Homélie du pasteur André Sauter, le 11 avril 2024

Homélie du pasteur André Sauter, le 11 avril 2024

Grandchamp, 11 avril 2024, Évangile de Luc 24, 13-35, Lettre aux Colossiens 2, 20-3, 4 Prédication d’André Sauter

« La foi est une brûlure. Elle nous laisse des marques », paroles de Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise !
Que faisons-nous de cette brûlure, de cette chaleur et du désir de cette chaleur ?
Que faisons-nous de ces marques, du vide, du désespoir de notre chemin ?
Le chemin d’Emmaüs est mon chemin, ton chemin.
Il s’agit de trouver le lieu de la rencontre avec le Christ ou de se laisser trouver par Lui.
Vivre son chemin d’Emmaüs,
Pour moi vivre le passage du Dieu extérieur au Dieu intérieur.

Puis va se poser aussi la question de comment je reviens vers la civilisation, de comment je retourne vers Jérusalem, si j’y retourne ! La Jérusalem d’aujourd’hui n’est plus la Jérusalem du temps de Jésus, mais finalement malheureusement pas si différente avec ses heurts entre communautés…
Comment je vais partager ma quête et mes intuitions, avec les personnes autres qui habitent Jérusalem, différentes et pourtant qui sont mes semblables,
En fondant une nouvelle religion, doctrinaire, qui va écraser les autres ? Est-ce bien cela que le Christ désire ?
– Ne désire-t-il pas d’abord ce silence au cœur du mystère pascal. Mystère qui dépasse les mots et qui n’annihile pas ce que d’autres humains ont pu vivre et croire
– Pour ma méditation d’aujourd’hui, les disciples d’Emmaüs me donnent ce trésor de l’intériorité, de la rencontre du Christ et un trésor pour le chemin œcuménique et intrareligieux
Intériorité :
Les disciples d’Emmaüs avaient beaucoup d’informations dans la tête, plus que Jésus entre guillemets. Ils lui parlent durement qu’il n’est pas au courant de ce qui se passe. Ils semblent savoir plus de choses. Mais toutes ces informations n’empêchent pas qu’ils sont aveugles à la présence du Christ à leur côté. Absence qu’ils ne réalisent pas combien elle est Présence. Ils ont été jusqu’ici dans un rapport d’extériorité avec Jésus et la spiritualité. Mais par leur retour vers leur village, par leur interrogation de ce qu’ils ont vécu, ils entrent dans un chemin d’intériorité : ils ressassent ce qui est arrivé, ils essayent de comprendre, ils semblent revenir à la maison… comme lorsque l’on vit un choc ou un temps de déprime, retour sur soi, chamboulement intérieur….
– Les disciples sont même au risque d’abandonner, de revenir uniquement à leurs histoires de famille. Ils ont besoin de réconfort, ils suivent leur désir, leur besoin, ils écoutent le petit enfant en eux et étrangement cela les conduira à la rencontre, à cette brûlure de la foi et ainsi ils reviendront différents à Jérusalem, habités, réchauffés, illuminés de l’intérieur.
– Il s’agit donc de ne pas craindre d’être désorientés, de ne pas craindre le tombeau vide, de ne pas savoir quel chemin prendre, d’avoir un coup de déprime comme ces disciples. Ne pas avoir peur d’écouter nos besoins, ce que notre corps ou nos tripes nous disent. D’écouter en fait la réalité qui est soma en grec dans Colossiens 2, 17, d’où vient le mot somatique. La réalité est corporelle et spirituelle. La recherche de l’en haut est intimement liée à l’écoute de l’en bas si on en reste à ces catégories qui peuvent être trop dualistes.
– Il y a intimité, les disciples vivent une rencontre, une révélation qui finalement sera simplement une chaleur, une brûlure, des indices, un pain rompu, pas une doctrine, même s’ils vivent aussi ce temps de relecture des écritures, de réflexion et de méditation.
– Ce cheminement de tâtonnement, de l’intériorité, de ne pas en rester aux énoncés extérieurs de la foi, cela ne concerne pas seulement les disciples. C’est aussi notre chemin : ne pas savoir à quoi s’accrocher, c’est signe que nous sommes en chemin de résurrection, qu’on est une pâte à pain en travail. Le christianisme de par son histoire de grande religion vit ce grand danger d’en rester à une doctrine, à une glorification de Dieu, qui devient à nouveau extérieure à nous et donc un Dieu extérieur. Nous devenons comme une idéologie, un rouleau compresseur qui va imposer sa manière de penser, et on en a vu bien les dégâts, combien de mort avec l’arrivée des missionnaires en Amérique du Sud, combien de civilisations détruites ?
– Revenir à cette conscience de la vie cachée, de la pâte à pain, pétrie, mélangée aux autres cultures et traditions, sens dessus dessous, poussé vers la marge. Jésus est un homme de la marge. Emmaüs est un lieu inconnu et c’est là que se réalise cette rencontre supra substantielle. Marcel Légaut, qui a accompagné les carmélites de Mazille disait : si on est au milieu de l’Église, bien installé avec les dogmes, le catéchisme et tout la grande construction ecclésiale, on va dormir … si on est dans la marge, dans les remises en cause, il y a des courant d’air, on reste éveillés.
– Et c’est ce qui se passe pour les disciples d’Emmaüs, dans la marge d’un village inconnu, ils vivent une expérience difficile à relater. Le Christ a disparu et pourtant il est là. Présence qui est cette fois absence, insaisissable, difficile à mettre en mots, à objectiver. Il s’agit de ne pas se presser à la mettre en mots et en dogmes….
– Cela rappelle le fruit de l’arbre de vie que l’on ne doit pas cueillir, posséder, il s’agit davantage d’entrer en communion, cela rappelle le buisson ardent…

