Prédication par le pasteur Pierre Bühler, le 18 décembre 2025

Prédication par le pasteur Pierre Bühler, le 18 décembre 2025

Matthieu 1,18-25

(18) Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à

Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit

Saint. (19) Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la diffamer

publiquement, résolut de la répudier secrètement. (20) Il avait formé ce projet, et voici que

l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de

prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint, (21)

et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son

peuple de ses péchés. (22) Tout cela arriva pour que s’accomplisse ce que le Seigneur avait

dit par le prophète : (23) Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le

nom d’Emmanuel, ce qui se traduit « Dieu avec nous ». (24) A son réveil, Joseph fit ce que

l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, (25) mais il ne la connut pas

jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

Epître : Philippiens 3,1 + 4-11

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Chère communauté de Grandchamp, chers frères et sœurs en Christ,

Le texte que nous méditons aujourd’hui a suscité des débats millénaires parmi les

théologiens : en effet, ce petit récit est un des principaux témoins textuels de ce qu’on a

appelé le dogme de la naissance virginale de Jésus, ce dogme qui est aussi entré dans le

symbole des apôtres, où l’on dit que Jésus « a été conçu par le Saint-Esprit » et qu’il « est né

de la vierge Marie ». Ce miracle est-il authentique ? Faut-il croire en sa véracité pour être un

bon croyant ? Est-il permis de prendre distance de manière critique ? Je ne vais pas ouvrir ce

dossier compliqué, car on en aurait pour toute la soirée !

Mais à juste titre, on a souligné les difficultés que comportait cette représentation. La

généalogie qui précède notre texte et qui fait remonter l’origine de Jésus à Abraham, en

passant par David, ne se termine pas par Marie, mais par Joseph, que notre texte appelle

d’ailleurs aussi « fils de David ». C’est donc par son père Joseph que Jésus est fils de David.

Les termes utilisés chez le prophète Esaïe, cité comme référence vétérotestamentaire, ne

signifient pas « vierge », mais « jeune fille, jeune femme ». Par ailleurs, de manière générale,

les récits de la nativité, que ne connaissent que les évangiles de Matthieu et de Luc,

comportent beaucoup d’éléments divergents entre les deux évangiles, si bien qu’on doit les

considérer avec prudence d’un point de vue strictement historique. Ainsi, il est frappant

d’observer que, si Luc centre tout son récit sur Marie, laissant Joseph pratiquement de côté,

Matthieu fait l’inverse : Marie ne joue aucun rôle actif, l’acteur central est Joseph, et tout se

passe entre lui et l’ange du Seigneur, comme d’ailleurs aussi dans notre texte.

Il semble bien que Matthieu, en soulignant la dimension miraculeuse de la naissance de

Jésus, procède comme de nombreux autres auteurs antiques qui mettent en avant les héros

de leurs récits en leur attribuant les origines les plus nobles et en soulignant leur naissance

merveilleuse. Il veut ainsi attirer l’attention sur le caractère exceptionnel de cet enfant.

Mais, paradoxalement, au lieu d’attirer l’attention, en un sens, il détourne l’attention, en

suscitant de vaines discussions sur la possibilité ou l’impossibilité du miracle d’une

naissance virginale. Car le véritable miracle est peut-être bien ailleurs : ce n’est peut-être

qu’un garçon très ordinaire qui va naître, issu du peuple, d’une humble jeune fille et d’un

modeste charpentier. On signalera en passant que la généalogie de Jésus, qui remonte au

patriarche Abraham, passe par des femmes dont la réputation est plutôt ambiguë : Tamar, qui

commet un inceste, Rahab, la prostituée de Jéricho, l’étrangère Ruth, l’adultère Bethsabée ;

des origines donc pas seulement très nobles ! Cet enfant qui vient mettre ses parents dans

l’embarras, qui risque de mettre sa mère Marie dans cette même lignée de femmes, puisque

Joseph risque de la répudier, cet enfant ne semble en rien prédestiné à sa grande mission.

