Homélie du pasteur Guillaume Klauser, le 29 September 2026

Homélie du pasteur Guillaume Klauser, le 29 September 2026

Fête de St-Michel et tous les anges

29.09.2026 – Guillaume Klauser

Apocalypse 12, 7-12a et Jean 1, 47-51

Chères sœurs et frères,

Nous vivons tous notre quotidien avec des représentations du monde qui nous entoure. Des

images, des pensées qui classent, ordonnent, arrangent notre compréhension de ce qui se passe

autour de nous. Le réel ne se laisse jamais directement atteindre. Au travers de la situation dans

laquelle nous nous trouvons, nous dessinons une carte de ce que nous pensons être la réalité.

Les textes de la Bible, nombreux, qui utilisent un vocabulaire et des images du genre dit

« apocalyptique » ne font rien d’autre que cela. Même s’ils nous submergent un peu à la lecture,

les symboles, les lieux, les apparitions, les effets sonores et visuels décrits dans ces récits

dressent une représentation du monde et tentent de décrire ce qui ne se laisse pas toucher.

Ainsi les anges nous donnent de voir ce que nous ne pouvons pas voir de nos yeux. Ils nous disent

Dieu, son alliance, le lien qu’il tisse avec nous. Les anges de la Bible nous rappellent que Dieu

communique. Qu’il ne reste pas muet. Et que les combats auxquels nous faisons face sur cette

terre le concernent et le préoccupent.

Le livre de l’Apocalypse, dont nous avons entendu un extrait nous donne de contempler un combat

entre d’une part l’ange du Seigneur, Michael (ou Michel), dont le nom signifie « qui est comme

Dieu » et d’autre part le mal, symbolisé par un dragon. Ce mal qui laboure la terre, ce mal qui divise

l’humanité. Mais au cœur de ce combat, au cœur du mal qui déroute les hommes et les femmes

que nous sommes, il y a cette parole que nous fait entendre une voix forte « Voici le temps du

salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » (Ap 12, 10).1

Le mal, celui qui traverse tant de situations sur notre terre meurtrie, le mal aussi qui nous prend

parfois avec violence dans les tréfonds de notre être… Oui, le mal demeure dans l’humanité une

réalité et une grande question.

Mais, comme autrefois Jacob avait découvert la présence de Dieu dans le lieu où il s’était

endormi, quand il avait vu une échelle avec les anges qui montaient et descendaient (Gn 28, 12),

quelque chose vient nous dire que Dieu n’est pas en dehors du monde, dans son ciel, mais que le

ciel étant ouvert, Dieu se penche vers nous.

Dieu se penche vers nous. C’est ce que s’efforce de nous dire le passage de l’Evangile de Jean.

La rencontre entre Jésus et Nathanaël suit l’appel de Philippe qui, une fois devenu disciple, ne

peut se retenir de partager avec Nathanaël sa découverte.

« Nathanaël, nourri par l’enseignement des scribes et enraciné dans la tradition de ses pères, est

convaincu qu’un Messie doit venir. Mais à l’annonce de Philippe, il peine à croire que ce Jésus de

Nazareth soit le bon »2

. Mais voilà, déjà Jésus a vu Nathanaël sous le figuier. La rencontre saisit

Nathanaël qui, à son tour, va être bouleversé par Jésus. Alors Jésus fait à Nathanaël et aux

disciples que nous sommes une confidence que tout l’évangile se chargera de démontrer : « Je

vous le déclare en vérité : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-

dessus du Fils de l’homme ! ». Il s’agit une fois encore de donner à voir quelque chose que nos

yeux ne peuvent pas voir. Le ciel est ouvert, Dieu se penche sur nous. Par cette évocation de la

vision Jacob, Jésus se révèle comme présence de Dieu sur terre, sous les traits d’un fils d’homme.

Dieu se penche sur nous. Il le faisait autrefois et on pouvait saisir sa préoccupation des combats

terrestres par les intenses combats des anges. Il le fait aujourd’hui par son Christ, lien qui unit le mal, pour en triompher.

Chers sœurs et frères,

« La fête de Saint Michel et des anges a parfois été comprise comme une petite Pâques

d’automne. Un rappel, au moment où les jours vont en diminuant, de la victoire de la vie sur la

mort, de l’amour sur le mal… Une fête qui nous rappelle, si nous devions l’oublier, que le Christ ne

nous abandonne pas devant les épreuves de l’existence, mais qu’il demeure l’Emmanuel, Dieu

avec nous. Dieu pour nous, Dieu en nous. Un Dieu qui ne nous abandonne pas !

Si le mal demeure encore, un chant qui nous parvient du fond des âges : ‘Voici le temps du salut,

la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ’ ! Ce chant ne proclame-t-il

pas le cœur même de notre foi ? Cette foi, qui déjà nous nous fait passer – comme le dit l’apôtre

Paul – de la mort à la vie ? »3

« Voici le temps du salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ !

N’est-ce pas cette audace toute évangélique qui pousse tant d’hommes et de femmes à lutter

contre le mal, pour que règne la justice, la paix et la fraternité ?

Si d’aventure, nous devions perdre courage, n’oublions jamais : Dieu, en son Fils nous tend sa

main. Il est Michaël, [qui est comme Dieu], le Christ qui combat, avec nous, le mal en nous comme

autour de nous. Jamais, il ne nous abandonne, car voici le salut, la puissance et le règne de notre

Dieu, voici le pouvoir de son Christ »4

.

Amen !

 

Prédication par la pasteure Marion Moser, le 24 septembre 2026

Prédication par la pasteure Marion Moser, le 24 septembre 2026

Chère sœurs et frères en Christ.

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Je me suis reposée cette question en lisant ce passage de l’évangile de Luc. Une histoire courte, simple, limpide. Et pourtant…

Qu’est-ce qu’un miracle ?

