Homélie par le pasteur Heiner Schubert, le 30 juillet

Homélie par le pasteur Heiner Schubert, le 30 juillet

Mc 6, 45-52 Grandchamp 30.7.26

Heiner Schubert, Communauté Don Camillo

Le récit de l’apparition inattendue sur le lac rappelle la nuit de la foi que rencontre inévitablement celle qui s’est mise en route pour suivre le Christ.

Au milieu de la tempête, au milieu de la nuit, elle se croit abandonnée, délaissée, seule.

Elle est comme paralysée, elle ne voit que l’obscurité, si bien qu’elle est incapable de voir le jour se lever. Dieu semble avoir fermé son ciel ; il est en voyage, apparemment.

On rame, il y a du vent, rien ne bouge, bien qu’on s’épuise à contrer les éléments.

Dans le moment de crise, on est livré à soi-même. Les jolies convictions spirituelles ne comptent plus. Tout devient unidimensionnel, on commence à fonctionner en mode automatique.

La foi est mise à l’épreuve, car tout ce qui n’est pas authentique ne tient plus la route. C’est l’heure de vérité, celle où se révèle ce qui me porte au plus profond de moi-même.

 

Dans de tels moments, on court le danger de voir des fantômes. Dans notre récit, le fantôme que les disciples croient voir les menace ; il représente un danger.

Dans la nuit de la foi, les fantômes ressemblent en général à des mirages. On désire échapper à l’impasse dans laquelle on croit se trouver. Le mirage nous fait croire qu’une autre vie serait possible ; une vie sans souffrance, sans effort.

À la base, c’est ce que le Diable propose à Jésus dans le désert : Un succès instantané, sans chemin pénible, sans conflits, sans effort. Dans une communauté ou dans une Église, si la vie spirituelle commence à s’enliser, on cherche souvent le salut dans des réorganisations miracles qui ne font qu’aggraver la situation. On redouble d’efforts à la rame au lieu de chercher le silence et de se questionner.

 

Nous vivons dans un temps, dans lequel les fantômes se multiplient, véhiculés par l’offre surabondante de l’internet ; l’IA ne fait qu’augmenter l’illusion. À la base, ce n’est qu’un tsunami d’informations, sans esprit, sans créativité ; c’est de l’air chaud, ce n’est rien pour y bâtir sa vie. Les disciples ont raison de craindre les fantômes. Ceux-ci peuvent nous voler notre vie pour la rendre insignifiante et sans importance.

 

Le plus grand personnage mythique des Grecs, c’est Ulysse. Il doit passer par des épreuves, parfois épouvantables. Une des épreuves consiste à ne pas succomber aux chants envoutants des sirènes. Ulysse demande ses hommes de le ligoter et puis attacher à un mât de son bateau pour y résister tandis que, de leur côté, ses soldats se bouchent les oreilles avec de la cire. Les sirènes sont une autre image puissante pour les forces qui cherchent à empêcher que nos vies s’accomplissent.

 

Très intéressante est la petite remarque de Marc : Jésus voulait les dépasser. Il les voit ramer, mais il n’a pas l’impression qu’ils sont au bout de leurs forces, cependant, il estime apparemment utile qu’ils fassent encore un peu d’efforts. De toute manière ils ne semblaient pas avoir besoin d’aide.

Je vois dans cette phrase le moment clé du récit, même si elle est plutôt discrète. Jésus nous fait confiance. Il croit en nous. Il honore notre foi. Il la juge assez robuste pour traverser les nuits et les tempêtes. Nous sommes invités à croire en nous-mêmes. Ce que Jésus a semé en nous a germé et est appelé à croitre. C’est justement dans les moments sombres que nous devons compter sur la force de notre confiance.

 

Tout au début du récit, Marc nous rapporte que Jésus s’est rendu seul sur une colline pour prier. Jean dans son évangile nous révèle que lorsque Jésus prie, il prie pour les disciples, c’est à dire pour nous ici présents. Il prie pour qu’ils ne perdent pas espoir, qu’ils soient encouragés sur leur chemin parfois épineux. Il ne faut jamais oublier que nous sommes entourés par les prières du Christ, même dans les heures les plus sombres de notre existence.