Et pourtant, le texte proclame sur cet enfant à venir deux noms prometteurs. Ce sont ces

deux nominations qui sont peut-être le véritable miracle de ce texte. Pour cet enfant issu du

peuple, à la généalogie ambiguë, il annoncent une destinée glorieuse. Le premier nom est

prononcé par l’ange du Seigneur, qui en donne aussi l’explication étymologique : Jésus, dont

l’original hébreu signifie « Jahvé, le Seigneur, sauve », d’où l’explication « c’est lui qui sauvera

son peuple de ses péchés ». Lui est donc confiée la tâche du Messie, appelé à être le

libérateur du peuple. Cette première désignation se trouve encore renforcée par la seconde,

déduite d’une citation du prophète Esaïe que Matthieu intègre dans son récit : « la jeune

femme enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel » (Es 7,4), et ici aussi, le nom

est interprété à partir de l’hébreu comme « Dieu avec nous » (Es 8,10).

Deux beaux noms (n’est-ce pas, sœur Anne-Emmanuelle !). Mais quels abus n’ont pas été

commis avec ces deux noms. Combien d’hommes forts se sont autoproclamés sauveurs,

sauveurs d’un peuple, ou même sauveurs de l’humanité, en abusant de ce titre pour imposer

sa tyrannie. Et il suffit de traduire le « Dieu avec nous » en allemand, « Gott mit uns », pour se

souvenir des horreurs qu’on a pu commettre en prétendant avoir Dieu de notre côté, contre

les autres, comme c’était inscrit sur les ceintures des soldats de l’armée allemande d’Hitler.

Mais il y a un retournement miraculeux dans Matthieu 1 : c’est que ces deux noms ne sont

pas des titres de puissance, de pouvoir, ce qui justement permet les abus. C’est que l’enfant

Jésus n’a rien d’un héros antique, à la manière d’Achille ou d’un demi-dieu comme Hercule.

Les deux noms sont prononcés sur un faible enfant, fragile, qui très tôt devra fuir le danger du

roi Hérode avec ses parents, qui devra devenir un exilé, à l’image de ce que vivent nombre

d’enfants aujourd’hui. Le salut du sauveur, la présence du Dieu avec nous, cela n’est pas

placé sous le signe de la puissance. Ce qui s’annonce pour l’enfant de Marie et de Joseph,

c’est bien plutôt la passion, qui lui fera partager jusqu’au bout notre condition humaine, en

mourant sur la croix. C’est ainsi qu’il viendra sauver et libérer le peuple, non par le pouvoir,

mais par la compassion.

L’écrivaine française Sylvie Germain, imaginant une pleurante dans les rues de Prague, qui

porte en elle toutes les larmes et souffrances des humains, nous dit de cette figure : « Peut-

être est-elle l’écho lointain de la pitié de Dieu. Cette pitié immense, immense et incessante,

qui parcourt le monde en suppliant qu’on la reçoive, qu’on écoute sa plainte. Cette pitié

manante qui traverse l’histoire en boitant sous le fracas sans cesse recommencé des

guerres, des crimes et du sang versé. » (La pleurante des rues de Prague, folio, p. 60s)

Au vu de l’état actuel du monde, cette image de la pitié de Dieu qui traverse l’histoire et

appelle à être reçue me paraît bien exprimer ce qu’est la présence d’Emmanuel, du Dieu

parmi nous.

Nous pouvons répondre à cette compassion divine par notre propre compassion, qu’elle

suscite en nous. Elle vient ainsi créer en nous un nouvel esprit. En reprenant le texte de

l’épître entendu tout à l’heure : n’est pas important ce que je suis et tout ce que j’ai accompli.

Il n’importe pas que je sois parfait, irréprochable devant la loi, de la bonne race, de la bonne

famille. Tout cela, nous dit l’apôtre Paul, pourrait être considéré comme un gain, mais c’est en

fait une perte, des ordures même, dira-t-il. Ce qui compte, c’est une nouvelle vie, faite de

confiance, de sérénité, qui nous permet de nous ouvrir aux autres, d’accueillir les

souffrances, de recevoir les appels et d’être là où l’on a besoin de nous. Un peu à la manière

de Joseph dans les premiers chapitres de Matthieu : un père fidèle au poste, qui fait ce qui

doit être fait pour cette mère et ce fils qui lui sont confiés.

Peut-être est-ce cela qui vient de l’Esprit Saint dans notre récit, ce nouvel esprit de vie illustré

par Joseph. Et peut-être est-ce lui qui nous donne espoir et confiance, qui luit dans nos

obscurités et qui nous guide sur nos chemins, sur lesquels nous devons si souvent tâtonner.