Et cette expérience intérieure est fondamentale à se remémorer, à garder au cœur, cela va se rapprocher de ce qu’on a appelé la théologie apophatique, où l’on peut surtout dire ce que Dieu n’est pas, plus que ce qu’il est.
Cette réalité va pouvoir nourrir et féconder le dialogue œcuménique. Ce dialogue est au purgatoire, comme le dit si bien Jean-Claude Basset et j’encourage à s’imprégner de ce que Jean-Claude Basset nous indique.
Quand on parle d’œcuménisme, on pense aujourd’hui surtout au dialogue entre confessions chrétiennes. C’est un rétrécissement dommageable.
Œcuménisme, d’oikouméné signifie terre habitée, le monde, l’univers. L’œcuménisme a donc une signification globale, de village global. Que l’on retrouve dans le terme catholique, littéralement kata olon, selon le tout, olon, que l’on retrouve dans holistique.
Il s’agit là de se relier à la terre entière et c’est ce que la communauté humaine vit aujourd’hui de par les communications sur toute la planète, on est très informé comme les disciples d’Emmaüs, sur tout ce qui se passe, mais aussi souvent aveuglés.
On sait aujourd’hui, pour la survie de la terre, combien il est important d’œuvrer ensemble. C’est ensemble que nous pourrons mener à bien ce défi de la survie du vivant.
Et cela nous conduit encore davantage à faire fructifier le dialogue entre les cultures, entre les religions aussi et pas seulement entre les confessions.
Jean-Claude Basset montre combien les origines du dialogue œcuménique entre confessions chrétiennes s’est fait dans les terres de missions, en Inde par exemple, où on ne comprenait pas nos différentes confessions et cela a poussés les différents courants chrétiens au rapprochement.
Pour que la paix règne dans cette oikouméné, il s’agit de ne pas mettre sa religion au centre, mais bien davantage cette présence de Dieu insaisissable, mystérieuse, que chaque tradition va manifester avec son vocabulaire et ses mots.

L’humain reste partiel et partial dans sa connaissance de la réalité, de Dieu, les religions également. Cela nous invite à une révolution intérieure, copernicienne. Ne pas mettre notre croyance, notre expérience spirituelle au centre. Mettre Dieu au centre, que chaque religion révèle à sa manière.
Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas avoir une expérience de l’absolu. Les religions sémitiques sont exclusives, bien plus que les religions asiatiques pour qui toutes les traditions révèlent Dieu au risque de ne pas respecter les particularités de chacune.
Le danger des religions exclusivistes vient au moment où nous en faisons des doctrines.
Et c’est pour cela que l’expérience d’Emmaüs est fondatrice pour le dialogue œcuménique.
Raimundo Panikkar, théologien catholique d’origine indienne, parlera ainsi de dialogue intrareligieux. Il s’agira de ne pas se considérer comme des religions ou doctrine indépendantes, mais d’approfondir ensemble la quête de la vie spirituelle, de la foi, de l’intériorité, intra…
Nous pouvons le mieux, dira Thomas Merton, approcher et comprendre nos différences religieuses par la voie de l’inconnaissance et du silence.

Vatican II l’a reconnu, chaque tradition nous apprend quelque chose du salut, de la présence de Dieu et il s’agit de soutenir les valeurs spirituelles de chacune et de les préserver.
Découvrir que des croyants d’autres traditions ont pu vivre à leur manière cette brûlure, cette chaleur du cœur ne peut que nous réjouir et nous conforter que les révélations spirituelles ne sont pas illusions.
L’en haut est une réalité, mais il s’agit de ne pas s’arrêter aux diverses doctrines sur ce qu’’il faut ou non manger, sur ce qu’il faut ou non croire, comme le dit l’apôtre dans la lettre aux Colossiens. Ne pas s’arrêter sur la diversité des usages et des doctrines.
– N’ayons donc pas peur du vide, du silence, des autres expressions spirituelles, pas peur de ne pas avoir le dernier mot…car dans nos cœurs palpite une brûlure.
– Une interview de Pietro Sarto m’a frappée. Il dessine le Léman, en essayant de supprimer la ligne d’horizon, parce que celui qui regarde le paysage et donc aussi le tableau est dans le paysage et non pas au dehors. De même nous sommes en Dieu pas dehors. En Lui avec tous les humains et toute la création, avec la diversité et la pluralité de toute la création.