 

Homélie par le pasteur Timothée Reymond, le 29 juillet – fête de Béthanie

Homélie par le pasteur Timothée Reymond, le 29 juillet – fête de Béthanie

Homélie du 29.07.2026 à Grandchamp – Béthanie

Au fil des siècles, les croyants et toutes celles et tous ceux qui cherchent Dieu se posent la question de l’image de Dieu : Comment est-il ? Quels seraient ses traits de caractères ? Comment le définir ?

Dès lors, il est bon de revenir aux Écritures. Elles nous disent, dès le départ, que l’être humain est créé à l’image et ressemblance de celui qui le met au monde, ce qui fait déjà de lui un père, source de toutes vie. Nous pouvons donc penser que tout ce qu’il y a de légitime dans le cœur humain (sensibilité, intelligence, compassion, etc.) correspond à quelque chose qui se trouve en Dieu.

C’est pour cela que nous voyons le Christ, image parfaite du Dieu invisible, comme l’écrit saint Paul dans sa lettre aux Colossiens (1,15), éprouver du chagrin à la mort de Lazare et une vive émotion au spectacle de la douleur de Marthe et de Marie.

Comme le rappelle le livre de la Sagesse, Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte du vivant, il n’a aucune complicité avec elle et cela laisse entier de notre propre mort qui fait partie de notre vie.

En effet, les signes opérés par Jésus nous disent qu’il vient nous rendre totalement à nous-mêmes, au-delà de tout ce qui – dans notre vie – annonce notre finitude.

La réanimation de Lazare vient clore une série de « miracles » qui sont passage de la maladie à la santé, de la paralysie à la mobilité, de la faim à la satiété, de la cécité à la clairvoyance. Par là nous devenons images du Dieu vivant, au lieu de rester figures d’idoles aveugles et muettes. 

Voici qu’avec Lazare Jésus s’attaque au « dernier ennemi, la mort» (1 Corinthiens 15,26).

La réanimation de Lazare est une prophétie, une annonce de la victoire pascale du Christ sur la mort, victoire remportée en notre nom à tous. Par elle, au-delà du bon et du mauvais, du bien et du mal, nous devenons « comme Dieu »,

 « Participants à la nature divine. » 

Sans autres précisions, l’évangile semble dire que Lazare reprend sa vie d’avant, pour des années, avant de mourir un jour, naturellement.

Avec la résurrection du Christ nous apprenons qu’il s’agit au contraire d’une vie toute nouvelle : la vie de Dieu et en Dieu.

Et puis, il y a cette « Gloire de Dieu » dont parle le Christ, un mot qu’on a peut-être de la peine à utiliser aujourd’hui !

Rendre gloire à Dieu, c’est d’abord lui attribuer tout ce qui est « beau » et

« bon » dans nos vie et, à partir de là, vivre dans la confiance et dans la gratitude.

« Rendre gloire à Dieu » revient à le reconnaître dans ce qu’il est : Amour de tout amour.

Alors, que cette glorification – qui concerne aussi le Fils qu’il envoie – puisse prendre racine dans la maladie de Lazare, voilà qui mérite réflexion !

Nous apprenons en effet que Dieu fait surgir du bon même de tout le mauvais qui peut nous affecter. Oui, mystérieusement, l’Amour peut utiliser le pire pour faire advenir le meilleur.

Ainsi, tout ce qui nous agresse se trouve non seulement neutralisé, mais encore devient le lieu d’une création nouvelle…

(Et on remarquera que Jésus ne s’attribue pas la réanimation de son ami ; depuis le début du récit, Jésus rapporte tout au Père. C’est le Père qui l’a envoyé et, comme toujours, ses œuvres sont les œuvres du Père, celles que le Père lui donne à faire.)

Comme l’évangile nous le rappelle, la gloire du Père passe par la gloire du Fils et réciproquement. Une gloire qui passe par les larmes du Fils, qui sont par là-même les larmes de Dieu Père.