J’abordais souvent le sujet avec les jeunes auxquels j’enseignais, et dans ce cadre, nous nous posions la question : Est-ce que la naissance d’un enfant est un miracle. Je n’ai jamais oublié la réponse d’un élève : « Ben non, ça se passe tous les jours. Et en plus, cela voudrait dire qu’on est tous des miracles. »

Si j’ai bien compris son argumentation, un miracle ne peut pas se produire trop souvent, sinon cela devient quelque chose de juste normal.

Et on ne peut pas être tous des miracles… On ne va pas s’extasier devant quelque chose de quotidien, de complètement banal.

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Est-ce quelque chose de surnaturel ? Quelque chose qui est très difficile à croire ? Quelque chose qui contredit les lois des sciences naturelles ? Ou bien est-ce simplement quelque chose qui nous émerveille ?

Est-ce que les hommes peuvent accomplir des miracles, comme un médecin qui sauve un patient ? Ou est-ce qu’il n’y a que Dieu qui fait des miracles ?

Quand et comment se produisent les miracles ?

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Ce petit texte de l’évangile, nous donne l’occasion d’approfondir la question.

Et pour ce, je vais vous demander d’imaginer que vous êtes le réalisateur d’un film. Vous êtes fascinés par le texte que nous avons entendu et vous avez décidé d’en faire un court métrage. Il vous faut donc choisir le nombre d’acteurs. Qui sont les personnes présentes ? Quel sont les rôles les plus importants ? Qui est l’acteur principal ? Il y a-t-il des figurants ? Il vous faut choisir le lieu, les accessoires. Mais surtout, il vous faut sélectionner la scène clé. Et de ce fait une perspective : Que voulez-vous dire ?

Je vous pose beaucoup de questions pour un texte que vous avez entendu qu’une fois. Je me permets de vous le relire. Et je vous invite à vous concentrer sur les personnes présentes ou sur la scène que vous jugez centrale.

 

11 Jésus se rendit ensuite dans une ville appelée Naïn ; ses disciples et une foule de gens l’accompagnaient. 12 Au moment où il approchait de la porte de cette ville, on emmenait un mort pour l’enterrer : c’était le fils unique d’une veuve. Un grand nombre d’habitants de l’endroit se trouvaient avec elle. 13 Quand le Seigneur la vit, il fut bouleversé par elle et lui dit : « Ne pleure pas ! » 14 Puis il s’avança et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent. Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » 15 Le mort se dressa et se mit à parler. Jésus le rendit à sa mère. 16 Tous furent saisis de crainte ; ils louaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous ! » et aussi : « Dieu est venu secourir son peuple ! » 17 Et dans toute la Judée et ses environs on apprit ce que Jésus avait fait.

Un premier réalisateur a choisi son point de vue. Un miracle, tout le monde le sait, c’est quelque chose de surnaturel. Il va faire dans le sensationnel, cela se vend bien.

Le point de départ : Un cercueil.

La phrase clé : « Le mort se dressa et se mit à parler ».

Certes, le texte biblique est malheureusement un peu lacunaire sur ce moment capital. Il faudra réfléchir à ce que « le fils ressuscité » dit exactement… Mais « un mort-vivant » qui parle, c’est la scène à exploiter.

Et pour le reste, Le réalisateur choisit tout ce qui met en avant le deuil : beaucoup de figurants en larme, une mère effondrée, un Jésus ému…

Le projet avance bien…

Le deuxième des réalisateurs était, avant une reconversion professionnelle, linguiste. Miracle, vient du latin, du verbe mirari qui veut dire « s’étonner », « s’émerveiller » ou « contempler avec surprise ». Il aimerait nous questionner sur notre capacité à être surpris, émerveillés.

Le problème n’est pas qu’il manque de miracle, le problème c’est que les gens ne savent plus s’émerveiller. Un auteur anglais avait dit quelque chose dans ce sens…

Presque la moitié des verbes du texte biblique se rapporte à la foule. Et leurs paroles sont rapportés mot à mot, (comme pour Jésus). La perspective de ceux qui sont témoin du miracle, voilà donc ce qu’il faut mettre en avant.

La foule, les gens…

Ils sont là, entassé, tels des groupies suivant une rock star, du côté des disciples.

Ils sont là, un long cortège funèbre, du côté des endeuillés.

Et à la fin, il forme  un seul groupe, tous émus et transformés.

La phrase clé est évidemment une parole de la foule : « Dieu est venu secourir son peuple. » Bien plus qu’une résurrection, la foule découvre et confesse l’œuvre de Dieu dans son entier.

Les gens ont une capacité à comprendre ce qui se passe et à y deviner que Dieu est au centre de l’action.

Une capacité à s’émerveiller et à croire…

Le réalisateur ne veut pas mettre en avant la cause de l’émerveillement, le miracle à proprement parler, mais il veut mettre au centre ceux qui savent être étonnés et touchés, et ensuite interpréter ce qui se passe.

Le réalisateur commence à se perdre dans ses nuances. Est-ce que le projet aboutira ?

Le troisième et dernier réalisateur a lu le texte et tout de suite, elle était là devant ses yeux. Immédiatement, il a su que tout tournerait autour d’elle : La veuve bien sûr. Mère endeuillée, touchante, fragile… Voilà le personnage principal.

La scène clé : « Le seigneur la vit et il fut remplit de pitié pour elle. »

Il a regardé le texte grec original : Le verbe utilisé (σπλαγχνίζομαι), un mot de la même famille qu’entrailles, viscères). C’est pourquoi certains traduisent, « ému jusqu’aux entrailles. » Le réalisateur privilégierait une traduction plus moderne. « La détresse de la veuve lui retourna l’estomac. »

Le miracle, c’est une présence au milieu de nos vie, au milieu de nos deuils.

Le miracle, c’est une rencontre au cœur de la détresse, une main tendue, une promesse de consolation.

Le miracle, c’est Dieu qui se laisse émouvoir par notre malheur et se montre solidaire.

Le réalisateur aimerait avoir en voix off quelqu’un qui lit un texte de Hans Manz. (A l’origine le texte est en allemand, mais il peut être traduit.)

 

Miracle quotidien

Parfois, j’ai une de ces peurs.