Homélie du pasteur Laurence Reymond, le 7 avril 2024

Homélie du pasteur Laurence Reymond, le 7 avril 2024

Prédication 7 avril 2024 Grandchamp
Jean 20, 24-31

Que n’a-t-on dit sur Thomas ? Il a été jugé, c’est le moins qu’on puisse dire. « Scandaleux d’exiger des preuves, comme ça, et de la part du Christ en plus ».
Et d’ailleurs il était où ce fameux dimanche où tous les disciples étaient réunis ?
Honte à lui qui doute, alors que tous les autres ont cru…
Aujourd’hui, je nous invite à nous asseoir à côté de Thomas. Que pensons-nous de lui ? Comment le voyons-nous?

Thomas : le disciple, le jumeau, l’incrédule, Thomas aux multiples facettes.
En réalité, je suis convaincue que Thomas nous permet d’approfondir notre connaissance du Ressuscité et d’élargir, de questionner notre foi.
Avec les versets qui précèdent, ce chapitre 20 de l’Évangile de Jean est comme un chemin pédagogique pour chacun de nous.

Quatre rencontres avec le Ressuscité, quatre situations différentes :
2 rencontres au tombeau avec Pierre et le disciple que Jésus aimait, puis avec Marie
2 rencontres dans un lieu clos
2 rencontres en groupe
2 rencontres personnelles.
Une fois 2 hommes et une fois une femme.

Intéressant de relever déjà la diversité de ces rencontres et des personnes concernées. Et chacune de ces apparitions présente une particularité, une approche différente de la part Ressuscité.

Il se donne
à voir au groupe des disciples réunis,
à entendre pour Marie en la nommant,
à comprendre (réflexion) à travers la mémoire des écritures pour Pierre et le disciple aimé,
à toucher pour Thomas.
Voilà qui nous dit déjà beaucoup sur le Christ, le Ressuscité, sur son incroyable capacité à s’adapter aux besoins de chacun.
Il rejoint les disciples réunis, Thomas
et bientôt les disciples d’Emmaüs à chaque fois d’une manière différente et adaptée.
Est-ce surprenant, étonnant ? N’est-ce pas déjà dans les habitudes de Jésus de Nazareth ?
Le propre de Jésus, en particulier lors des miracles et des guérisons, était de rejoindre l’autre dans ses blessures et sa vulnérabilité… dans son histoire et ses particularités.

Et pour ce faire, Jésus mobilise tous les sens :
la vue, un regard attentif, aimant qui le touche si intimement qu’il le ressent dans ses entrailles,
l’écoute de l’autre, de son désir
puis vient la parole performatrice et le geste.

Comme une capacité de vivre pleinement l’incarnation, jusque dans son corps en utilisant ses sens pour aller vers l’autre et le comprendre.
En tant qu’aumônier, je suis particulièrement touchée par le soin que Jésus met à rejoindre les personnes là où elles en sont, par sa délicatesse, son respect, son inventivité.
A chacun, il offre une manière personnalisée de l’approcher tout en respectant son besoin.

Mais le toucher à une place particulière. Alors qu’il vit dans une société de règles et d’interdits, Jésus va toucher, beaucoup… En particulier les intouchables. Signe de sa compassion, de son amour inconditionnel pour l’autre… Il va toucher la peau du lépreux, les yeux des aveugles, la bouche et les oreilles du sourd-muet… Même les autres vont tenter de le toucher pour guérir comme la femme hémorragique.

Et avec Thomas aussi, il est question de toucher. Thomas, authentique, entier, fougueux, questionne et exige. Parce qu’il n’a pas vu le dimanche précédent, il exige non seulement de voir mais aussi de toucher. Il veut la preuve tangible que le Ressuscité est bien l’homme qu’il a suivi, écouté, admiré… et qui est mort supplicié sur la Croix. C’est bien l’identité du Ressuscité que Thomas interroge.
La réponse et la réaction de Jésus s’offre à deux niveaux pour lui, et du coup pour nous aussi.
Premièrement, le Ressuscité porte bien les stigmates du Crucifié. Il est bien la même personne… Remarquez que l’on est bien loin d’un Christ souverain et glorieux ! Et à un autre niveau, dans sa manière d’être en relation, le Ressuscité est animé par le même amour, la même faculté à s’adapter à l’autre, que Jésus de Nazareth.

Vous l’aurez sans doute remarqué, le Ressuscité précède même la demande de Thomas. Il vient le rejoindre dans son enfermement, dans son doute, dans son besoin. Oui, Thomas a besoin de sa propre expérience. Il ne veut pas, ne peut pas croire par ouï-dire. Il demande une rencontre, une expérience personnelle avec le Ressuscité.

Et cette expérience l’ouvre à la foi. Le Ressuscité est bien Jésus de Nazareth arrêté et crucifié. S’en suit une confession de foi magnifique. Grâce à Thomas l’incrédule, la divinité de Jésus mort et ressuscité est explicitement confessée.

Vous l’aurez, sans doute, compris, la rencontre, l’apparition du Ressuscité à Thomas nous concerne aussi, nous autres qui sommes en sa compagnie ce matin… et chacune des communautés ecclésiales que nous représentons.
Avec Thomas, nous venons de le voir, ni le témoignage ni l’expérience des autres disciples n’ont suffi à le convaincre.