Sans doute une manière pour Dieu de rejoindre la famille humaine dans ses moments les plus douloureux et les plus sombres…

Et si Dieu partage nos larmes, il se tient tout proche de nous à tout moment, dans la discrétion et le respect dont il fait preuve à notre égard. Pourtant, nous nous demandons souvent s’il n’est pas absent…

Les larmes du Christ près du tombeau de Lazare manifeste son humanité et sa divinité, en pleurant, il se fait solidaire de tout être qui souffre. Et en relevant son ami Lazare, il révèle la véritable puissance de Dieu qui libère – déliez-le – et qui donne la vie en abondance – laissez-le partir.

Alors, en ce jour où nous faisons mémoire des amies et ami de Jésus à Béthanie, si nous pouvions accueillir cette réalité d’Évangile : Dieu recueille chacune de nos épreuves et les transforme déjà en lumière de résurrection.

 

Jésus, notre frère, toi qui es résurrection et vie, comme tu as fait revivre ton ami Lazare, fais-nous sortir de nos tombeaux intérieurs.

Devant Marthe et Marie, tu as pris le risque de montrer la plénitude de ton amour.

Nous qui cherchons à te suivre, conduis-nous par ton Esprit Saint sur ton chemin, afin de nous donner sans calcul pour les autres, avec toi.

C’est ainsi que tu nous feras découvrir la beauté d’une communion avec toi, avant-goût de la vie éternelle.

Amen.

Prédication du pasteur François Caudwell, 23 juillet 2026

Prédication du pasteur François Caudwell, 23 juillet 2026

Prédication – Grandchamp

23 juillet 2026

1 Jean 4,7-14 / Marc 5,21-34

            Durant l’été – pas tellement à Grandchamp ! – nous pouvons faire l’expérience d’une foule enfiévrée, excitée par certains événements émotionnellement forts : matchs de foot, compétitions sportives, fêtes nationales, festivals, embouteillages, lieux de vacances surpeuplés… Les épisodes de canicule, les grosses chaleurs, donnent à ces multitudes humaines un caractère suffocant, étouffant. Comment ne pas évoquer, également, malheureusement, les foules qui se battent, et celles qui fuient la guerre, les bombardements, la misère, le chaos, et qui vivent dans la crainte, l’angoisse ou la haine.

            Marc fait ressortir dans son récit évangélique ce caractère oppressant de la foule autour de Jésus : une foule nombreuse le suivait et l’écrasait (Mc 5,24). Cette foule fait penser à celle du Vendredi Saint, menaçante, qui réclamera la mort de Jésus (15,11-15). Marc donne à son lecteur le sentiment qu’un mal rode autour de Jésus. Pire encore, au sein de cette foule se manifestent d’indicibles détresses : un père qui assiste à la mort de sa petite fille, une femme désespérée par une maladie honteuse et incurable.

            Dans ce contexte dramatique, Marc rend visible le salut, la lumière dans les ténèbres : Jésus est présent et actif ; il manifeste concrètement la miséricorde de Dieu.

 

            La foule prend ici un caractère ambiguë : elle suit Jésus et elle l’écrase (5,24). Elle est attirée par lui mais elle le menace en même temps. Il en est de même des disciples. Eux-aussi le suivent (cf. 6,1), mais ils ne comprennent pas l’attitude de Jésus (5,31).

            Cet épisode au bord du lac illustre l’ensemble de la mission du Seigneur. Il est le Fils de Dieu (1,1). En tant que tel, il détient une maîtrise souveraine des situations où il se trouve. C’est à lui qu’on s’adresse ; c’est lui qui écoute, qui ressent, qui guérit, qui se laisse arrêter puis qui poursuit sa route. Son attitude est celle du Fils que le Père a envoyé comme Sauveur du monde (1Jn 4,14).

            Or le Fils de Dieu est aussi fils de l’homme. Le Souverain côtoie les plus petits, et ne craint pas d’affronter leur détresse ou leur hostilité. En Jésus, Dieu marche avec les humains. Dieu a envoyé son Fils dansle monde (1Jn 4,9). Avec Jésus, le Ciel est sur la terre. Marc nous apprend que c’est bien ce monde, avec toutes ses contradictions, que le Fils de Dieu est venu sauver.