Amen

 

Prédication du pasteur Joël Pinto, le 3ème dimanche de l’Avent 2025

Prédication du pasteur Joël Pinto, le 3ème dimanche de l’Avent 2025

Ph 4, 4-7 (Es 61, 1-2a et 10-11 ; Jean 4, 4-7) – Dimanche Gaudete, 14 décembre 2025)

Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps, écrit l’apôtre Paul. Et pourtant, Paul n’écrit pas depuis un lieu de sécurité ou de confort. Il est enchaîné, dépendant, livré à un avenir qu’il ne maîtrise pas. Et c’est précisément de là qu’il ose redire : « Je le répète, réjouissez-vous. ». Mais de quoi veut-il se réjouir ? De quoi devrions-nous nous réjouir ?

Il est important d’entendre ce que Paul ne dit pas :

  • Il ne dit pas : réjouissez-vous parce que tout va bien.
  • Il ne dit pas : réjouissez-vous parce que les difficultés vont disparaître.
  • Il dit : réjouissez-vous dans le Seigneur.

La source de la joie n’est donc pas ce qui arrive, mais la fidélité de Dieu, cette fidélité qui demeure quand tout le reste vacille.

Autrement dit, la joie chrétienne n’est pas d’abord un sentiment. Elle est une relation.
Elle naît de la confiance en un Dieu qui demeure présent, même lorsque les circonstances sont incertaines.

C’est pourquoi Paul ajoute aussitôt : « Ne soyez inquiets de rien, mais en toute circonstance, par la prière et la supplication, avec action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. »

La joie biblique est inséparable de cette attitude intérieure : Oser remettre sa vie, ses peurs, ses questions entre les mains de Dieu, et reconnaître, dans l’action de grâce, que Dieu est déjà à l’œuvre, même si nous ne le voyons pas encore clairement.

Il est important de le dire : Nous ne sommes pas toujours disponibles pour la joie. Il y a des moments de lassitude, de fatigue, d’inquiétude profonde. Il y a des situations qui ne peuvent être ni minimisées, ni spiritualisées trop vite.

La Bible ne nous demande jamais de nier la souffrance. Mais elle nous invite à découvrir que Dieu est présent au cœur même de ce que nous traversons. Et que cette présence peut, peu à peu, ouvrir un espace intérieur de paix et de confiance, parfois très fragile, mais réel.

La joie dont il est question aujourd’hui ressemble davantage à une force intérieure qu’à une émotion :

  • Une force qui permet de tenir debout.
  • Une force qui empêche le cœur de se refermer.
  • Une force qui garde vivante l’espérance, même lorsque l’horizon est obscur.

Cette joie nous rend lucides.

Elle nous rappelle la fragilité de nos vies et la précarité de ce que nous croyions acquis. Et pourtant, elle ne nous replie pas sur nous-mêmes.

Elle élargit le regard. Elle rend attentifs à ce qui est fragile, à ce qui souffre, à ce qui manque.

Elle ne détourne pas du réel ; elle aide, au contraire, à l’habiter avec plus de justesse.

Cette joie n’a rien d’éclatant :

  • Elle est discrète, presque silencieuse.
  • Elle se tisse dans le temps, au fil des jours, dans ce qu’il y a à vivre et parfois à porter.
  • Elle ne fait pas disparaître les questions, mais elle empêche qu’elles aient le dernier mot.

C’est une confiance discrète :

  • même lorsque rien ne semble aboutir
  • même lorsque les résultats échappent,
    la vie continue d’être travaillée en profondeur.

Mes sœurs, mes Frères, l’Avent est précisément ce temps où nous apprenons à attendre sans posséder, à espérer sans maîtriser.

La joie de l’Avent est une joie tournée vers l’avenir, une joie anticipée, fondée non sur ce que nous voyons, mais sur la promesse de Dieu.

L’appel qui nous est adressé aujourd’hui ne nous demande pas de nous donner de la joie.
Il nous invite à lui faire une place, à accueillir ce que Dieu veut nous donner :

  • sa présence fidèle
  • sa paix
  • sa confiance.

En ce temps de l’Avent, que la Parole qui nous est donnée ouvre en nous un espace de confiance.