C’est bien une rencontre personnelle avec le Ressuscité qui fait jaillir la foi de Thomas.
Mais en même temps, c’est bien l’expérience partagée et racontée par ses compagnons qui permet à Thomas d’identifier et de nommer sa propre attente.
Expérience spirituelle personnelle et partage communautaire s’enrichissent mutuellement. Les eux sont nécessaires !
La présence et le témoignage de la communauté des disciples, la rencontre personnelle avec le Ressuscité et l’infinie délicatesse de Dieu ont conduit Thomas à la foi.
Finalement ce magnifique récit d’apparition du Ressuscité à Thomas nous interroge tant sur notre accueil de demandes personnelles que sur la qualité de notre témoignage personnel et communautaire… mais aussi sur la manière dont nous intégrons l’entièreté de la personne, corps, âme, esprit… et notamment avec les sens, les siens et les nôtres… à la suite Jésus-Christ.

Homélie pour Lundi de Pâques, le 1er avril 2024

Homélie pour Lundi de Pâques, le 1er avril 2024

Homélie du lundi avant midi
Evangile selon Matthieu 28,16-20
Nous avions laissé Marie hier à l’aube, en chemin. Nous la retrouvons en Galilée. Ecoutons ce
qui se passe pour elle :
Et voilà que je suis arrivée en Galilée. Je suis allée avec les autres disciples sur la montagne.
Vous savez, le verbe choisit en grec dans le récit pour aller, c’est un « aller » qui veut dire
poursuivre le voyage que nous avions déjà commencé. Et c’est à cela que le Christ nous a invité
en nous offrant ces dernières paroles. Il nous a invité à poursuivre le voyage commencé avec
lui en Galilée.
C’est vrai que ces paroles du Christ peuvent sembler imposantes ! Elles peuvent faire peur. On
peut se demander comment accomplir cette mission dans un monde qui n’en veut peut-être
pas.
Nous voici ensemble, avec les autres, ensemble frères et sœurs du Christ, à laisser résonner
ses paroles dans notre cœur. Et voici comme elles résonnent pour moi, en moi :
Marie, poursuis le chemin que nous avons commencé ensemble. Tu as pu vivre ta Pâques : te
voilà relevée pour poursuivre ta vie.
Vis cette manière d’être au monde et dans le monde que je t’ai partagée, transmise.
Ce mouvement de Dieu : la vie plus forte que la mort ne peut être contenu. C’est un
mouvement de l’être qui cherche la vie, déploie la vie, partage la vie, choisit la vie.
Vis de ce mouvement dans toutes tes relations : à Dieu, aux autres, au monde, à toi-même
aussi. Et ce mouvement de l’être sera partagé, transmis autour de toi.
***
En moi, confiance et doute s’entremêlent quand je laisse résonner les paroles du Christ dans
mon cœur. Confiance parce que j’ai fait l’expérience d’être relevée, remise debout, vivante
pleinement vivante et que même la nuit la plus obscure ne peut me dérober cette expérience
entièrement.
Doute parce que je doute de moi, je doute du monde et que les mouvements dans le monde
qui tuent la vie sont si forts !
***
Alors je laisse les paroles du Christ résonner encore une fois dans mon cœur : Marie, tu sais,
cette manière d’être au monde, d’être dans le monde est si précieuse. Le monde en a
tellement besoin. Vois autour de toi comme la vie est menacée, bafouée, réduite à néant. Vois
autour de toi tout ce qui diminue la vie !
Marie, cette manière d’être, ce mouvement du Vivant, transmets-le, partage-le par un regard
qui dit l’accueil sans condition et la dignité de celui que tu rencontres, par un geste qui nourrit
la faim de l’autre, par une goutte d’eau offerte à celui qui ressent la soif au plus profond de
lui. Et parfois ce sera par un silence que tu partageras cet être au monde, ce mouvement de
Dieu dans le monde : être avec l’autre dans ce qu’il vit, être présent à l’autre, pour l’autre.
Et ainsi donner à l’autre de vivre ce mouvement de Dieu.
***
Être messagère, porteuse de la présence de Dieu. Un peu à la manière d’un ange discret,
incognito parce que l’accueil de ce mouvement du Vivant ne m’appartient plus.
Alors tout comme à l’aube de Pâques, il n’y a pas eu de renversement du monde mais en moi
si, il pourra y avoir un renversement intérieur chez celui/celle que je rencontrerai…
En laissant résonner ces paroles du Christ dans mon cœur, je me souviens de toutes ces
rencontres qu’il a faites en Galilée sur son chemin:
Un geste, un regard, une parole. À chaque fois une rencontre personnelle qui a fait naître la
personne rencontrée à une vie pleine de vie ! C’est à cela que je suis appelée à sa suite.
***
Alors je me suis levée et je me suis tournée vers mes frères et mes sœurs et je leur ai dit :
Dieu avec nous, n’est-ce pas ce que nous avons vécu avec le Christ ? Mes chères sœurs, mes
chers frères en Christ, Dieu avec nous : il est présence (discrète) dans notre vie et dans notre
monde :
Plus forte que la nuit, la lumière ! Plus fort que la haine, l’amour ! Plus fore que la peur,
l’espérance ! Plus forte que la solitude, notre communion !
Ce mouvement est là, présent dans notre vie, même si parfois il semble si fragile, si discret.
Dans tous les mouvements de notre vie, dans tous les mouvements du monde, le
mouvement de Dieu : lumière, confiance, amour, espérance, communion, vie !
Retournons dans notre Galilée et que dans notre quotidien nous puissions vivre, bouger,
exister. Être présent-e au monde et comme une grâce offrir de la vie au monde ! Amen