            Il nous a rejoints dans les réalités les plus incompréhensibles ; il en a supporté toutes les conséquences. Il était vraiment dans le monde. Et il y reste, volontairement, pour y semer son Royaume. Avec le prédicateur de Tibériade, c’est bien lui, Dieu, qui nous a aimés (1Jn 4,10).

            Marc, dès la première ligne de son Évangile, annonce cette venue du Fils de Dieu (Mc 1,1). Puis il suggère, progressivement, cette présence cachée mais bien réelle de Dieu en son Fils, au milieu de l’humanité. Dans notre récit, Jésus est habité par une puissance de vie qui guérit, qui ressuscite. 

            Il guérit parce qu’il est Dieu, mais surtout parce qu’il est Dieu pour nous. Il révèle la présence de l’Éternel aux « entrailles de miséricorde », évoquée dans l’Ancien Testament – ou dans les prières de Grandchamp. Celui qui porte la compassion de Dieu détient seul la puissance de révéler son salut. Jésus est venu manifester l’amour de Dieu au milieu de nous (1Jn 4,9).

            Il guérit la femme presque dans l’incognito. Il va redonner vie à la petite fille avec seulement quelques proches. Il ne fait pas éclater sa puissance, tandis qu’il reste habité par cette puissance (Mc 5,30) qui est la vie éternelle, la vie de Dieu. Jésus n’est pas un magicien ; il révèle simplement la compassion de Dieu. Son amour, qui s’exprime dans la plus grande proximité, presque dans l’intimité, même au milieu de la foule.

            Sur la croix, Jésus sera l’Agneau de Dieu, la victime d’expiation (4,10), dont toute la puissance reste cachée, anéantie. Là, ses souffrances puis sa mort sont bien réelles, abominables, similaires à celles de millions d’êtres humains, similaires à celles aussi qu’infligent des millions d’êtres humains. Le pardon qu’il exprime est celui de la victime de toutes les violences. La mort dont il devient vainqueur à Pâques est bien la nôtre.

            Dans la suite du récit de Marc, le retour à la vie de la petite fille de Jaïros préfigure cette victoire. Jésus a pris la main (Mc 5,41) de tous ceux qui meurent en ce monde. Le réveille-toi (id.) qu’il adresse à la fille est celui de sa résurrection (16,6). Et sa résurrection est l’annonce de la nôtre. Pour cette foule du bord du lac, qui représente l’humanité entière, Jésus est la seule espérance possible.

 

            Marc, en rédigeant cet épisode émouvant d’une femme tremblante et guérie, gardait toujours en vue la révélation de la croix et de la résurrection de Jésus. Les paroles de Jaïros résonnent comme un écho de la prédication des premiers apôtres : il demande que sa petite fille soit sauvée et qu’elle vive (5,23). Sa supplication est l’expression de la foi des premiers chrétiens, foi en Christ, porteur du salut et de la vie éternelle. Marc décrit Jésus comme ce Sauveur menacé par la foule, et néanmoins victorieux de ce qui détruit l’humain.

            Jésus déclare à la femme : Ta foi t’a sauvée (5,34). Quelle foi ? Elle n’a rien confessé. Mais, comme Jaïros, elle s’est jetée aux pieds du Seigneur (5,22 / 5,33). Les deux sont des personnes perdues devant leur Sauveur. Leur foi est à l’état pur ; inspirée par la souffrance, elle est l’élan d’un vide tendu vers la plénitude. La foi n’est pas un droit au salut, mais un accès au salut. Elle exprime notre confiance en Celui qui nous a déjà guéris, sauvés, ressuscités.

 

            Notre première lecture était adressée à des chrétiens de la fin du 1er siècle qui connaissaient beaucoup d’épreuves et qui auraient pu être tentés de désespérer. La lettre de Jean leur rappelle la proximité de Dieu, au cœur de ce monde compliqué, divisé, violent. Par la foi, ils pouvaient la reconnaître plus réelle encore qu’au bord du lac de Tibériade. Dieu demeure en nous (1Jn 4,12), leur écrit Jean. Il leur a donné son Esprit, qui est l’Esprit de Jésus.