Parfois je ressens une telle colère.

Parfois, je suis dans un tel état.

 

Parfois, je n’ai aucune joie,

Parfois, je n’ai plus aucun espoir

Parfois, je perds courage.

 

Mais parfois, tout à coup, il y a quelqu’un et il me demande : « Et toi, comment vas-tu ? »

Le réalisateur cherche à améliorer sa mise en scène. Mais la veuve ne fait aucune action, ne dit aucune parole. C’est un peu problématique pour un personnage principal. Alors, il renonce à son film.

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Quelle perspective choisissez-vous ?

Avez-vous entendu l’histoire sensationnelle d’un mort qui ressuscite ?

Vous êtes-vous identifié avec la foule qui s’émerveille et qui croit ?

Vous êtes-vous laissé émouvoir par la situation de la veuve, qui vit détresse et consolation ?

Qu’est-ce qu’un miracle ?

Que Dieu dont l’amour surpasse toute compréhension nous apprenne à nous étonner et nous émerveiller de son œuvre.

                        Amen

Prédication par le pasteur Guillaume Ndam, le 10 septembre 2026

Prédication par le pasteur Guillaume Ndam, le 10 septembre 2026

Lecture : Luc 4. 31-37

L’homme tourmenté par un esprit mauvais

31 Il descendit à Capernaüm, ville de la Galilée, et il les enseignait le jour du

sabbat.

32 On était frappé par son enseignement, car il parlait avec autorité.

33 Dans la synagogue se trouvait un homme qui avait un esprit démoniaque

impur. Il s’écria d’une voix forte :

34 « Ah ! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ?

Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. »

35 Jésus le menaça en disant : « Tais-toi et sors de cet homme. » Le démon

jeta l’homme au milieu de l’assemblée et sortit de lui sans lui faire aucun mal.

36 Tous furent saisis de frayeur, et ils se disaient les uns aux autres : « Quelle est

cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et

ils sortent ! »

37 Et sa réputation gagna toute la région.

Prédication : « Quelle est donc cette parole ? »

Chères sœurs, chers frères,

Il y a dans ce récit une question qui pourrait à elle seule nourrir notre

méditation :

« Quelle est donc cette parole ? »

Non pas : Quel est donc cet homme ?

Non pas : Quel est donc ce miracle ?

Mais : « Quelle est cette parole ? »

Cette question résonne d’une manière particulière ici, à Grandchamp, dans

un lieu où la journée est précisément scandée par la Parole, le silence, la

prière, le travail et la vie fraternelle.

Car Luc nous conduit lui aussi dans un lieu de prière : la synagogue de

Capernaüm, un jour de sabbat.

Le texte commence presque paisiblement :

« Jésus enseignait le jour du sabbat. On était frappé par son enseignement,

car il parlait avec autorité. »

1Le terme grec employé par Luc est ἐξουσία – exousia : l’autorité, le pouvoir

légitime, la capacité effective d’agir.

Il ne s’agit donc pas d’autoritarisme.

Jésus ne parle pas plus fort que les autres. Il ne cherche pas à imposer sa

personne. Son autorité vient de la cohérence entre sa parole, sa personne et

son action.

Quelques versets auparavant, dans la synagogue de Nazareth, Jésus avait

annoncé :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi… il m’a envoyé proclamer aux captifs la

libération. »

À Nazareth : la proclamation.

À Capernaüm : la réalisation.

La parole devient acte.

Et c’est précisément ce qui manque parfois à nos paroles. Nous parlons de

paix tout en entretenant des conflits. Nous parlons d’accueil et dressons des

frontières. Nous parlons de réconciliation tout en conservant soigneusement

quelques vieilles rancunes dans un coin de notre cœur.

Chez Jésus, cette distance disparaît.

Il dit la libération et il libère.

Il annonce le Royaume et le Royaume advient.

Voilà son autorité.

Puis surgit l’inattendu.

Au cœur même de la synagogue se trouve un homme habité par ce que Luc

appelle πνεῦµα δαιµονίου ἀκαθάρτου,( (pneuma daimoniou akathartou) « un

esprit de démon impur ».

Une prudence exégétique et pastorale est ici indispensable. Nous ne devons

pas identifier les catégories démonologiques du monde antique avec nos

diagnostics médicaux ou psychiatriques contemporains. La maladie

psychique n’est pas une possession démoniaque.

Luc nous parle théologiquement d’une puissance qui aliène l’être humain,

qui prend en quelque sorte possession de son espace intérieur.

Et voici le paradoxe :

« Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. »

Quelle confession de foi !

Théologiquement impeccable !

Le démon sait même qui est Jésus avant beaucoup de disciples.

Voilà une pointe spirituelle du texte : on peut savoir beaucoup de choses sur

Dieu sans encore se laisser transformer par Dieu.

On peut connaître la Bible.

Connaître la liturgie.

Connaître la théologie.

Connaître les bonnes réponses.

Et pourtant demeurer intérieurement prisonnier.

Dans une communauté monastique où la Parole est lue, chantée, méditée

jour après jour, cette question devient peut-être encore plus exigeante :

2La Parole que je connais est-elle devenue une Parole qui me connaît ?

Est-elle descendue de mon intelligence jusqu’à mon cœur ?

Car la foi chrétienne n’est pas seulement savoir qui est Jésus. Elle consiste à

consentir à ce que sa présence transforme notre existence.

Jésus répond alors par deux impératifs extrêmement brefs :

φιµώθητι – phimôthêti : « Tais-toi ! »

ἔξελθε – exelthe : « Sors ! »

Le premier verbe est très fort. Phimoô signifie littéralement mettre une

muselière.

Jésus impose silence à ce qui emprisonne l’homme.

Voilà qui peut résonner particulièrement ici, à Grandchamp.

Car tous les silences ne se ressemblent pas.

Il existe le silence qui écrase : celui de la peur, de la honte, de la souffrance

que l’on n’arrive plus à dire.

Mais il existe aussi le silence qui libère : celui dans lequel les voix parasites

cessent enfin de parler.