Homélie pour Dimanche de Pâques de la pasteur Sarah Badertscher, le 31 mars 2024

Homélie pour Dimanche de Pâques de la pasteur Sarah Badertscher, le 31 mars 2024

Homélie de l’aube de Pâques
Poèmes de Gérard Bocholier
(Evangile selon Matthieu 28,1-10)

Jésus-christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

Comment parler de ce qui s’est passé ce matin, dans l’aube d’un nouveau jour ?
Comment dire ce qui ne peut être dit, ni expliqué ? Comment raconter ce qui ne peut pas être contenu dans des mots ? Comment raconter ce qui ne peut être que vécu ?
Comme parfois il ne peut pas avoir de mots pour décrire la profondeur et l’intensité de la nuit, du mal, de la souffrance …
Il n’y a parfois pas de mots pour décrire la profondeur et l’intensité de la vie en ce matin de pâques !
Alors, il reste plus que le langage de la poésie, de l’extravagance : ce qui empêche d’enfermer ce qui arrive en ce matin de pâques dans nos mots, dans notre compréhension du monde et de notre vie. Oui, il reste les images qui font éclater nos mots, notre regard sur le monde et sur nous-mêmes pour notre offrir un autre regard (comme le langage apocalyptique employé dans l’évangile de Matthieu).
Regardez Marie à l’aube de ce matin d’un jour nouveau. Ecoutez ce qui se passe pour elle :
Ce qui se passe pour moi Marie ? Dans la nuit du jour levant, je marche prostrée, accrochée aux aromates que je tiens dans mes mains pour aller embaumer ce qui reste de Jésus !
Comment tout cela avait-il pu se passé ? Tant de violence, de souffrance ! Et mon espérance réduite à néant. Mon espérance : celle que cette manière d’être au monde que Jésus avait vécue et offerte aux autres et à moi, pouvait perdurer, gagner face aux mouvements dans le monde qui détruisent l’être et la vie !
Le désarroi, la tristesse, la peur, le doute habitent mon cœur et mon corps ! J’avance dans l’aube naissante habitée par la plus grande nuit qui soit ! C’est toute ma réalité !

En une ruée de foudre
Ton aube s’est engouffrée
Dans ce flanc d’ombre et de pierre
Ou la promesse est cachée

Un vent soudain de lumière
Soulève et lave les linges
Serrés par la mort tempête
De vie pour l’éternité !

L’ange est porteur de la vérité de Dieu sur le monde : il n’est pas là, il a été relevé par Dieu !
En ce matin de Pâques, quelque chose s’éveille dans mon intériorité, je ne sais pas encore ce que cela va devenir, ni ou cela va me mener, mais c’est là. La vie de Dieu vibre en moi. Avant de devenir une nouvelle à partager, c’est d’abord quelque chose d’intime, la résurrection. Dans le clair-obscur du matin de Pâques, je suis éveillée à l’aube d’une nouveauté de vie.

Un tout petit rien vibre de vie, dans ce monde si rempli de tout : de trop de violence, de crainte, de rupture. En ce matin de Pâques, rien ne change en grand dans ce monde, mais en moi si !

Je ne m’attache qu’au jour
Qui bondit tout d’une pièce
Quand l’aube a poussé la porte
De la divine espérance

Ta vie donnée à ce monde
Qui s’éveille vient répandre
En mon cœur trop chargé d’ombres
Ses semailles de lumière

En ce matin de Pâques, voyez comme tout est en mouvement ! Voyez ce mouvement de Dieu dans la pierre qui bouge pour ouvrir le tombeau, voyez ce mouvement de Dieu dans la relation transformée des disciples qui sont nommés frères et sœurs du Christ !
En ce matin de Pâques, ils ne sont pas désignés comme les craintifs, les menteurs, les traîtres, les perdants, ceux qui ont fui. Ils sont les frères et les sœurs du Christ.
Voyez aussi ce mouvement de Dieu dans notre élan à l’autre Marie et à moi qui nous met en chemin. Ce mouvement de Dieu dans notre rencontre avec le Christ ! Voyez ce mouvement de Dieu dans cette présence du Christ qui nous précède en Galilée, là où est le quotidien de nos vies, là dans nos propres vies.

Les premiers rayons de l’aube
Entraient déjà par la brèche
De pierre j’ai couru vite
Vers ce feu intérieur

La blancheur du linceul vide
Vibrait avec la rosée
Au retour mes pas dansaient
Sur l’or des pas invisibles

C’est aujourd’hui que Dieu désire que nous soyons vivants. C’est aujourd’hui que Christ est ressuscité !
C’est aujourd’hui qu’il nous mène vers la vie ! En ce matin de Pâques, dans tous les mouvements de ma vie : peur, joie, tristesse, colère, rupture, souffrance, conflit, violence, doute, résistance… en ce matin de Pâques, dans tous les mouvements de ma vie, le mouvement de Dieu : lumière, confiance, espérance, amour, joie, vie !