Non pas une joie à produire, mais une joie à recevoir, celle qui vient de Dieu et qui demeure. Amen.

 

Prédication du pasteur Pagnamenta Roul, le 7 décembre 2025

Prédication du pasteur Pagnamenta Roul, le 7 décembre 2025

Esaie 11, 1-10

 

En ce temps de lAvent, Esaïe nous offre un signe despérance.

Et quel signe !

Surtout quand on se souvient de ce qui se passe juste avant dans son livre : on parle de destruction, darbres abattus, de forêts brûlées… Lhorizon est noir, ravagé.

Et cest précisément dans ce décor-là, encore fumant, que le prophète nous fait apercevoir… un petit bout de vert.

Une feuille vive.

Un rameau qui sort dune vieille souche.

Cest presque rien.

Un petit truc fragile.

Un début discret au milieu dun paysage dévasté.

Et pourtant… quelle force !

Ça nous ferait du bien encore aujourdhui, non ?

Alors que tout s’écroule, alors que la mort et la violence nous sautent au visage.

La mort, cest du solide.

Cest concret.

Ça impressionne.

 À côté, un petit rameau… cest presque ridicule.

Et pourtant cest là que tout se joue.

Parce que la vie, même fragile, est puissante.

Elle se relève.

Elle repousse.

Et cest dans ces premières feuilles que se cache le signe dun renouveau.

Dieu peut faire des merveilles à partir de pas grand-chose.

Cest cette foi, cette espérance-là que veut nous transmettre Esaïe.

Et ce renouveau, dans son texte, il aboutit à une vision complètement renversante : le loup vit avec lagneau.

Le lion mange de lherbe comme un bœuf.

Un bébé joue sur le nid dun cobra.

Autrement dit : des animaux qui normalement sentre-dévorent, se craignent, se fuient… vivent ensemble en paix.

Le fort avec le faible.

Et même les enfants nont plus rien à craindre.

Imaginez un monde où les enfants courent pieds nus partout et sont en sécurité, quoi quil arrive.

Rien que dy penser, on a un pincement au cœur.

Devant une telle image, on est partagés.

Dun côté : cest irréaliste. Impossible.

 Ça ne suit pas la logique de notre monde.

Et de lautre… on sait, peut-être plus encore aujourdhui, que si le monde ne se rapproche pas un minimum de cette vision, il court droit à sa perte.

Ce nest peut-être pas réaliste, mais si on ne la porte pas, cette vision, si le monde ne s’y convertit pas, si il ne l’adopte pas, il va cesser d’exister.

Et là, la Bible nous surprend.

Dans le Deutéronome, on dit que si un prophète annonce un événement et quil ne se produit pas, ce nest pas un vrai prophète.

Et pourtant : ce quannonce Esaïe ici ne sest pas encore réalisé.

Ça semble même complètement irréalisable… mais voilà : ses paroles sont dans notre Bible, notre livre sacré.

Esaïe est reconnu comme un grand prophète.

Pourquoi ? Parce que cette vision, même impossible, parle à quelque chose de profond en nous. Une aspiration enfouie. Un désir tellement fort quil doit forcément avoir quelque chose de vrai.

Dailleurs, cette image a inspiré des générations de peintres .

Lun des plus connus , cest Edward Hicks.

Vous le connaissez ? C’était un peintre américain du XIXᵉ siècle, quaker, chrétien engagé.

On a retrouvé soixante versions de sa peinture sur cette prophétie dEsaïe probablement plus encore !

Et ce nest pas parce quil était perfectionniste… Non : il voulait que cette image circule, quelle se répande, que les gens finissent par laimer, par la rêver… et peut-être, à force, par essayer de la vivre.

Dans lhistoire de l’Église, les chrétiens ont toujours été un peu tiraillés avec cette prophétie.

Certains les Mennonites, les Quakers ont dit : On y croit. On veut la vivre.

On veut la réaliser, ici et maintenant, sans compromis.”

Dautres, plus réalistes, comme Calvin, disaient : Oui, on espère ce monde-là… mais dans la réalité dici-bas, il faut parfois composer avec les lois du monde.”

Les uns refusaient de porter les armes ; lautre justifiait lusage de la force, dans certaines limites.

Mais il est important de regarder aussi ce qui vient juste avant cette vision poétique.