« Tu n’es pas à la hauteur. »

« Tu ne changeras jamais. »

« Tu dois réussir. »

« Tu dois prouver ta valeur. »

« Tu dois avoir raison. »

Et le Christ dit :

« Tais-toi. »

Non pas à la personne.

Mais à ce qui empêche la personne de devenir elle-même.

Jésus ne détruit pas l’homme possédé : il sépare l’homme de ce qui le détruit.

Il existe un proverbe africain que j’aime particulièrement :

« La parole est comme l’eau : une fois versée, on ne peut plus la ramasser. »

Nos traditions africaines savent depuis longtemps que la parole n’est jamais

anodine. Une parole peut blesser longtemps après avoir été prononcée. Mais

une parole peut aussi relever quelqu’un pour toute une vie.

C’est d’ailleurs une conviction qui traverse le livre que je viens de publier,

Bénir, c’est transmettre. Bénir, c’est précisément transmettre par une parole

quelque chose qui aide l’autre à vivre.

Une bénédiction ne nie pas les blessures. Elle ne fait pas disparaître

magiquement les difficultés. Mais elle pose sur quelqu’un une parole qui dit :

« Tu peux continuer. Ta vie a du prix. Dieu ne t’abandonne pas. »

Et finalement, que fait Jésus à Capernaüm ?

Il prononce sur cet homme une parole qui lui rend son avenir.

Cette parole rejoint singulièrement notre temps.

Nous vivons dans une société saturée de paroles : notifications, réseaux

sociaux, commentaires immédiats, discours politiques, inquiétudes

économiques, guerres, urgence climatique.

3La Suisse elle-même connaît ses inquiétudes, ses tensions, ses interrogations sur

la cohésion sociale, la santé mentale, le coût de la vie, l’avenir des

générations nouvelles.

Et ici, dans le canton de Neuchâtel, l’attention portée ces semaines à la

santé mentale nous rappelle combien l’intériorité humaine peut être fragile.

Or Jésus rencontre précisément un homme dont l’identité semble confisquée

par une autre voix.

Le récit ne nous donne même pas son nom.

On ne connaît que ce qui le tourmente.

Mais Jésus refuse de réduire cet homme à ce qui l’habite.

Et voilà peut-être une parole essentielle pour notre société.

Nous disons facilement :

le malade,

le migrant,

le chômeur,

la personne dépressive,

l’étranger,

le pauvre,

la personne âgée…

Comme si une situation pouvait devenir une identité.

Le Christ, lui, distingue toujours l’être humain de ce qui l’emprisonne.

Tu n’es pas ta maladie.

Tu n’es pas ton échec.

Tu n’es pas ton chômage.

Tu n’es pas ton passé.

Tu n’es même pas le pire moment de ton histoire.

Voilà déjà une bénédiction.

Et c’est peut-être ici que Grandchamp porte un témoignage précieux.

Dans un monde qui semble croire que celui qui parle le plus fort possède la

vérité, une communauté choisit de faire silence pour écouter.

Dans un monde qui valorise la performance individuelle, des femmes

choisissent la vie communautaire.

Dans un monde fragmenté entre confessions, cultures et identités,

Grandchamp porte une vocation œcuménique.

Ce n’est pas une fuite hors du monde.

C’est une autre manière d’habiter le monde.

Car Jésus ne fait finalement pas beaucoup de bruit dans notre texte.

Quelques mots seulement :

« Tais-toi. Sors de cet homme. »

Et un homme retrouve sa liberté.

Nous imaginons parfois que l’Église retrouvera sa crédibilité lorsqu’elle parlera

davantage.

Peut-être la retrouvera-t-elle lorsqu’elle saura prononcer moins de paroles,

mais davantage de paroles habitées.

Des paroles capables de relever.

Des paroles capables de réconcilier.

4Des paroles capables de bénir.

Conclusion : quelle parole transmettons-nous ?

À la fin du récit, les gens s’interrogent :

« Quelle est cette parole ? »

Cette question demeure.

Quelle parole gouverne ma vie ?

La parole de mes peurs ?

La parole du regard des autres ?

La parole de mes blessures anciennes ?

La parole de l’actualité qui m’inquiète ?

Ou cette Parole du Christ qui vient remettre chaque chose à sa juste place ?

Peut-être notre vocation chrétienne commence-t-elle là : laisser le Christ faire

silence en nous afin que sa Parole devienne audible.

Et peut-être notre vocation est-elle ensuite de transmettre cette parole.

Car bénir, au fond, c’est transmettre.

Transmettre une parole plus forte que la peur.

Une parole plus forte que nos enfermements.

Une parole qui ne possède pas l’autre mais qui le libère.

Une parole qui ne condamne pas mais qui ouvre un chemin.

Alors, dans le silence de Grandchamp comme dans le tumulte de notre

monde, la question demeure :

« Quelle est donc cette parole ? »

C’est la Parole qui ne se contente pas de parler de Dieu.

C’est la Parole qui libère.

C’est la Parole qui relève.

C’est la Parole qui bénit.

C’est la Parole qui rend l’être humain à lui-même et le remet debout devant

Dieu.

Amen.

 

Prédication par la pasteure Martine Sarrasin, le 20 septembre 2026 

Prédication par la pasteure Martine Sarrasin, le 20 septembre 2026 

Matthieu 20 : 1-16, Esaïe 55 :6-9, Philippiens 1 :20-27                          Grandchamp, 20.09.2026                                                                                     

« Non, je ne pense pas comme vous.

Justice amour vérité pardon

Ne sont pas comme ce que vous connaissez.

Mes chemins n’ont rien à voir avec vos chemins. »

Telles sont les paroles de l’Eternel que perçoit le prophète Esaïe. Un message adressé, en substance, plus d’une fois dans la révélation biblique entière, jusqu’à l’apôtre Pierre qui voulait faire entrer Jésus dans ses vues après l’annonce de la Passion. Une annonce réitérée, d’ailleurs, en conclusion de notre parabole.