            C’est ainsi que le Ressuscité nous rejoint dans ce monde. Sa puissance de vie n’est plus sensible par le toucher mais accessible par la foi. Il vient, écrit Jean, afin que nous vivions par lui (1Jn 4,9). Caché comme du levain dans la pâte (Mt 13,33), il veut renouveler la terre.

            Sa puissance est celle qui nous a sauvés. Elle s’est manifestée sur une croix. Elle a révélé dans les détresses humaines que Dieu est amour (1Jn 4,8). La croix a planté au cœur du monde la semence de l’amour de Dieu. Elle peut grandir et rayonner dans les nuits d’aujourd’hui. Quand nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour, en nous, est accompli (4,12).  Amen.

Prédication par le pasteur Pierre Bühler, le 25 Juni 2026

Prédication par le pasteur Pierre Bühler, le 25 Juni 2026

Jean 11,55-12,11

(11,55) Or c’était bientôt la Pâque juive. A la veille de ce e Pâque, beaucoup de gens

montèrent de la campagne à Jérusalem pour se purifier. (56) Ils cherchaient Jésus

et, dans le temple où ils se tenaient, ils se disaient entre eux : « Qu’en pensez-vous ?

Jamais il ne viendra à la fête ! » (57) Les grands prêtres et les Pharisiens avaient

donné des ordres : quiconque saurait où il était devait le dénoncer afin qu’on se

saisisse de lui.

(12,1) Six jours avant la Pâque, Jésus arriva à Béthanie où se trouvait Lazare qu’il

avait relevé d’entre les morts. (2) On y offrit un dîner en son honneur : Marthe

servait tandis que Lazare se trouvait parmi les convives. (3) Marie prit alors une livre

d’un parfum de nard pur de grand prix ; elle oignit les pieds de Jésus, les essuya

avec ses cheveux et la maison fut remplie de ce parfum. (4) Alors Judas Iscariote, l’un

de ses disciples, celui-là même qui allait le livrer, dit : (5) « Pourquoi n’a-t-on pas

vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ? » (6) Il parla

ainsi, non qu’il eût souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, chargé de

la bourse, il dérobait ce qu’on y déposait. (7) Jésus dit alors : « Laisse-la ! Elle

observe cet usage en vue de mon ensevelissement. (8) Des pauvres, vous en avez

toujours avec vous, mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. » (9) Cependant

une grande foule de Judéens avaient appris que Jésus était là, et ils arrivèrent non

seulement à cause de Jésus lui-même, mais aussi pour voir ce Lazare qu’il avait

relevé des morts. (10) Les grands prêtres dès lors décidèrent de faire mourir aussi

Lazare, (11) puisque c’était à cause de lui qu’un grand nombre de Juifs les qui aient

et croyaient en Jésus.

Lecture complémentaire : Actes 8,18-25

* * *

Chères sœurs, chers frères et sœurs réunis dans ce e chapelle,

Dans la construc on narra ve de l’évangile de Jean, nous sommes à un endroit

décisif puisqu’avec le chapitre 12 se termine l’ac vité publique de Jésus, pour céder

la place dès le chapitre 13 au récit de la Passion, qui cons tue la seconde moi é de

l’évangile. À cet endroit, notre péricope opère une transi on entre deux événements

marquants, la résurrec on de Lazare, dernier grand acte de l’ac vité publique de

Jésus, et l’entrée triomphale à Jérusalem, premier grand acte public de la Passion.

Entre-deux, un récit beaucoup plus discret nous est raconté, qui sse des liens entre

ces deux événements. Une transi on peut sembler peu importante, un peu banale,

et pourtant c’est elle qui assure la con nuité du récit en rappelant ce qui vient de se

passer et en an cipant ce qui va arriver.Les premiers versets sont de ce deuxième type : la Pâque juive se rapproche, et cela

suscite l’arrivée à Jérusalem de nombreux pèlerins qui, intrigués par Jésus, se

demandent s’il va venir ou non à la fête, tandis que les autorités, elles, se préparent

déjà à l’arrêter à la première occasion. Ces autorités, on les retrouve aussi dans les

derniers versets de notre passage, où ils affirment ne pas seulement vouloir me re à

mort Jésus, mais aussi ce Lazare que Jésus a relevé d’entre les morts et qui, à cause

de ce miracle, détournent trop de Juifs de la bonne voie. Pauvre Lazare, qui vient de

ressusciter et qui devrait déjà mourir à nouveau !