Parce que si les versets 6 à 9 nous emmènent dans un rêve encore lointain, les versets précédents nous replongent dans le réel : la violence, linjustice, les pauvres, les méchants, le monde tel quil est. Rien de tout ça nest nié.

Mais ce nest pas accepté pour autant.

Car même sil nest quun rameau fragile dans une forêt brûlée, lenvoyé de Dieu vient instaurer la justice, défendre les pauvres, déloger les méchants.

Parfois même avec force.

Et cet envoyé nagit pas avec son intelligence ou sa force personnelle : cest lEsprit de Dieu qui agit en lui. Esprit de sagesse, de discernement, de vaillance, de connaissance, de crainte du Seigneur.

La tradition chrétienne reconnaît en cet envoyé Jésus de Nazareth.

Il a été — et il est encore ce rameau despérance.

On connaît sa fragilité : trahi, condamné, crucifié.

Mais on connaît aussi sa puissance : sa parole, sa vie, sa résurrection. Après lui, les guerres, les injustices nont pas cessé.

On est encore loin de la vision dEsaïe.

Mais lEsprit a soufflé.

Une nouvelle manière de vivre, de traiter ce monde créé par Dieu a émergé.

Et elle a trouvé des disciples.

Nous en faisons partie.

Alors oui : nous vivons dans un monde de violence, dinjustice, de mort. Et face à tout ça, on se sent souvent impuissants.

Parfois incohérents.

Entre ce que nous croyons et ce que nous faisons réellement, il y a un écart.

Mais nous ne voulons pas capituler.

Il y a des moments où une autre manière dagir devient possible.

Jésus nous la montré.

Même si nous ne sommes que de fragiles rameaux verts.

Même si en nous brille seulement une petite étincelle de lEsprit.

Dieu peut faire beaucoup avec très peu.

Utopistes, réalistes… peu importe. Ne nous méprisons pas.

Nous avons reçu le même Esprit.

Nous mettons notre foi en Jésus, et son Esprit agit en nous.

Et peut-être qui sait ? cette manière de vivre changera le monde. Peut-être que Dieu se servira de nous pour accomplir sa prophétie.

Et dans le pire des cas, au moins, nous offrirons à ce monde une espérance : la preuve quune autre logique existe.

Une autre manière d’être.

Nous ne savons pas comment Dieu réalisera son Royaume.

Mais nous savons une chose : il commence toujours par envoyer son Esprit.

Et cet Esprit, il la déjà envoyé.

Son Messager est venu.

Et nous sommes ses disciples.

Comme lui, nous avons reçu son Esprit.

Alors laissons-le agir en nous.

Amen.

 

Prédication de la pasteure Laurence Reymond, le 1er dimanche de l’Avent 2025

Prédication de la pasteure Laurence Reymond, le 1er dimanche de l’Avent 2025

Matthieu 24, 37 – 44 (Es. 2,1-5/Rom. 13, 11-14)

30 novembre 25 à Grandchamp

Bienvenue à chacun, à chacune en ce premier dimanche de l’Avent 2025. La première bougie de l’Avent est allumée, les parements liturgiques violets, couleur de l’attente, installés… Tout a été soigneusement préparé par les sœurs de la chapelle.

Nous entrons donc dans le temps de l’Avent. Ce temps marqué par l’espérance, ce temps qui inaugure aussi la nouvelle année liturgique et nous conduit vers la fête de Noël, mystère de l’Incarnation.

Mystère de ce Dieu qui choisit de vivre une existence d’humain dans toutes ses dimensions. Et qui par là-même redonne à tout homme, à toute sa femme sa dignité, une valeur inestimable. Première étape nécessaire et indispensable de l’abaissement de notre Dieu.

Alors vous imaginez peut-être ma surprise, mêlée d’une pointe de déception, quand j’ai découvert le texte du jour chez Matthieu.

Bien loin de la Nativité, ce texte se situe en effet à la fin de l’Évangile, sur le chemin qui va mener Jésus à la Croix, dans les derniers jours de sa vie.

Un texte centré sur le retour du Fils de l’Homme et sur le Jugement. Qui fait référence au récit du Déluge. Oui décidément, on est bien loin de la Nativité ! Vraiment ?

