Prédication de la pasteure Laurence Reymond, le 1er dimanche de l’Avent 2025
Matthieu 24, 37 – 44 (Es. 2,1-5/Rom. 13, 11-14)
30 novembre 25 à Grandchamp
Bienvenue à chacun, à chacune en ce premier dimanche de l’Avent 2025. La première bougie de l’Avent est allumée, les parements liturgiques violets, couleur de l’attente, installés… Tout a été soigneusement préparé par les sœurs de la chapelle.
Nous entrons donc dans le temps de l’Avent. Ce temps marqué par l’espérance, ce temps qui inaugure aussi la nouvelle année liturgique et nous conduit vers la fête de Noël, mystère de l’Incarnation.
Mystère de ce Dieu qui choisit de vivre une existence d’humain dans toutes ses dimensions. Et qui par là-même redonne à tout homme, à toute sa femme sa dignité, une valeur inestimable. Première étape nécessaire et indispensable de l’abaissement de notre Dieu.
Alors vous imaginez peut-être ma surprise, mêlée d’une pointe de déception, quand j’ai découvert le texte du jour chez Matthieu.
Bien loin de la Nativité, ce texte se situe en effet à la fin de l’Évangile, sur le chemin qui va mener Jésus à la Croix, dans les derniers jours de sa vie.
Un texte centré sur le retour du Fils de l’Homme et sur le Jugement. Qui fait référence au récit du Déluge. Oui décidément, on est bien loin de la Nativité ! Vraiment ?
J’aimerais faire d’abord apporter deux précisions :
- Contrairement au célèbre récit du Déluge qui met l’accent sur les infidélités des humains, ici notre péricope développe plutôt le thème de l’insouciance et de l’inconscience. A aucun moment, le texte ne parle pas de conduite anarchique
Ce qui est souligné, c’est que les gens vivent normalement, accomplissent les gestes de la vie quotidienne, profitent des plaisirs habituels : manger, se marier et travailler.
Alors logiquement, les paysans sont aux champs et les meunières au moulin.
- Et puis, on ne peut pas ne pas être décontenancé devant l’annonce brutale du Jugement. Pourquoi l’un serait pris et l’autre laissé ? Comment comprendre ce qui nous semble un choix arbitraire, brutal, si loin de notre représentation contemporaine de l’amour du Père, un amour inconditionnel ? Dieu agirait-il donc de manière obscure ? Et pourquoi une telle soudaineté de l’événement, sans aucun signe avant-coureur ?
Manifestement, Matthieu, ici, veut souligner d’une part l’imprévisibilité de la venue du Fils de l’Homme et d’autre part, l’importance de rester vigilant, de veiller, d’être prêt. Comme le dit aussi le Baptiste dans ce même Évangile, avec son appel à la repentance et la conversion pour se préparer à accueillir le Christ.
Au jour d’aujourd’hui, le thème de la fin des temps et du retour du Christ ne nous est plus très familier… Ce n’est pas très vendeur.
Pourtant, cette thématique traverse les Écritures, déjà présente dans le Premier Testament.
Le Jour du Jugement, c’est la grande espérance du peuple hébreu comme on le voit dans le texte d’Esaïe lu tout à l’heure.
Jour où les souffrances, les injustices, les violences de l’histoire prennent fin. Jour où Dieu vient instruire les nations, rétablir justice, paix et amour… les armes se taisent définitivement et disparaissent.
C’est le grand jour de l’espérance enfin réalisée.
Les premiers chrétiens vont faire un pas de plus en plaçant le Christ au cœur de ce grand jour : le retour du Christ mort et ressuscité, le Christ en gloire, Seigneur.
Voilà qui nous connecte au temps de l’Avent, le temps de l’attente.
« Veillez », « tenez-vous prêts », nous dit Matthieu, mais alors pourquoi ? En vue de quoi ? Il ne s’agit pas de veiller pour l’exploit, ou veiller pour veiller. Non.
On veille dans l’attente d’un événement ou de quelqu’un.
Ainsi, chaque année, pendant le temps de l’Avent, nous nous re-préparons à accueillir le Christ dans nos vies toujours à nouveau.
Alors oui, en ce 1er dimanche de l’Avent, nous commençons à nous préparer à Noël, à cette fête liturgique qui nous rappelle la naissance de Dieu dans chacun de nos vies et au cœur du monde.
Le temps l’Avent, c’est un temps pour approfondir notre foi, notre relation à Dieu, nous souvenir de son désir d’être proche de nous, au plus proche même. Redécouvrir la foi comme une joyeuse impatience, comme une espérance pressante.
Et pour maintenir la foi vivante, il faut y consacrer du temps, « veiller ». Vous le savez mieux que quiconque, mes sœurs. Et veiller, c’est aussi rester ouvert à l’inattendu de Dieu, être en quelque sorte décentré. C’est peut-être ce qu’il a manqué aux personnes du récit de ce matin qui n’ont pas été pris…
Le parallèle de Luc est plus explicite : quand viendra le jour de la rencontre, ne pas aller chercher ses affaires à la maison, ne pas revenir sur ses pas… Luc suggère une immense confiance. Invitation à laisser Dieu agir. C’est peut-être ça, notre responsabilité de croyant, laisser Dieu prendre les manettes de nos existences.
Au quotidien, vivre en croyant, c’est être attentif, dans la routine de nos journées, aux manifestations de Dieu, souvent discrètes. Lui laisser de la place, cultiver la relation. S’abandonner à Lui.
D’où l’importance du silence, du « faire silence » que vous pratiquez ici à Grandchamp.
Oui, nous sommes appelés à veiller pour être prêts, tout comme Noé se préparait avant le Déluge.
Que cette vigilance, préparation intérieure, et la confiance à nourrir et faire grandir puissent être notre manière d’entrer dans ce temps de l’Avent.
Amen