Nous rejoignons ainsi les éléments qui, eux, rappellent ce qui a précédé : on

retrouve ici Lazare et ses deux sœurs Marthe et Marie, à Béthanie, qui offrent un

repas en hommage à Jésus. Les disciples sont là aussi, en par culier Judas Iscariote,

et ici, on établit à nouveau un lien avec ce qui va se passer puisqu’on men onne qu’il

sera celui qui va livrer Jésus à ses ennemis. Il se dis ngue d’emblée par sa

roublardise, puisqu’il invoque l’aumône aux pauvres, acte de piété décisif dans la

période de la Pâque, mais en fait seulement pour voler l’argent.

Au cœur de tous ces entrecroisements entre le passé et l’avenir, Marie, l’une des

sœurs, accomplit durant le repas un acte symbolique d’une grande simplicité : avec

un parfum précieux, elle oint les pieds de Jésus et les essuie avec ses cheveux. Ce e

onc on, nous la connaissons aussi dans les autres évangiles, mais avec bien des

différences. Luc l’a déplacée tout à fait ailleurs dans son évangile et l’a ribue à une

pros tuée qui, avec le parfum, mouille aussi les pieds de Jésus de ses larmes. Il en

fait donc une scène de repentance et de pardon. Mais l’onc on chez Jean ressemble

à celle de Luc en ce que Marie oint les pieds de Jésus, tandis que chez Marc et

Ma hieu, qui situent aussi ce e onc on à Béthanie au début de la Passion, la

femme – anonyme, ce e fois – oint la tête de Jésus, et sans la sécher.

Ce e onc on au début de la Passion fait évidemment sens, car elle exprime que ce

Jésus qui entre dans sa Passion est le Christ, puisque le tre Christos en grec signifie

celui qui est oint, comme jadis les prophètes ou les rois, ce qui donne une

significa on messianique à ce qui va lui arriver.

Pour l’évangéliste Jean, ce e onc on prend une dimension toute par culière. Cela

est marqué par différents aspects. Tout d’abord, l’acte est accompli par une femme,

ce qui est loin d’être banal à ce e époque. C’est à elle que revient la tâche de

proclamer Jésus comme le Christ, l’oint, l’élu de Dieu. Et elle le fait de manière très

dévouée, puisqu’elle va jusqu’à dénouer ses cheveux pour essuyer les pieds de cet

hôte, ce qui est totalement inhabituel pour l’époque. Pourquoi oint-elle les pieds, et

non pas la tête de Jésus ? Par humilité, par respect, sans doute, en se tenant aux

pieds de celui qu’elle honore ; et peut-être aussi faut-il oindre les pieds de celui qui,

devenu serviteur, lavera ceux de ses disciples. Autre trait marquant : le parfum choisi

est excessivement précieux, digne du plus grand roi : une livre fait plus de 300

grammes, et le prix de 300 deniers représente environ le salaire de dix mois de

travail.Finalement, la manière la plus claire de souligner l’importance de cet acte, c’est que

l’évangéliste Jean, à la différence de Marc et Ma hieu, le place avant l’entrée à

Jérusalem. L’onc on de Marie devient ainsi le premier événement de la Passion,

discret, certes, en cercle restreint, mais décisif pour la significa on à donner aux