Comment parler de ce qui se passe ce matin, dans l’aube d’un nouveau jour ?
Comment dire ce qui ne peut être dit, ni expliqué ? Comment raconter ce qui ne peut pas être contenu dans des mots ? Comment raconter ce qui ne peut être que vécu ?
Il reste la poésie pour dire l’indicible – pour dire la présence de Dieu et pour dire cette vie qui vibre en ce matin de pâques…
Il reste la poésie pour mettre en mouvement vos cœurs, vos pas – comme la pierre a été mise en mouvement pour que le tombeau s’ouvre… comme moi Marie, j’ai été mise en mouvement pour me mettre en chemin vers la Galilée, vers ma vie où le christ me précède.
Comment parler de ce qui se passe ce matin, dans l’aube d’un nouveau jour ? Pour vous aussi une poésie pour vous mettre en mouvement vers votre Galilée, vers votre vie pour y rencontrer le Christ qui vous y précède :

Une trouée dans la pierre
Ainsi jadis au tombeau
Ton aube vraiment nouvelle
La rose vive éternelle

Ouvrez les portes c’est l’heure
Qui jamais ne se referment
Ouvrez-vous de tout l’âme
A la manne de lumière

 

Homélie du jeudi saint, le 28 mars 2024

Homélie du jeudi saint, le 28 mars 2024

Quelle journée riche en couleurs et en vécu ! Dans cette Jérusalem qui voit venir de prêt, de
loin et même de très loin des personnes venir fêter la pâque, des juifs d’horizons et de cultures différentes et aussi des sympathisants du judaïsme….
Que de vies différentes sont rassemblées dans les rues et les maisons ! Et toutes ces personnes viennent par cette fête inscrire dans leur histoire et leur vie cet acte de leur Dieu qui les a sauvés ou qui les sauvera de l’esclavage. Et ainsi enfin vivre en liberté !
Est-ce une parole effective ou une parole promise qui est fêtée ? Dans le remue-ménage de ces jours de fêtes, se croisent aussi ceux et celles venus pour la fête et ceux qui occupent Israël… qui ne frôle pas le bras d’un soldat romain en allant et venant dans les rues pour
préparer le repas de la pâque ?
Il y a quelque chose d’incroyable, de fort de fêter la liberté là au milieu de l’occupation. C’est un faire mémoire d’un acte fondateur de l’identité de chacun-e et l’affirmation d’une espérance d’un Dieu qui libère.
Et là au milieu de cette fête, dans une chambre haute Jésus a rassemblé ceux qui lui sont
proches, ceux et celles qui l’ont accompagné sur les routes, ceux et celles qui ont entendu et
vu et vécu aussi cet amour et cette vie si grands qui débordaient de son cœur, de son être. Autour de lui, il a rassemblé celles et ceux qui ont vu dans son visage le reflet du visage du père. Lui qui était le visage du divin pour chacun-e qu’il rencontrait, révélant la présence de Dieu à leur côté.
Jésus sait la mort venir, il sait la séparation proche. Joie et tristesse, confiance et peur, conviction et doute s’entremêlent pour lui dans son cœur, dans cet instant d’adieux.
Que laisser à ses disciples pour qu’ils se souviennent de ce qui est si essentiel à la vie ? Alors le pain racontera la présence de Dieu, le vin racontera la vie débordante de vie et
d’amour désirée et offerte par Dieu.
Et ce geste de partage sera un faire mémoire qui vient éveiller et nourrir en chacun-e l’amour
et la vie : parce que ce geste déjà, c’est vivre et partager cet amour et cette vie.
Je vis et je partage déjà cette vie, lorsque je reçois le pain et que je donne la coupe avec ceux et celles qui sont assis à cette même table dans cette chambre haute (et dans cette chapelle de l’Arche).
Voyez chacun-e assis à cette table dans la chambre haute, si profondément humain, avec ses
parts d’ombres et de lumières, avec ses consistances et ses inconsistances, avec ses forces et
ses fragilités, avec sa vulnérabilité.
Voyez chacun-e accueillis à cette table, reconnu-e digne par Dieu et inconditionnellement aimé-e.
Ce geste, Jésus l’offre pour rassembler ses disciples parce que tant de choses et de
circonstances peuvent les disperser/éparpiller– ce soir, dans la chambre haute, cet acte
d’amour – précède la peur, la trahison, le reniement, l’abandon.
Il y a autour de cette table, un condensé d’humanité : enthousiasme, peur, amour, trahison, conviction, certitudes. Ce geste, Jésus le pose dans la vie dans toutes ses dimensions pour ceux
et celles qu’il a rassemblé, par amour.
Il y a quelque chose d’incroyable, de fort d’offrir un geste d’amour là au milieu de la vie dans
toutes ses teintes de clairs et d’obscurs. Il y a quelque chose d’incroyable, de fort de poser un geste d’amour avant la peur, la trahison, le reniement, l’abandon.

***
Et à y regarder de plus près, ce soir c’est peut-être bien dans ma chambre haute… là dans mon intériorité que ce geste m’est offert. Dans mon histoire, sur mon chemin de vie, dans mes relations (à Dieu, aux autres, au monde), ne suis-je pas un peu chacun de ses disciples ? Animé-e par un enthousiasme fougueux, habité-e par la peur, rempli-e de confiance, capable
de trahir la confiance qui m’est donné, aimant de tout cœur, reniant et niant l’autre par peur,
par honte.
Ce geste du partage de ce pain racontant la présence de Dieu et ce geste du partage de ce vin racontant la vie débordante de vie et d’amour désirée par Dieu, Jésus me l’offre ce soir pour
me rassembler, me réconcilier. Me voici accueillis à sa table, reconnu-e digne par Dieu et inconditionnellement aimé-e.