J’aimerais faire d’abord apporter deux précisions :

  1. Contrairement au célèbre récit du Déluge qui met l’accent sur les infidélités des humains, ici notre péricope développe plutôt le thème de l’insouciance et de l’inconscience. A aucun moment, le texte ne parle pas de conduite anarchique

Ce qui est souligné, c’est que les gens vivent normalement, accomplissent les gestes de la vie quotidienne, profitent des plaisirs habituels : manger, se marier et travailler.

Alors logiquement, les paysans sont aux champs et les meunières au moulin.

  1. Et puis, on ne peut pas ne pas être décontenancé devant l’annonce brutale du Jugement. Pourquoi l’un serait pris et l’autre laissé ? Comment comprendre ce qui nous semble un choix arbitraire, brutal, si loin de notre représentation contemporaine de l’amour du Père, un amour inconditionnel ? Dieu agirait-il donc de manière obscure ? Et pourquoi une telle soudaineté de l’événement, sans aucun signe avant-coureur ?

Manifestement, Matthieu, ici, veut souligner d’une part l’imprévisibilité de la venue du Fils de l’Homme et d’autre part, l’importance de rester vigilant, de veiller, d’être prêt. Comme le dit aussi le Baptiste dans ce même Évangile, avec son appel à la repentance et la conversion pour se préparer à accueillir le Christ.

Au jour d’aujourd’hui, le thème de la fin des temps et du retour du Christ ne nous est plus très familier… Ce n’est pas très vendeur.

Pourtant, cette thématique traverse les Écritures, déjà présente dans le Premier Testament.

Le Jour du Jugement, c’est la grande espérance du peuple hébreu comme on le voit dans le texte d’Esaïe lu tout à l’heure.

Jour où les souffrances, les injustices, les violences de l’histoire prennent fin. Jour où Dieu vient instruire les nations, rétablir justice, paix et amour… les armes se taisent définitivement et disparaissent.

C’est le grand jour de l’espérance enfin réalisée.

Les premiers chrétiens vont faire un pas de plus en plaçant le Christ au cœur de ce grand jour : le retour du Christ mort et ressuscité, le Christ en gloire, Seigneur.

Voilà qui nous connecte au temps de l’Avent, le temps de l’attente.

« Veillez », « tenez-vous prêts », nous dit Matthieu, mais alors pourquoi ? En vue de quoi ? Il ne s’agit pas de veiller pour l’exploit, ou veiller pour veiller. Non.

On veille dans l’attente d’un événement ou de quelqu’un.

Ainsi, chaque année, pendant le temps de l’Avent, nous nous re-préparons à accueillir le Christ dans nos vies toujours à nouveau.

Alors oui, en ce 1er dimanche de l’Avent, nous commençons à nous préparer à Noël, à cette fête liturgique qui nous rappelle la naissance de Dieu dans chacun de nos vies et au cœur du monde.

Le temps l’Avent, c’est un temps pour approfondir notre foi, notre relation à Dieu, nous souvenir de son désir d’être proche de nous, au plus proche même. Redécouvrir la foi comme une joyeuse impatience, comme une espérance pressante.

Et pour maintenir la foi vivante, il faut y consacrer du temps, « veiller ». Vous le savez mieux que quiconque, mes sœurs. Et veiller, c’est aussi rester ouvert à l’inattendu de Dieu, être en quelque sorte décentré. C’est peut-être ce qu’il a manqué aux personnes du récit de ce matin qui n’ont pas été pris…

Le parallèle de Luc est plus explicite : quand viendra le jour de la rencontre, ne pas aller chercher ses affaires à la maison, ne pas revenir sur ses pas… Luc suggère une immense confiance. Invitation à laisser Dieu agir. C’est peut-être ça, notre responsabilité de croyant, laisser Dieu prendre les manettes de nos existences.

Au quotidien, vivre en croyant, c’est être attentif, dans la routine de nos journées, aux manifestations de Dieu, souvent discrètes. Lui laisser de la place, cultiver la relation. S’abandonner à Lui.

D’où l’importance du silence, du « faire silence » que vous pratiquez ici à Grandchamp.

 

Oui, nous sommes appelés à veiller pour être prêts, tout comme Noé se préparait avant le Déluge.

Que cette vigilance, préparation intérieure, et la confiance à nourrir et faire grandir puissent être notre manière d’entrer dans ce temps de l’Avent.

Amen