événements à venir. En effet, l’interpréta on de l’onc on par Jésus lui-même, en

réponse au reproche de Judas, permet de corriger l’entrée dans Jérusalem qui

suivra : « Non, il n’y aura pas de triomphe facile, pas de pres ge royal ! Marie a fait

cela en vue de mon ensevelissement, et elle souligne ainsi que j’entre à Jérusalem

non pas pour régner triomphalement, mais pour mourir. Alors, laissez faire ce e

femme, laissez-la proclamer la véritable significa on des événements à

venir ! J’entrerai peut-être en triomphe, mais ne vous laissez pas tromper : si je suis

venu pour être élévé, pour être glorifié, c’est sur la croix ! L’onc on chris que de

Marie, c’est pour faire de moi le Christ crucifié ! C’est là le parfum qui remplit toute

la maison, l’heureuse nouvelle qui se répand partout ! »

Pour le dire dans les termes que l’évangile de Jean u lise un peu plus tard dans le

même chapitre 12 (cf. 12,24) : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé

qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du

fruit en abondance. » C’est cette fertilité-là qui est visée.

Et les pauvres, alors ? Indépendamment du fait que Judas n’est pas sincère, la

réponse que lui donne Jésus résonne de manière quelque peu cassante à leur égard :

« Des pauvres, vous en aurez encore bien assez avec vous, et vous aurez tout loisir

de vous occuper d’eux, mais maintenant, occupez-vous de moi, car moi, vous ne

m’avez pas pour toujours. » Cette opposition rapide, qu’on retrouve aussi chez Marc

et Matthieu, me laisse un peu sur ma faim. Je vous avoue que j’ai envie de corriger

un peu le texte. J’aurais préféré que Jésus dise : « En mourant sur la croix, je

m’abaisse, j’abandonne toute gloire humaine, je m’appauvris de toutes choses pour

devenir celui qui sert. Je rejoins ainsi les humbles, les petits, les pauvres, et cela vous

offre un nouveau rapport à eux. Il ne suffit pas de faire l’aumône aux pauvres, avec

condescendance, du haut de votre statut de gloire et de richesse. C’est en devenant

à ma suite pauvre avec les pauvres, c’est en allant à la suite de ce grain de blé qui, en

mourant, porte du fruit en abondance, que s‘ouvrira pour vous une véritable

diaconie des pauvres. Dans l’onc on à la mort que Marie accomplit sur moi se

répand une onction sur les pauvres, et vous en aurez toujours assez avec vous pour

la leur transmettre. Ce que vous ferez à ces plus pe ts de mes frères, c’est à moi que

vous le ferez. Heureux les pauvres ! »

Amen.

 

 Homélie du pasteur Dominique Guenin, le 2 juillet – la fête de la Visitation

 Homélie du pasteur Dominique Guenin, le 2 juillet – la fête de la Visitation

Chères sœurs et frères en Christ,

« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » – cette citation-clef du dialogue entre le renard et le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry me permet une ouverture et un accès à la Visite de Marie à Elisabeth.

Marie est au début de son temps de porter Jésus en elle – j’ai dû réfléchir comment l’exprimer. Je n’ai pas osé parler de grossesse. Pourtant elle est vraiment en train de devenir mère. Elle l’est déjà.

J’imagine que selon les apparences on ne peut pas encore voir qu’elle est enceinte. On ne peut pas encore voir que ce sera Jésus qui viendra au monde. On ne voit pas non-plus le Saint-Esprit, on ne voit pas le Seigneur. On ne voit pas encore que Marie soit bénie entre toutes les femmes, comme l’évoque le « Je vous salue Marie », voir plus que toutes les femmes,comme nous pouvons l’entendre dans l’Évangile, que toutes les générations la proclameront bienheureuse. Voit-on, selon les apparences, que béni est aussi le fruit de son sein ?

Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent en l’Eucharistie ? Voit-on, selon les apparences, que vous et moi, nous sommes sœurs et frères, aimés et appelés par Dieu, enfants de Dieu et sœurs, frères, amis du Christ ? – Là enfin j’hésite … je ne peux en tout cas pas dire qu’on ne le voit pas … Mais vous savez aussi bien que moi que « l’habit ne fait pas le moine », nous sommes bien d’accord que cette tournure ici est légèrement déplacée …

J’insiste, pour Marie comme pour nous: Comment, selon les apparences elle viendrait à une telle réponse ? « Mon âme exalte le Seigneur / et mon esprit est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur, / parce qu’il a porté son regard sur son humble servante. » Le voit-on ? Et comment donc pourrait-on le voir ?  « Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse »,  j’aimerais le voir selon les apparences ! Où sont-ils donc restés, ces générations ? Ou en sommes-nous aujourd’hui ? « parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses » Oui, s’il te plaît ! J’aimerais bien le voir selon les apparences ! Oh mon Dieu, ou est-tu ? Maranatha, Seigneur viens bien-tôt !