Homélie du pasteur Raoul Pagnamenta, 18 février 2024

Homélie du pasteur Raoul Pagnamenta, 18 février 2024

Genèse 22

Il y a quelques années le synode de notre Église avait décidé de reformuler la sixième demande du Notre Père.
L’ancienne formule « ne nous soumets pas à la tentation », avait été changée par « ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Cela ne correspond pas à la version grecque, mais c’était plus facile à entendre.
Car l’idée que Dieu puisse tenter est inacceptable.

Et pourtant c’est ce qui arrive dans ce récit.
Dieu met à la preuve Abraham.
Une preuve inhumaine, celle de sacrifier son fils.
Ou peut-être pas !
ça dépend comment on lit ce récit.
Peut-être la vraie tentation ce n’est pas une épreuve que Dieu nous donne.
La vraie tentation, c’est Dieu lui-même.
Ce Dieu qui est différent de ce qu’on imagine.
Qu’on n’arrive pas à saisir par nos efforts et qu’on ne veut pas saisir lorsqu’il se manifeste.

Ne nous soumets pas à la tentation équivaut alors à dire, permets-nous de t’accueillir tel que tu es sans te réduire aux images que nous nous faisons de toi.
Une paraphrase pourrait être ce que Jésus dit aux messagers de Jean au chapitre 11 de l’évangile de Matthieu : Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute.

Abraham fait preuve d’une obéissance sans tache quand il accepte de monter sur le mont Moriah pour sacrifier Isaac.
Mais qui lui demande de sacrifier son fils ?
Dans le texte hébreu Dieu dit littéralement : fait monter ton fils Isaac sur la montagne. L’expression « faire monter » signifie parfois « sacrifier à Dieu » et plus spécifiquement quand il s’agit d’un holocauste, car on fait monter la fumée vers les hauteurs.
Mais on n’est pas obligé de le comprendre comme ça.
La première signification reste celle de « faire monter » et on peut bien comprendre que Dieu ait simplement demandé à Abraham de faire monter Isaac sur la montagne qu’il lui indiquerait, dans une autre intention.

Tout dépend du contexte.
Et le contexte de Abraham, c’est qu’il vit au milieu d’un peuple païen.
Et le sacrifice d’enfants était pratiqué.
Aujourd’hui aussi on les pratique, sous d’autres formes plus civilisées. Et parfois on le pratique au nom de Dieu.
A l’époque d’Abraham, on tuait des enfants avec un couteau et on les brûlait sur un autel pour faire plaisir à tel ou tel dieu et obtenir ses faveurs.

Abraham avait un autre Dieu que les idoles du moyen Orient, mais sa façon de comprendre le mot Dieu, de comprendre le vocabulaire qu’on utilise quand on veut parler de Dieu était fortement influencé par son éducation et par ce qu’il entendait autour de lui.

Nous ne sommes pas épargnés de ça. Quand nous utilisons le mot Dieu, nous le comprenons comment ? Quand nous utilisons le mot « justice », le mot « péché », nous les comprenons comment ? Est-ce que notre compréhension est due à une lecture assidue de la bible et à des heures de méditation et de prière, ou bien nous pensons savoir ce que ces mots signifient et nous les comprenons comme on nous les a transmises et comme les comprennent nos contemporains, au point que parfois nous nous demandons si croire ou pas croire fait une différence.
Nous faisons des dégâts avec notre mauvaise compréhension de Dieu.
Ceux qui nous entourent deviennent souvent les victimes collatérales de notre mauvaise théologie.

Dieu.
Le mot Dieu en soit est un mot païen, la Bible préfère parler de Jahvé, un nom propre.
Et Jahvé nous pouvons le connaître dans la mesure où il se révèle et que nous entretenons une relation avec lui.
Mais c’est difficile de connaître quelqu’un en faisant abstraction des idées reçues et des préjugés.
Abraham avait une relation avec Jahvé, et il avait osé ce qu’aucun de ses contemporains n’avait osé. Il a osé, il a quitté sa patrie, il a renoncé à la sécurité, il a changé de nom, il a quitté beaucoup de choses pour son Dieu.
Et Dieu lui demande de quitter encore une chose.
Son fils ? ou pas !

On voit Abraham lutter contre l’idée qu’il se fait de Dieu.
On le voit douter de l’idée qu’il se fait de Dieu et qu’il partage avec ses contemporains.
D’un côté il comprend l’ordre de Dieu comme l’ordre de sacrifier son fils, mais il n’y croit pas vraiment.
Il dit à ses serviteurs qu’il va retourner avec Isaac, il dit à Isaac que Dieu pourvoira avec un agneau.
Il n’y croit pas car il a fait l’expérience d’un Dieu bon, un Dieu qui garde ses promesses.
Entre sa foi et ses préjugés il y a une lutte, pas très différente de celle que devra mener son petit-fils Jacob au bord du Yabbok, pas très différente de celle que devront mener tous ceux qui se réclament de son Dieu.