« Vos pensées ne sont pas celles de Dieu». Mystère de l’Au-delà de tout, renversant toutes nos idées et nos pratiques de foi, de justice, de charité et de salut. La parabole de ce jour nous invite à un retournement, à une largeur de vue et de cœur qui dépasse tous nos instincts, nos élans naturels, notre logique, notre entendement. Qui donc est Dieu, qui nous ouvre sa joie et son Royaume ?…

Le principe qui régit nos sociétés humaines, et que notre éducation et les valeurs du monde ont mis des décennies et des siècles à construire, ce principe est simple: « à telle tâche, telle rétribution, pour le bien comme pour le mal» (principe obligé dans les limites de la condition humaine). Mais spirituellement il n’en est pas ainsi. Voilà que Jésus nous présente un maître se montrant sans calcul, au-delà de toute prévision raisonnable, ouvrant son domaine et son portefeuille également à tous, à quiconque répond à son appel, sans acception de personne, sans vérifier la valeur de chacun ni la quantité de travail accompli. Premier étonnement. Et au final, tous reçoivent le même salaire: deuxième étonnement. Un denier, 1 pièce d’argent ; salaire correct, sans plus, de quoi vivre et nourrir sa famille le lendemain. Ni trésor, ni perle. Salaire minimum en quelque sorte, hors de toute récompense, de toute extravagance, de toute supériorité.

Alors la colère gronde chez les ouvriers de la 1ère heure -et ça, ça nous étonne moins! -. Ils s’indignent, pas contre les tard-venus mais contre le maître. Bonté divine ! N’y a-t-il pas de justice ? Réponse du maître : « Mon ami, vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? ». Une affirmation de sa liberté souveraine de maître, et une question, qu’il nous laisse.

Cette parabole, racontée par Jésus en chemin vers Jérusalem, évoque l’universalité de la Bonne Nouvelle, qu’il porte, et qu’il est. Et cette nouvelle, c’est que Dieu aime : pas par fractions, pas par petits bouts, pas par intermittences. Il n’effeuille pas la marguerite en regardant les humains, disant : « un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Il aime à la folie ; et la puissance de cet amour tendu vers le monde, engendre l’accomplissement de SA justice, qui n’est pas distributive comme la nôtre, mais qui est vérité et miséricorde. Et c’est lui qui en paiera le prix.

Ainsi tout être humain, à n’importe quel moment de sa vie et indépendamment de ses antécédents, peut entrer dans le grand mouvement de la justice de Dieu pour la recevoir, par-delà toute mesure légale, par la foi. Marie-Laure Choplin l’exprime ainsi: « Rendus dignes par grâce, nous pouvons vivre depuis cette dignité, que nous ne pouvons ni saisir ni perdre, cette dignité… en échange de rien ».

Mais c’est là que résistances et oppositions se lèvent. Car voilà qui met à mal l’aspiration à être détenteurs d’une préférence divine ; voilà qui met en échec les efforts pour mériter sa place devant Dieu par son travail, son zèle ou ses souffrances. Nous sommes libérés de cette ambition qui est fardeau pesant, en plus d’être vain ! Le Royaume n’est pas un club avec un ticket d’entrée. Tous nous y sommes accueillis, bras étendus, sans condition…

On l’a entendu, chez Dieu il y a de la place. Comme le maître de la parabole il est sorti de chez lui et sans relâche, à toutes les heures de la journée il sollicite et embauche. Car il s’agit de travailler à sa vigne ! à une nouvelle création, avec lui ! en témoignant de la grâce qui redonne sa dignité à chacun et allume le feu de la réconciliation et de la fraternité. Oui, chez Dieu il y a du job pour toujours plus d’ouvriers. Et il y en a encore qui n’ont pas été appelés. Qui peut-être espèrent. Qui peut-être attendent de trouver un sens à leur vie. Qui peut-être manifestent pour avoir une raison d’espérer. Ils ne sont pas loin.

Alors allons-nous participer au travail du maître ? être les relais de son appel ? Allons-nous comme l’apôtre Paul choisir, même si c’est dur, de continuer à vivre pour l’avancée de l’évangile et partager la joie de la foi ? ou allons-nous murmurer comme Jonas contre la divine bonté s’étendant à tous les êtres… ? Devant quel Dieu je vis ma vie ? où en est mon souci des autres ? quelle est ma hâte à vivre le Royaume, déjà ? Autant d’interpellations appropriées en ce jour de Jeûne fédéral, jour d’action de grâce, de repentance et de prière, qui seule peut nous faire entrer dans les vues de Dieu. Il faut bien tout un lundi pour cela !

Encore une question, celle de Pierre qui précède la parabole: « Seigneur, nous avons tout quitté pour te suivre, qu’allons-nous recevoir ? » . Un denier. Rien d’autre que le nécessaire pour le jour, même pour les forts en témoignage. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?…

Mais le temps passe, à propos, quelle heure est-il ?… Est-ce bientôt la fin de la journée ? Beaucoup aujourd’hui se posent la question. Nous ne le savons pas. Ni pour nous-mêmes, ni pour les autres, ni pour le monde. Mais aujourd’hui est le jour du salut : « Cherchez l’Eternel pendant qu’il se trouve. Invoquez le Seigneur tandis qu’il est près ! » . Amen.

 

 Prédication par le pasteur Alain Monnard, le 13 août 2026

 Prédication par le pasteur Alain Monnard, le 13 août 2026

Prédication jeudi 13 août 2026

1 Pierre 3, 18 à 4, 2+6          Marc 9, 14-29

Il y a des sommets que Jésus a gravi seul… sommets de ravissement et sommets de douleur… extase ou calvaire.

Thabor ou Golgotha, pour Jésus.

Ce sont des pics qui se situent au-delà des mots, à la lisière du concevable, dans l’espace de la poésie et du silence.  

Il y a quelques heures seulement Jésus était transfiguré, moment unique où la divinité de Christ transparait devant trois témoins éblouis.  

Pierre veut alors s’installer dans cette béatitude en montant des tentes, comme on tente de mettre des mots sur l’indicible pour le saisir quelque peu.