Le Seigneur est là ! – Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent parmi nous ?

« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux »

Je voudrais appliquer cette pensée à une bonne perception de Marie, de Jésus, de l’Eucharistie, de vous et de moi-même. Même pour la suite du Magnificat de Marie, de tout l’Évangile :

J’aimerais bien voir de mes propres yeux que Dieu soit intervenu de toute la force de son bras ; / qu’Il ait dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / qu’ Il eut jeté les puissants à bas de leurs trônes et qu’Il eut élevé les humbles ; / les affamés, qu’Il les eut comblé de biens et les riches, qu’Il les eut renvoyé les mains vides. / Qu’Il soit venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté – et le serviteur, ce serviteur je voudrais le voir en apparences, et le souvenir de Sa bonté, je voudrais le voir en apparences… Dominique, mon nom, Serviteur du Seigneur, je voudrais le voir en apparences ! Comme vous, sœurs et frères du Christ, vous, baptisés, enfants de Dieu !

Je dois, je crois, commencer avec Marie et Elisabeth non seulement de voir avec le cœur, mais entrer dans cette allégresse de se faire voir par Dieu, de se réaliser d’être vu par Dieu, peut-être malgré les apparences – mais, si j’ai bien compris, plutôt dans les circonstances tels qu’ils sont.

Le mot allégresse vient deux fois dans notre Évangile de la fête de la Visitation : Une première fois c’est l’allégresse de cette « vision du cœur » de Jésus qui fait bondir Jean-Baptiste dans le sein d’Elisabeth. Le dernier des Prophètes déjà avant d’être né « voit » de façon « intérieure » ou « par cœur » le Sauveur à venir. Et ce Sauveur est un avenir !

En suite c’est l’allégresse de laquelle est remplie l’esprit de Marie a cause de Dieu son Sauveur. Suit ce que ça veut dire non seulement pour elle, mais pour tous les opprimés, si il y a un Sauveur, quand Sauveur est.

 

La vision du Sauveur est profondément lié à cette notion d’une vue « DE PROFUNDIS » C’est ce même Dieu qui a dit à son peuple, base vraiment importante dans nos Saintes Ecritures :

J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer … Ex 3,7 

 

Il l’a déjà prouvé, démontré de façon exemplaire pour le monde entier :

Il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et Il a élevé les humbles ; / les affamés, Il les a comblés de biens et Il arenvoyé les riches les mains vides. / Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté.

C’est pour ça que le souvenir de sa bonté est essentiel pour notre foi. Et c’est pour ça que de se rendre compte d’être vue par le Seigneur est une joie, car ça nous fait entrer – et rester ! – dans la joie du Seigneur, dans l’allégresse.

Et si nos compatriotes romans aux Grisons disent « allegra » pour se saluer, ils sont, sans s’en apercevoir peut-être, un peu dans cette dynamique de la Visitation, tout autant que nous les sommes quand nous nous disons « salut », de même quand nous nous disons « à Dieu ». Loin de moi de vouloir trivialiser la Visitation ! Je voudrais plutôt sanctifier le quotidien !

Permettez-moi de terminer en toute allégresse mon homélie sur la Visitation à l’aide de la sagesse d’Antoine de Saint-Exupéry « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » avec un cantique de Taizé à juste titre bien connu, qui chante tout. Chantons avec Marie, Mère du Seigneur, avec Elisabeth et tous les Saints :

Jésus, le Christ, lumière intérieure,

ne laisse pas mes ténèbres me parler ;

Jésus, le Christ, lumière intérieure,

donne-moi d’accueillir ton amour »

 

Amen.