainte Trinité quelque chose s’ouvre. Une nouvelle tranche du temps de l’Eglise, une longue période où le vert, couleur de la maturation va régner comme couleur liturgique. Un nouveau début s’annonce, et pourtant c’est la fin d’un évangile que nous venons d’entendre. Pouvez-vous imaginer la pression qui a dû reposer sur les épaules de l’auteur de cet évangile ? J’ai déjà du mal à terminer les textes, les lettres, les prédications que je dois parfois rédiger, mais si je devais conclure un texte d’une telle importance dans la transmission de la foi, je crois que je ne saurais pas où me mettre. Non, finir, boucler un évangile n’est pas anodin. C’est exprimer le cœur du propos, c’est déclamer une dernière fois l’essentiel.

Dans l’évangile selon Matthieu, il nous manque un petit bout de l’histoire. Les femmes du tombeau sont envoyées par Jésus-Ressuscité annoncer aux disciples la résurrection. Puis nous retrouvons les disciples qui ont déjà parcouru le chemin jusqu’en Galilée. Ce silence du texte sur l’annonce des femmes aux hommes peut surprendre. Mais la réaction des disciples nous en dit en réalité assez. On sait qu’ils ont fait le déplacement. On sait donc que leur foi est bien là. Ils n’ont pas besoin d’une apparition pour croire, pour avoir confiance et pour avancer.

En cela, les disciples sont nos semblables. Malgré les tourments de leurs vies, une foi, une confiance est née de la résurrection et de son annonce par les femmes. Le Christ qui apparaît dans leur vie n’est pas déclencheur de leur foi, mais le signe que leur foi implique la présence du Christ lui- même avec eux, tous les jours et pour toujours. La présence du Seigneur à leur côté suscite visiblement deux attitudes, qui sont là et se tiennent ensemble. La prosternation devant celui qui, cela se sent, cela se sait, a reçu du Père toute autorité, mais aussi le doute. Ils eurent des doutes. Des doutes, non par rapport à la réalité de la présence de Jésus ou de sa Résurrection. Nous avons vu que leur foi les a mis en route, et cela avant de le voir. Des doutes, il y a des raisons d’en avoir. Pour eux, disciples de la première heure, et pour nous, disciples d’aujourd’hui. Car des questions, des insécurités, il y en a.

Que faire de cette présence de Jésus, cette présence différente ? Quelle sera la mission qui sera la nôtre désormais ? Comment être les disciples d’un maître dont la carrière s’est terminée sur une croix ? Comment témoigner de la complexité de notre foi qui mêle prosternation et doute, dans un monde polarisé où on devrait choisir entre l’un et l’autre ? Mais voilà que Jésus explique et rassure. Il clarifie les rôles, et pacifie ainsi les cœurs. Ayant passé par la mort et l’ayant terrassée, l’identité divine du Christ et son lien avec le Père deviennent incontestables. Le Christ a reçu de son Père toute autorité, non pas l’autorité d’un despote, mais celle qui lui permet de faire participer à son pouvoir de vie tous ceux qui mettent leur confiance en lui. Et voilà qu’il envoie les disciples dans le monde. Le doute n’est pas effacé. Mais il n’empêche plus d’avancer, car désormais le disciple reçoit une mission. Baptiser et enseigner. Baptiser, c’est poser un geste qui dit la vie de Dieu. Enseigner, ce n’est pas endoctriner. C’est dire au monde l’aujourd’hui de la présence de Dieu en Jésus-Christ, l’aujourd’hui de la constance de Dieu par le Saint-Esprit.

Le Père, le Fils et le Saint Esprit… Il en aura fait couler, de l’encre, du sang et des larmes, le dogme de la Trinité. Pourquoi avoir tant cherché à dire ce mystère d’un Dieu qui est à la fois communion et unité ? Si la notion de Trinité n’est pas explicitement biblique, elle reprend en réalité cette conviction que nous trouvons dans nos trois lectures du jour. En confessant Dieu comme Trinité, nous ne faisons rien d’autre que d’affirmer la constance et la persistance du Dieu fidèle et vivant.

Chères sœurs, chers frères, c’est en paix que nous pouvons entrer dans cette longue période du temps ordinaire qui s’ouvre devant nous. Malgré les doutes, malgré les incertitudes, malgré les questions. Car ce n’est pas la force de notre foi qui nous porte. C’est la fidélité de Dieu. Le Dieu que Moïse a rencontré sur la montagne, le Dieu que Paul invoque sur l’Église de Corinthe, le Dieu que Jésus- Christ révèle à ses disciples demeure aujourd’hui le même. Notre foi, même fragile, même hésitante, suffit pour prendre la route. Celui qui nous appelle nous précède toujours et pour toujours. Amen.