Mais l’au-delà des mots est volatile, il va et vient comme le Souffle… ensuite, il faut redescendre… Jésus est redescendu avec ses disciples pour poursuivre sa mission.

Ce fut un moment d’une intense densité avec l’Esprit de Dieu qui irradiait et le Père qui attestait « Celui-ci est mon fils bien aimé que j’ai choisi : écoutez-le ! » La Trinité en présence, en personne, en direct.

A ce moment-là, Jésus est révélé dans unicité… aux yeux des disciples, et peut-être un peu plus à ses propres yeux !

Mais qui dit unique dit aussi solitude. Jésus vit une dimension d’être que personne d’autre ne vit. Peut-être a-t-il rêvé qu’il en soit progressivement autrement… comme tout rabbi qui désire enseigner et voir des disciples prendre le relai de son vivant, devenir rabbi à leur tour, le dépasser même.

Mais il n’en sera rien… quand il redescend, il voit Pierre, Jacques et Jean qui discutent de cette résurrection qu’il vient d’annoncer. Ils parlent entre eux sans le consulter, sans trop savoir de quoi ils parlent… 

Et quand ils rejoignent les autres disciples restés dans la plaine, Jésus les trouve aussi entre train de causer avec une grande foule et des scribes bien agités.

La raison en est donnée à Jésus : un père désespéré par la souffrance son fils a demandé aux disciples de le libérer… ils n’en ont pas été capables de chasser ce qu’ils appellent un esprit muet… l’esprit oui, mais euh, ils parlent avec passion… du pourquoi, du comment, des limites au-delà desquelles la bonne nouvelle du salut n’opère plus ?

La vie de Dieu serait-elle victorieuse jusqu’à un certain point ?

Jésus explose : « Génération incrédule, jusqu’à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ? »

Il y a quelques heures, il était au sommet de la plénitude, baigné et empli de la présence et de la puissance de Dieu… et là il est replongé dans une foule qui doute et débat… qui se débat dans ses doutes !

Jésus met tous ces gens dans le même paquet : les trois disciples avec qui il revient, les 9 autres confrontés à leurs limites, l’enfant, le père, la foule, les scribes… : « génération incrédule ! »

C’est un cri de solitude… « Ras-le-bol d’être seul à y croire ! » ; « Ras-le-bol d’être le seul à voir avec les yeux de Dieu, à ressentir ce qui habite le cœur de Dieu, à discerner en dialogue avec Dieu, à agir en Dieu… »

Peut-être qu’à ce moment-là se confirme en Jésus la conscience qu’il n’y aura pas de son vivant de transmission du ravissement du Thabor à ses disciples.

Il y aura au contraire une solitude toujours plus dense, jusqu’à l’extrême de la croix, où son unicité de Seigneur et de Sauveur sera révélée dans la nuée sombre du drame total.

Et là, il se trouve devant un père désespéré de voir son fils innocent souffrir ainsi, isolé par son mutisme et par ces crises qui font fuir tout le monde… ras-le-bol d’être jugés et rejetés injustement… la détresse par excellence d’un père aimant et impuissant !

Certes ce n’est pas le calvaire du Golgatha, mais quelle galère ! d’autant plus douloureuse qu’il y a eu une lumière d’espoir… « Les disciples de Jésus sont là et on raconte qu’ils ont accomplis guérisons et délivrances ».  

Mais non, rien n’y fait… cette malédiction perdure sans que rien n’y personne n’en vienne à bout.

Aujourd’hui, on peut imaginer une atteinte neurologique qui a empêché l’accès à la parole et qui provoque des crises d’épilepsie… mais le diagnostic (qu’il soit juste ou non) ne diminue en rien la détresse spirituelle de ce père qui ne cesse d’espérer une sortie de cet enfer !

Il y croit sans y croire… et Jésus met le doigt sur son ambivalence. Car croire à l’impossible déprime parfois davantage que d’y renoncer. Espérer oui, mais pas trop, pour ne pas trop déchanter quand ça tarde ou ne vient jamais.

« Si tu le peux… » ose ce père.

Jésus le confronte à ce qui le freine, mais il ne lui brandit pas une théologie de la toute-puissance de Dieu… une théologie qui le placerait une fois de plus devant l’inaccessible, donc dans l’impuissance.

Il le ramène à ce qui est fort et vivant en lui, à cet élan d’amour qui l’habite et le préserve de baisser les bras, malgré son épuisement de proche aidant, son fardeau de chef d’une famille privée du bonheur.

« Si tu y crois… » lui rétorque Jésus.

« Oh oui, j’y crois, mais en même temps vient une autre voix qui me dit : n’y crois pas trop » Et là, le père fait ce que ses disciples n’ont peut-être pas fait ! Il demande à Jésus son aide, sa grâce. Il prie !

« Viens au secours de mon manque de foi… Sauve ma foi, soigne mon cœur ravagé… ça je ne peux le faire, mais toi, tu peux, car tu portes l’Esprit de Dieu en toi, c’est lui qui agit en toi, je le sens ! »

Les disciples ont peut-être considéré l’autorité que Jésus leur avait conférée comme un acquis, une ligne de plus de leur CV d’apôtres, une ressources à disposition, que Jésus soit là ou non, qu’il les envoie ou non.

Mais non, agir au nom de Jésus est toujours une grâce unique, une délégation ponctuelle, une œuvre à toujours enraciner dans la prière… c’est toujours le Seigneur qui agit, ce n’est jamais nous qui faisons agir le Seigneur.

On n’instrumentalise pas Dieu, ni l’autre… voyez à ce propos comment Jésus redonne au père de l’enfant l’initiative du prochain pas… un pas de demande de guérison de son cœur en premier.

Jésus a compris la profondeur de la solitude de l’enfant… il n’est pas seulement muet, il est sourd ; c’est parce qu’il est sourd qu’il est aussi muet. Il vit dans une bulle insonorisée avec un corps dont il perd le contrôle régulièrement.

