Prédication par le pasteur Jean-Jacques Beljean, le 24 décembre 2025
Dans la faiblesse de Dieu les martyrs ont puisé la force
Communauté de Grandchamp, mercredi 24 décembre 2025
Prédication prononcée par le pasteur Jean-Jacques Beljean
lors de la Célébration de la Nuit de Noël
Lectures : Baruch 4, 30+36–5, 9 ; Michée 5, 1–4a ; Esaïe 11, 1–10 ; Esaïe 9, 1-6
Tite 2, 11-14 + 3, 4-5a
Luc 2, 1-20 ; Jean 1, 1-18
Chères sœurs, chers frères en Christ,
Au moment où retentit, à Grandchamp, l’Evangile de la venue du Sauveur dans notre humanité retentissent, simultanément, les cris des désespérés et des opprimés. Le fracas des bombes et des tirs de canon, le bourdonnement des drones et le rugissement des avions couvrent les appels des affamés et des victimes qui subissent violences et injustices. Voilà où en est notre monde malgré les progrès de tous ordres, de la médecine, des sciences, de l’intelligence artificielle et des réseaux d’aides de tous ordres.
Il fut une époque, pas si lointaine, où nous avions pensé que, petit-à-petit, notre pauvre monde s’en allait pas à pas vers des temps meilleurs. C’est encore en partie vrai, grâce au courage d’humains d’élite qui s’engagent, envers et contre tout, pour notre humanité et son avenir. Mais en même temps, plus que naguère, cet engagement est contesté, battu en brèche par des actions et événements concoctés par certains puissants de ce monde.
Ainsi, comment croire en l’amour de Dieu pour sa création et pour l’humanité, à sa promesse de paix quand la vie accable les humains de toutes sortes d’épreuves ? Comment croire à la proclamation des anges « Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux humains qu’il aime »?
Il y a bien sûr les joies simples et bonnes des fêtes de famille, le champagne qui fait oublier, les cotillons qui distraient et les mets délicieux qui rassasient pour un temps. Il y a aussi les réconciliations, les efforts de paix, les recherches de ceux et celles qui s’engagent pour plus de justice et de paix, les œuvres civiles et ecclésiastiques d’entraide.
Ainsi notre cœur est-il partagé entre le pessimisme le plus radical et les espoirs que tout n’est pas irrémédiablement perdu et que seule l’espérance d’un après pourra nous consoler.
Alors pourquoi notre Evangile, sur lequel nous sommes solidement fondés, met-il son point-de-départ dans l’événement semble-t-il si anodin de la crèche de Bethléhem ? En quoi une crèche, une Marie, un Joseph, des anges, des bergers, puis des mages, entourant un nouveau-né démuni pourraient-ils encore nous concerner ? Bien sûr, c’est l’enfant de Noël et plus de vingt siècles plus tard nous sommes encore à la célébrer. Mais cet enfant est si petit, si exposé, alors qu’en même temps le sinistre roi Hérode prépare, par ailleurs le Massacre des Innocents ? On aurait pu espérer plus efficace que cette apparente insignifiance…
Tout cela laisse donc perplexe…
Je laisse mon esprit vagabonder…
C’est alors que surgit en moi un étrange chant que jadis j’entendis sous les voûtes de l’église de l’Abbaye d’Aiguebelle :
« Dans la faiblesse de Dieu
Les martyrs ont puisé leur force
Leurs pas dans les pas du Sauveur
Ils affrontent l’Adversaire… »
Dans la faiblesse de Dieu… ne sommes-nous pas, fondamentalement, au cœur de la signification de Noël, de la signification de l’incarnation de Dieu en Jésus-Christ ? Tous les indices sont là, sous nos yeux : la crèche, le dénuement, la faiblesse. Et souvent nous n’en tirons pas les conséquences pour nos conceptions théologiques, notre foi et nos engagements.
A partir de la crèche de Bethléhem Dieu a changé de stratégie envers le monde : finie, la puissance, finis les rois, les chefs et les pouvoirs, bannie la force brute. Une autre voie s’ouvre, c’est le message de la crèche. Trouver Dieu c’est regarder vers la crèche, vers l’humilité, puis, peu à peu c’est se tourner vers le service dans et pour l’humanité comme le ministère terrestre de Jésus en montrera le chemin. L’apôtre Paul le dira aussi : c’est dans la faiblesse que la force se montre… c’est alors que je suis faible que je suis fort…
Bien sûr, nous le savons, très rapidement, l’Eglise, dès qu’elle le pourra, cherchera à nouveau le pouvoir. C’est tellement humain. Et d’autres textes bibliques, que nous avons lus, semblent aussi aller dans ce sens. Mais en même temps le message de la crèche, le ministère du Christ mort et ressuscité s’est chaque fois ranimé grâce à l’Esprit qui a inspiré les témoins, les martyrs et les saints à chaque époque.
Les toutes dernières « Nouvelles de Grandchamp » nous le redisent bien :
Prie… pour demeurer humain dans un monde qui vacille, où la peur ronge et la terre brûle…
Aime… pour te tenir debout malgré ta vulnérabilité…
Et, finalement : Résiste… non par dureté mais pour t’enraciner en Christ.
Voilà des mots qui expliquent bien la crèche de Noël. Non, Dieu ne s’est pas incarné à la Cour du Roi Hérode ni à celle de l’Empereur Auguste. Non, humble en Jésus, il s’est incarné pour servir, servir jusqu’à la croix et ainsi sauver. C’est donc à nous de le suivre, de poser nos pas dans les pas du Seigneur. Et c’est ainsi que, désormais depuis la crèche de Bethléhem, Dieu en Jésus pose, à travers ses témoins, des actes de salut en invitant chacune et chacun à mettre ses pas dans les siens. C’est ainsi et non par des actes de pouvoir qu’envers et contre tout chaque pas dans la foi fait naître un monde nouveau, plus vrai et plus humain. Modestement mais efficacement.
C’est donc paradoxalement, de la faiblesse que va surgir la force, dans la suivance du Christ.
Ainsi, dans l’immense tragédie du monde nous n’allons pas perdre espoir quand nous nous efforçons d’être dans la suivance du Christ.
Pour terminer formons quelques vœux de Noël:
Que la faiblesse de l’enfant nouveau-né à Bethléem soit pour nous source de force dans l’humilité. Qu’elle soit source de persévérance dans le courage. Source de paix et de fraternité, source de la joie profonde promise par Jésus. Car c’est dans cette faiblesse que les témoins de l’Evangile de tous les temps et de tous les lieux, ont, paradoxalement, puisé leur force.
Amen !
Référence : Dans la faiblesse de Dieu – Martyrs – Le livre d’heures d’En Calcat SODEC, 1977
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