La foi nous fait douter de nos propres images de Dieu. Et ce doute demande beaucoup de courage.
C’est la tentation d’Abraham : oser voir le vrai Dieu, en face.
Et c’est terrible, car qui voit Dieu doit mourir, il doit mourir à soi-même, il doit mourir aux autres, il doit mourir à ce qu’il a toujours pensé être Dieu et être sa volonté.

Et c’est ce que Abraham découvre sur la montagne de Moria.
Quand il descend de la montagne ses rapports avec Isaac et avec Dieu ont complètement changé.
D’ailleurs, le récit utilise le mot générique Dieu pour parler de l’Éternel, jusqu’à ce que Abraham arrive au sommet. Après le refus de Dieu de voir Isaac sacrifié, le récit le nomme Yhavé, un nom propre. Dieu change, Abraham change, Isaac probablement change aussi.

Cette histoire commence avec l’expression « après ces événements ».
Souvent je n’y prête pas attention, cela signifie simplement qu’un épisode vient de se terminer et qu’un autre va commencer.
Mais cette fois-ci j’ai voulu voir quels étaient ces événements.

Avant ce récit est racontée l’alliance qu’Abraham fait avec Abimelek pour l’accès à l’eau d’un puits.

Abraham apparaît comme un homme de foi qui fait entièrement confiance à Dieu et en même temps un homme avisé qui sait comment régler les choses de la vie à son avantage.

On peut être homme de foi et bien gérer sa vie, c’est même souhaitable.
Mais le danger c’est l’attitude que nous pouvons avoir face à la vie et face à Dieu, quand nous réussissons par nos efforts. Reconnaissance ou fierté ? Don ou exploit ? Grâce ou mérite ?

Abraham est un homme de foi et il est sûrement reconnaissant vis-à-vis de Dieu pour la naissance d’Isaac.

Mais après l’épreuve du mont Moria, je pense qu’il est davantage reconnaissant.

Comme chacun de nous, il est reconnaissant dans la foi de ce qu’il a reçu, mais comme chacun de nous il se confie tout de même un peu en ses capacités et en ses mérites.

Isaac est le fruit de la promesse, mais Abraham y est pour quelque chose.
Et Dieu a réalisé la promesse, mais il a le droit d’exiger en retour.

A Moria Abraham change sa vision de Dieu, Dieu n’est pas « oui et non », je te donne mais à des conditions, je te donne mais tu me donnes. Pour paraphraser l’apôtre Paul Abraham découvre que Dieu n’est que « oui ».
Dieu ne donne pas seulement, Dieu donne totalement, sans calculer.
Et ainsi Abraham change son rapport à Isaac qui lui est donné une deuxième fois.

C’est souvent ce que notre attitude de croyant, nous croyons mais jusqu’à un certain point. Ce que nous avons est un don de Dieu, mais aussi un peu le fruit de nos efforts et de nos mérites, quelque chose que nous avons le droit d’avoir.
Et pour nous Dieu, à notre image, il est généreux, mais jusqu’à une certaine limite.
Découvrir un Dieu qui n’a pas demandé de sacrifice, qui n’a pas demandé de contrepartie, nous plonge dans une nouvelle dynamique.

Vivre du don absolu signifie aussi devenir don absolu,
car comme dit Jésus nous sommes l’image de Dieu qui fait lever le soleil sur les méchants et sur les bons.
Nous avons à être parfaits comme notre père est parfait.
Ayez la pensée de Christ, dira Paul.
Vivre dans une dynamique du don parfait est une bénédiction.
Mais essayer de la vivre, ça fait peur.

Ce n’est la demande d’un sacrifice qui nous fait trembler, c’est l’absence de cette demande qui nous bouleverse.
Qu’est-ce que ça veut dire de recevoir sans mériter ? si nous n’avons aucun mérite pour ce que nous avons, est-ce que nous l’avons vraiment ?
Et si nous ne l’avons pas mérité, sommes-nous tenus de le donner si quelqu’un en a besoin ?

Nous entrons aujourd’hui dans le temps de carême.
A la fin de cette période nous ferons mémoire de la mort en croix de Jésus.
Jésus est le don de Dieu.
Le don absolu de Dieu, un Dieu qui donne sans compter.
Un Dieu qui change toute logique et qui ne demande pas de sacrifice.
Qui devient lui-même le sacrifice.

Il est habituel pendant la période de Carême de renoncer à quelque chose.
Il y en a qui renoncent à la viande, qui renoncent à l’alcool, qui renoncent au chocolat.
En suivant l’exemple d’Abraham pourquoi n’essaierions-nous pas de renoncer aussi aux idées que nous nous faisons de Dieu.
Pourquoi ne pas prendre distance de ce que nous pensions de notre foi et se remettre à une lecture de la Bible renouvelée.
Pourquoi ne pas s’ouvrir à Dieu tel qu’il veut se montrer, quitte à devoir mourir pour renaître ?
Pourquoi nous ne renoncerions pas aux idées que nous nous sommes faites de Dieu et que sur la montagne, le Golgotha cette fois-ci, nous ne laisserions pas Dieu se donner à nous tel qu’il est et transformer radicalement nos vies ? Amen