Jésus prend autorité sur ce qui isole et détruit l’enfant. Et l’esprit mauvais sort… le laissant comme mort. C’est comme si toute sa vie s’était résumé à son malheur et quand il le laisse tranquille, il semble ne rien rester.

Le voilà mort à ce malheur, mort à cet isolement profond, à ce souci d’une crise, à cette angoisse qu’elle soit fatale. Son malheur est mort, il a passé dans le passé.

Son présent… Jésus qui le prend par la main et le tire vers le haut et lui qui se met lui-même debout, face à son père, au village et aux disciples épatés.

L’avenir… il est ouvert devant lui, comme ses oreilles qui enfin entendent, il pourra être rejoint par la voix des autres et une fois leur répondre : entrer en relation.  

Pourquoi Jésus y est parvenu et pas les disciples en l’absence de Jésus ? « Cet esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière »…

Cette thérapie doit s’ancrer dans la relation avec le Seigneur, l’intimité avec Dieu. On ne soigne pas l’isolement spirituel en étant déconnecté de Dieu.

C’est à partir du cœur à cœur avec Dieu que nous pouvons rejoindre le cœur de l’autre, par-delà les obstacles neurologiques et psychologiques.

C’est à partir de l’esprit que l’âme et le corps vont retrouver leur santé.

La prière, vous le savez, ce n’est pas d’abord causer, s’est écouter : tendre l’oreille du cœur, chercher le désir de Dieu, revêtir sa mentalité, discerner ses priorités et ses façons d’agir.

C’est une communion qui n’est jamais détenue, elle a besoin d’être nourrie jour après jour par le Seigneur… à partir du dedans comme la Transfiguration le révèle.

C’est le cas des recoins de notre être qui ne sont pas encore guéris, comme nos histoires passées pas encore libérée.

Pierre dans sa lettre élargira encore la perspective aux dimensions de l’Histoire au sens large. Il ira jusqu’à écrire de Jésus que Vendredi saint, il est descendu au séjour des morts pour évangéliser les défunts du passé afin qu’ils aient aussi accès à la bonne nouvelle du salut.

Personne n’est abandonné, personne n’est laissé dans sa bulle, isolé de l’amour de Dieu est tout-puissant.

Il y a des sommets que Jésus a gravi seul… ou presque parce qu’il est vrai qu’il y avait toujours une poignée de proches, au Thabor comme au Golgotha.

Mais surtout Dieu était là, si visible qu’il en devenait éblouissant ou si discret qu’il en devenait opaque… mais toujours là, sans interruption !

Et Jésus lui emboite le pas : « Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Toutefois, nous avons à traverser des expériences de solitudes, car chacun de nous est unique, chaque expérience singulière, chaque chemin personnel… c’est pourquoi y a des limites au partage du vécu, une limite à la compréhension mutuelle.

Parfois c’est frustrant et épuisant… alors monte aussi en nous ce cri « Jusqu’à quand… ? »  Jusqu’à quand cette tension entre la foi et le manque de foi, entre l’intimité qui se passe de parole et les incompréhensions qui nous font causer et causer.

Viens bientôt Seigneur Jésus ! Viens vite soigner notre cœur à cœur avec toi !   Amen

 

Lecture

Première lettre de Pierre, chapitre 3, 18 à 4, 2, plus 6

En effet, le Christ lui-même a souffert pour les péchés, une fois pour toutes, lui juste pour les injustes, afin de vous présenter à Dieu, lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit.

C’est alors qu’il est allé prêcher même aux esprits en prison, aux rebelles d’autrefois, quand se prolongeait la patience de Dieu aux jours où Noé construisait l’arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau.

C’était l’image du baptême qui vous sauve maintenant : il n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience ; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ, qui, parti pour le ciel, est à la droite de Dieu, et à qui sont soumis anges, Pouvoirs et Puissances.

Puisque le Christ a souffert dans son corps, vous aussi armez-vous de la même façon de voir : celui qui a souffert dans son corps en a fini avec le péché. Dès maintenant, vous devez donc vivre le reste de votre vie terrestre selon la volonté de Dieu et non selon les désirs humains.

Voilà pourquoi la bonne nouvelle a été annoncée, même aux morts : ainsi, bien que jugés quant à leur existence terrestre, comme tous les humains, ils ont maintenant la possibilité, grâce à l’Esprit, de vivre une vie selon Dieu.

                                                              Répons

Lecture

 

Évangile de Marc, chapitre 9, les versets 14 à 29 :

En venant vers les disciples, ils virent autour d’eux une grande foule et des scribes qui discutaient avec eux. Dès qu’elle vit Jésus, toute la foule fut remuée et l’on accourait pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? »

Quelqu’un dans la foule lui répondit : « Maître, je t’ai amené mon fils : il a un esprit muet. L’esprit s’empare de lui n’importe où, il le jette à terre, et l’enfant écume, grince des dents et devient raide. J’ai dit à tes disciples de le chasser, et ils n’en ont pas eu la force. »

Prenant la parole, Jésus leur dit : « Génération incrédule, jusqu’à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ? Amenez-le-moi. »

Ils le lui amenèrent. Dès qu’il vit Jésus, l’esprit se mit à agiter l’enfant de convulsions ; celui-ci, tombant par terre, se roulait en écumant.

Jésus demanda au père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » Il dit : « Depuis son enfance. Souvent l’esprit l’a jeté dans le feu ou dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous. »

Jésus lui dit : « Si tu peux !… Tout est possible à celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! »

Jésus, voyant la foule s’attrouper, menaça l’esprit impur : « Esprit sourd et muet, je te l’ordonne, sors de cet enfant et n’y rentre plus ! »

Avec des cris et de violentes convulsions, l’esprit sortit. L’enfant devint comme mort, si bien que tous disaient : « Il est mort. »

Mais Jésus, en lui prenant la main, le fit lever et il se mit debout.

Quand Jésus fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier : « Et nous, pourquoi n’avons-nous pu chasser cet esprit ? »

Il leur dit : « Ce genre d’esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière. »

                                                                Répons

 

 

Prédication par la pasteure Martine Sarasin, le 2 août

Prédication par la pasteure Martine Sarasin, le 2 août

Grandchamp 2 août 2026                                                                                          Matthieu 14 :13-21

Hier soir dans le pays se faisaient entendre les fameux « discours du 1er août ». Avec quelques heures de retard, voici le mien : le conte, ou plutôt la parabole de la soupe au caillou.

C’est un vagabond qui arrive dans un village miséreux, avec juste son baluchon sur l’épaule et un bâton de bois.

À la 1ère maison il s’arrête et frappe doucement. La porte s’entrouvre. « Auriez-vous qqch à manger pour un pauvre voyageur ? Un croûton, une petite pomme de terre, n’importe quoi ? ».

La porte se referme prestement. Même refus à la maison suivante, à la 3ème, à la 4ème. Ce n’est pas que le village soit mauvais, mais il est pauvre, et chacun pense en soi-même : Si je donne le peu que j’ai, j’aurai peut-être faim demain.

L’homme se retrouve alors sur la place du village, à côté de la fontaine, et dit soudain, assez fort pour être entendu : « alors je vais faire une soupe au caillou ! » Et il sort de sa besace un galet, lisse et bien plat ; pendant qu’il le lave, la phrase court de porte en porte : « Un étranger prétend savoir-faire de la soupe avec un caillou ! ». Cela suffit pour faire sortir quatre curieux, puis sept, puis douze.

Après quelques regards en coin, quelqu’un se décide à apporter un chaudron que l’on remplit d’eau, et on fait un bon feu dessous. « Plouf ! » fait le caillou. Tous, sur la place, se rapprochent et se penchent un peu en avant, intrigués.

Un peu de temps passe. Le voyageur remue doucement avec son grand bâton.

— C’est en bonne voie, dit-il. En très bonne voie. Ça a le goût d’une promesse formidable. Quoique… avec une petite pincée de sel, le caillou donnerait vraiment toute sa saveur.

Une femme dit : Du sel, j’en ai !

— Mmmm ! Beaucoup mieux, fait l’homme. Quelle merveille de caillou… Bien sûr, si quelqu’un avait un petit oignon, même minuscule, on parlerait alors d’un festin de rois.

Vous devinez la suite : les gens commencent à aller et venir, l’un avec deux carottes un peu tordues, l’une avec un poireau ébouriffé, l’autre avec quelques patates fripées, etc. Bientôt une soupe est prête et tous se serrent les uns contre les autres et goûtent, en fermant les yeux de plaisir.

A la fin une vieille femme, serrant son bol fumant, regarde le voyageur à travers la vapeur :

— Dites-moi la vérité, l’étranger. Est-ce que ce caillou fait vraiment quelque chose ?

La place devient silencieuse. Le voyageur sourit, pêche le galet et le tient en l’air.

— Bien sûr qu’il fait quelque chose. Il nous a aidés à commencer.

Il le pose sur le bord de la fontaine… et s’en va.

 

 

 

Que s’est-il passé dans ce village ? que s’est-il passé dans la plaine autrefois ? un tour de magie ? une multiplication des pains ?? Ce titre apposé tardivement est malheureux ; car il n’est nulle part question de « multiplication », dans aucun des évangiles où l’évènement est raconté 6 fois en tout. 6 fois, c’est insistant. C’est un chiffre dans la Bible qui symbolise l’humain, sa place et sa mission dans la création, son travail, juste avant la perfection du 7. Six, c’est notre part, notre part de responsabilité et de créativité à toutes et tous : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! »

Dans le village comme dans la plaine, il nous est rappelé que personne ne peut dire qu’il n’a rien reçu, qu’il ne puisse offrir. Tous et toutes nous avons reçu quelque chose, qui que nous soyons, d’où que nous venions. Même le plus démuni des humains, même fragiles, même abîmés, même pauvres, même âgés avec nos restes, nous avons quelque chose à donner, peut-être presque rien, mais qui suffit à celui, à celle qui les reçoit :  un pain, une offrande, une présence, un geste, un témoignage de foi … Car ce presque rien reçoit toute l’attention de Dieu. Ce « presque rien » est célébré et béni par le Christ ; il passe dans ses mains pour être donné et pour nourrir, pas seulement les besoins vitaux du corps, mais aussi le besoin non moins vital de lien. La parole du Christ nous donne la mission d’ouvrir nos mains et nos cœurs à l’A(a)utre, pour une libre circulation des biens et des dons, à l’image, osons le dire, de ce qui se vit au cœur de la Trinité.

Ça existe vous savez, la soupe au caillou. C’est, ou c’était une spécialité de la vallée de la Moselle. À la base une simple soupe paysanne, dans laquelle on plonge un galet comme ceux du bord du lac ici,  qui doit être plat sur une face. Et le caillou, en mouvement constant dans la casserole, aide à écraser les ingrédients et à diffuser leurs sucs. Il agit comme un pilon, et en bonus, il stabilise la chaleur dans la casserole, donc pas de surchauffe ni de baisse de température. Une vraie parabole ! Ainsi, nous sommes invités à libérer notre propre saveur, ce que nous avons et portons en nous d’unique, de don gracieux, de compétence, de biens, de rayonnement: en un mot la bonne odeur du Christ.

 « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Participez activement à l’activité divine, créatrice, sans calcul, et salutaire ! prenez soin de l’autre qui a soif et faim, de nourriture, d’attention, de respect, de dignité… Est-ce irréaliste face à l’immensité des besoins ? Mais le Christ est venu. Il nous a, le premier, offert sa pauvreté ; et comme un sourcier il nous révèle et fait grossir la rivière souterraine de nos capacités d’aimer. Comme lui, et avec lui. À sa suite, nous sommes des passeuses et des passeurs en ce monde, de la générosité de Dieu.

Aujourd’hui le Christ nomade passe… Il laisse devant nos maisons non pas un caillou, mais cet humble morceau de pain, ce presque rien que nous allons recevoir à l’eucharistie, témoin et réalité d’une Présence qui nous aide à commencer. Amen.